Cahiers numéro 05

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Cinquième volume des Cahiers de François Mauriac, prix Nobel de littérature en 1952.

Publié le : mercredi 26 avril 1978
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246788454
Nombre de pages : 212
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FRANÇOIS MAURIAC : TRADITION et MODERNITÉ
Ce n'est pas un hasard si l'Association parisienne des Amis de François Mauriac a choisi Rome pour y tenir un colloque international sur « François Mauriac : Tradition et modernité ». Il nous a paru que Rome, ville antique et moderne à la fois, heureuse synthèse du christianisme de jadis et de celui de Vatican II, reflétait assez bien par son enracinement dans le passé et par son ouverture aux courants de la sensibilité contemporaine ces deux aspects de l'œuvre de François Mauriac que nous avions choisi d'étudier. Par ailleurs, nous étions assurés d'y trouver un large public francophone, en particulier grâce à l'appui des Ambassades de France au Vatican et au Quirinal. Nous avons été accueillis au Centre d'études de Saint-Louis de France par le R.P. de La Brosse qui a mis à notre disposition toutes les ressources dont il disposait. Monsieur l'ambassadeur Georges Galichon a bien voulu placer notre manifestation sous son haut patronage et il nous a fait l'honneur, ainsi que monsieur l'ambassadeur Gabriel Puaux, d'assister à un certain nombre de nos communications. En même temps, le Centre culturel français de Rome présentait une exposition de photographies sur François Mauriac qui nous avait été obligeamment prêtée par la Bibliothèque de la ville de Bordeaux.
Chaque journée d'études se terminait par la présentation de films inspirés de l'œuvre de Mauriac, présentation parfois suivie de débats, comme ceux qui réunirent de nombreux admirateurs de Mauriac et l'interprète prestigieuse de Thérèse Desqueyroux, Emmanuelle Riva, – laquelle commenta avec beaucoup de sensibilité le caractère de l'héroïne qu'elle incarnait. Réunissant écrivains, journalistes, professeurs et chercheurs français et étrangers, le colloque a donc trouvé dans la Ville Eternelle un cadre idéal pour ses travaux. Par leur richesse et leur variété, les communications ont répondu à notre attente et à celle du public.
Le thème du colloque ouvrait de larges perspectives. Si la notion de tradition était sans équivoque, il n'en était pas de même de celle de modernité : nous l'avons entendue dans un double sens : d'une part l'accord profond que présentaient la pensée et l'art de François Mauriac avec certains courants de son époque, et d'autre part, le caractère actuel de l'œuvre de Mauriac qui, dans de nombreux domaines, paraît encore moderne en 1977-1978.
De toute évidence le christianisme de Mauriac restait au premier plan à la fois comme tradition reçue et comme réflexion neuve et critique sur cette tradition. C'est ce qu'ont montré de façon pénétrante les communications de Mgr Ennio Francia, de Mgr
Daniel Pézeril, d'André Frossard et de Jacques Monférier. Mais si le christianisme de Mauriac était pour lui l'objet de tensions et de contradictions, il en était de même pour sa nature intime, à tel point que deux communications de notre colloque s'opposent par leur titre : là où Gaston Duthuron voit chez Mauriac avant tout la fidélité à soi-même, Jean d'Ormesson est frappé surtout par les contradictions de François Mauriac, dont il ne doute pas qu'elles se résolvent finalement dans l'unité, celle du chrétien qui se sait pécheur mais garde l'espérance d'être pardonné. Mme Paola Marchetti a su retrouver dans le Mauriac vieillissant la fidélité à l'esprit de famille et d'enfance qui est un des thèmes constants de son œuvre.
