Cette grande lumière à l'ouest

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Ce récit relate l'histoire d'une vie, celle de l'auteur, qui, née en Roumanie, a vécu dans son pays jusqu'à la fuite en France en 1986. Ce livre est un hommage aux valeurs occidentales des grandes démocraties européennes qui nous offrent l'exemple le plus viable de concordance entre les libertés individuelles et les contraintes imposées par la société. Il est aussi un hommage aux peuple roumain qui a su résister aux avatars de l'histoire en gardant intactes ses valeurs traditionnelles.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296343108
Nombre de pages : 171
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Cette grande lumière à l'ouest
Récit et témoignage de notre temps

Marianne BELlS

Cette grande lumière à l'ouest
Récit et témoignage de notre temps

@

L'Harmattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5546-1

Nu sunt vremuri!e subt cârma omu!ui ci bietu! om subt vremi (Ce n'est pas l'homme qui peut changer le cours du temps, c'est bien lui qui doit s'y soumettre)

Miron Costin (chroniqueur roumain du 16e siècle)

Le désir de liberté est le plus fort et le plus ancien désir de l'homme Raymond Aron (sociologue français du 20e siècle)

Parce que la vie est belle et que le germe de l'espoir se niche jusque dans l'horreur Roberto Benigni (cinéaste italien contemporain)

1. L'Homme et l'Histoire
La vie personnelle de chacun de nous se déroule sur la toile de fond des grands événements qui font l'Histoire. Nos sentiments, nos décisions, quelquefois le cours même de notre existence sont conditionnés par ces épisodes tourmentés de la vie des peuples qui seront inscrits un jour dans les livres de classe. Indifférente à nos peines et à nos joies, à nos "pauvres vies", comme disait le général de Gaulle, l'Histoire déroule sa machine écrasante. Et bien
qu'influencée, elle aussi, par la volonté - bénéfique ou maléfique - de quelques personnalités d'exception, elle

apparaît bien souvent comme ayant une certaine autonomie qui transgresse la volonté humaine et contre laquelle nous ne pouvons lutter. Des scientifiques ont voulu cerner le cours de l'Histoire par des lois. Quoi de plus rassurant que de compren,dre le "pourquoi" et le "comment" des choses, d'être capable
d'expliquer et de prédire

- donc

de maîtriser

- le

cours des

événements? Même si dans une certaine mesure on a réussi à donner des explications économiques, sociales, idéologiques à certains rebondissements de l'Histoire, une part d'inconnu, d'imprévisible, d'aléatoire lui reste attachée. Les innombrables guerres qui font le passé de l'humanité étaient-elles le produit d'une certaine loi d'évolution et donc inévitables? Les deux folies meurtrières qui ont embrasé le monde au vingtième siècle, l'étaient-elles aussi? L'antique image d'un dieu Mars insufflant, de temps à autre, la colère et la violence aux hommes me paraît tout aussi crédible. Car comment expliquer par des moyens rationnels que la haine soit attisée à un tel degré de violence pour des raisons telles que le partage d'un coin de terre ou les paroles que l'on prête à des divinités supposées exigeantes? Non, il y a trop d'irrationnel et d'insaisissable en nous et autour de 7

