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C'était la gendarmerie de Papa

De
295 pages
Ancien gendarme, l'auteur retrace sa carrière dans la Gendarmerie Nationale Française, depuis son affectation au Maroc en 1948, jusqu'à la fin de sa carrière en 1986. Il en décrit minutieusement toutes les étapes, notamment son rapatriement en France au moment où, au Maroc, la gendarmerie devient royale et marocaine. Puis, sont évoquées son évolution comme officier-instructeur dans une école préparatoire de gendarmerie, sa nomination comme chef d'escadron en 1981, ainsi que sa mise en réserve jusqu'en 1986.
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LA GENDARMERIE DE PAPA

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Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de dtffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus

Jean SANITAS, Je devais le dire. Poèmes, 2007. Madeleine TICHETTE, La vie d'une mulâtresse de Cayenne. 1901 -1997, Les cahiers de Madeleine., 2007. Bernard REMACK, Petite... Prends ma main, 2007. Julien CABOCEL, Remix Paul Pi, 2007. Isabelle LUCAZEAU, La vie du capitaine Rolland (17621841),2007. Albert SALON, Colas colo - Colas colère, 2007. François SAUTERON, Quelques vies oubliées, 2007. Patrick LETERRIER, Et là vivent des hommes. Témoignage d'un enseignant en Maison d'arrêt, 2006. Annette GONDELLE, Des rêves raisonnables, 2006 Émile M. TUBIANA, Les trésors cachés, 2006 Jean-Claude LOPEZ, Trente-deux ans derrière les barreaux,2006 Maryse VUILLERMET, Et toi, ton pays, il est où ?, 2006. Ahmed KHIREDDINE, Rocher de sel. Vie de l'écrivain Mohamed Bencher(f; 2006. Pierre ESPERBÉ, La presse: à croire ou à laisser, 2006. Roger TINDILIERE, Les années glorieuses, 2006. Jacqueline et Philippe NUCHO-TROPLENT, Le moulin d'espérance,2006. Sylviane VAYABOURY, Rue Lallouette prolongée, 2006. François CHAPUT, À corps et à cris, 2006. Cédric TUIL, Recueil d'articles sur Madagascar, 2006.

RENÉ VALENTIN

C'ÉTAIT LA GENDARMERIE DE PAPA
(1948-1986)

L 'HARMATTAN

iÇ) L'Harmattan

2007

5-7 rue de l'École Polytechnique; Paris 5e www.librairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusi on.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03915-5 E~:9782296039155

Table des matières Préambule - Rêve d'enfant: être militaire
page 7

Chapitre premier: Stagiaire à l'E.P.G. de Pamiers (Ariège) en 1948 21 Chapitre deuxième: Gendarme au Maroc de 1949 à 1957 49 Chapitre troisième: Commandant de brigade à Blois (Loiret-Cher) de 1957 à 1965 141 Chapitre quatrième: Instructeur à rE.p.G. de Chaumont (Haute-Marne) de 1965 à 1969 173 Chapitre cinquième: Officier rédacteur au Commandement des Ecoles à Melun (Seine-et-Marne) de 1969 à 1981.. 205

Chapitre sixième: Réserviste de la Gendarmerie de 1981 à 1986 263 Appendice: Quelques photographies de 1948 à 1986 279

Du même auteur : 1 MEHARISTE DANS LE HOGGAR en 1947 (Editions L'Harmattan- février 2000)2 - 20 ANS POUR OUALLOU
(Editions Muller

-

- septembre

2000)-

3 - MISERES DE DEUX JEUNESSES (EditionsMuller août 2001) Préfacé par le généralPierre De Percin, Président Généraldu SouvenirFrançais.

-

-

4 - LA REPUBLIQUE DES ZIOUZIOUS (Editions L'Harmattan juiIlet 2002)-

-

5 - HISTOIRES DE GENDARMES (Editions L'Harmattan- août 2003) 6 RIRE SOUS LES DRAPEAUX (Editions des Riaux) octobre 2005 -)

-

-

7 -C'ETAIT NOTRE GRAND-PERE
(Editions L'Harmattaén)novembre 2006)

8 -JO l'AMNESIQUE dit JO LA MUSIQUE. (Editions des Riaux) -juin 2007.)
En préparation: - CARNET DE ROUTE D'UN J.3 - de septembre 1939 à aotît 1945 (ou LA CHEVALERIE SOUS L'OCCUPATION ALLEMANDE).

