Boires et Déboires d'un Ch'ti

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Vivre une année sur une île deux fois plus petite qu’un terrain de foot sans jamais m’ennuyer, qui aurait pu y croire ? C’est possible pour certains, et inconcevable pour d’autres.
Pas un instant je n’aurais imaginé à quoi ressemblent réellement les Maldives !
Je rencontre alors des personnages hors du commun qui m’enseignent énormément sur la vie, sur moi-même et tout simplement à croire en moi.
La formidable année que j’ai passée à Rihiveli, dans l'atoll sud de Malé a totalement bouleversé mes certitudes, mes préjugés, mais surtout ma façon de penser, moi, l’enfant terrible...


Publié le : jeudi 18 février 2016
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EAN13 : 9782334073608
Nombre de pages : 160
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-07358-5

 

© Edilivre, 2016

Préface

Chers lecteurs, vous vous posez certainement la question suivante :

Un Ch’ti dénommé Ruggiero, mais c’est rital, ça ?!

Eh bien, oui. Mais laissez-moi plutôt vous expliquer.

Mes parents ont émigré dans les années soixante, dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils ont trouvé Dunkerque. Cela peut faire rire beaucoup d’entre vous – et je peux le comprendre. Toujours est-il que c’est la meilleure mais surtout la plus courageuse décision qu’ils aient prise : quitter l’Italie ou plus précisément Tarente, leur ville natale, située dans le creux de la Botte. Ils avaient déjà cinq filles et un garçon.

Issus donc d’une famille d’émigrés, nous vivions dans un quartier qui avait plus l’air d’un ghetto. « Les Glacis » était l’une des zones d’expatriés de l’époque. Je suis le cadet de douze enfants. J’ai dix sœurs et un frère.

Chouchouté et admiré par mes parents, j’étais le garçon tant attendu de mon père. Il avait placé TOUS ses espoirs en moi. Très vite, je découvris l’énorme avantage qui m’était accordé et à la volée, je sus jouer de mes charmes. Je devins donc un enfant opportuniste dès le plus jeune âge. Cette qualité qu’inconsciemment j’affinais sans relâche fit de moi un jeune homme sûr de lui, drôle, aimable, qui arrive toujours à ses fins. Évidemment, la logique qui en découle n’arrangera rien à mon adolescence. J’étais, de loin, bien plus intéressé par les filles, les copains et la déconne que par l’instruction publique. La discipline et la rigueur qu’elle requiert ne firent absolument pas partie de mon environnement. Je fus tout simplement un cancre durant de nombreuses années.

Aussi, je décidai de quitter l’école à l’âge de dix-huit ans, et m’insérai dans le monde du travail. Rapidement, j’obtins mes premiers contrats. Une chose était ancrée en moi : ne rien devoir à personne et garder mon indépendance. Mais surtout, je ne voulais pas rester dans la ville qui m’avait vu naître car rien ne m’y rattachait. C’était une certitude, je voulais découvrir d’autres horizons et vivre de nouvelles aventures.

Pendant quelque temps, je passai l’été en Italie en tant que chef de rang en banquet, et l’hiver en France pour la saison de ski, au poste de « night audit ». Cette routine dura bien cinq années avant de commencer à me déranger car je revenais toujours au même point de départ, Dunkerque. En plus, j’y dépensais la plupart de mes économies dans des fêtes sans fin. Aucun avenir pour moi ici. Je mourais à petit feu. Je voulais sortir de ce tourbillon qui m’entraînait petit à petit dans les bas-fonds. C’était la principale raison pour laquelle je désirais alors me couper radicalement de cette ville, et de tout ce qu’elle incluait. Je fis quelques démarches et finalement, décrochai un contrat dans un endroit du globe où jamais je n’aurais pensé aller : la République des Maldives. Je découvris là-bas une ambiance, un monde qui bouleversèrent fondamentalement mes croyances et mes valeurs, et ce à jamais !