nous, trop d'éléments incontrôlables, pour que l'Histoire puisse être vraiment maîtrisée. Les "faiseurs d'Histoire" ont une marge d'action assez étroite. Les autres, les gens comme vous et moi aucune. Alors que faire si l'on n'est pas dans l'air du temps, si l'on n'adhère pas aux normes établies? Suivre ses convictions au risque de se faire écraser, ou bien se laisser porter par la vague au risque d'y perdre son âme? Et puis, est-on sûr de posséder La Vérité? Et y en a-t-il une seule? Qui m'assure que c'est moi qui ai raison contre la majorité? Mes repères personnels vacillent devant l'écrasante force des repères imposés et adoptés par tous. Est-ce qu'un Romain - moyen - pouvait s'élever contre l'esclavage, un chrétien contre l'Inquisition ou {1es roisades, un Allemand C contre le nazisme ou un Russe contre le communisme? Difficilement, et cela pour plusieurs raisons: d'abord à cause de la tentation grégaire que nous portons tous en nous, celle qui nous pousse à devenir des "rhinocéros". Avec le recul on réfléchit, on compare, on se réveille. Mais pour s'élever contre l'ordre établi tant qu'il dure, il faut une grande clarté d'esprit et beaucoup de courage. Et voilà donc la deuxième raison de la passivité. Car faire entendre sa voix, en dissonance avec le chœur des soumis, entraîne la mise au pilori de l'infâme, l'impossibilité d'exercer sa profession, peut-être la prison, l'anéantissement. Et quand bien même on accepterait le sacrifice, a-t-on le droit d'y entraîner sa famille? Ce livre est un signe d'interrogation. Peut-on vivre à contretemps avec l'ordre établi et sauver à la fois sa vie et son âme? Des millions de gens de par le monde en ont fait et en font encore l'expérience. La France l'a faite sous l'Occupation, les pays de l'Est pendant deux générations, dans bien des pays cette situation perdure. Si je crois que c'est l'Occident qui porte le flambeau de l'espoir c'est que, malgré leurs défauts, les grandes démocraties de la vieille Europe nous offrent l'exemple le 8

plus viable de concordance entre les libertés individuelles et les contraintes imposées par la société. Héritières des démocraties antiques, elles ont su les épurer de leurs erreurs, et au prix d'incessantes remises en question, de convulsions et de réflexions, elles ont instauré un état d'équilibre entre l'individu et la société, qui leur permet de s'épanouir tous les deux. Bien sûr, beaucoup reste à faire, mais le cadre est déjà mis en place pour permettre une évolution pacifique. Ayant vécu dans cette partie de l'Europe qui fit les frais d'une des plus grandes illusions et finalement supercheries de l'Histoire - le mythe d'une société idéale, égalitaire j'ai voulu mettre à jour les moyens qui ont permis à l'honnête homme de survivre dans un monde devenu aberrant. Et, pour paraphraser un illustre écrivain français, je dirais que "tant que dans le monde il y aura oppression et mensonges, des livres comme celui-ci pourront ne pas
être inutiles tt.

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2. La guerre
Mon premier contact avec l'Histoire remonte à mon enfance. Je sortais de l'école, par une belle journée d'automne et me dirigeais vers la maison, toute fière de raconter à mes parents le succès que j'avais eu en récitant Le corbeau et le renard. Je me trouvais dans une école privée de langue française - Notre Dame de Sion - où l'on avait décidé de m'inscrire en raison de notre tradition francophile: mes parents et ma tante étaient professeurs de français à Bucarest ayant effectué des stages d'études à Paris, mon grand-père paternel avait voyagé en France, tout le monde parlait français autour de nous. J'aimais bien l'atmosphère feutrée et recueillie qui régnait dans cette école confessionnelle, la présence discrète et chaleureuse des "mères" sous le voile desquelles nous, les jeunes pensionnaires, nous cherchions à démêler les traces des passions refoulées, la chapelle avec son orgue flamboyant dont les accords me faisaient rêver et enfin cette nouvelle langue si mélodieuse et facile à apprendre. En m'approchant de la maison je vis sur la pas de la porte ma mère qui m'attendait d'un air inquiet: - Presse-toi, tu n'entends rien? C'est la rébellion. J'avoue que le mot rébellion ne signifiait pas grand-chose pour moi, ce qui lui donnait l'attrait du mystère. C'était comme l'éruption d'un volcan ou un tremblement de terre. En effet, en prêtant l'oreille j'entendis un bruit sourd et répétitif qui, m'expliqua-t-on, venait de la gendannerie située non loin de chez nous. - Allons, les enfants, dit mon père après déjeuner, à vos leçons et ne restez pas devant les fenêtres. Mon frère et moi jetions pourtant de temps en temps un regard furtif sur la rue, trop excités par la singularité de l'événement. Le bruit devenait plus fort et les tirs plus noums. Il