Préambule

Rêve d'enfant: être militaire
Le samedi 4 avril 1925 fut une journée très IToide, rappelant aux anciens combattants de 1914-1918 la température du jour de l'attaque du Chemin des Dames, huit ans plus tôt (16 avril 1917). Malgré la neige un joli poupon naquit au foyer de Léon et de Léa, commerçants dans une petite ville de la Somme (à Ham, pour être précis). René était né. Déjà, la sage-femme qui avait participé à l'accouchement prophétisa joyeusement: - «Ce sera un beau militaire! » ... et le papa rétorqua aussitôt: - « Jamais de la vie. Je viens d'accomplir huit années de service contre mon gré, de 1911 à 1919, ce gosse fera tout ce qu'il voudra quand il sera grand, comme ses deux frères aînés d'ailleurs, mais certainement pas soldat de carrière. D'ailleurs pourquoi maintenant une armée puisque nous avons écrasé notre ennemie de toujours, l'Allemagne? » Ce nouveau-né que sa maman voulait prénommer 'René' et que le papa désirait appeler 'André' et qu'en définitive le secrétaire de l'état-civil municipal inscrivit sous les prénoms de 'René, André et Auguste', saura donc, dès le premier jour de sa vie, qu'il pourra exercer n'importe quelle profession mais surtout pas celle de militaire. C'était dit mais ce n'était pas forcément compris. 7

Le 25 août 1926, un troisième frère fut donné à René: ce sera' Jean' qui rejoindra la fratrie, composée dorénavant de Robert (né le 27 janvier 1921), Lucien (né le 21 mars 1923) et donc René (né le 4 avril 1925). Mais le papa Léon était fort souffiant. Le 10 avril 1930, il décéda. Son entourage le savait très malade depuis deux ans. Il avait été gazé pendant la Grande Guerre mais comme il était de composition robuste, chacun pensait qu'il pourrait vaincre facilement son mal. A l'époque on ne parlait pas de cancer, l'on craignait surtout la tuberculose. Dans le cas précis de la maladie de Léon l'on parla de tuberculose osseuse (mal de Pott). Léa fut donc obligée de vendre le commerce (café-épicerie) de son mari et de rechercher une petite maison d'habitation en dehors de la ville. C'est d'ailleurs ce qu'il fut réalisé assez rapidement, à Saint-Sulpice. Le 1er mai 1930, par décision du Tribunal de Première Instance de Péronne (Somme), les quatre frères Valentin furent adoptés comme 'pupilles de la Nation' . Qu'est-ce que cela voulait dire? Quels étaient leurs droits mais aussi leurs devoirs? En l'an 2007, l'on dirait que cela leur donnait droit jusqu'à la majorité (de 21 ans) à une allocation trimestrielle, individuelle, de 60 francs - nettement plus importante que les prestations familiales, le R.M.I. et la retraite des vieux travailleurs... qui n'existaient pas à l'époque. En devoir, ce titre de 'pupille de la Nation' les obligeait à devenir des modèles de petits Français, capables d'assumer toutes les servitudes du citoyen sans rechigner. 8

C'était ce que leur 'maître d'école' leur répétait souvent devant les autres petits élèves. En attendant, à Saint-Sulpice, les quatre garçons (Robert, Lucien, René et Jean) pouvaient vivre sereinement, sous l'aile protectrice de Léa, tout en rêvant de leur avenir. - « Moi, disait Robert, plus tard, je serai instituteur, dans une école communale où l'enseignement est gratuit mais obligatoire. » - « Moi, précisait aussitôt Lucien, je veux être marin, pas dans la Marine Nationale mais dans la Marine Marchande. Je pense surtout aux grands paquebots comme 'Le Normandie'et le 'Queen Mary'. Je me vois technicien, soit aux machines ou sur le pont, mais encore mieux à la radio.» - « Moi, ajoutait toujours naïvement René, je serai soldat colonial. Je ne suis pas un guerrier. Je ne veux pas me battre. Je veux seulement faire des routes dans la brousse, soigner les malades indigènes dans leurs douars, faire apprendre la langue française aux enfants pour qu'ils s'administrent ensuite eux-mêmes. Je souhaite donc être légionnaire, saharien, spahi, zouave ou goumier. »

- « Et

moi, concluait

Jean, quand je serai grand je

deviendrai menuisier. J'irai chercher mon bois en Afrique Occidentale ou Equatoriale... peut-être à Dakar ou à Brazzaville, et je construirai en France de magnifiques chalets. » Mais il Yavait loin du rêve à la réalité. En 1937, sur conseils du grand-père maternel, pour des raisons économiques, Robert et Lucien se présentèrent au concours d'admission à l'école des apprentis des Chemins 9

de Fer du Nord pour devenir ajusteur au matériel roulant de la gare de Tergnier (Aisne). En 1938, une guerre était évitée de justesse entre Ia France et l'Allemagne qui s'était appropriée indûment l'Autriche et s'apprêtait à envahir Ia Tchécoslovaquie. René, qui avait obtenu le certificat d'études primaires l'année précédente, voulait partir dans une école d'Enfants de Troupe, mais le grand-père maternel s'y opposa. Avec la conjoncture politique mondiale, ce n'était pas le moment de parler 'armée'. Il devait donc suivre la trace de ses frères aînés et d'abord se présenter au concours des 'Chemins de Fer'. En mai 1939, René se présenta donc à ce concours et se distingua en répondant à Ia question suivante: - « A votre avis, quel est le plus grand progrès réalisé en France depuis le début du siècle? » Il pensait qu'une perche lui était tendue. Ilia saisit et se lança dans un vigoureux réquisitoire pour dire: - « A quoi servirait à la France d'avoir de belles locomotives sur un réseau flambant neuf, récemment appelé Société Nationale des Chemins de Fer, si en moins d'un mois, un ennemi bombardait toutes nos gares, détruisait tous nos carrefours ferroviaires, bouleversait tous nos rails et culbutait tous nos tunnels et nos ouvrages d'art? Rappelez-vous que tout cela est possible. Le 18 juillet 1918, en délivrant Château-Thierry, puis Soissons le 2 septembre, le général Mangin fasait la démonstration aux Français qu'en combinant les actions