A travers des communications aussi diverses que celles de Jean Touzot, de Gastone Mosci, de Valerio Volpini, apparaît le rapport de Mauriac avec l'Italie, qu'il s'agisse pour Mauriac de la découverte d'un pays, d'un art et d'une civilisation qui l'envoûtent, ou du rayonnement qu'à eu son œuvre romanesque et journalistique sur la littérature italienne contemporaine. La curiosité de Mauriac ne se limitant pas à la péninsule, Charles Dedeyan a pu révéler, grâce à de précieux inédits, l'importance des contacts établis par Mauriac à Pontigny avec les penseurs et les écrivains les plus représentatifs de son temps, comme Gide, Du Bos, Curtius. Henri-François Imbert a bien mis en valeur les ressemblances et les différences entre deux catholiques, l'un de naissance, François Mauriac et l'autre converti, Graham Greene. Si différents qu'ils soient l'un de l'autre, ils s'opposent à la tradition du romancier catholique tel que l'incarnait Paul Bourget.
Tradition et modernité se manifestent aussi chez Mauriac dans sa relation aux différents genres littéraires : poésie, roman et même expression cinématographique. Yves Leroux révèle les analogies existant entre Mauriac et Marie-Noël qui recouvrent un très ancien thème chrétien, celui de l'intériorité, lié à la solitude de l'âme dans le monde. La lecture que fait Mauriac de Rimbaud nous a paru poser un autre problème : celui des affinités intellectuelles et spirituelles entre l'écrivain célèbre et fêté et « l'enfant de colère », symbole de la modernité, poète maudit et selon Mauriac, peut-être sauvé. Marie-Françoise Canérot montre comment Mauriac a renouvelé la tradition romanesque en y exprimant les joies et les souffrances qui accompagnent la naissance des vocations littéraires, en un mot le drame des « enfants-poètes ». Avec son étude sur le retour des personnages dans le roman mauriacien, Maurice Maucuer analyse avec rigueur l'emploi que fait Mauriac d'une technique héritée de Balzac et de Proust, mais qu'il a su renouveler en lui donnant un accent poétique d'attachement aux paysages et aux êtres. Enfin la modernité de François Mauriac apparaît dans la communication de Janine Prud'homme : ses recherches éclairent bien le côté intimiste des films tirés des romans de Mauriac, en particulier de
Thérèse Desqueyroux. Ainsi les techniques les plus modernes mettent en lumière chez Mauriac, en particulier par l'expression des visages, une donnée du roman français de toujours : la vie intérieure.
En définitive, les communications du colloque éclairent un des paradoxes de Mauriac : cet auteur que l'on avait traité d' « écrivain régionaliste » éveille des échos et des résonances profondes au-delà de nos frontières. Il ne se laisse enfermer ni dans un terroir, ni dans un temps révolu. La tradition chez lui n'exclut pas l'ouverture au monde moderne. Il demeure, comme on l'avait bien vu, l'homme de l'inquiète fidélité.
Ce volume contient les actes du colloque international sur François Mauriac tenu à Rome du 28 novembre au 1er
décembre 1977. Ce nous est un devoir agréable d'exprimer notre vive gratitude au service des Relations culturelles du ministère des Affaires étrangères et au Centre national des lettres dont le concours nous a permis d'organiser cette manifestation.
ANDRÉ SÉAILLES.
Organisateur du colloque.
Nous avons plaisir à exprimer au nom de l'Association, notre reconnaissance à Claude Mauriac, Georges Franju, Francis Lacombrade, Paul Paviot, Jean-Louis Curtis, Pierre Cardinal, qui ont bien voulu consentir à nous prêter les films et dramatiques dont ils ont été les adaptateurs et les réalisateurs.
(Télégramme de Claude Mauriac adressé à Yves Leroux et lu par ce dernier à l'ouverture du Colloque de Rome.)
Mon cher Président et ami,
Il m'a été impossible de venir à Rome.
J'en suis d'autant plus désolé que ce colloque international consacré à François Mauriac revêt une particulière importance en raison du lieu où il se tient et de la qualité de ses participants.
Je vous demande de bien vouloir être l'interprète de mes regrets et de mes vœux auprès de nos amis italiens et de leurs invités étrangers et français.
Croyez, mon cher Président et ami, à mes sentiments reconnaissants pour ce que les amis de François Mauriac font pour sa mémoire et l'approfondissement de son œuvre et veuillez accepter l'expression de mes sentiments amicalement dévoués.
CLAUDE MAURIAC.
MAURIAC ET LE CONCILE VATICAN II
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