- Mais, enfin, dit mon frère qui était plus grand et plus curieux, qui se rebelle contre qui? En ce qui me concerne, j'avais compris qu'il s'agissait d'une sorte de révolution, comme par exemple la révolution française dont j'avais déjà entendu parler. Comme dans ce cas-là j'aurais été du côté des révoltés, je me sentis d'un coup, ici aussi, du côté des rebelles. - Ces sacrés légionnaires veulent imposer leur loi, dit papa d'un air si fâché que je compris tout de suite que j'avais mal choisi mon camp. Non contents d'avoir assassiné Iorga et Càlinescu ils veulent renverser le gouvernement. Espérons qu'on va les dompter. A ce moment notre regard fut attiré par un mouvement inhabituel dans la maison voisine. Derrière les rideaux nous regardâmes ce qui se passait. Des jeunes gens en chemise verte, armés de pistolets, entraient et sortaient à vive allure. A chaque fois des voitures s'arrêtaient et déchargeaient des paquets, des cartons, puis repartaient en trombe. - Qu'est-ce qui se passe? chuchotai-je à mon frère. - Chut, tais-toi, me dit-il, les yeux rivés sur une superbe bicyclette qu'on venait de faire entrer dans la maison. J'en aimerais bien une comme celle-ci, fit-il plus bas. - Les voleurs! tempêta mon père, ce sont des choses volées aux Juifs qu'ils déposent ici. Et Dieu sait si leurs propriétaires sont encore vivants! A ce moment, une explosion plus forte que les autres retentit et nous fit baisser les stores. J'observai que ma mère tremblait un peu mais cherchait à se contrôler. Ma grand-mère maternelle, qui était très croyante, se signa devant les icônes et déclara que "Dieu est grand" et va faire cesser cela au plus vite. Mon père lui répliqua d'un ton sec qu'il aurait mieux fait de ne pas laisser commencer tout cela. Je m'attendais à une discussion contradictoire comme ils en avaient l'habitude, mais apparemment aucun d'eux n'avait l'esprit polémique à ce moment-là. 12

Après quelques jours les choses s'apaisèrent. La radio annonça que les forces gouvernementales avaient réussi à dompter la rébellion, que ses chefs étaient en prison et que la Garde de Fer - nom de ce mouvement nationaliste et antisémite - était hors-la-loi. Le lendemain soir nous vîmes arriver un couple d'amis qui s'enferma avec mes parents dans une pièce où ils parlèrent quelque te,mps. Bien que couchés, mon frère et moi, la curiosité nous empêchait de dormir. - Pourquoi sont-ils venus si tard? demandai-je à mon frère. Ce n'est pas une heure de visite. - Ils sont Juifs, me répondit-il d'un ton péremptoire. - Et alors? demandai-je. Je ne comprenais rien. Je me rappelais les visites qu'on faisait chez eux, leur belle maison, beaucoup plus élégante que la nôtre, et surtout leur piano à queue, chose rare pour moi, sur lequel je demandais toujours la permission de m'amuser en tapant au hasard. Avant qu'il puisse me répondre, nous entendîmes un bruit sourd comme si l'on traînait des choses très lourdes. Lorsque le bruit de la voiture avec laquelle ils étaient venus s'éloigna, j'appelai maman à voix basse. Elle m'entendit et entra dans la chambre. - Mais voyons, vous ne dormez pas? - Non, on veut savoir ce qui se passe. Pourquoi sont-ils venus? -Eh bien, il ne faut pas en parler. Ils nous ont apporté des choses pour les garder ici en sûreté. Ils ne savent pas si leur maison ne va pas être pillée. Allez, couchez-vous. Le lendemain à l'école, tout le monde discutait les événements, à notre niveau d'écolières, bien sûr. - Tu as vu? me dit une camarade plus âgée d'un air révolté, ils ont détruit le "mouvement". Quels salauds. Attendez, il renaîtra. Les légionnaires sont invincibles.

