Charlie

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C’est le roman d’une époque où la musique était le havre des déshérités, le roman d’un jazz man promis aux huées, puis touché par la grâce dans une ville ivre de blues.

Qui se souvient que Charlie Parker brilla d’abord par ses couacs ? Que le futur Bird naquit plutôt vilain canard ? Que le fils à maman, tyrannique, paresseux et hâbleur, n’avait rien pour réussir ? Qui sait aujourd’hui quel cauchemar de médiocrité, le génial saxophoniste dut secouer pour se fuir, se trouver ? Lui, bien sûr, ne pensait qu’à rafler la timbale et finir sous les hourras.

Mal barré, Charlie, mais quand même assez inspiré pour voir le jour à Kansas City. Les Noirs y étaient mieux reçus qu’ailleurs; le quartier des plaisirs accueillerait bientôt les aventuriers du swing, chassés des métropoles américaines par la Dépression. En 1920, il est loin le temps où Benjamin Singleton, le « Moïse noir », exhortait ses frères de couleur à quitter les plaines du Mississippi pour faire d’une « ville à vaches » leur terre promise. De tous les coins du pays, on vient faire la fête à Kay Cee. On s’y abrutit
de musique, d’alcool et de haschich. Pendant la crise, la cité a trouvé le moyen de
prospérer grâce au truculent Thomas Joseph Pendergast, le politicien le plus corrompu d’Amérique, et grâce au zèle des mafias qui se partagent le gâteau avec lui.

Les années folles mordent sur les temps difficiles. Chaque nuit est une noce sans fin. C’est dans cette jubilation rebelle et générale que « l’Oiseau » prend son essor, sous l’œil incrédule d’Addie, la mère abusive ; de Rebbeca, la fiancée coquette ; dans l’ombre de Coleman Hawkins, Lester Young, Count Basie.

Le saxophoniste a dix-huit ans quand, bientôt couronné, il quitte sa ville pour mettre le monde à ses pieds. Il s’en va d’un côté, Gerber de l’autre, comme si le romancier, cette fois, n’avait voulu dévoiler que les années sombres, et rappeler ainsi qu’ à travers Charlie Parker l’énigme de la création nous adresse son sourire le plus narquois.

Publié le : mercredi 5 janvier 2005
Lecture(s) : 32
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213642307
Nombre de pages : 570
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C’est le roman d’une époque où la musique était le havre des déshérités, le roman d’un jazz man promis aux huées, puis touché par la grâce dans une ville ivre de blues.

Qui se souvient que Charlie Parker brilla d’abord par ses couacs ? Que le futur Bird naquit plutôt vilain canard ? Que le fils à maman, tyrannique, paresseux et hâbleur, n’avait rien pour réussir ? Qui sait aujourd’hui quel cauchemar de médiocrité, le génial saxophoniste dut secouer pour se fuir, se trouver ? Lui, bien sûr, ne pensait qu’à rafler la timbale et finir sous les hourras.

Mal barré, Charlie, mais quand même assez inspiré pour voir le jour à Kansas City. Les Noirs y étaient mieux reçus qu’ailleurs; le quartier des plaisirs accueillerait bientôt les aventuriers du swing, chassés des métropoles américaines par la Dépression. En 1920, il est loin le temps où Benjamin Singleton, le « Moïse noir », exhortait ses frères de couleur à quitter les plaines du Mississippi pour faire d’une « ville à vaches » leur terre promise. De tous les coins du pays, on vient faire la fête à Kay Cee. On s’y abrutit
de musique, d’alcool et de haschich. Pendant la crise, la cité a trouvé le moyen de
prospérer grâce au truculent Thomas Joseph Pendergast, le politicien le plus corrompu d’Amérique, et grâce au zèle des mafias qui se partagent le gâteau avec lui.


Les années folles mordent sur les temps difficiles. Chaque nuit est une noce sans fin. C’est dans cette jubilation rebelle et générale que « l’Oiseau » prend son essor, sous l’œil incrédule d’Addie, la mère abusive ; de Rebbeca, la fiancée coquette ; dans l’ombre de Coleman Hawkins, Lester Young, Count Basie.

Le saxophoniste a dix-huit ans quand, bientôt couronné, il quitte sa ville pour mettre le monde à ses pieds. Il s’en va d’un côté, Gerber de l’autre, comme si le romancier, cette fois, n’avait voulu dévoiler que les années sombres, et rappeler ainsi qu’ à travers Charlie Parker l’énigme de la création nous adresse son sourire le plus narquois.
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