Carnet d'afriques

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Universitaire et diplomate, l'auteur a parcouru le continent africain dans les années soixante et soixante-dix. De la somme des souvenirs accumulés surgissent des paysages d'exception, des silhouettes d'hommes. Ce patchwork de récits, d'anecdotes constituent des images d'afriques, images personnelles ou traditionnelles.
Publié le : mercredi 1 novembre 2006
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EAN13 : 9782296157941
Nombre de pages : 162
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Carnet d'afriques

du même auteur: Trois Naufrages pour Trois îles
récits authentiques au 19° siècle de naufrages dans les mers Australes

présentés par l'AMAPOF Editions de la Dyle (1998) ISBN 90-801024-9-6 Les Corsaires des Terres Australes
roman historique

Editions de la Dyle (1999) ISBN 90-76526-08-07 Les Bootleggers de Saint-Pierre
roman historique

Editions de l'Harmattan (2002) ISBN 2-7475-2332-2 Pirate de Légines (océan Indien austral)
essai documentaire

Editions de l'Harmattan (2003) ISBN 2-7475-4459-1 Ker 12 : le syndrome austral DVD document, 67 minutes (2005) Dépôt BNF: DLV-20051018-7259

Site web: http://www.terres-extremes.com

4e de couverture et ci-contre: dessin d'enfant de Mamoutzou (Mayotte) Maquette de couverture: Bernard Nallet

Jacques NOUGIER

Carnet d'afriques

Collection « Graveurs de Mémoire"
L'Harmattan 3-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris L'Harmattan Hongrie Hargita u 3
1026 Budapest

L'Harmattan Italie Via Bava, 37 10214 Torino

FRANCE

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http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01569-7 EAN: 9782296015692

Afrique marque durablement tous ceux qui y ont vécu ou même simplement séjourné. Une Afrique ou des afriques, tant ce continent est diversifié et multiple. Pourtant les qfriques-kaléidoscope s'estompent au flux des bouleversementsqui l'affectent, même si le voyageur venu d'ailleurs et de retour en pèlerinage retrouve la lumière, les atmosphères, les bruits, les odeurs qu'il n'aura perçus nulle part ailleurs. ' Il y a donc une sorte d'impérieux devoir de mémoire destiné à fixer quelques clichés fugaces mais significatifs d'une époque qui déjà s'estompe àjamais. Ces courts récits d'afriques sont des croquis, des anecdotes authentiquesà peine remaniés,vécus ou observés alors que je sillonnais ce continent en professionnel ou en simple touriste. Des souvenirs qui, évidemment,ne prétendent pas donner une image exhaustive, et encore moins véridique, d'une Afrique monolithique. Il s'agit plutôt d'un recueil à facettes, à éclairages multiples et instantanés qui fera voyager le lecteur au gré des pays traversés. Le récit est évidemment partial, puisque c'est celui d'un Européen venu participer, dans les années soixante, à la grande mutation africaine de l'accession à l'indépendance politique et d'une certaine décolonisation. Les caractères esquissés sont tels que j'ai pu les percevoir et les humeurs traduisent sans retouches, les impressions ressenties à cette époque.
Les chapitres sont tous indépendants et peuvent être abordés dans l'ordre qui conviendra au lecteur.

L

SOMMAIRE

AU SEUIL DE L'ENFER DE L'AFAR LA GUINNESS RUN LESAUTRUCHESDEGRAAFFREINET LE TAXI JAUNE CAFARDS LA JEUNE FEMME DE L'ABBÉ FAMILLES CAMEROUNAISES LA HAIE À VACHES AU MARCHÉ LE GENDARME DE M'ZAMBORO FEUX DE BROUSSE LES ÉPICIERS DE BÉTARÉ OVA PLUS BELLE SERA LA CHUTE

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AU SEUIL DE L'ENFER DE L'AFAR

Q uinze kilomètres après la station climatique d'Arta et le confort relatif de ses cases en béton
bien climatisées réservées aux fonctionnaires européens, il. faut choisir à gauche entre la piste de Dikhil qui conduit au Grand Bara puis au lac Abbé, soit se diriger plein nord vers les hautes falaises brunes et sèches du rift, en direction du lac AssaI. A cette époque,je parle des années 70, la décision de virer à droite de la borne blanche en béton n'était pas évidente. Seules les caravanes de dromadaires et parfois quelques convois de véhicules militaires s'obstinaient à relier Tadjoura. Ils empruntaient alors cette piste à peine esquissée entre les pierriers brOlants,faite de fondrières et de caillasses. Elle se devinait à l'instinct, disparaissait dans les laves, se scindait en ornières multiples pour réapparaitre miraculeusementà proximité d'un cairn bâti de bombes volcaniquespar une section d'askaris. On racontait qu'il était possible de contourner à l'estime le Ghoubbet al Kharab puis de tirer à l'Est sur l'autre rive du golfejusqu'à Obock. Une expédition dont personne ne pouvait évaluer la durée, mais là n'était pas l'importance! On était bien heureux d'an'Ïver intact, sans avoir plié le véhicule au fond d'une ravine, sans avoir été détroussé par un rezzou érythréen, mais il se dit là-bas de si étranges histoires... La terre d' Assai est comparable à l'écorché d'une planche anatomique. Ses entrailles à vif s' offtent à livre ouvert mais pour cela, elle doit se mériter. Dans ce site d'exception, la dorsale océanique qui sépare l'Arabie de 9