- de l'arme blindée,pour envahir une zone,

-de l'armée
secteur,

de l'air pour observer et mitrailler ce

10

terrestre pour bombarder avec précision, - et de l'infanterie pour occuper le terrain... rien ne pouvait résister à une armée décidée à gagner. Avant de belles locomotives, il nous faudrait donc des avions, des véhicules blindés, des canons mais aussi des mitrailleuses, des munitions des postes radios et surtout de bons soldats. » Lors de la correction de ce 'devoir', l'examinateur qui connaissait Robert et Lucien - les appela et leur demanda si cette diatribe de leur jeune ftère René était voulue afin d'être tout simplement éliminé du concours. En tous les cas, René ne devint pas 'cheminot'. Le dimanche 1er septembre 1939, c'était la guerre. Le cours complémentaire où René était inscrit ne pourra pas reprendre en octobre, faute de professeurs, tous étant mobilisés. René irait donc travailler immédiatement dans une charcuterie comme 'garçon-livreur', au salaire mensuel de 100 ftancs plus pourcentage de 1% sur tout ce qu'il vendrait (ce qui lui doublera son salaire de base), plus logé et nourri. Son camarade Jacques C., qui rêvait de devenir pilote de chasse sur avion à hélices comme le capitaine Georges Guynemer, n'irait pas à l'Ecole des Mines de Lens. Il travaillera comme mécanicien dans une entreprise de battage, au pays. Un autre camarade, prénommé Camille C., affirmait que si il ne pouvait pas être soldat à cause de son âge (il n'avait aussi que 15 ans), il deviendrait 'chômeur professionnel'. En réalité, il fut embauché à la clouterie du canton, comme manoeuvre. A cette époque là, il y avait du travail pour tout le monde. 11

-de l'artillerie

-

Le vendredi 10 mai 1940, l'Allemagne ftancmt les ftontières de la Belgique et du Luxembourg et attaqua nos postes du côté de Sedan. Le dimanche 12 mai 1940, les nouvelles ne furent pas bonnes. Le mardi 14 mai 1940, de nombreuses villes de la région furent bombardées dont Tergnier. L'on entendait à présent le canon tonner sans cesse. De nombreux réfugiés belges et 'gens du Nord' évacuèrent en passant en cortège ininterrompu dans les rues de la ville, semant souvent la peur. Le jeudi 16 mai 1940, ce fut la panique générale. Comme tous nos voisins, nous abandonnâmes notre maison et partîmes à pied vers le sud-ouest... Pris de remords le lendemain, 17 mai, ma mère alla voir notre tuteur légal, M.Pilon, à l'Office des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, à Amiens qui nous conseilla de ne pas rester dans la région. De son côté, la S.N.C.F. ordonna à mes ftères aIDésde rejoindre Rennes. Nous partîmes donc sans trop hésiter. Nous mîmes trois jours pour y parvenir, en passant toujours quelques minutes avant les bombardements aériens allemands. Oh la belle amée ftançaise de mes rêves où étais-tu donc passée? Le mardi 18 juin 1940, les Allemands nous avaient rejoints et même dépassés. La sinistre 'occupation' allait commencer. 12

Le 25 août 1940, sur l'ordre des chemins de fer allemand (dit 'la Bahnof') donné à Robert et à Lucien de rejoindre leur atelier à Tergnier, toute la famille prit le train pour retrouver la maison familiale. C'est alors que nous allions mesurer l'étendue du sinistre. Des morts et des ruines partout, une armée de deux millions d'hommes prisonnière de l'ennemi... un gouvernement postiche siègeant à Vichy avec le Maréchal Pétain. Ma 'prophétie' écrite au concours d'admission à la S.N.C.F. semblait bien s'être réalisée. Nous n'avions pas voulu nous battre: nous allions devoir payer la facture. Le mardi 3 novembre 1942, Robert fut désigné avec 29 de ses camarades pour aller travailler en Allemagne. C'était le S.T.O. (ou 'Service du Travail Obligatoire'). Il partit au dépôt des chemins de fer de BrêmeHémélingen. Dans le même temps, craignant d'être obligé de partir aussi, prochainement, comme son ftère Robert, Lucien quitta sans prévenir le centre de Tergnier où il travaillait et alla (avec l'accord tacite de notre mère) contracter un engagement dans la Marine Nationale à Toulon. Mais huit jours plus tard, les Allemands envahirent ce qu'on appelait la 'zone sud' (ou 'zone libre') sous le fallacieux prétexte de défendre la France susceptible d'être attaquée par les Alliés comme cela venait d'arriver en Afiique du Nord.