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai écrit ce livre…

Deux raisons majeures. L’une fut simple à comprendre, l’autre difficile à admettre.

Tout d’abord, il faut savoir, chers lecteurs, que j’ai une personnalité plutôt extravertie. J’ai très souvent conté quelques-unes de mes péripéties, voulant amuser la galerie mais également l’impressionner. J’avais remarqué que ma façon particulière de m’exprimer ainsi que mon accent atypique dunkerquois retenaient l’attention. Manifestement, j’intriguais avec mes histoires lagunaires, coquines et ensoleillées. Mes récits faisaient rire. Peut-être faisaient-ils rêver également ?

L’idée de mettre tout cela par écrit m’effleura sans me séduire pour autant. Moi, écrire un livre…

Mais voilà, j’allais bientôt être papa. La grossesse de ma bien-aimée se passait on ne peut mieux. Tout indiquait que l’accouchement prévu en piscine devait se dérouler sans complication. C’est pendant cette merveilleuse période que je décidai de coucher tout ça sur papier. Écrire mes récits était pour moi une bonne opportunité de les partager une dernière fois avec le plus grand nombre. J’avais grandi, je voulais tourner la page et passer à autre chose.

Mais aujourd’hui, je l’admets, je voulais moi aussi façonner quelque chose de vraiment personnel. J’enviais la grossesse de mon amour. Je ne voulais pas être uniquement le papa, mais aussi celui qui donne la vie…

Chapitre 1
L’entrevue

En arrivant à Paris, gare du Nord, je me dirigeai, muni d’un plan de la capitale, vers une bouche de métro. Le ciel était bleu, le soleil brillait. Une belle journée s’annonçait pour un début de mois d’avril. Je me sentais en pleine forme. J’avais les idées claires, j’étais rasé de près, bien coiffé, bien habillé, sûr de moi. Tout pour plaire, quoi. C’était un grand jour pour moi : j’avais postulé auprès d’un village de vacances aux Maldives pour obtenir le poste de réceptionniste et agent des relations publiques. Et aujourd’hui, je me rendais à mon entretien d’embauche. J’avais rendez-vous avec le patron, carrément !

L’entrevue se déroula à 11h dans les locaux d’un cabinet comptable, boulevard Malesherbes, dans le 16arrondissement, au numéro 54. Il me fallut une bonne heure de trajet pour m’y rendre. J’avais tout de même quelques minutes d’avance lorsque je vis la plaque murale en cuivre indiquant le cabinet d’expertise au premier étage. Je pressai le bouton de l’Interphone, et la lourde porte en bois massif se déverrouilla presque instantanément. Je montai les escaliers en marbre blanc-gris usés par les années, et me présentai directement à la réception.

– Bonjour, j’ai rendez-vous avec M. Panelson.

– Vous devez être M. Berti, n’est-ce pas ? me demanda la secrétaire.

– Oui, lui répondis-je en acquiesçant de la tête.

– Si vous voulez bien me suivre, me dit-elle en se levant pour m’escorter.

– Tout à fait.

Je suivis la secrétaire jusqu’à la porte d’une pièce qu’elle ouvrit.

– Je vous en prie, asseyez-vous, Monsieur Panelson ne devrait pas tarder, me dit-elle avant de se retirer.

– Très bien, je vous remercie, répondis-je en prenant place.