l'Aftique surgit du fond marin du golfe et pénètre, comme un coin, dans les hauts plateaux de l'Afar. Les forces internes, toujours actives, écartèlent inexorablement chaque bord, à raison de quelques centimètres par an. Ici le plancher océanique remontejusqu'à nous et s'expose: failles d'une surprenante ftaicheur, effondrements, bombement axial, volcans alignés comme à la revue qui crèvent, tels des furoncles, un paysage tourmenté et remarquablementsymétrique. Le Ghoubbet est l'antichambre de ce monde en gestation. Il s'est formé par le rétrécissementdu golfe de Tadjoura au Gouffte des Démons, le bien nommé. Toutes proches, les Guinni Koma, ou îles du Diable, sont les témoins d'un volcanisme sous-marintrès récent. Elles ressemblent à de gros bols retournés, pelés et aux teintes ocre, instruments culinaires du Méphisto noir qui hante les lieux. Depuis ces hauteurs, la vue plonge sur la mer d'un bleu profond. On peut distinguer, lorsque le soleil ne recouvre pas sa surface de milliers de miroirs scintillants, des grosses tortues paresseuses, des raies manta et les fuseaux argentés des requins en patrouille. Le regard se perd à la recherche improbable d'un zarouga qui, toutes voiles dehors, grifferait l'eau de vif argent. La piste défoncée commence sa descentevers l'enfer: un chapelet d'ornières et d'énormes rochers que les deux Toyota, le châssis désarticulé, gravissent un à un, tel un couple de pochards. La température grimpe au fur et à mesure que nous plongeons vers la plateforme de sel, et les parois noires qui ferment l'horizon frissonnent et se déforment sous l'effet de la réverbération de la fournaise installée. Parvenus à un replat, nous estimons qu'il est sage de bivouaquer pour la nuit. Nous arrêtons les moteurs à proximité d'un dragonnier. C'est l'unique arbuste à la ronde dont le seul mérite est de constituer un repère totalement illusoire. Son ombre inexistante a la 10

fâcheuse réputation d'abriter des serpents qui, ici, sont tous venimeux. Mais la présence de l'arbre rassure, c'est en dépit de tout, une présence vivante qui habille et humanise un vide minéral. Le Khamsin se lève, vent chaud au flux puissant, il s'écoule de la mer invisible dont le niveau est à plus d'une centaine de mètres au-dessus de nous et balaie la dépression. Il entraîne du sable rouge qui brûle les yeux, s'insinue dans la bouche, les oreilles, et rend les cheveux poisseux. Le cracher avec la gorge sèche et râpeuse est un supplice que n'atténue pas l'infect soda sucré et tiède avalé précipitamment. Nous montons à la hâte et en luttant contre le vent, une bâche de protection entre les deux véhicules mis à l'équerre. Mais en fin de journée, le vent forcit à son habitude et notre abri est illusoire. La toile claque, se colle aux roues et la seule solution est de nous réfugier dans la cabine toutes vitres levées, en semi-asphyxie, pour attendre que ce brouillard de poussière veuille bien se dissiper... Manger pour tromper le temps est impossible. Le pain desséché a la consistance de carton saupoudré de sable et les sardines à l'huile tiède crissent douloureusement sous les dents. Même la tablette de chocolat fondu qui ressemble à une coulée de lave, est abandonnée sur le tableau de bord poussiéreux. C'est à l'instant où le vent finit par se lasser et que le voile de poussière tombe lentement, comme le rideau du théâtre en fin de spectacle, que nous l'apercevons. Il est à cent mètres de nous, pas davantage, surgi de nulle part, émergeant de cet océan de cailloux où, depuis le matin, nous n'avons rencontré aucun être vivant et que nous estimions déserté de toute vie. Il se tient debout, figé comme les pierres qui l'entourent, parfaitement immobile. Depuis combien de temps nous observe-t-il ? 11

