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Chronique d'un vestiaire hospitalier

De
163 pages
Avoir le droit de porter la tunique-pantalon ou la blouse, c'est avoir passé avec succès plus de trois années à l'Institut de formations en soins infirmiers, avoir franchi les différents rites de passage qui permettent à chaque fois de gagner une étape pour porter l'habit blanc. Du vestiaire, zone de l'obscur et de l'ombre, jusqu'au service, lieu de clarté, seules les initiées ont le droit de passer entre ces deux mondes grâce à l'"habit blanc". A travers ce récit, l'auteur nous dévoile le vestiaire comme lieu hautement symbolique.
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CHRONIQUE D'UN VESTIAIRE HOSPITALIER

@L'Hannatian,2004 ISBN: 2-7475-6654-4 EAN:9782747566544

Michèle OLIVIER

CHRONIQUE D'UN VESTIAIRE HOSPITALIER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Nous sommes à l'école d'infirmières de Mende en 1983, et le prix des blouses et pantalons-tuniques que chaque élève doit acheter pour son trousseau vient de nous être communiqué. Je suis un peu inquiète de l'annoncer à mes parents, le prix est conséquent: 800 francs. Je me souviens comment, au long des quelques kilomètres du trajet, je les ai transportés religieusement, puis montrés à ma famille. L'ensemble était d'un blanc intact, parfaitement plié sous l'enveloppe plastique en provenance de l'usine. Un vêtement encore pur, vierge de toute expérience, sans odeur, loin de toute trace d'émotion, si loin de mon corps, mais qui déjà m'inquiétait... Ai-je bien fait de commencer ces études? Je me souviens plus tard que ma mère a brodé au fil rouge mon nom et l'initiale de mon prénom dans le col de la tunique et la ceinture du pantalon... Plus tard encore, nous avons dû entretenir nos vêtements pendant nos études, et je prenais soin après chaque lavage et chaque repassage, de les plier et les ranger dans une serviette de coton, blanche... «Mon habit blanc»... Mon immersion dans le vêtement et dans la profession ne font que commencer et déjà se confondent. Infirmière «d'ailleurs», «d'autre part», «fausse», « extra-hospitalière », l'infirmière d'entreprise que je suis, n'accède au monde de l'hôpital qu'à l'occasion de stages nécessaires au perfectionnement de mon exercice professionnel. Et je croise le regard que les «vraies infirmières », « les professionnelles », « les hospitalières », portent sur leurs consœurs exerçant à l'extérieur, en entreprise, ou encore qui s'engagent dans une démarche universitaire. C'est alors que je m'approche et entre à nouveau dans l'hôpital, étrangère que je deviens sur mon

propre terrain, nostalgique de celles que l'on admire au cours de l'Histoire... C'est grâce à mon expérience d'élève-infirmière à l'hôpital de Mende et de soignante ensuite dans divers établissements, avec cette double identité, infirmière et ethnologue, que j'ai continué mes recherches sur le terrain des urgences au CHU de Clermont-Ferrand. D'où la réalisation d'un doctorat en anthropologie sociale et ethnologie, «L'infirmière hospitalière: vêtement, identité, interactions. Une approche anthropologique », m'a conduite à ne vouloir montrer qu'une partie de ce travail. Celle qui, dans la réalité du quotidien, est immergée, peu connue et reconnue, peu valorisée voire oubliée ou méprisée, mais qui transforme la femme en femme-soignante : initiation, mort et re-naissance en blouse blanche ou comment la soignante qui passe par le vestiaire, «dans le monde clos », se trouve transformée par le seul biais du vêtement blanc. C'est volontairement que j'ai choisi de vivre avec ces soignantes dans 1e vestiaire, zone d'ombre dans la j oumée de travail de l'infirmière et qui permet d'accéder à la lumière, zone indispensable qui autorise la transformation de la soignante à l'abri des regards indiscrets. Lieu mythique où les rituels du déshabillage et de l'habillage pour se parer du vêtement blanc, vont s'enchaîner dans le secret des confidences, des peines, des joies, des incertitudes et des odeurs, celles de fin de journée, celles qui montrent aussi qu'il y a une autre vie avant et après l'hôpital. Le vestiaire dans ce monde est le seuil. Il apparaît donc comme un lieu hautement symbolique où s'opère la transformation de la « femme qui habite l'extérieur» en « femme qui travaille désormais à l'intérieur de l'hôpital ». 6

