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Quand je suis né, je ne pensais pas. Tous mes actes n’étaient que réflexes. J’étais stimulé par toutes ces petites choses qui bougeaient autour de moi et qui me prê-taient beaucoup d’attention. Petit que j’étais, ces choses me fatiguaient, et le seul moyen que je trouvais pour en faire abstraction, c’était de dormir encore et encore. Je frô-lais environ les vingt heures de sommeil par jour. Je ne pouvais faire autrement : je passe d’un environnement intérieur, calme, où les bruits extérieurs m’arrivent paisi-blement, coupé de toute lumière, d’air, de froid, d’espace gigantesque ; où mon seul souci était de me développer paisiblement
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et sûrement, en évitant tout tracas à ma maman, à un univers où, au moment de l’accouchement maternel, pour un petit être humain que je suis, les soucis ne sont que permanents. Il va donc me falloir apprendre. Apprendre cette adaptation à ce nouvel environnement, apprendre à me déplacer à l’aide de ces grandes tiges que nous nommons jambes, apprendre à ré-fléchir sur moi-même avant d’apprendre à communiquer avec ces êtres qui sont tel-lement ressemblants mais quasi différents, apprendre à ce que la jeunesse se fasse, et que le jeune adulte maîtrise cette vie tré-pidante, soucieuse, magnifique, maladroite, originale, égoïste… Qui m’aurait dit qu’il me fallait une telle adaptation à cette nouvelle vie que ma mère m’offrit ? Qui me garantissait de comprendre correctement ce qu’est la vie ? Quelle définition y apporter ? Ce sont des questions qui me viennent à l’esprit, à l’heure où j’écris et auxquelles je vais tâcher de répondre. Je vais m’atteler à remonter ce long début de fil rouge pour tenter de comprendre comment je vois la
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vie d’un être, à sa naissance jusqu’à « la fin de sa jeunesse ». Cette fin de jeunesse je la considère à un degré moindre. Un Homme naît jeune et meurt jeune. Il suffit pour cela d’avoir foi en soi, de croire en sa volonté de rester jeune dans sa tête, quand bien même notre enveloppe extérieure prouverait le contraire. Certes, physiquement, un Homme vieillit, son corps se dégrade, sa peau se fripe, le moyen de se déplacer devient difficile au cours du temps, l’acuité visuelle diminue, mais n’est-il pas vrai que, tant que notre cerveau n’est pas mort, même si notre cœur l’est, nous sommes toujours consi-dérés comme cliniquement vivants ? Je reste jeune tant que j’ai trouvé du bonheur dans ces souvenirs, tant que je suis heu-reux. Etre heureux c’est comme dans une histoire d’amour : je suis heureux que la personne, avec qui je partage des mo-ments particuliers, est elle aussi heureuse de ce que je lui donne. Donner de soi sans rien attendre en retour, c’est aimer, c’est être heureux. Donc, comme certains peuvent le penser, je ne considère pas la
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jeunesse comme achevée et finie, à partir du moment où j’ai passé la vingtaine. Je garde aussi un espoir d’être jeune tant que j’apprends et que je m’adapte toujours à mon environnement puisque c’est là le début de ma vie de bébé. Néanmoins, être jeune ne fait pas de moi quelqu’un d’autonome, de respectable, quelqu’un qui vit. Telle est la vraie vie d’un jeune Homme qui va apprendre, d’un point de vue intellectuel, à devenir adulte, par sa faculté à se penser, à réfléchir sur soi, avoir une propre réflexion sur les autres, et finir d’être en accord avec lui-même. Le jeune Homme cherche, tend plus ou moins bien à être en accord avec lui même. Vous le voyez bien, au moment où je l’écris, je ne le suis pas. Tout réside dans cette auto-contradiction. Je ne peux pas exister si je ne suis pas en mesure de réfléchir. Cela engage un rapport au monde extérieur, une faculté de me référer à cet environnement pour m’approprier les choses qui le constituent. J’atteindrai cet état lorsque je serai capable de m’as-surer de manière autonome dans cette vie,
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que je serais capable d’avoir mes propres opinions, que j’aurai mes propres connais-sances liées au monde, que je serai capable d’apprendre, que je serai capable d’atten-drir, de détester, de jouir de ce qui me plaît dans un cadre naturel ou matériel, et enfin d’aimer mon prochain.
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