Chroniques eurasiennes

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Mon père chinois est arrivé en France dès 1929 après un voyage en bateau de plus d'un mois. Il a épousé une française et a réussi à évoluer socialement. Deux de ses frères le rejoindront. L'un devenu architecte repartira travailler pour son pays. Mon père traversera la seconde guerre mondiale et la guerre d'Indochine. En 1967, après 38 années d'éloignement, il retrouve en ma compagnie son pays alors en pleine tragédie de la révolution culturelle. Il meurt quelques semaines après notre retour. Treize années plus tard, dès 1980, j'ai le privilège de découvrir la Chine avant qu'elle ne s'ouvre au tourisme de masse. Je la découvre auprès de ma famille et au contact des gens du peuple. Une Chine authentique. Mon récit évoque le parcours peu ordinaire de mon père et ma rencontre avec une Chine que peu ont connue.  
Publié le : mardi 5 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204756
Nombre de pages : non-communiqué
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Jean TUAN

Chroniques eurasiennes

Mon père chinois arrivé en France en 1929

 


 

© Jean TUAN, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0475-6

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Notes aux lecteurs : la méthode du pinyin système de transcription du chinois à l'aide des caractères latins, est celle retenue pour ce texte. Parfois pour faciliter la compréhension les noms sont écrits sous leur forme française plus familière (cf. Pékin pour Beijing).

 

 

 

 

Je suis d'origine chinoise par mon père. Je me flatte qu'il soit venu en France dès 1929, même s'il ne faisait pas partie du premier contingent de chinois arrivé dans l'hexagone. Avant lui il y avait eu ceux venus remplacer les combattants de 14-18 et ensuite au début des années 1920 une autre vague. Celle arrivée pour étudier ou travailler et qui comptait dans ses rangs des chinois qui allaient tenir un rôle de premier plan à leur retour au pays. Parmi eux, parmi ces chinois qui deviendront prestigieux et détiendront en partie le sort de leurs concitoyens dans leurs mains, il y avait Deng Xiaoping et Zhou Enlai. Au 15 (à l'époque le n° 17) de la rue Godefroy dans le XIIIème arrondissement de Paris on peut voir une plaque commémorative apposée sur le mur de l'hôtel Neptune par le gouvernement français en octobre 1979 à l'occasion du 15ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques sino-françaises. L'endroit a hébergé le futur premier ministre de la République Populaire de Chine lors de son séjour en France de 1922 à 1924. En 2001, deux chinois Zhang Yuanhui et Li Jian, ont acheté l'immeuble.

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Zhou Enlai

 

La Chine est à la mode, c'est son tour. Et elle devrait le rester encore un long moment compte tenu de son influence économique. Alors elle suscite des vocations et des opportunismes. Nombreux sont les "spécialistes" de "l'empire du milieu" et combien de parents forcent leur progéniture à apprendre le chinois en se disant que ce sera un investissement qui rapportera encore plus que l'apprentissage du tennis. A défaut de gagner Roland Garros, devenir riche en allant à la conquête du Pays du Milieu (zhongguo) ! Car la Chine ce n'est pas l'Empire du Milieu (diguo), fantasme racoleur de pseudos branchés. Beaucoup se ruent en Chine croyant y trouver de miraculeux taux de croissance pour leur entreprise en difficulté, y décrocher un emploi grassement payé alors qu'ils se désespèrent chez Pôle Emploi, y trouver la solution à leurs névroses en profitant de la soi-disant "sagesse chinoise". A certaines exceptions près ils s'exposent à de grandes déconvenues. Il est trop tard. La Chine évolue à la vitesse supersonique. Il fallait y aller au début de la décennie 1990 quand elle s'ouvrait, découvrait le monde extérieur, que tout était à faire et que tous étaient bienvenus. Ce n'est plus le cas.

Chinois d'origine et chinois de Chine

 

 