Elle s’en alla en laissant la porte grande ouverte. J’attendis une dizaine de minutes dans une pièce où des tonnes de dossiers étaient soigneusement rangés par ordre alphabétique, dans des énormes meubles marron vernis. On ne voyait plus les murs toucher le plafond tellement il y en avait. Dans un des coins, se trouvait une petite échelle qui, à coup sûr, servait à accéder aux dossiers aériens. Deux bureaux étaient réunis face à face au centre de la pièce. Je m’étais assis à celui qui faisait face à la porte laissée ouverte. Tout était marron, la moquette comme le téléphone, d’un sinistre… Soigneusement posée à l’ombre près de la fenêtre, une belle plante verte bien entretenue était la seule touche de gaieté qui habitait cette pièce. On entendait en sourdine la circulation incessante. Des téléphones sonnaient de temps en temps dans les bureaux voisins. On devinait le bruit d’un photocopieur. Je n’enviais personne dans ces locaux où tous les jours avaient l’air de se ressembler, où tous les jours étaient de la même couleur, marron. J’attendis gentiment mon probable futur employeur. Finalement, Monsieur Panelson arriva. Il était bel homme. Blond, cheveux bouclés, il avait plus ou moins quarante-cinq ans, et semblait jouir d’une santé resplendissante. Son visage imberbe était doré. Bien habillé, l’œil vif. Mais surtout, il eut ce sourire amical au premier regard. Un sourire qui me mit à l’aise, qui réchauffa l’atmosphère glaciale de cette pièce.

– Bonjour, Panelson Pitt. Berti Ruggiero, je suppose ? dit-il en me tendant la main. Enchanté de te rencontrer. Tu permets que j’te tutoie ?

– Bien sûr, aucun problème.

Il sortit mon curriculum vitæ d’une poche intérieure de sa veste avant d’accrocher celle-ci au portemanteau. Il ferma la porte et prit du papier vierge avant de s’asseoir en face de moi. Il avait en main un stylo Mont-Blanc. L’entrevue commença.

– Tu sais qu’je viens de Dunkerque, moi aussi ? me dit-il en souriant.

– Allez ? Elle est bonne, celle-là, rétorquai-je, étonné.

– T’as fait l’carnaval cette année ? me lança-t-il.

– Ouais, à fond et pas qu’un peu, c’était terrible… Et vous ? demandai-je, des plus intéressés.

– Non hélas, pas cette année. L’an prochain, peut-être. Bon, voyons un peu tout ça. Ton curriculum est intéressant, tu parles couramment l’italien. J’ai également vu que t’as pas mal d’expériences en hôtellerie. Mais j’t’en prie, parle-moi d’toi, me demanda-t-il en posant ses mains à plat sur le bureau.

L’entretien commençait on ne pouvait mieux. J’avais comme l’impression de l’avoir toujours connu. J’étais totalement à l’aise.

– J’ai commencé à travailler à l’âge de seize ans dans un fast-food à mi-temps. Cela a duré deux ans. J’ai arrêté tôt mes études. Je voulais avoir au plus vite une indépendance financière. Je suis un homme de terrain, le boulot ne me fait pas peur ! J’ai été saisonnier pendant quelques années. Chef de rang dans des banquets l’été en Sicile, et « night audit » l’hiver à Courchevel. J’adore skier ! Ensuite, j’ai habité la Sicile, à Borgetto, près de Palerme, pendant quelques années. J’étais réceptionniste dans un hôtel quatre étoiles, d’une vingtaine de chambres. La Sicile est une île formidable. Je voulais bien maîtriser l’italien. J’y suis resté quatre années. Et du coup, je parle aussi le sicilien. Après cela, je suis revenu à Dunkerque, chez mes parents, avant de refaire une saison à Courchevel. Je suis rentré il y a deux mois. Je pense avoir une bonne conscience professionnelle. J’aime également faire la fête avec mes potes, carnaval entre autres. Je suis un amateur de cinéma, j’aime le théâtre. J’adore cuisiner, même si ce n’est que pour moi. De temps en temps, on se fait une bonne partie de foot sur la plage. Je fais pas mal de boomerang. J’aime bien car le dernier tir doit toujours être meilleur que le précédent. Je suis quelqu’un de très positif, toujours de bonne humeur en me levant, j’aime la vie, j’aime les gens, et le monde n’est pas si petit que ça.

