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Capitaine moussa Dadis Camara

De
162 pages
Cet essai restitue l'enfance, l'adolescence et la vie adulte du bouillant capitaine de manière vivante, et donne au lecteur le sentiment que cela se passe sous ses yeux. Les scènes sont en effet authentiques, tragiques, sensibles, touchantes...La violence des combats, les ruses visant à sauver la vie du président Dadis, les méditations silencieuses et douloureuses de ce dernier après le massacre du stade du 28 septembre sont relatées sans bienveillance, mais sans rancœur non plus...
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Yamoussa Sidibé
Capitaine Moussa Dadis Camara Une parenthèse guinéenne
Une parenthèse guinéenne
Préface d’Alimou Camara
Capitaine Moussa Dadis Camara
YamoussaSIDIBÉCapitaine Moussa Dadis Camara
Une parenthèse guinéenne
Préface d’Alimou Camara
Du même auteur Les balafres du pouvoir,2005, réédité par BookémissaireSaatè, la parole en pleurs,2006, L’Harmattan Les écumes de la rancœur, 2010, Publibook © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11972-4 EAN : 9782343119724
Préface Yamoussa SIDIBE et la chronique du temps présent
« Il n'y a rien dans le monde qui n'ait son moment décisif, et le chef-d'œuvre de la bonne conduite est de 1 connaître et de prendre ce moment », inMémoires,Cardinal de RetzEntre le passé récent et le futur proche, Yamoussa Sidibé est le chroniqueur du temps présent dans sa « biographie » du Capitaine Moussa Dadis Camara. L’histoire de l’homme et l’Histoire du pays se croisent, s’entrecroisent et parfois s’entremêlent dans un récit dynamique qui relate les faits au plus près. Le présent employé quasi exclusivement dans le texte en fait un reportage avec des effets du direct. Où s’arrête la biographie ? Où commence la chronique ? Peut-on parler de style journaliste ? Le présentateur du journal de 20h30 et l’actuel directeur général de la Radio Télévision Guinéenne (RTG) à Koloma connaît les risques et les avantages du direct. Cela fait du lecteur le témoin de la vie mouvementée du Capitaine, le décrypteur du journal tenu au jour le jour de sa présidence et des multiples parenthèses de l’histoire de la Guinée depuis le règne de Lansana Conté après son élection en 1998. En vérité en plongeant dans l’enfance du héros (terme désignant ici le personnage principal, même si plusieurs vertus du héros antique lui sont attribuées), le récit dessine aussi les contours de la première République. Dans ce passage en revue historique, on arrive chronologiquement au début du
1 Cardinal de Retz,Mémoires(1675-1677), 1717, p. 231.
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premier mandat d’Alpha Condé après les péripéties des élections de 2010. De fait, si le livre, « Capitaine Dadis Camara, une parenthèse guinéenne », semble annoncer un récit centré sur une année de pouvoir exercé par le capitaine entre le décès du Président Lansana Conté en décembre 2008 et l’attentat perpétré par Toumba Diakité un an plus tard, l’auteur cherchant à éclairer cette période trouble où l’histoire bégaie, revient sur les années Conté, héritier de la première République, avant de refermer la parenthèse avec les résultats des élections de 2010 qui voient l’avènement d’Alpha Condé après l’épisode du Général Konaté avec un gouvernement de transition.
Histoire du tragique ?
Capitaine,
parenthèse
enchantée
ou
Comme Saint-Simon ou le Cardinal de Retz pour le siècle de Louis XIV, toutes choses étant égales par ailleurs, Yamoussa Sidibé passe en revue les moments importants, pour ne pas dire historiques, de l’année de pouvoir exercé par Dadis Camara. Ouvrant le récit par l’attentat de Boulbinet, on suit l’itinéraire de ce bouillant Capitaine de son enfance à l’exil burkinabé. On voit à plusieurs endroits du texte que la principale source d’informations c’est le Capitaine lui-même et son entourage. Dans le chapitre 2 intitulé « Rencontre à Ouagadougou », on peut lire ceci : « Ce premier jour, notre conversation n’a point porté sur la rédaction de sa biographie. » A partir de là, l’œuvre se présente clairement comme la biographie du Capitaine. Mais l’auteur ne se contente pas d’enregistrer des propos qui sont donnés tels quels à certains endroits sous forme de citations, on voit qu’il a mené sa propre enquête sur le terrain, auprès des témoins politiques et des compagnons de l’époque. On
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relève des influences culturelles et des éléments intertextuels comme dans l’évocation de l’enfance du héros qui contient plusieurs aspects des récits mythiques. Ainsi l’enfant Dadis est appelé à un destin extraordinaire dès son berceau et avant même sa naissance ; son retard à marcher l’apparente aux premières années de l’empereur Soundjata de l’épopée mandingue. D’autre part, il apparaît comme un Guinéen de sa génération qui est attiré par le football et fasciné par l’élégance légendaire de Papa Camara, sociétaire du Hafia 77 et membre éminent de l’équipe du Sily national. Au tournant des années 90, il souffre des mêmes problèmes de formation que de milliers d’autres jeunes à l’université et des difficultés à trouver un emploi. Il est recruté dans l’armée où ses qualités de leader l’amèneront à jouer un rôle capital dans la succession de Lansana Conté. Le temps du règne est passé en revue de bout en bout. Comme le duc de Saint-Simon dans sesMémoiresl’objectif de l’auteur est de «Mettre son lecteur au milieu des acteurs de tout ce qu'il raconte, en sorte qu'il croie moins lire une histoire ou des mémoires, qu'être lui-même dans le secret de tout ce qui est représenté, et spectateur 2 de tout ce qui est raconté» . C’est ici que l’auteur devient chroniqueur. On se dit qu’il a dû préalablement noter des faits au moment de leur déroulement avant de rédiger son texte. Le témoin est à l’écoute, l’œil du journaliste vigilant et l’historien aux aguets avant l’entrée en scène de l’écrivain. Le temps jugera de la justesse de ces notations, de la place des hommes et de la hiérarchie des événements.
