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C'est long une vie pour se souvenir de tout

De
444 pages
Dans ce livre, qui retrace la vie de ses parents, Jean-Pierre Duhard détaille la jeunesse de l'un et de l'autre, leur rencontre en 1935, la guerre. Puis leur mariage en 1941, la naissance de leurs deux fils qui suivra et leur quotidien sous l'Occupation allemande. Pour les années d'après-guerre, c'est l'auteur qui prend la parole et raconte son enfance, en portant un témoignage sur les événements qui marquèrent ces années-là. Jean-Pierre Duhard a voulu participer à la mémoire de cette part de l'histoire française.
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JeanPierre Duhard
C’est long une vie pour se souvenir de tout
Roger et Germaine,19001952
Graveurs de Mémoire Série : Récits de vie / France
C'est long une vie pour se souvenir de tout Roger et Germaine, 1900-1952
Graveurs de mémoire Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques.Déjà parus Nottara (Paltin),Entre la croix et le croissant, Les Notaras, une grande famille de Méditerranée orientale, 2014.Mesu’a Kabwa (Luabeya),Une jeunesse congolaise : de Luluabourg à Kinshasa, 2013. Charbon (Paul),L’aventure des frères Pathé, Du coq au saphir, 2013. Frélaut (Jean),Le Graveur et le petit Renard, Lettres d’un Artiste du Livre à ses Amis Éditeurs (1939-1948),2013. Fellrath-Bacart (Francine),Terrains vagues, 2013. Nguyen Ky(Nguyen),Saigon après 75, une histoire oubliée, 2013. Ebner (Olivier),Venu de Bucovine, Itinéraire d’un survivant raconté par son fils, 2013. Ces huit derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Jean-Pierre Duhard C'est long une vie pour se souvenir de tout Roger et Germaine, 1900-1952
Ouvrages du même auteur : L'assassin de la Salle 7(préface Ch. Exbrayat), P.U. Paris, 1972, épuisé.Réalisme de l'image féminine paléolithique(Préface H. Delporte), CNRS, Paris, 1993, épuisé.Réalisme de l'image masculine paléolithiqueY. Coppens), Jé- (Préface rôme Millon, Grenoble, 1996.Secrets de cuisine de Mamie GermaineY. Coppens), Atlantica (Préface éditeur, 2006, épuisé.Parcours en Sahel et Sahara, ebook, Atramenta, 2012.Le rescapé du Ténéré, L'Harmattan (collection Amarante), janvier 2013.La soumission des Touareg de l'Ahaggar, L'Harmattan (collection Ra-cines du présent), avril 2013.Le spahi Fernand Ravin: une vocation saharienne, l'Harmattan (collec-tion Racines du présent), mai 2013.C'était un semblant de guerre -1939-1940), L'Harmattan (collection Mé-moires du XXe siècle), juin 2013.Ouvrages en collaboration : Directeur de publication desMélanges Jean Gaussen, Ariège Préhistoire, Foix, 2004.Directeur de publication desMélanges Alain Roussot, Préhistoire du sud-ouest, 2014.Avec Fr. Soleilhavoup :Érotisme et sexualité dans l'art rupestre saharien, L'Harmattan, juin 2013.Avec B. et G. Delluc :L'intimité féminine dans l'art au Paléolithique su-périeur en France(Préface Y. Coppens), ERAUL, Liège, 2014.Cliché de couverture : Roger et Germaine Duhard, en 1949, Cours de l’Intendance à Bordeaux. © L'HARMATTAN, 20145-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00987-2 EAN : 9782343009872
Prologue
À mes enfants, Marie-Catherine et Pierre ; à mes petits-enfants, Marion, Anne-Sophie, Thelma et Louis ; à mon arrière-petit-fils, Carl, et en souvenir de ceux qui ne sont plus, mais demeurent en notre mémoire.