Il m’écoutait avec intérêt. Plus je lui parlais de moi, plus j’y croyais. Maintenant, il fallait à tout prix que j’obtienne cet emploi !

– OK, tu peux m’parler de ta famille, si cela ne te dérange pas ?

– Pas du tout. Je suis le dernier d’une famille de douze enfants, de mêmes parents. J’ai eu une enfance extraordinaire, entouré notamment de mes dix sœurs. Maman ne pouvait pas toujours s’occuper de moi. J’étais donc la plupart du temps avec une de mes sœurs, je changeais de « mère » à peu près tous les deux ans. J’ai été chouchouté par toutes, mais pas gâté. Toutes m’ont donné énormément d’amour. Aussi loin que je me souvienne, nous étions dix dans l’appartement, avec une seule salle d’eau. C’était rigolo, l’matin ! Mon père était très strict. Celui ou celle qui n’était pas à table à l’heure du repas avait intérêt à avoir une sacrée bonne excuse, sans quoi cela bardait. Il est retraité, maintenant. Il travaillait aux chantiers navals de Dunkerque depuis qu’il avait émigré dans les années cinquante. Ça, par contre, je n’ai jamais compris… Quand les recruteurs sont arrivés à Tarante, ville d’origine de mes parents, ils avaient besoin de main-d’œuvre pour Dunkerque, Marseille et La Ciotat. Il a choisi Dunkerque. Il faudrait que je lui demande quelle était sa motivation. J’aime Dunkerque, c’est le temps qui ne marche pas. A-t-il voulu partir le plus loin possible de sa misère quotidienne ? Toujours est-il que lui seul travaillait pour toute la famille. C’est en partie pour cela qu’il était très sévère avec nous. Par exemple, nous ne pouvions pas entamer un pain frais si le précédent n’était pas fini. Ou alors, il était interdit de manger entre les repas. Mais quand j’avais faim, Maman me faisait un sandwich en cachette. Je n’ai manqué de rien. J’ai à peu près vingt-cinq neveux et nièces. Je dis à peu près, car il y a toujours une ou plusieurs de mes sœurs enceintes. Nous sommes une famille unie.

– C’est vrai, je vois ça. Dis-moi, Ruggiero, quelle est ta sexualité ? me demanda-t-il d’un air très sérieux.

La question était très surprenante, mais surtout inattendue. Pendant une seconde, je fronçai les sourcils en le regardant, l’air étonné, puis je souris en lui répondant :

– C’est vrai que j’aurais pu devenir homosexuel, ayant vécu une enfance constamment entouré de filles, ou alors prêtre étant le dernier d’une famille nombreuse. Ou mieux encore, prêtre homosexuel. Mais non, j’adore les femmes, je les vénère même. J’aime le sexe opposé, répondis-je très sincèrement.

– Quelle serait ta réaction si, lors d’une soirée, un client te proposait de passer la nuit avec lui ? me demanda-t-il, toujours aussi sérieux.

Je réfléchis quelques secondes, et toujours en gardant le sourire, lui répondis :

– Je lui ferais comprendre amicalement que cela n’est pas possible, et que je tiens à ce que nous restions bons amis en lui proposant de lui remettre un coup… à boire.

– Elle est bonne, celle-là. Tu as un passeport valide pour ces deux prochaines années ? dit-il en riant.

– Oui, bien sûr, en voici une copie, répondis-je en tendant la feuille.

Il prit la copie de mon passeport et la contempla pendant quelques secondes, qui furent pour moi une éternité. J’avais eu pas mal d’entretiens d’embauche jusqu’à présent. Celui-ci était le plus constructif, le plus pertinent, presque déstabilisant. Il fallait maintenant que j’obtienne ce poste. Je ne pouvais imaginer le contraire. Je voulais travailler avec lui, je ne voulais que ça. C’était une opportunité à ne surtout pas manquer.