Eloigné des services de soins, l'espace des vestiaires reste une scène favorisant les interactions entre les soignants. Ce décor mis en place dans les quartiers sombres de I'hôpital, cet appareillage symbolique, l'infirmière le découvre en y arrivant: elle n'a de plus grand souci que d'y repérer un placard, un endroit pour acquérir enfin une place. Là, pendant quelques instants, la vie civile côtoie la vie professionnelle dans le seul réduit d'un meuble métallique où deux cintres se côtoient. Ensuite, fermé par un cadenas, lieu de l'intimité de la soignante, territoire personnel pour celle qui y entrepose ses effets, il passe du côté public dès que la porte est ouverte. Et c'est encore dans l'ombre que la tunique-pantalon de l'infirmière a un rôle premier dans « la présentation de soi », dans la recherche d'information sur l'autre pour enfin lui permettre de monter travailler dans le service. Le vêtement, c'est certain, joue un rôle-clé. L'objet-vêtement n'exprime pas seulement des symboles. Il est un langage; dès mon arrivée à l'hôpital, une tenue m'est systématiquement remise en signe d'autorisation à travailler dans une équipe et de reconnaissance de mon identité. Alors, dans son allure « riche» de couleurs, il ressemble à celle qui le porte, il lui appartient presque. Presque, car c'est l'Institution qui prête le vêtement, qui l'échange contre un travail, et il sera porté pour entrer en scène, pour jouer sa représentation. Mais ce vêtement n'est apparemment rendu obligatoire par aucun texte: pour les professionnelles, il est « tacitement obligatoire ». Ainsi, le vêtement, témoin d'une identité professionnelle et par rapport auquel les infirmières se définissent, est imposé par le poids de l'habitude; il est une tolérance. Il est vécu, tout comme le vestiaire dans lequel il prend forme et prend vie, comme élément de transition entre sphère privée et sphère publique. 7

Évoquer son vêtement de travail à l'ombre du vestiaire pour parler de son métier, donc de ses sentiments, de ses émotions, de ses craintes ou de ses joies, c'est se dévoiler un peu... Vêtement soigné, idéalisé, vêtement qui inspire le devoir mais aussi la responsabilité... Vêtement sacré, simple pièce de tissu, ce vêtement m'a autorisée à entrer en contact avec la femme, l'infirmière. La femme et le vêtement se rencontrent et s'unissent pour donner naissance à l'infirmière. Une métamorphose s'est opérée. En osmose avec leur costume blanc, elle se réalise pleinement. Celui-ci n'est pas seulement utilitaire, il constitue un ensemble de signes: il est avant tout signifiant. Évoquer sa tunique-pantalon, c'est essayer de la voir vivre, glisser comme une ombre dans les couloirs, tenter de la retenir, comme vouloir la fuir... Parler d'elle, c'est un peu comme parler de quelqu'un d'aimé à l'abri de la trop grande lumière du jour, dont on ne veut tout dévoiler... Vie et mort de la tunique-pantalon. Tout au long de ces lignes, la tuniquepantalon va naître, grandir, vivre sur et avec le corps de la soignante, pour enfin retourner se reposer au vestiaire. Elle ne meurt jamais. Elle est à nouveau transformée. A côté d'elle dans le vestiaire, le vêtement de ville attend le moment où il sera porté. Échangé contre huit heures de travail, le vêtement civil, lui, est choisi par la femme. Cependant, son existence infiltre plus ou moins la femme soignante dans sa tenue de travail (accessoires, bijOUX, ouss vêtements) alors que l'inverse est moins visible, en tout cas moins affirmé. La tenue professionnelle ne sort pas, matériellement, de l'hôpital; elle en sort parfois symboliquement. ..