Impossible de donner un âge à ce berger de nulle part, mais assurément il est jeune. Ses bras reposent sur un bâton posé en équilibre sur le cou, tels les fléaux d'une balance. Il est enveloppé d'un ample pagne d'aboujedid couleur du sol et porte sur le ventre la traditionnelle djembia, un coutelas recourbé enfermé dans un étui en peau de gazelle dont aucun Danâkil n'accepterait de se séparer. L'homme est pieds nus, ses jambes sont longues et noueuses. Il tient d'une main, afin de ne pas les user, ses sandales de peau de bœuf cousue et dans l'autre, un repose-tête fourchu. Planté droit dans sa chevelure buissonnante comme un massif d'épineux, un saqaf ou peigne de bois à trois dents lui donne l'aspect d'un guerrier surgi des siècles passés. Sans un geste, sans un tressaillement, il nous dévisage sans animosité particulière. Nous lui faisons un signe, c'est une invite à nous rejoindre et à partager nos solitudes. Un réflexe, un besoin de communiquer, de nous découvrir, comme nous le ferions avec un Martien rencontré sur sa planète. Mais l'homme reste impassible. Nous l'appelons dans notre langue, mais nous savons qu'il ne la comprend pas, et il reste muet. Nous faisons quelques pas dans sa direction et l'homme nous regarde venir. Dès qu'il estime que cette distance est devenue insuffisante, tel un animal sauvage, il s'éloigne lentement, comme porté sur les rochers qu'il effleure de ses pieds nus. Il ne s'arrêtera que lorsqu'il aura de nouveau estimé que l'espace qui nous sépare est convenable et sécurisant. Qui est-il? Un Assahynunara, mais l'étiquette est un peu courte et ne vaut pas explication... D'où vient-il? De la montagne Aoussa ou de plus loin encore, des rives de l'Aouache berceau de nos ancêtres, ou peut-êtretout simplement,d'un campementproche... Comment a-t-il détecté notre présence? Pourquoi cette méfiance, ce refus de tout contact? Nous ressentons cette expériencecomme un échec. 12

Trop de questions sans réponses. Toute la nuit nous imaginerons peser son regard, détecterons sa présence au point, par précaution infondée, de nous enfermer à clé dans les cabines des véhicules. La nuit sera fraîche, ponctuée de multiples réveils inquiets. Nous n'aurons pas le courage de sortir de l'habitacle trop étroit pour dégourdir nos muscles douloureux et ankylosés. L'énigmatique silhouette de notre berger était entre nous. Aux premières lueurs de l'aube, nous inspectons les environs avec le secret espoir d'être seuls. Mais dans la direction où nous l'avions laissé, l'homme est toujours là, à la même place, dans la même posture que la veille, statue vigilante et passive. D'un geste ample afin d'éviter toute brusquerie, nous lui montrons notre bouilloire fumante, claire invitation à partager notre thé matinal. En vain. Je sors un paquet de cigarettes, déchire l'emballage, en extrais une et la lui montre à bras tendu. En pure perte. J'abandonnerai ce modeste présent sur un rocher, persuadé qu'il sera récupéré après notre départ. Remballer notre matériel est une opération rondement menée. Le plus délicat sera de remettre en marche la Toyota privée de démarreur depuis notre départ de Djibouti et qu'aucun mécanicien n'a accepté de réparer dans les délais. Pour cela, il faut dégager un tronçon de piste de ses rochers les plus agressifs, afin d'éviter les àcoups qui seraient fatals au filin de remorquage. L'opération couronnée de succès; il était alors vital de ne plus caler de toute la journée, malgré tous les avatars de la piste. Ce qui n'était pas une mince prouesse. Nous partîmes lentement, attentifs aux obstacles et nous jetions de temps à autre un regard en direction de notre homme. Il se déplaçait parallèlement à nous et gardait soigneusement sa distance. ..

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La piste descendait maintenant en lacets serrés vers le lac AssaI et à l'estime, selon notre soif qui empirait, la température dépassait les 40 degrés. Nous frôlions des sources aux teintes émeraude frangées de mousses inquiétantes dans lesquelles ondule une chevelure d'algues filamenteuses. Au détour d'un rocher, nous atteignîmes le Bahr el AssaI, la « Mer de Miel» comme l'appellent, avec un lyrisme surfait, les caravaniers assahymmara. Nous étions à quelque 150 mètres sous du niveau de la mer sans avoir enfilé le moindre scaphandre! C'est un spectacle inoubliable d'observer cette immense plate-forme étincelante de sel qui oblitère la masse puissante des noirs appareils volcaniques. Autour de nous, un liseré blanc accroché au-dessus du lac actuel matérialise de son pointillé l'ancien niveau marin. Sur le sol granuleux et rugueux, exclusivement constitué de cristaux de sel soudés, la réverbération est intense. La plate-forme aurait, paraît-il, 30 centimètres d'épaisseur ce qui, à l'expérience, est suffisant pour nous porter. Mais elle ne dissipe pas notre sentiment d'inquiétude à la perspective d'une immersion dans cette « soupe chaude» dix fois plus salée que la normale. L'eau libre est huileuse au toucher et brûle la moindre écorchure: un bain est totalement dissuasif. Je pense à un autre désert blanc, celui de la banquise arctique qui, pour l'instant, me semble plus accueillant. L'envie nous prend de libérer les chevaux trop longtemps contenus sous les capots et de pousser une pointe de vitesse. Elle sera de courte durée, car l'aiguille du thermomètre du moteur grimpe dangereusement dans le rouge et incite à la prudence. La matinée n'est qu'entamée et la température n'a pas atteint son plus haut. Le vent qui a repris attise la soif et nous décapsulons sans interruption ces sodas tièdes qui n'ont pour tout mérite que d'apaiser un bref instant la 14

