Chirac père & fille

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Le Président et sa conseillère ? Un père et sa fille ? Une enquête au coeur de l'Elysée, où la « chargée de communication » semble être devenue « co-régente » de l'entreprise France.

Publié le : mercredi 4 octobre 2000
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246593799
Nombre de pages : 168
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I
Coup de chaud à Fort-Chirac
Au printemps 1999, la petite équipe élyséenne croit tenir Jospin dans sa ligne de mire. Tandis que, placé sous la surveillance d'un « espion » de la présidence, le couple Tiberi exerce un chantage sur Chirac. Mais un magistrat se permet d'imputer certains délits au chef de l'Etat...
« Pour Jospin, ce sera aussi grave que l'affaire des diamants! Des officiers de gendarmerie qui incendient des paillotes, un préfet en prison alors qu'il entretenait d'étroites relations avec Matignon... Cette sale histoire va plomber Jospin. Ça peut traîner des mois, mais cette fois, c'est certain, il est bien atteint1. »
Au printemps 1999, alors qu'une chaleur précoce accable Paris, l'espoir refleurit à l'Elysée. Mêlant passion, calculs et paris sur l'histoire, les esprits s'échauffent. Chacun croit déjà humer le parfum corsé de la revanche, offrande inespérée, imméritée même. Qu'importe! Pourquoi bouder son plaisir? Plaisir décuplé par cette tendance, si fréquente en politique, à soumettre la réalité à sa volonté. Un trait de caractère fort développé chez Dominique de Villepin, secrétaire général et Grand Connétable de l'Elysée. Tandis que Claude Chirac, conseillère en communication promue manager de son père, est à peine moins enthousiaste. Et, la bonne humeur retrouvée, on juge possible de brûler les étapes :
« Pourquoi pas une élection présidentielle anticipée, en l'an 2000, avec un Jospin très affaibli? »
En attendant ce jour béni, Claude Chirac et Villepin saisissent l'opportunité offerte par « la crise de Matignon » et préparent à la va-vite un voyage de Chirac en Corse. Leur objectif est que le Président réaffirme la primauté de l'Etat en lieu et place d'un Premier ministre défaillant, que tous deux imaginent déjà « genou à terre ».
Pareil empressement ne doit en rien surprendre. L'espoir d'en finir avec cette détestable cohabitation ne se fonde pas sur les seules affaires corses, aussi fumeuses soient-elles. A entendre la garde rapprochée de Chirac, « la guerre du Kosovo profite également au Président » : elle le ramène sur le devant de la scène, démontre l'importance de son rôle en politique étrangère et consolide sa cote de popularité dans les sondages. Alors que celle de Jospin, embourbé dans ces calamiteuses histoires de paillotes, ne peut que s'effondrer.
Le doute n'effleure personne. Chargée de soigner l'image paternelle, Claude Chirac, véritable première dame de l'Elysée, affecte une satisfaction de professionnelle. Ce retour en grâce de son champion, et ce prestige que soudain il recouvre, c'est aussi, pense-t-elle, la juste récompense de ses efforts. Moins discret et plus bretteur, Dominique de Villepin ajoute à ses prophéties électorales de nouvelles et piquantes cari catures de Jospin. Puis il dresse la liste des atouts présidentiels avant de délivrer des encouragements très militants à ses visiteurs.
Quant à Chirac, qui pourtant déteste les caméras, il savoure cette fois le plaisir d'expliquer aux « Françaises, Français » que « notre aviation » est la seconde en importance, derrière celle des Etats-Unis, à intervenir dans le ciel yougoslave.
Mais les chiffres tombent, aussi imprévus qu'une chute de neige en plein été. Les augures élyséens se seraient donc trompés : au fil des semaines, la cote de popularité du Premier ministre se maintient à un niveau plus qu'honorable, l'emballement des conseillers de Chirac retombe tel un soufflé et le projet de parachuter Chirac en Corse est abandonné dès le mois de mai.
Incrédules d'abord, contrariés ensuite, puis furieux, Villepin et Claude Chirac interrogent des experts en sondages ainsi que divers politologues. Comment expliquer ce qu'ils considèrent « injustifiable » ? Ce sera peine perdue, car l'opinion a ses raisons que la raison ignore. Et puisqu'il faut bien désigner un coupable, les deux flancs-gardes du Président incriminent une fois encore la presse, trop complaisante, selon eux, à l'égard de Jospin.
Villepin, surtout, se veut mordant à l'égard des médias « sous l'influence des gens de Matignon qui font la cour aux chefs des services politiques de plusieurs quotidiens ». Amer, il ajoute que cela lui rappelle « le temps où Balladur trônait à Matignon », avant d'affirmer que «Jospin a bradé en Corse l'autorité de l'Etat ». Toujours prompt à tailler des croupières à l'adversaire, Villepin accuse le Premier ministre d'avoir laissé des juges perquisitionner les bureaux d'un préfet de région, puis multiplié les « déclarations mensongères ». En niant, par exemple, la guerre que se livraient en Corse policiers et gendarmes ; en voulant mettre hors-jeu les premiers et valoriser les seconds; en démentant enfin l'enquête parallèle sur le meurtre du préfet Erignac menée par la gendarmerie, sous l'autorité de son successeur, Bernard Bonnet, dont Matignon célébrait alors les mérites.
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