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J'ai souhaité donner la parole à ces femmes après avoir travaillé avec elles, écouté, regardé. Toutes celles que j'ai rencontrées n'apparaissent pas ici, mais toutes m'ont procuré une parcelle de ce matériau précieux qu'est l'expérience humaine (surtout quand elle est racontée avec passion). Et la passion elles l'ont toutes! En contrepoint de ces histoires individuelles, j'ai recherché aussi le point de vue d'hommes (infirmiers, médecins ou techniciens) pour donner du relief à ce que disent ces femmes. Les prénoms de tous ces protagonistes sont d'emprunt afin de respecter les volontés de chacun. Du vestiaire, pièce collective et loin du monde en mouvement, au vestiaire, simple placard métallique fermé par un cadenas, l'image de la soignante apparaît et se transforme pour épouser tour à tour son costume blanc ou son vêtement de femme qui habite dans la ville. Cela prend plusieurs minutes dans une journée de travail, se reproduit de nombreuses fois au cours des années, de jour comme de nuit, les jours ordinaires et les jours extra-ordinaires, les jours heureux, les jours de fatigue... J'entends encore les portes qui claquent et les pas des filles qui marchent vite pour arriver à l'heure...

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Il fait encore nuit quand je me dirige vers l 'hôpital; nous sommes enfévrier 1999. Seul le halo des lampadaires éclaire l'immense parking. L 'hôpital se rapproche de plus en plus et je vois quelques lumières qui dansent aux fenêtres. Serait-ce une infirmière dans une chambre? « Une entrée» qu'on installe? Ou bien encore un malade qui vient d'allumer? Les détails se précisent à présent et me voici devant la porte des urgences. A peine ai-je franchi le seuil, que l'odeur connue et reconnue entre toutes réveille ma mémoire. Elle m'enveloppe et je suis déjà immergée dans mon costume et mon travail. Elle m'effraie aussi, me rappelant ce monde professionnel que j'ai voulu quitter pour un autre. Non je n 'hésite pas, mais j'ai peur. Peur de quoi? Dedans, quand je traverse la salle d'attente, la lumière des plafonniers éclaire les murs blancs et déjà, çà et là, des brancards, des fauteuils roulants attendent. Tout parait calme, propre, ordonné. Je redoute ce silence cachottier. La secrétaire qui a fait la nuit, m'écoute avec patience raconter mon histoire. Elle a été mise au courant par la surveillante. Je lui montre mon autorisation et, de son bureau, elle m'ouvre la porte en me recommandant de demander une tenue à une infirmière dès qu'elle arrivera. La porte automatique s'est déjà refermée et je découvre les longs couloirs blancs, qui vont me conduire jusqu'aux vestiaires puis dans le service, situés tous deux au même niveau. Bien qu'avantageuse sur sa position et les facilités de déplacements du vestiaire au service qu'elle octroie, cette situation spatiale pose toutefois une réelle difficulté: celle d'être tout près du public et le risque de vols s'accentue... Un code est alors placé sur la porte des vestiaires et permet ainsi aux seuls initiés dy entrer.

J'attends devant la porte et je ne peux plus faire marche arrière. Quelqu'un devrait arriver... C'est alors, face à cette trop grande clarté à laquelle je ne suis pas habituée et qui me conduit à l'obscur du vestiaire, que je me souviens ... Voilà quinze ans, je me dirigeais aussi vers le lieu de la transformation...

Février 1985, école d'infirmières de Mende. Pour accéder aux vestiaires, dans le sous-sol, il faut passer par un « trou» et c'est un ascenseur qui y conduit. Là, « notre société », celle des élèves-infirmières, tente d'exister, de se façonner et surtout de se projeter en pensant s'en sortir un jour. Où arriver? Au deuxième étage, là où il y a les infirmières diplômées d'État, là où il y a des vestiaires dignes de ce nom. Les élèves ont leurs stages pratiques et terrains d'applications à l'hôpital auquel l'école est rattachée. Elles n'ont pas encore franchi les étapes qui leur permettent (aux yeux de leurs formatrices, infirmières et surveillantes des services), d'accéder à un monde meilleur, à un monde ou elles seraient reconnues, estimées et valorisées. La preuve en est, que lorsqu'elles passent au vestiaire pour revêtir leur tenue professionnelle avant de se rendre dans un service, elles ne vont pas, comme les infirmières titulaires, au rez-de-chaussée ou au premier étage de l'hôpital, c'est-à-dire dans l'hôpital même, « lieu de vie ou plus exactement où l'on vit », non, elles doivent se rendre au sous-sol, voire au deuxième soussol, près des salles des machines, des entrepôts ou de la morgue... espaces lugubres et ténébreux où se situe leur vestiaire. À l'hôpital, les élèves stagiaires n'appartiennent pas au monde des vivants et je repense à ces lignes de Paul Sébillot où la terre est percée de galeries qui conduisent à des 12