13

René et Jean restèrent donc auprès de leur mère, René en charcuterie et Jean au cours complémentaire en vue du baccalauréat. Par le biais du scoutisme, René sembla 'trafiquer' avec son aumônier (M.1'abbé Léon Richard) et un médecin (M. le docteur Auguste Puche) vers ce qu'on appellera en 1944 'la Résistance' et qui, pour l'instant n'était qu'un jeu d'observations et de renseignements sur les troupes ennemies dans la région. Le 16 juillet 1943, il fut envoyé par ces deux personnes sur un stage de formation de moniteurs de colonies de vacances dans la banlieue de Lille. En réalité, il s'agissait d'un centre de formation de chefs scouts destinés à devenir des chefs de groupe dans la Résistance. Le lundi 4 octobre 1943, Jean fut admis à l'Ecole Normale des Instituteurs à Amiens. Quant à René, il se trouvait toutes les semaines requis par la mairie de Saint-Sulpice pour garder un tronçon de la voie ferrée de la ligne Amiens-Tergnier. Le, 8 mars 1944, la Kommandantur départementale de la Somme convoqua René pour aller travailler sur les côtes de la Manche à la fortification de la baie de la Somme. Il avait plus de 16 ans, c'était 'normal' en zone verte. Sur avis de son médecin ( le docteur Puche) et conseils de son aumônier scout (l'abbé Richard), il ne s'y rendit pas mais fut obligé de quitter la maison familiale pour se réfugier d'abord dans un monastère près de Noyon (abbaye d'Ourscamp) puis chez un curé (l'abbé Maréchal) où il travailla, suivant ses compétences, à tuer quelques cochons 14

ou à moissonner le blé et le lin chez les cultivateurs du com. Enfin, le 2 septembre 1944, ce fut la Libération. René pouvait sortir de ses cachettes et rejoindre ouvertement les Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.) du canton dont le chef était justement son ami le médecin, le docteur Puche. Le 19 octobre 1944, René sembla avoir fait un grand pas dans son rêve d'enfant; puisque, avec 64 de ses camarades du canton, il rejoignit le château de Péronne où il signa, quelques jours après, un engagement pour trois ans au titre des compagnies sahariennes. Le voici donc soldat. Bien sûr, la guerre n'était pas finie et il n'ira pas au Sahara tout de suite. Il sera d'abord affecté à la garde des munitions récupérées à l'ennemi, notamment à Péronne, Roye, Le Catelet et Chauny avec le Bataillon VII/2 des F.F.I. de la Somme qui sera transformé en 3ème bataillon du 48ème régiment d'infanterie.. Le 8 mai 1945, ce fut la capitulation sans condition de l'Allemagne ce qui impliqua le rapatriement des prisonniers de guerre français, des déportés et des 'S.T.O.' dont Robert (qui ne rentrera que le 19 mai 1945). Le 18 octobre 1945, René montera en occupation en Allemagne dans la région de Constance. Le 26 février 1946, il rejoindra l'Ecole des Cadres de Rouffach (Haut-Rhin) pour un stage d'homologation de grade de sergent. Le 15 décembre 1946, nommé sergent, il se présentera au bureau des Territoires du Sud à Alger et rendra 15

officiellement son grade pour deveIÙr brigadier~chef à la Compagnie Méhariste du Tidikelt-Hoggar à Tamanrasset. Là, il devra accomplir deux ans de service avant de pouvoir prétendre à un congé saharien. Comme il refusa de rengager, il fut libéré et rendu à la vie civile le 20 octobre 1947. Il décida ensuite de servir dans la Gendarmerie Nationale où il espérait tout de suite un logement décent pour le foyer qu'il voulait bâtir. Il fit donc sa demande d'admission à la brigade de Valence : ce fut le maréchal des logis~hefBuchot qui le reçut. Il n'était pas malade et n'avait pas d'infirmité gênante. Sa taille était de 1 m.66, alors que la hauteur minimale exigée était de 1 m.65. Son niveau d'études était satisfaisant avec deux problèmes d'arithmétique résolus, une dictée de vingt-cinq lignes sans faute et une rédaction de deux pages pour décrire son dernier quatorze juillet passé au Sahara. Il n'avait pas servi au 1er Régiment de France, ni à la Milice, ni à la Légion des Volontaires Français (L.V.F.) contre le Bolchevisme et remarqua que dans le questionnaire en question, pré-imprimé, deux alinéas afférents à l'appartenance à la religion Juive et au parti communiste avaient été rayés mais étaient encore très lisibles. Comme il ne faisait pas du tout de politique et déclarait n'avoir servi dans la Résistance que du 16 juillet 1943 au 1er septembre 1944 puis dans les F.F.I. d'où son engagement en était sorti vers le 20 octobre 1944, il fut prit volontiers... Mais ce n'était pas tout.