gorge en feu. Nous n'avons ni le métabolisme ni la sagesse des Afars. Sur le sol, le cadavre désarticulé d'un oiseau au plumage noir gît confit dans la saumure. Impossible d'imaginer paysage plus hostile annonciateur de mort et d'exclusion. Et pourtant, au nord de la plate-forme de sel, une caravane d'une dizaine de dromadaires s'achemine lentement vers une trouée invisible de la montagne Aoussa. Elle se dirige vers l'Ethiopie et son trajet s'inscrit dans l'éternité, sur les traces de leurs ancêtres. Ces Dankalis se sont glissés jusqu'ici à la faveur de la nuit, profitant d'une relative fraîcheur. Ils viennent gratter à l'aide de misérablespiochons la couche de sel et remplir de longs étuis confectionnés en feuilles de doum qu'ils arrimeront sur les flancs des dromadaires. Toujours silencieux, ils reprendront la piste du retour dès les premières lueurs de l'aube, au rythme lent et élastique du pas de leurs montures. Nous les observons s'éloigner, ils accomplissent cette migration inscrite dans leur tradition, un commerce vital de troc, l'échange du sel contre des grains. A bord de nos Toyota nous évitons de les approcher, conscients que trop de siècles nous séparent et que toute comparaison est à l'évidence sacrilège. Toutefois l'un d'entre eux, resté en arrière, semble nous attendre et demeure immobile. En nous approchant, nous reconnaissons la silhouette de notre berger de la veille. Il nous a suivis et nous observe toujours... Cette fois, nous sommes bien décidés à l'aborder, à communiquer par gestes, à lui offrir la cigarette qui facilite le premier contact. Nous arrivons près du rocher où nous l'avions localisé. Mais une fois de plus I'homme a disparu, évanoui dans le pierrier, effacé avec son mystère. 15

Notre programmeest de nous rendre à l'Ardoukoba, la plus récente fissure volcanique ouverte fm 1978 et qui a craché de la lave pendant une semaine entière. Le site est hautement symbolique, ainsi que le racontent avec complaisance les conférenciers de Pleyel. Sur cette fracture ouverte qu'ils enjambent en souriant pour la photographie, ils posent un pied en Afrique et l'autre en Arabie. La lave toute fraîche est de la scorie très noire, plissée, tourmentée, comme à peine figée. Ailleurs, elle prend des teintes irisées et métalliques. La chaleur renvoyée est intense et fait vaciller les contours. Elle nous fait fuir et abréger notre incursion dans ce monde en gestation. Mais regrimper sur le plateau n'est pas une mince
affaire. La piste à peine esquissée escalade toute droite la

falaise. La chaussée d'à peine la largeur d'un véhicule, n'est qu'une accumulation d'énormes blocs instables de lave. A son pied, la carcasse disloquée d'un camion est un avertissement qui n'est pas fait pour inspirer confiance. Je lance le moteur à plein régime, priant pour qu'il ne cale pas, car la voiture incontrôlée serait immanquablement entraînée vers le vide. Dans ces instants intenses, le monde se rétrécit aux quelques mètres de caillasses qui roulent devant le capot et que l'on grignote, seconde après seconde, dans le bruit du moteur emballé et des secousses désordonnées du châssis en folie. Le rebord du plateau est enfm atteint, sans casse. C'est juré, je n'emprunterai plus jamais cette piste. Aujourd'hui tout a changé, et je m'interroge si le progrès réside là. Une route asphaltée rejoint Tadjoura qui subit les assauts des camions et une exploitation industrielle s'est installée sur la plate-forme de l'AssaI. Un bulldozer griffe et défonce la couche de sel qui est remontéjusqu'au plateau, par pleines bennes. Au nom du progrès et du rendement, on assiste sans protester au 16

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