micro-sociétés: c'est un peu le cas, pour cette micro-société que nous sommes. En arrivant dans ce sous-sol par l'ascenseur, les élèves, inconsciemment, se dépêchent de traverser le grand hall, tant le lieu est sordide, angoissant. Ici et là traînent quelques brancards; des murs percés de lourdes portes en fer laissent deviner des couloirs qui débouchent on ne sait où, et puis, plus loin... la morgue, lieu encore mystérieux et ténébreux pour ces jeunes élèves que nous sommes. Souvent situés en sous-sol, les vestiaires sont bien des espaces d'entre-deux, des Iieux ordinairement délai ssés par les administrations hospitalières et comme tels des endroits hybrides où tout peut arriver: extrémité du bâtiment, raccourci, portes de service mais aussi lieu de débarras... L'hôpital de Mende fut construit en 1972 et l'école de soins infirmiers en 1974... Comme il n'y avait pas eu de projet d'école, il a fallu utiliser la place « qui restait» pour les vestiaires des élèves. L'hôpital est ainsi constitué et stratifié comme un monde fermé sur lui-même, un univers entier. TI recèle l'endroit où se produit la transformation quotidienne des « civiles» en soignantes. Ce n'est pas un hasard si ces zones de marge et de mélange sont aussi souvent des zones de rebut dans un milieu, I'hôpital, qui fonctionne encore plus aujourd'hui, sur la séparation des circuits « propres» et « sales». Le vestiaire est juste à côté de la morgue. Les deux portes se touchent, mais jamais aucune des élèves ne se trompe: une fois la porte des vestiaires tirée, l'interrupteur actionné, le décor se plante devant nous. Un long couloir dont on ne voit pas la fin se dessine, et en même temps, le regard se porte sur la multitude de tuyaux suspendus au-dessus de nos têtes, qui à leur façon habillent et donnent vie à ce souterrain... 13

L'espace paraît alors moins grand et plus chaud, certains tuyaux sont des conduites de chauffage qui permettent d'approvisionner les services. Comme eux, l'infirmière est au service d'une cause noble... A mi-distance de ce corridor, on arrive à une petite place créée par l'architecture du bâtiment, lieu de rassemblement et point de départ pour « monter dans les étages », où l'un derrière l'autre, s'enfilent les placards en métal, gris, tristes et monotones... Éclairé par une seule ampoule, cet espace est meublé par une table (apportée d'où? par qui ?) avec, suprême plaisir, un miroir pour nous « regarder)} avant de partir travailler... « Quelle tête j'ai ce matin, si vous saviez ce que j'ai envie d y aller... j'espère que le nOxne sera pas aussi enquiquinant qu 'hier... ». Ironie du sort qu'en ce lieu sale, en désaccord avec le rôle de soignante, où pour justement apporter à l'autre cet élément principal que sont la toilette et la propreté du corps, il faille que les élèves passent, mais avec délice, devant cet immense miroir doré à l'or fin datant du début du siècle... Les élèves avaient le privilège pour accéder de ce monde chthonien (inquiétant dans son allure mais havre de paix dans son silence), au monde des vivants (où la tâche qui attendait allait être difficile), de traverser non pas seulement un couloir mais... un siècle d'histoire. Je sens encore, dans ces pensées et dans ces lieux douloureux, combien les membres de la communauté hospitalière sont attentifs au moindre signe, combien l'apparence de chacun est décryptée sans cesse, comme si le regard clinique porté sur le malade était doublé d'un regard sans concession porté sur les collègues. Il y a celle qui se maquille et se recoiffe, celle qui passe, silencieuse, celles qui, la peur au ventre pour ce nouveau terrain de stage ou la crainte de travailler avec « l'infirmière qui saque », fument et pensent... Moi j'ai mal aux doigts tellement mes ongles sont 14