16

Le candidat devait répondre encore par écrit à un questionnaÜ'e patriotique qui s'apparentait plus au piège qu'à un vrai sondage. Ce questionnaire présentait dix questions.Nous avions trente secondes pour répondre à chacune d'entre-elles: 1 - Où se trouve Dantzig, cause de la déclaration de guerre le 2 septembre 1939? Réponse proposées - A : En Allemagne - B: En Italie - C : En Pologne - D : En Tchécoslaquie - E : Je ne sais pas. 2 - Le général Koenig est-il Allemand ou Francais? Réponses: A: Allemand - B: Français. 3 - Où une division Canadienne a-t-elle débarqué en 1942 ? Est-ce à Dieppe, à Narvik, en Italie, en Yougoslavie ou à l'île de Crête. ?
Réponses: A : A Dieppe - B - A Narvik : En Yougoslavie - E : A Crête.

-C

- En

Italie

-D

4 - El-Alamein se trouve en Allemagne - en Corée - au Sahara - ou en Indochine? Réponses: A: Allemagne - B : Corée - C : Sahara - D : Indochine. 5 - Devant l'invasion allemande, en juin 1940, le général De Gaulle a rejoint l'Amérique - l'Afrique du Nord l'Angleterre ou Vichy? Réponses: A: Amérique - B: Afrique du Nord - C : Angleterre D: Vichy. 6 - L' armistice de 1940 a été signé à Berlin - à Rome - à

-

Paris à Tokyo à Rethondes? Réponses: A : Berlin B : Rome

-

-

-

- C : Paris - D

: Tokyo

-

E: Rethondes. 7 - Le débarquement du 6 juin 1940 a eu lieu sur les côtes de Provence sur les côtes Normandes sur les côtes d'Italie - ou sur les côtes Basques?

-

-

17

Réponses: A : Provence - B : Normandie - C : Italie - D : Basques. 8 - Le général Eisenhower était-il de nationalité anglaise allemande - américaine - ftançaise - iaIienne ? Réponses: A : anglaise - B : allemande C : américaine

- D : française - E : italienne.

-

9 - Adolf Hitler est-il mort à Berchtesgaden - Berlin Munich- Lindauou en en captivité chez les Soviets? Réponses: A : Berchtesgaden - B : Berlin - C : Munich

D: Lindau - E : chez les Soviets. 10 - La capitulation sans condition de l'Allemagne le 8 mai 1945, a été signée à Rome - à Paris - à Londres à Bruxelles, à Moscou ou à Berlin? Réponses: A : Rome - B : Paris C : Londres - D :

-

-

-

Bnaenes-E:Mo~ou-F:B"lin
Maintenant il n'y avait plus qu'à attendre la décision de l'Administration Centrale de la Gendarmerie à Paris qui lui dira quelle école de Gendarmerie René Valentin devra rejoindre (en principe, soit à Mamers, Pamiers, Romans, Maison Alfort, Melun ou Berlin). Sur une question du chef Buchot qui se demandait pourquoi l'intéressé avait fuit sa demande d'admission à la Gendarmerie à Valence plutôt qu'en son lieu de naissance, il répondit : - « Parce que je compte me marier prochainement avec
une personne de la région. )J.

- «Mais cela me concerne aussi riposta le chef Buchot, car dans la Gendarmerie Nationale il y a une enquête à faire sur votre fiancée et ses parents. Nous devons connaître aussi qui elle est, ses sentiments patriotiques et même ses ressources. 18

Savez-vous que depuis le décret du 20 mai 1903, la future

épouse d'un gendarme doit apporter en dot la valeur
vénale équivalente de l'achat du cheval de son mari? » En 1947, un cheval valait environ 30 000 francs. C'était donc la somme qu'elle devait possèder sur son livret de caisse d'épargne, en vêtements ou en objets meublants ou mobiliers. Première surprise... qui n'allait pas être la dernière. En effet, avant de quitter le chef d'escadron P. commandant la compagnie de gendarmerie de la Drôme, je dus répondre à cette question: -« En mars 1945, vous avez été affecté à la 1ère armée française du général de Lattre de Tassigny. Vous veniez alors du bataillon VIII2 des FFI. de la Somme. Dans votre dossier, nous trouvons des documents signés du commandant Loisy-Jarnier d'Amiens commandant cette unité et d'un certain MBonpas, responsable du Front National du groupe des partisans français communistes. Est-ce exact? -« Oui», répondis-je, sans hésitation - «Alors, sans doute pour cette raison, reprit le commandant P., le directeur de l'école des cadres de Rouffach où vous avez été affecté en 1946, a ajouté dans vos notes la mention ( A surveiller au point de vue politique ». J'ai donc peur que pendant votre carrière en gendarmerie l'on s'accroche à cette mention. Qu'en pensez-vous? » -« Mon commandant, tout cela est vrai, assurai-je. J'ai été incorporé aux FT.P.F de la Somme parce que c'était le seul mouvement actif de la Résistance que je connaissais en 1944 lorsque j'ai voulu partir à l'armée. 19

J'ai donc été appartenu au bataillon VIUl, tout en étant chef scout catholique et que je ne faisais pas de politique. S'il en est nécessaire vous pouvez toujours entrer en
liaison avec: Auguste Puche, docteur en médecine à Ham, qui était mon chef direct dans ;10 Résistance; -MFrançois Martigny, commissaire départemental des scouts de Picardie à Amiens, M l'abbé Léon Richard, curé à Ham.