« C'est long une vie, pour se souvenir de tout », répondait ma mère, sur sa vie finissante, quand je lui demandais des précisions sur son passé, alors que mon père avait disparu depuis plus de 20 ans. J'avais également questionné les derniers témoins de la vie de mes parents : Marie Ligier, Renée Bureau, mes oncles René et Régis Duhard, ma marraine Gisèle qui était sa nièce, mon parrain Jean qui était son neveu. J'ai relu les deux carnets de guerre de mon père et les lettres adressées pendant des années par ma mère à ma fille Marie-Catherine. J'ai scruté les photographies, interrogé les documents de ce temps, dont certains conservés dans la famille. Ainsi, je suis parvenu à esquisser le contexte de leur longue vie et à ressusciter une époque dont ils furent les acteurs et les témoins. En même temps, j'ai sauvé leur mémoire de l'oubli, avant de disparaître à mon tour. « Toutpasse, le temps et tout, seul le souvenir de ceux que l’on aime reste »,écrivait ma mère au soir de son existence. Mais les souvenirs s'ou-blient avec les ans, si l'on ne prend pas la précaution de les noter. Ce livre est écrit en souvenir de mes parents, Roger et Germaine Duhard, et à l’intention de mes enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants, car nous ne pouvons espérer nous comprendre si nous ne savons rien de ceux qui nous ont précé-dés. L'ouvrage a eu une longue genèse : débuté en avril 1985 après le décès de mon père, interrompu un temps, repris après la disparition de ma mère, en décembre 2004, il a été achevé en décembre 2013, après avoir été plusieurs fois remanié, corrigé, complété, enrichi de documents et témoignages, qui constituent le fonds de nos archives familiales.
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Il est des humains qui naissent avec comme but de jouir du monde qui les entoure ; mon père était de cette catégorie. Il en est d'autres nés pour servir et rendre heureux leur entourage; ma mère était de ceux-là. Mon père étant l'aîné du couple, c'est par lui que commencera ce récit biographique. Mais c'est par ma mère qu'il se terminera. Parvenu au terme de ce long récit couvrant le demi-siècle du précédent millénaire, j'ai conscience de ne pas avoir tout dit, d'en avoir beaucoup omis et un peu tu. À mesure que l'on fouille dans sa mémoire, d'autres souvenirs surgissent, dont on ne sait pas toujours quoi faire. Mais il est utile ni de tout savoir, ni de tout dire. Il faut simplement de ne pas tout oublier. Biarritz, 1982 – Saint-Jean-de-Luz, 2013
Chapitre 1 -Né avant le siècle (Roger 1900-1914)
En raison de son état de grossesse et de la chaleur, la jeune Marie Malvi-na Duhard, que tous appelaient Malvina, et qui venait de fêter ses 22 ans, avait préféré ne pas assister à la commémoration du 14 juillet à la Maison Commune de Bédenac, dont leur parent, Pierre Tessier, était le premier ma-gistrat. Ce modeste bourg de la Charente inférieure, situé sur la route entre Paris et Bordeaux, l'ancienne voie royale Paris-Madrid, n'avait pas de passé notoire, hormis la traversée du bourg autrefois par Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, qui avait fait restaurer son église romane. Monsieur le maire avait rappelé que c'était en 1880 que les députés avaient décidé de rendre ce jour férié, en commémoration du 14 juillet 1790. Puis il avait prononcé un petit discours. Comme il avait de l'instruction, il s'était exprimé en français, langue comprise d'à peu près tout le monde, bien que certains n'entendissent bien que le Saintongeais, une langue d'oïl mêlée de mots d'origine anglaise, celtique et romaine. Il avait dit que l'année 1900 e marquait la fin de ce 19siècle, où tant de progrès s’étaient accomplis à la e faveur de la révolution industrielle et qu'avec le 20qui approchait, allait s'ouvrir une grande ère de paix et de prospérité pour le monde entier, et tout particulièrement pour la France, durement éprouvée par la guerre de 1870. En effet, ajouta M. le maire, notre beau pays, venant d'organiser l'Exposi-tion universelle et les Jeux mondiaux athlétiques