– Merci. Pour moi, c’est bon. Je pense que tu conviens au poste. Au fait, j’y pense, tu n’as pas de problèmes dentaires ? Si oui, fais-toi vite soigner avant ton départ car ce n’est pas là-bas que tu trouveras un dentiste.

– Non, je ne pense pas, mais je peux toujours faire une visite de contrôle.

– Oui, c’est préférable, on ne sait jamais.

– Vous pouvez m’appeler Ruggi si vous voulez, c’est mon surnom, dis-je en souriant.

J’aurais voulu lui donner une accolade de bonheur tellement j’étais heureux. Je m’efforçai avec difficulté de contenir mes émotions, de ma joie.

– OK, ça marche, Ruggi. Voici le contrat avec le descriptif de l’emploi, on va le lire ensemble. Si tu as des questions, n’hésite pas, OK ? Et tu peux m’appeler Pitt, je préfère.

– D’accord, Pitt.

– Pour te parler un peu du poste, tu seras en charge, avec ton binôme, de l’accueil à l’aéroport, du planning des hors-bord pour l’acheminement des clients. Tu seras en réception en journée, feras la présentation de Rihiveli – c’est le nom du village – en fin d’après-midi, et seras en charge du relationnel le reste du temps. Avec ton binôme, vous vous partagerez ces tâches. Tous les postes sont importants à Rihiveli, particulièrement le tien, Ruggi. Étant donné que, à l’aéroport, tu seras la première personne qui représente l’île que les clients verront, ton accueil doit être parfait. Cela compte énormément pour le bon déroulement de leur séjour parmi nous. Et à leur départ, tu seras aussi la dernière personne de Rihiveli qu’ils verront à l’embarquement. Tu seras surtout à l’écoute des Italiens. Nadine, elle, s’occupera plus des Anglais, et ensemble, vous prendrez soin des francophones. Elle prendra le temps de te former. On bosse tous sept jours sur sept. Tous les six mois, tu auras droit à un aller-retour Paris-Malé ainsi qu’à deux semaines de congés payés. Tu seras logé, nourri, blanchi. Tu auras droit à un crédit bar de mille francs par mois. Dépassé ce crédit, tu devras cinquante pour cent du reste, qui seront déduits en fin de mois de ta feuille de paye. Ton salaire sera de cinq mille francs nets par mois. Tout le monde a le même salaire à Rihiveli, cela évite les conflits. Si tu as des questions, n’hésite pas.

– Non, pas pour l’instant, répondis-je, totalement faux-cul.

Nous prîmes le temps de lire le contrat entièrement. Il n’était pas long, et tant mieux, car j’ai toujours pensé qu’un contrat ne doit pas dépasser trois pages. Moins il y en a, plus il est compréhensible. Celui-ci en faisait deux et demie, et il était parfaitement clair. Tout y était. Il décrivait ce qu’on attendait de moi, ce que j’attendais en contrepartie, les avantages en nature, sa durée – un an avec une période d’essai d’un mois. Pitt me tendit son beau stylo pour signer. Je l’en remerciai. Je mis mes initiales en bas des deux premières pages et signai la troisième. C’est fou ce que l’on écrit bien avec un Mont-blanc…

– Merci, Ruggi. Voilà une copie du contrat, me dit-il en me la tendant. Tu vas recevoir ton billet d’avion dans une dizaine de jours. Ton départ est prévu dans la troisième semaine du mois. Tu commenceras début mai. As-tu déjà entendu parler des Maldives ?