-M -

Tous m'ont très bien connu et savent qui je suis. » Le chef d'escadron P. le regarda au-dessus de ses lunettes en souriant. Puis il ajouta :

- « Avant vous il y en a beaucoup d'autres qui étaient communistes et qui, aujourd'hui, sont de parfaits
Français. Allez, n'en parlons plus. »

Il n'empêche que cette 'tache originelle' restera indélébile dans mon carnet de notes sous-officiers, donc jusqu'en
avril 1965 .

20

Chapitre premier

Stagiaire à l'E.P.G. de Pamiers (Ariège) en 1948
Par décision ministérielle n° 16048/Gend. pso en date du 3 mai 1948, René, André, Auguste Valentin était informé que, sur sa demande, il était nommé à compter de ce jour à un emploi d'élève-gendarme et qu'il devait rejoindre pour sa formation l'Ecole Préparatoire de Gendarmerie de Pamiers (Ariège) le mercredi 2juin 1948 avant midi. Le 1er juin 1948, à 22 heures 14, le jeune élève-gendarme Valentin prit donc le train à la gare de Valence (Drôme) avec un bon de transport modèle 8 que lui avait fourni le chefBuchot de la brigade. Au premier arrêt, à Montélimar, un voyageur d'une vingtaine d'années monta dans le train et regarda curieusement l'unique passager qui se trouvait dans le wagon où il était. Sans attendre, il se présena :
- «Je suis André Ritton. Je viens de Pierrelatte tout en

étant natif de La Chapelle-en- Vercors. Là, je rejoins Pamiers en passant par Toulouse. Le train dans lequel nous sommes doit se diviser à Tarascon. Suis-je dans un bon wagon? » - «Tranquillisez-vous, répondit son interlocuteur, vous êtes dans un bon wagon mais il faudra quand même, vers 7 heures du matin, descendre en gare de Tou/ouse pour 21

changer de train. Mais enfin, comme je vais aussi à Pamiers, je vous réveillerai si vous dormez. » - « Vous êtes donc élève-gendarme comme moi? riposta Ritton. Et comment vous appelez-vous? » - « René Valentin... dit l'autre, mais je crois vous avoir entrevu à Valence quand nous nous sommes présentés au commandant de compagnie. » - « Exact, répondit Ritton... et pourtant l'entrevue a été
rapide et là, il n y a pas grand monde dans le train ce soir

pour se retrouver. C'est un drôle de hasard. » La discussion s'anima donc jusqu'au pays de Tartarin. Là, le train se divisa comme prévu: une partie se rendit vers Marseille et l'autre vers Toulouse, mais en attendant, cette dernière rame fut bloquée sur une voie de garage. Tous les passagers devaient attendre le jour pour repartir. Heureusement les nuits étaient courtes en juin et au petit matin, cahin-caha, le convoi repartit en circulant au milieu des vignes de Lézignan puis de Carcassonne. Vers 7 heures 10, ce fut l'arrivée à Toulouse. Ritton et Valentin allèrent ensemble au bar-restaurant de la gare boire un café et remarquèrent que beaucoup de jeunes gens étaient, comme eux, dans l'attente de la
correspondance pour Pamiers.

E_

un convoi fut signalé. Ce fut l'investissement.

Chacun s'empara d'une place comme si il s'agissait d'une prise de guerre et se réinstalla pour sortir les sandwiches emportés. Vers 10 heures 30, ils arrivèrent à Pamiers. Des gendarmes en treillis kaki, reconnaissables seulement par leurs képis, firent mettre tous les voyageurs à destination de l'Ecole Préparatoire de Gendarmerie en 'colonne par trois'. 22

Direction: la sortie... Le 'troupeau' ne marcha pas au 'pas cadencé' à cause des bagages (valises ou sacs tyroliens), mais en rangs. Heureusement il n'y avait pas une grande distance entre la gare et la caserne où était implantée la fameuse Ecole Préparatoire de Gendarmerie (appelée RP.G. mais qui n'avait rien à voir avec un 'Elevage de Poulets de Grain' me précisait-on tout de suite). Nous étions donc à Pamiers, à 18 kilomètres au nord de Foix, à 63 au sud de Toulouse et à 70 au sud-ouest de Carcassonne, dans le quartier situé à 800 mètres de la gare appelé 'Le Rasset', qui dominait le fleuve Ariège. La caserne, construite au XIXème siècle, se composait, comme tous les établissements militaires de cette époque, de quatre bâtiments au carré placés autour d'une cour majestueuse où était implanté, au centre, un mât ou flottaient les couleurs de la France. A l'entrée, une plaque apposée sur le mur du 'Poste de Police' rappelait que c'était de là qu'était parti à la guerre le 3 août 1914, le 59ème Régiment d'Infanterie, dit 'Régiment de Bourgogne', appartenant à la 68ème brigade, 34ème division et 17ème corps d'armée. Aujourd'hui, 2 juin 1948, près de ce mât, une table avait été installée avec quatre militaires assis autour, faisant office de secrétaires. Devant eux, un capitaine et quatre sous-officiers de la Gendarmerie (adjudants-chefs et adjudants, avec fanions portant chacun un numéro) se tenaient debout et attendaient en parlementant entre-eux. Il s'agissait là du commandant de la 3ème compagnie d'élèves-gendarmes (Ie capitaine Longpré) et des quatre chefs de pelotons à constituer. 23