Par mon père je ne fais donc pas partie des asiatiques arrivés lors de la décennie 1970. Ceux qui fuyaient la guerre au Vietnam ou au Laos et qui ensuite, la paix revenue dans leur pays ont fui les communistes et quelques fois leurs responsabilités. Ceux-là, s'ils avaient parfois des origines chinoises et portaient un nom qui évoquait cette filiation, étaient nés en Asie du sud-est. Ils parlaient chinois pour certains mais n'avaient jamais mis les pieds en Chine pour la plupart. Quelques-uns se sont installés dans le XIIIème arrondissement de Paris. Et comme ils étaient jaunes, les français les ont facilement considérés comme chinois et dans un commode raccourci ont appelé "chinatown" ce quartier qui n'en était pas un. Tout cela est irritant. Tous ces asiatiques qui ne sont pas chinois et que l'on confond. Mon père est né dans la province du Hebei pas loin de Pékin. Son patronyme (duan) qui se traduit en français par "fragment" n'est pas le plus courant dans ce pays que les autochtones qualifient de pays des "vieux cent noms"(lao bai xing). Si les documents historiques chiffrent à 12 000 les noms de famille, un recensement récent en a retenu 4700. Parmi l’ethnie majoritaire Han (92% de la population) on compte en moyenne 320 000 individus partageant le même nom. Mais une centaine de noms réunit 85% des chinois (d’où la notion de "pays des vieux cent noms"). Les Martin, Bernard, Dubois, Thomas, Robert, Richard et Petit (noms les plus répandus en France) seront Liu, Chen, Yang, Huang, Zhao, Wu et Zhou avec respectivement 20 millions de porteurs. Pour les chinois le nom de famille rattache ceux qui le partagent à un même ancêtre même si la plupart savent que ce ne peut être qu'un mythe. Ils lui accordent donc une grande importance que révèle la formule pour demander à quelqu'un son nom : "nin gui xing" se traduisant littéralement par : "votre précieux nom". Autour du nom et du prénom s'établissent des règles. Le nom se place en premier avant le prénom. Généralement il est monosyllabique. Si les femmes sont appelées du nom de leur époux par leur entourage proche (voisins, professeurs de leur enfant et relations du mari), dans les autres cas elles sont abordées par leur nom de jeune fille. Même si une certaine intimité s'installe il n'est pas dans les habitudes d'appeler par son prénom un chinois sauf si celui-ci est dissyllabique. S'il se limite à un seul caractère il faut le faire précéder du nom de famille : "Wang Wen". L'usage fait que même entre époux ou amis intimes on procède de cette manière. Les plus jeunes lorsqu'ils s'adressent à un aîné font précéder le prénom par "lao" (vieux), c'est une marque de respect. De même un chinois plus âgé fait précéder le prénom par "xiao " (petit, jeune) qui n'est pas condescendant mais amical. Quant aux prénoms, il existait une tradition de "prénom de génération" avec le même premier caractère pour tous les enfants d'un même sexe. Celui de mon père était "shu" dont la traduction est "arbre" suivi du caractère "kai" (triomphant). "Arbre triomphant"était donc son prénom. Ses deux frères aînés et deux frères cadets avaient le même premier caractère débutant leur prénom. Tous les cinq étaient "arbre quelque chose"...Si en Europe certains parents donnent le prénom du footballeur le plus populaire du moment ou celui du chanteur le plus à la mode, en Chine les prénoms dépendent de la période où l'enfant naît, de la situation politique ou économique de l'époque. Ainsi quelqu'un se prénommant "né à la capitale" ou bien "cœur rouge" sera forcément né entre 1949 et 1980. Les prénoms "déesse de la pitié" ou "grande fortune" seront portés par des chinois nés après 1990 période à partir de laquelle la religion a été acceptée ainsi que l'idée de réussite matérielle. Pratique car sans même rencontrer votre interlocuteur chinois et à partir de la traduction de son prénom vous aurez une idée de la génération à laquelle il appartient. En 1929 lors de l'arrivée de mon père en France, le système de transcription était le Wade mis au point par le britannique Thomas Wade au XIXème siècle. Il a vu son nom traduit par "Tuan", ce qui sonne vietnamien. Avec le pinyin introduit par le régime en 1979 qui transcrit alphabétiquement les caractères chinois, le nom se prononce Duan et Toinen français. Aujourd'hui encore le caractère peu courant de notre nom de famille suscite une certaine déférence dont je bénéficie lors de mes séjours. En 1995 après avoir passé plus d'une année en préparatifs j'irai en Chine pour le compte d'un magazine spécialisé dans le transport aérien. En préambule de l'interview du vice-président de la compagnie Air China, je me présenterai en déclinant en chinois mon nom de famille. Il s'empressera de me dire que nous portons le même et que nous sommes donc "lao jia" ce qui veut dire "pays natal". Le contact deviendra alors chaleureux et je réaliserai un reportage bénéficiant de conditions exceptionnelles pour l'époque avec notamment la possibilité de prendre des photos sur le tarmac de l'aéroport international de Pékin. Et d'apprécier le confort de la première classe au retour…