à Paris, était le phare de la civilisation occidentale, projetant une lumière dont le rayonnement ne cessait de grandir, à mesure de l'accroissement de notre empire colonial. Non sans fierté, il leur rappela qu'il serait à Paris le 28 septembre, au Grand Palais, invité par le président Loubet au banquet des maires qui réuniraient 22.500 d'entre eux pour célébrer l’anniversaire de la première République, née en 1792. Ils se comptaient alors sur les doigts d'une seule main les habitants de Bédenac étant allés plus loin que Montlieu, le chef-lieu de canton ou Jonzac, le chef-lieu d'arrondissement, des lieux de foire fréquentés. Deux ou trois, peut-être, avaient poussé jusqu'à Bordeaux pour les besoins de leurs affaires. Un seul, Cadet Frélon, l’oncle maternel de Malvina, avait traversé la France entière jusqu'à Perpignan, mais il est vrai qu'il était chef de gare, fonction lui donnant toutes facilités pour voyager loin et pour pas cher.
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S’ils n'ignoraient pas que leur pays avait un empire colonial administré depuis 6 ans par un ministère des Colonies, la majorité d’entre eux aurait été embarrassée pour énumérer les différentes terres, possessions ou colonies françaises qui tachaient de rose les mappemondes des écoles, de l’Afrique à l’Asie, en passant par les Amériques et le Pacifique. Mais des pensées bien différentes occupaient l'esprit des gens de la fa-mille de Malvina, car ils étaient dans l’attente d’un événement leur parais-sant d’aussi grande importance : la proche venue d'un bébé. Mariée depuis 4 ans, la jeune femme était déjà passée par là, 3 ans plus tôt, avec la naissance de René, le premier enfant, venu au monde à la fin de novembre 1897. On savait que la date du terme approchait et il ne se passait pas de jour sans qu'une connaissance ne s'enquît de cette naissance imminente. C'est que le hameau de Chierzac, de la commune de Bédenac, n'était pas si important, ni le nombre de ses habitants si grand, que tous ne puissent connaître par le détail les aléas et avatars de la vie domestique de chacun. Au recensement de 1891, on ne dépassait pas 584 âmes dans toute la commune et Montlieu, le chef-lieu de canton, n'atteignait pas le millier. Seul Jonzac, le chef-lieu d'arrondissement se présentait comme une ville de quelque impor-tance, avec ses 3 431 habitants. L'heureuse issue était prévue pour la deuxième quinzaine de ce mois de juillet, qui était le plus chaud jamais connu depuis 1859, s'était souvenue la grand-mère Frélon. Du 10 au 28 juillet,on observa en effet de fortes cha-leurs, particulièrement du15 au 22, avec des températures atteignant 39° à Bordeaux et 38° à Paris, des villes qui manquaient d'eau. Les naissances n'étaient pas si nombreuses dans le village pour que celle-ci passe inaperçue. C'était tantôt un voisin venu faire moudre un sac de blé qui posait la question à Jean Frélon le meunier, futur arrière-grand-père, mais toujours actif à 64 ans, et lui rappelait qu'il aurait à payer la chopine de vin. C'était encore une voisine, venue à Chierzac acheter un sachet d'allu-mettes ou un litre de pétrole lampant à l'épicerie de Marie Bernardeau, que tous appelaient Noémie, fille du meunier et future grand-mère, qui profitait de son passage pour se mettre à jour des dernières nouvelles. Il n'y a pas que les voisins à s'enquérir de son état. Sa grand-mère, Fran-çoise Frélon, qui allait sur ses 64 ans, comme son mari, venait régulièrement aux nouvelles pour savoir si les « coliques » n'avaient pas encore commencé, si elle n'avait pas perdu le bouchon muqueux ou si elle ne souffrait pas trop de la chaleur. Interprétant les signes les plus ténus, dont seules peuvent par-ler d'expérience les femmes, elle en profitait pour donner son avis et ressas-ser ses propres enfantements, habitudes de femmes nourrissant les craintes des futures accouchées. Elle était souvent chez eux sa grand-mère, mais il faut dire qu'elle n'avait pas grand chemin à faire : la maison du meunier, une belle bâtisse de pierres calcaire élevée d'un étage et prolongée par l'écurie, le chai et la grange,