La répartition (dite 'dispatching') commenca. Trois par trois, les élèves se présentèrent aux tables: - «Elève-gendarme Hans» dit le premier; - «Au premier peloton» lui répondit une voix de secrétaire. - «Elève-gendarme Junker» annonca le suivant. - « Au troisième peloton» déclara un autre secrétaire. -gendarme Crochet» - « Au deuxième peloton ». La cadence était prise, rapide et précise.

- «Elève

- « Elève-gendarme

Botticelli » -« Au quatrième peloton ». - «E/ève-gendarme Couturaud ». - « Au deuxième peloton ». - « E/ève-gendarme Théron ». - « Au premier peloton ». Et ainsi de suite...

En principe les 'intellectuels' (titulaires du baccalauréat, du brevet ou étudiants + secrétaires) étaient affectés au premier peloton. Les artisans, ouvriers, travailleurs manuels et citadins allaient droit au deuxième peloton. Les agriculteurs, paysans et ruraux étaient pour le troisième peloton. 24

Les militaires de carrière et élèves ayant un niveau intellectuel assez bas étaient affectés au quatrième peloton afin qU'ils puissent s'entraider entre eux. Là, l'on entendait quand même quelques boutades, venant des secrétaires à l'adresse des jeunes recrues:

- « Vous avez tué père et mère où vous venez dans la
gendarmerie pour vous 'planquer' ? »

- « Vous

savez que la guerre est finie, vous n'avez plus à

vous cacher des Boches, alors c'est pour la 'gamelle' que vous venez ici ? » Les réponses étaient toujours très timides. Personne (ou presque personne) n'osait répliquer. En réalité, la majorité des futurs gendarmes venaient pour avoir un métier stable, un métier sûr, un logement assuré. Personne n'avait tué père et mère, ou commis une inftaction quelconque pendant la guerre 39-45 et ne venait dans la Gendarmerie pour se 'refaire'. Enfin, par un petit mot d'accueil, après s'être présenté le capitaine (Capitaine Longpré du cadre permanent), commandant la compagnie déclara: - « Les affectations que l'on vous donne sont très provisoires et ne doivent pas altérer votre moral. D'ailleurs si l'un des affectés veut changer de peloton, qu 'i/le dise, c'est le moment. » Aussitôt, l'élève-gendarme Ritton lèva le doigt, s'avanca vers l'officier, et dit: -« Mon capitaine. Je viens de Valence dans la Drôme. Je suis ouvrier agricole. J'ai été affecté au 3ème peloton. C'est bien, mais j'aurais aimé ne pas être séparé de mon 25

camarade, Valentin, qui vient aussi de Valence et qui est affecté au deuxième peloton. » - « La chose est possible, répondit le capitaine. Je vous
affecte au deuxième peloton si personne ny voit

d'inconvénient. » Et, immédiatement Ritton quitta le troisième peloton commandé par un adjudant à la stature du général De Gaulle et rejoignit le deuxième peloton où il retrouva son ami Valentin de Valence. Le 2ème peloton était commandé par un adjudant-chef de la garde républicaine mobile, détaché pour six mois d'un escadron de la région lyonnaise (de Bourgouin-Jallieu). Il se nommait Coiron et se disait Bourguignon... Lui ressemblait au maréchal Juin, mais en plus rougeaud. Il avait deux adjoints:

- le

maréchal des logis-chef Chabanne, du cadre détaché,

qui venait d'une brigade départementale de la Loire, et - le maréchal des logis-chef Bonnel qui, avec son fort accent occitan, arrivait tout droit de l'escadron de gardes républicains mobiles de Narbonne mais était affecté au cadre permanent des écoles pour cinq ans. La troisième compagnie (dite 'compagnie Longpré') était installée dans tout le bâtiment C (à droite en entrant dans la cour de la caserne). Le premier peloton logeait au rez-de-chaussée. Le deuxième peloton se vit attribuer le premier étage du même bâtiment, le troisième au deuxième étage et le quatrième peloton au dernier étage (troisième). La compagnie comptait 160 élèves répartis en quatre pelotons de 40 hommes chacun. Tout de suite, l'on nous 26