rongés. Je sais que je vais avoir des problèmes pour travailler, surtout pour sentir les veines avant de piquer: je ne peux appuyer sur l'extrémité de mes doigts. Pour me laver les mains, pour le nettoyage des instruments avant la stérilisation, c'est pareil, le Mercryl brûle, c'est insupportable. .. Je n'arrive pas à décoller le micropore, aussi, afin d'éviter de faire attendre l'infirmière que «je sers », ou simplement pour me sentir à l'aise au moment de la réalisation des pansements, j'en déroule un morceau que je fixe dans ma poche, et je peux ainsi l'attraper... Ce n'est rien: au bout de deux jours la douleur passe... Cela n'est rien avant le reste... C'est la dernière répétition avant l'ouverture du rideau... avant l'entrée en scène où moi comme elles, élèves, allons faire de la figuration pour tous les médecins, les infirmières qui ne nous acceptent pas, alors que nous nous apprêtons à travailler comme des abeilles. L'endroit est négligé. Il bénéficie toutefois d'une grande poubelle que nous n'avons jamais vue vide. Au sol, sur la poussière naturelle d'une cave, traînent toutes sortes de détritus; mouchoirs en papier, boites de collants et même des aiguilles (dans leurs étuis bien sûr), des cathlons, du micropore pour faire tenir nos perfuseurs et pansements en tous genres... Le vestiaire est le lieu de l'entre-deux où tout se mélange... le pur et l'impur, le propre et le sale, la vie civile et la vie professionnelle. Lieu aussi, oublié par les administratifs et cadres hospitaliers... ce n'est qu'un lieu de
passage. ...

Je me souviens qu'un jour, une infirmière du service où j'étais en stage, en m'accompagnant, avait été horrifiée en premier lieu « par le gâchis du matériel qui traînait », puis par l'endroit sinistre... « vraiment lugubre », répétait-elle. Quelquefois, un rat traverse et nous entendons les élèves 15

hurler du bout du couloir... Bien sûr, de là où nous sommes, personne ne peut percevoir les cris... Et d'ailleurs, qui viendrait voir... nous sommes si bas, si loin... Le lieu est peu éclairé. Dans ce sous-sol, aucune fenêtre. La lumière artificielle est la bienvenue! En sortant de l'ascenseur, on bénéficie de la lumière du hall pour arriver jusqu'à la porte des vestiaires et ensuite on tâtonne pour trouver le bouton de la minuterie... Cela demande de chercher quelques instants dans une demi-obscurité! Ici la minuterie commande une seule ampoule électrique... Il revient à dire que lorsque nous ouvrons la porte des vestiaires, le compte à rebours a commencé... Ainsi, régulièrement, nous nous retrouvons dans l'obscurité: comment se sortir de cette situation périlleuse? Si, par chance, une camarade de classe rentre dans ce corridor, il suffit de crier pour qu'elle comprenne et actionne la minuterie, ou bien il faut nous munir de lampes de poches... Heureusement, notre demande a été entendue et nous avons fini par avoir gain de cause car un interrupteur digne de ce nom a été installé. Par la suite, le reproche incessant d'oublier d'éteindre et d'entretenir le gaspillage nous a souvent été fait. Les vestiaires les plus éloignés, au fond du couloir, ne bénéficient même pas d'ampoule électrique. Inutile de dire qu'ils ne sont pas utilisés sauf quand il n'en reste plus d'autres... Les élèves s'y déshabillent et s'habillent donc dans la semi-obscurité. Pour toutes ces raisons, la gestion des vestiaires est un enjeu de la plus haute importance. Quand une « troisième année» part, « on se passe le vestiaire, c'est-à-dire le placard métallique» (par« passe », j'entends « donner» à une élève, mais avec qui on a des affinités) car les « dernières années» sont toujours mieux placées pour le vestiaire, la porte ou la lumière. Une fois ce meuble en métal obtenu ou trouvé, il est 16