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Je compris que ses parents étaient de l'autre bord et, pour la première fois, je sentis la relativité des choses. J'avançai alors, moi aussi, l'opinion de mes parents: - Mais ils ont tué notre grand savant Nicolae Iorga, ils tuent, ils volent..~ - Ah, la voilà la petite qui défend les Juifs, tu les aimes tellement, toi? ricana-t-elle. J'aurais pu répondre que oui, ou que non, ou qu'ils m'étaient indifférents, ou n'importe quoi. Pourquoi me suis-je tue? Apeurée, intimidée par les regards des autres filles, j'ai choisi de me taire. Ce fut le début d'une longue et humiliante suite de silences. - Tu as bien fait de te taire, approuva ma mère, une fois à la maison. On ne sait pas comment vont évoluer les choses, il faut être prudent. En effet, les choses évoluèrent mal et le 22 juin 1941 le maréchal Antonescu, chef suprême du pays, ordonna à l'armée roumaine, alliée de la Wermacht, de franchir le Prout, rivière qui nous séparait de l'Union' Soviétique. La raison était évidente: il fallait reconquérir la Bessarabie, province roumaine cédée aux Russes par le pacte Ribbentrop-Molotov. Qui plus est, il fallait donner un coup de main à nos alliés allemands que le Führer avait lancés vers l'est et qui se servaient sans états d'âme du pétrole roumain. L'opinion publique se divisa. Une partie, désireuse de voir le pays recouvrer ses frontières normales et entraînée aussi par les succès foudroyants de l'Allemagne nazie, était pour la guerre. J'entendais partout des slogans enflammés, vantant les qualités de nos braves soldats et les vertus de cette alliance bénéfique. Mais la majorité silencieuse était inquiète. Cette inquiétude s'accentua lorsque nos armées continuèrent d'avancer bien au-delà de nos anciennes frontières, vers Odessa et Stalingrad. - Mais que cherchons-nous dans les steppes du Caucase? se demandait-on à voix basse. Des rumeurs circulaient sur 14

les exactions que les années "réunies" infligeaient aux populations russes, sur la relation de subordination (plutôt que d'égalité) qu'on avait avec les Allemands, sur les horreurs inévitables de la guerre. Les grands mutilés commencèrent à rentrer, des familles entières déploraient leurs morts, bref, à mesure que le temps passait, l'enthousiasme s'estompait. - Tu as appris la nouvelle? me demanda un matin une collègue, le visage radieux. On a conquis Odessa, chapeau pour notre année! Cette fois j'étais préparée: - Eh, oui, quelle victoire! Dès lors, la loi du silence s'instaura. On ne pouvait se déclarer contre les alliés officiels et prendre parti pour l'ennemi. Mon enfance se passa dans cette duplicité mensongère à laquelle tout un peuple fut asservi. Les voix basses, les regards furtifs, les phrases conventionnelles débitées péniblement, le défoulement chez soi, en famille, voilà le lot de ces trisites années. Je me demande quelquefois de quel côté j'aurais été si mes parents avaient été pronazis. Je les aurais probablement suivis. J'aurais entendu d'autres arguments à la maison, les événements auraient été présentés sous un autre jour. Me serais-je réveillée un jour? Je l'espère bien. J'en connais pourtant qui ne se so,ntjamais réveillés, malgré la débâcle, malgré l'évidence des erreurs. Heureusement ceux-là étaient peu nombreux en Roumanie. Mais en Allemagne? Les bombardements des Alliés commencèrent bientôt à s'abattre sur Bucarest. Les sirènes faisaient entendre nuit et jour leur cri de détresse, pressant les gens de s'abriter. Descendre à la cave était devenu une habitude. L'abri était en béton, avec des piliers soutenant le plafond. On s'asseyait sur des bancs en bois et l'on écoutait en silence les bruits sourds qui nous parvenaient de dehors. Il y en 15