affecta deux chambres de vingt lits et nous nous installâmes à notre guise. Je fus, naturellement à côté de Ritton, entre lui et un nonuné Molinarès. Mes camarades de chambrée se nommaient Ballay, Beaumont, Crochet, Couturaud, Davigneau, Douvre, Fagant, Gressot, Jouvelot, Lacroix, Luciani, Paris, Petit, Pou1ain, Souchal et Trembelland. A 12h.45, nous allâmes (encore en troupeau) au réfeeton-e du 2ème peloton de la 3ème compagnie et mangeâmes dans des assiettes blanches. Au menu: sardines au beurre, lentilles avec un petit morceau de viande, gâteaux sees et confiture pour dessert. Pain à volonté. Vin et eau comme boisson mais pas de café. Ce n'était pas mal pour le repas d'arrivée, mais ce ne sera, hélas, pas toujours pareil. Le pain en particulier sera rationné et les légumes ftais inexistants. Les menus tourneront souvent avec pommes de terre, haricots, pâtes, lentilles et pois cassés. A 13h.30, le chef Bonnel vint nous apprendre que les deux chambrées réservées aux élèves du 2ème peloton étaient sous la responsabilité de deux 'chefs de chambre'. La première était sous la responsabilité de l'élèvegendarme Domise ; quant à la seconde, comme étais l'autre élève le plus ancien gradé du peloton, j'étais d'autorité désigné' chef de chambre'. Aussitôt, un élève-gendarme, nommé Couturaud (ancien stagian-e de Rouffach également), opposa une réserve à cette affectation en affirmant savon- que j'avais été démobilisé en 1947, comme brigadier-chef alors que lui était resté sergent.

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Je répondis que c'était exact et que j'abandonnai volontiers cette responsabilité puisque effectivement ayant rendu volontairement le 1er décembre 1946 mon grade de sousofficier pour devenir méhariste, j'avais donc bien été démobilisé le 20 octobre 1947 comme brigadier-chef. Couturaud devint donc chef de chambre. Quelques instants plus tard, un gendarme, responsable de l'habillement de l'Ecole nous demanda de nous rassembler et de venir à son magasin pour 'la perception du paquetage'. Nous y allâmes. La chose était compliquée. Il y avait des effets qui appartenaient à l'E.P.G. et que nous devions rendre à la fin du stage (tenues de drap kaki modèle 1938, treillis usagés, brodequins de marche déjà utilisés par d'autres, etc.), - d'autres effets, qui nous étaient personnels et que nous conserverions en les payant par l'intermédaire de ce qu'on appelait la 'masse d'habillement de mise en route' s'élevant à 60 000 francs ( pour, notamment, 1 calot d'armes, 1 treillis neuf, 2 caleçons longs, 2 caleçons courts, 2 maillots de corps, 2 serviettes de toilette, 2 gants de toilette, 4 paires de chaussettes, 1 flottant (short) de sport, un pullover kaki, une parka U.S., une paire de gants cuir, - et encore d'autres effets, qui étaient gratuits mais que nous rendrions lors de notre démobilisation dans 15 ou 25 ans : comme le casque Adrian, le manteau de pluie (dré kaki), le ceinturon de parade blanc, le sac de petite monture contenant ciseaux, dé à coudre, fil blanc, noir et kaki avec aiguilles et puis les brosses à cirage, à faire briller, à laver le linge et pour épousseter les vêtements (qui étaient des 'matières consommables').

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Les képis et les tenues aux couleurs de l'Arme ne seraient fournis par le maître tailleur de l'Ecole qu'en cours de stage (à partir du quatrième mois de présence). Je notai que nous ne toucherions qu'un manteau, une vareuse et une culotte-cheval avec molettières bleu-marine mais pas de pantalon long! Les bottes en caoutchouc noir et les houseaux étaient interdits. Seilles les molettières et les guêtres rigides dites 'jambières' étaient autorisées. Une autre remarque également: en Gendarmerie (du moins à cette époque là) l'on ne touchait ni brosse à dents, ni savon, ni dentiftice, ni papier hygiènique, ni serviette de table, ni gant de toilette... En revanche l'on perçevait tous les quinze jours deux paquets de tabac ou huit paquets de cigarettes 'Troupe' comme tout bon soldat français, fumeur ou non-fumeur. Ces produits étaient déduits du montant de la solde payée vers le 22 de chaque mois par l'officier-trésorier.

Un foyer bien achalandé était ouvert à côté du bar de l'Ecole mais il ne faisaitpas de crédit.
A l'E.P.G. tout marchait au clairon 'réveil, rassemblement, courrier, soupe, appel des consignés, des sergents de semaine, extinction des feux ... Le 'café du matin' était pris dans les chambres. Le 'repas de midi' avait lieu à 12 heures. La 'soupe du soir' était servie au réfectoire, vers 18 heures. Tout le monde devait être en tenue de treillis usagée avec ceinturon. Nous ressemblions beaucoup plus à des prisonniers de guerre français détenus depuis plusieurs années qu'à de fraîches recrues d'une des plus importantes écoles de la 29