– Un peu, j’ai vu des reportages à la télé, ça a l’air paradisiaque. Sable blanc, lagon bleu, mer chaude remplie de poissons multicolores, cocotiers, soleil toute l’année. Le paradis, quoi…

– Oui, mais cela dépend pour qui. Ça peut être, comme tu dis, le paradis pour certains, mais aussi une prison dorée pour d’autres. En fait, Rihiveli, c’est comme un paquebot. Tout est produit sur place, l’eau de mer est traitée par un énorme dessalinisateur pour devenir potable et l’électricité est obtenue par deux générateurs. Nous nous ravitaillons en produits de base, et ensuite, tout est élaboré en cuisine. On est loin du continent, et tout est factice là-bas. Ce n’était qu’une île complètement vierge au départ. Il n’y avait que des crabes et des oiseaux, rien d’autre. Le seul lien avec le monde réel qui t’apportera énormément, Ruggi, ce sont nos clients. Tu sais, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir vivre loin de tout. On peut ou on ne peut pas. En ce qui te concerne, on sera fixé pendant ton mois d’essai… Bon, je pense qu’on a fait le tour. Tu as des questions ?

– Non, tout est clair, Pitt. J’ai hâte de faire ma valise, lui dis-je en riant.

– Très bien, on se reverra donc dans un mois à Rihiveli. Ah, au fait, ne te charge pas en vêtements, cela ne sert à rien. Ne prends que le strict minimum, OK ? dit-il en se levant.

– Ça marche, Pitt.

Je sortis le premier de la pièce. Il m’accompagna jusqu’à la sortie du cabinet comptable. Je saluai au passage la secrétaire qui m’avait accueilli. Elle me sourit en retour, elle avait compris que l’entrevue s’était bien déroulée.

– Bon, Pitt, merci pour tout et à bientôt, dis-je en lui tendant la main.

– OK, à dans un mois, me répondit-il en me la serrant.

Je descendis au rez-de-chaussée, en souriant. J’appuyai sur le bouton qui déverrouillait la lourde porte d’entrée, et sortis du bâtiment. Je marchai d’un pas décidé vers la même bouche de métro d’où j’étais sorti une heure auparavant. J’étais hyper content. C’était un grand jour pour moi.

Je me rendis gare du Nord pour prendre mon train pour Dunkerque, avec en poche mon contrat d’embauche signé !

Je commençais dans un mois. Ma période d’essai ne me faisait pas du tout peur. Tout allait bien se passer. Moi Ruggi, venant de Dunkerque, sur la Côte d’Opale, j’allais partir bosser aux Maldives, sur une île en plein milieu de l’océan Indien, proche de l’Équateur. Où le sable était blanc, le lagon bleu rempli de poissons multicolores, où il faisait bon toute l’année. Et pour couronner le tout, mon boss, comme moi, était un enfant de Jean Bart. C’était tout simplement génial !

 

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Chapitre 2
J-2

Nous étions un peu fatigués après avoir passé une bonne partie de l’après-midi à jouer à la belote (avec comme partenaire l’Bouc contre Crapo et sa femme Eddie) en buvant de la bière et en fumant des joints. Il était 20h quand nous décidâmes de rentrer chez nous.

– Hé, l’Bouc, tu peux m’déposer ? lui demandai-je.

– Ouais, pas d’bile, allons-y, me répondit-il en mâchant une tranche de saucisson.

J’embrassai Crapo et Eddie. Je me sentais un peu ému de devoir quitter mes potes pour quelques mois.

– À dans six mois, mes amis, leur dis-je avant d’ouvrir la porte.

– À dans six mois, Ruggi. Et fais attention, n’encule pas d’calamar, ça fout d’l’urticaire, me lança Crapo en rigolant.

– T’en fais pas, j’vais essayer de n’pas mettre ma queue là où ça sent la marée basse. Mais bon, j’suis un homme de mer, quand même. Allez, à bientôt…

Nous descendîmes les quatre étages du vieil immeuble dépourvu d’ascenseur. L’Bouc sortit les clefs de sa Renault 14 et déverrouilla les portières. Nous nous installâmes. Il démarra et mit instinctivement le chauffage en route. Il fait souvent bien froid à Dunkerque, même au mois d’avril. Il sortit du parking de l’immeuble et prit la direction...

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