avait de plus espacés mais très profonds - les bombes - et de plus nourris et fréquents - l'artillerie antiaérienne. Dans l'abri papa nous racontait les dernières nouvelles transmises par la radio depuis Londres, sa nourriture quotidienne. Il savait avec précision où en étaient les hostilités, quelles étaient les pertes subies de chaque côté, il nous rapportait les discours du général de Gaulle ou de Churchill qu'il écoutait religieusement malgré le brouillage intensif mis en place par les autorités locales. Il passait son temps libre l'oreille collée à la radio, comme si de cette petite boîte parlante jaillissait une source de vie. Je le vois encore, penché vers son poste, figé dans l'attente de quelque bonne nouvelle, insensible à ce qui se passait dans la maison. Les paroles d'espoir venues de ces pays officiellement ennemis lui pennettaient de supporter la triste réalité. Je ne cessais de m'émerveiller de cette invention providentielle qui, par-dessus les champs de bataille, nous reliait à nos vrais alliés. Quelquefois je me demandais comment il réussissait à comprendre quelque chose, tant le brouillage était fort. Et je comparais le bruit monotone et obsessionnel du brouillage aux forces primitives et maléfiques, voulant couvrir la bonne parole porteuse d'espoir. Parfois, en passant devant des maisons aux volets fennés, je décelais ce bruit monotone et bien connu et je jetais un regard amical vers ces fenêtres closes, derrière lesquelles des inconnus pensaient et espéraient comme nous. Et pendant des années, ce fut la musique qui accompagna mon sommeil, tard dans la nuit. L'atmosphère qui régnait dans l'abri était, à vrai dire, étrange bien qu'à cette époque elle ne m'apparût pas comme telle. On craignait les bombes, bien sûr. A chaque éclatement sourd on se disait ouf, on l'a échappé belle cette fois encore. Où a-t-elle donc bien pu tomber? Et pourtant on pensait avec sympathie, presque avec amour, à ces pilotes, américains ou anglais, qui nous lançaient avec leurs bombes l'espoir d'une libération. Et la peur même 16

s'estompait devant cet espoir. A tel point qu'une certaine nuit, lorsqu'on descendit dans l'abri au son des sirènes, ma mère affolée constata que mon frère n'y était pas. Elle l'appela dans les escaliers, puis monta dans les étages, ensuite au grenier et enfin le découvrit sur le toit de la maison en train d'admirer les faisceaux lumineux des projecteurs qui s'entrecroisaient dans le ciel et criant de toutes ses forces, de sa voix d'enfant, "vive les Américains" . Malheureusement, les Américains tardaient à venir et mon père fut mobilisé aussi. Par bonheur il fut envoyé à l'arrière du front, au service d'approvisionnement de l'armée. On se demandait comment il survivait dépourvu d'informations, contraint d'adopter un langage officiel. Quelques mois après, ma mère alla le voir et rentra rassurée. "Ne vous inquiétez pas - nous dit-elle - tout le monde écoute Londres en cachette. Ils ont des postes puissants, il est infonné mieux qu'ici. Son chef même lui demande des nouvelles". Le double jeu continuait jusque dans les rangs de l'armée. Drôle de guerre! Enfin la libération vint, mais non pas par les Américains comme on l'avait espéré, mais par les Russes. En fait nous n'étions qu'à demi libérés car peu de temps avant la fin de la guerre on avait retourné les armes contre les Allemands pour passer du côté des Alliés. Le proverbe "mieux vaut tard que jamais" s'avéra efficace car les représailles des Russes auraient été pires. Mais même aujourd'hui je ne peux m'empêcher de penser avec amertume à mon pauvre pays, grain de sable emporté par le tourbillon de l'Histoire tantôt vers l'est, tantôt vers l'ouest, à ces pauvres soldats fauchés dans la fleur de l'âge sans savoir pour qui ni pourquoI. Libération, paix, liberté. Paroles magiques, rêves caressés par tous aux quatre coins de cette Europe meurtrie. Pour certains elles devinrent réalité une fois la machine de 17

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