2  Saint-Simon,Mémoires, Paris, Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade », n°69, vol. 1, 1983, p. 6.
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A l’écoute de l’Histoire récente de la Guinée En suivant le parcours de Dadis, c’est l’histoire récente de la Guinée qui est révélée au lecteur. En effet, on ne peut pas comprendre l’itinéraire de cet homme sans remonter aux premières années de l’indépendance et à l’atmosphère kafkaïenne dans la vie de tous les jours sous la première République. Comment comprendre sinon la peur qui s’empare des parents de l’enfant à qui des devins prédisent un destin national ? Nul ne pouvait imaginer la fin du régime de Sékou Touré à plus forte raison songer à lui trouver un successeur. L’enfant de Nzérékoré, dans la région forestière aux confins du pays, ne pouvait donc que taire cette prédiction et vivre son adolescence et sa vie de jeune adulte qui se fraie un chemin vers les hauteurs. Quand il est intégré dans l’armée, on est déjà sous le règne de Lansana Conté qui va durer 24 ans. C’est vers la fin de ce long règne quand le Général est fortement diminué par la maladie et les intrigues de cour que le jeune Capitaine se rapproche du « Vieux » par l’entremise notamment du fils Ousmane Conté. Le soldat Président le choisira-t-il comme successeur non désigné ? L’histoire ne le dit pas. Mais cette proximité avec la famille du malade régnant est la position idéale pour suivre l’évolution de la situation et se préparer à la prise de pouvoir avant même l’enterrement du cadavre en décomposition. La parenthèse racontée met surtout la loupe sur les difficultés à instaurer la démocratie dans le pays, la corruption généralisée, la misère sociale et morale. Aux périodes de grèves et de mutineries diverses succèdent des périodes de négociations et de transitions où les syndicalistes et les hommes politiques tiennent le haut du pavé. On retrouve les mêmes acteurs représentant les partis politiques, la société civile et l’armée ; sans compter l’implication plus ou moins désintéressée des pays de la sous-région et des puissances étrangères.
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Les masques du chroniqueur dans les coulisses du pouvoir Journaliste de profession, Yamoussa Sidibé est un écrivain qui ne cesse de s’affirmer avec une maîtrise toujours plus grande de son écriture. L’homme de médias et de télévision donne vie aux événements ; il accélère et ralentit le récit à sa guise ou en fonction de l’épisode ; il explique, commente ou relate simplement les faits pour donner à son lecteur la liberté de se représenter cette histoire.Représenter, c’est le mot. Rendre présent ou montrer la dimension spectaculaire de faits vécus. Souvent la démarche s’apparente aux techniques du reportage. Le journaliste est tapi dans les méandres du texte dans sa quête de la vérité de l’homme et de la lisibilité de l’histoire récente de la Guinée. Il ne manque pas d’interroger le rôle des médias et de la télévision dans l’ascension ou la chute de son héros, notamment sur l’impact des « dadishows » sur la population et l’étranger. Il eût été possible de faire autrement par des lignes éditoriales différentes pour protéger aussi bien l’homme que ses victimes. L’exposition sans filtre a fait beaucoup aussi bien pour le succès et la reconnaissance du Capitaine que pour sa déconsidération et sa chute. La nécessaire transparence, dans les affaires de drogue par exemple, est pervertie en se transformant en une chasse aux sorcières. Le juge impartial, sur le modèle du roi Salomon dans des épisodes bien connus de l’Ancien Testament ou du Roi Saint Louis rendant justice sous un chêne, tombe dans les excès et la démesure. Comme on le sait dans toutes les mythologies, l’Hybris est un péché d’orgueil qui est toujours puni. La construction du texte propose une ouverturein media ressur l’attentat criminel pour les uns et libérateur pour les autres qui va éloigner le Capitaine de la Guinée. Cet épisode de l’attentat est repris vers la fin du texte sans
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