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n'était qu'à quelques mètres de celle du jeune couple. Maison et moulin ap-partenaient autrefois aux Roy (également orthographié Rois ou Roi), dont ils étaient directement parents, une fille, Marguerite Roy, ayant épousé un Jacques Bernardeau, de Douteau, de 4 ans son cadet, pour devenir la grand-mère paternelle de Malvina. D'où le nom de « moulin des Roy » sous lequel était connu l'ensemble. C'est là, en avril 1860, que Françoise Petit avait donné le jour à Noémie, 2 ans après son mariage avec Jean Frélon, le meunier, dans l'année de ses 24 ans. C'est là aussi que Noémie Frélon, mariée à Jean Bernardeau (dit Jhenty), avait accouché de Malvina en juillet 1878, l'année de ses 18 ans. Quand ce mardi 24 juillet, en milieu d'après-midi, les premières douleurs étaient enfin apparues chez Malvina, le mari, que tout le monde appelait Camille (on pro-nonce Camil'), s'était dépêché d'atteler le «p'tit ch'vau» au cabriolet pour conduire son épouse chez sa mère à Chierzac, à moins d'un kilomètre de chez eux. Même au pas du cheval mené à la bride, le chemin avait été vite fait. Noémie et Jean son mari, prévenus par les soins du meunier, attendaient leur fille, pour qui la chambre était déjà prête. Selon Noémie, approuvée par la grand-mère Frélon, il allait falloir s’armer de patience pendant plusieurs heures, car les douleurs étaient encore très espacées et la poche des eaux encore intacte. Le mécanisme de l’accouchement n’était pas un secret pour les hommes, habitués à voir vêler les vaches, agneler les brebis ou pouliner les juments, auxquelles ils devaient souvent porter main forte quand le petit venait mal. Pour la femme, c’était pareil, sauf qu’ils étaient interdits de présence, les femmes s’en réservant le privilège. Alors, les hommes étaient repartis à leur travail, laissant les femmes à leurs affaires. Au soir, on était toujours à attendre. Le repas pris avec ses beaux-parents, Camil' était resté un moment au chevet de Malvina, et puis avait rejoint Jhenty, son beau-père, prenant le frais devant la porte en échangeant quelques mots avec les passants. N'ayant que 15 ans de différence d'âge et se portant une mutuelle estime, les deux hommes s'entendaient bien. Ils par-laient de travail et de projets, dont Jhenty ne manquait pas. Pour lui, cons-cient des conséquences de la révolution industrielle, on ne pourrait pas tou-jours vivre que de la terre : l'avenir était dans le commerce du bois, il fallait monter des scieries mécaniques, soutenait-il, et vendre à l'étranger. Les heures passèrent dans une fraîcheur relative, soulageant des heures torrides du jour ; la nuit était obscure, car on était à la veille de la lune noire ; Camil' en fit la réflexion, se souvenant que pour René, c'était avant la pleine lune. Les deux hommes finirent par rentrer et somnolèrent, assis sur une chaise devant la table, la tête posée sur les bras repliés, une posture de tra-vailleur récupérant sur la fatigue après le repas avant de reprendre le joug. La pendule avait sonné minuit, puis une heure et deux heures de la nuit. Noémie sortit à ce moment de la chambre pour annoncer que la poche s'était enfin percée, car on la respectait jusqu’au bout, et que Malvina com-
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