 

 

Vrais amis vs opportunistes

Les auto-proclamés sinologues et autres spécialistes de la Chine qui interviennent à tous propos dans les médias constituent également un sujet d'agacement pour moi. Ils ne connaissent pas ou mal le pays de mon père et tiennent pourtant des propos définitifs. Ils accompagnent nos premiers ministres ou présidents de la république à Pékin lors de voyages où l'on espère décrocher le Saint-Graal avec des commandes par centaines pour des millions d'euros. En fait ces spécialistes souvent des personnalités politiques, artistiques ou intellectuelles ne connaissent rien du pays. Ou plutôt ils ne connaissent que les ors et les somptueux cadeaux que les responsables chinois ont toujours su prodiguer aux "amis" de la Chine. Alors imaginez quelle plus-value ils peuvent apporter à la délégation dans laquelle ils ont réussi à s'incruster, dans laquelle par tragique méconnaissance ou facilité nos responsables ont cru bon de les inviter. Nulle ! Aucune plus-value si ce n'est pour eux- mêmes. Encore quelques banquets officiels où ils goûteront ce qu'aucun chinois ne peut même rêver de déguster. Et ramèneront de nombreux cadeaux inestimables qui viendront s'entasser à côté de ceux déjà rapportés. Ainsi de cet ancien ministre du général De Gaulle auteur d'un best-seller au titre prémonitoire et plus récemment de cet ancien premier ministre, président il y a encore peu d'un conseil régional. Considéré comme un spécialiste de la Chine aux doctes avis. Parle-t-il un mot de la langue? A-t-il jamais pénétré l'intérieur d'une vraie famille chinoise de la classe moyenne? Pas une de celles sélectionnées par le régime et vivant dans un décor d'opérette, ne tarissant pas d'éloges pour le parti communiste et ses irréprochables représentants ! A-t-il jamais visité la campagne profonde ? Celle qui n'a connu que peu ou pas de changement depuis 1990, celle où beaucoup n'ont encore aucun revenu monétaire ou bien misérable. La Chine, quoi...A-t-il simplement essayé de passer une journée comme un citadin ordinaire de la classe moyenne ? Levé aux aurores, entassé dans les transports en commun, étouffant dans la pollution citadine et la promiscuité dans un pays surpeuplé (au moins dans les villes et la bande côtière). Ensuite devant affronter un travail pas forcément épanouissant dans des conditions pas forcément meilleures que dans les pays capitalistes (et pourtant la Chine serait un bastion socialiste…) pour un salaire très moyen. Conditions difficiles qu'il aura du mal à contester et à faire changer. Ce n'est pas le syndicat unique pour toute la Chine, croupion du parti, qui l'y aidera. Des "amis", la Chine en a depuis longtemps et surtout depuis que les communistes ont cherché à conquérir le pouvoir. Parmi eux certains récompensés après 1949 ont eu le courage d'être présents et de se joindre à l'épopée. Edgar Snow en fait partie. Plus tard Joris Yvens également. Ils ont le mérite des années difficiles et l'excuse qu'aux époques traversées par eux, on pouvait encore y croire. Il n'en est pas de même pour Anne Suyin ou Maria-Antonietta Macciochi. La première d'origine chinoise par son père aura soutenu le régime de Mao Zedong dont elle aura été une sorte de porte-parole non officiel. Son soutien inconditionnel au Grand bond en avant et à la Révolution culturelle dont les horreurs lui auront échappé lui aura fait perdre tout crédit hors du pays.

Maria-Antonietta Macciochi respectable intellectuelle italienne l'aura moins été lorsqu'à son retour de quelques mois passés en Chine fin 1970 elle commettra un pavé de plus cinq cents pages intitulé "De la Chine" éloge de la révolution culturelle. Si à la même époque elle a une certaine audience auprès d'intellectuels parisiens, elle se fera légitimement étrillée en 1983 lors de l'émission littéraire Apostrophes. Un autre sinologue Simon Leys présent sur le plateau qualifiera son livre "Deux mille ans de bonheur" paru la même année de "stupidité totale et d'escroquerie" ! De son premier ouvrage, Christophe Bourseiller à la dent moins dure dira "c'est un témoignage naïf d'une intellectuelle fascinée par la propagande, qui prête au régime chinois les qualités d'un paradis socialiste". Les pseudos sinologues amis de la Chine et surtout de son régime sont aussi nombreux que les grains dans une marmite de riz...il suffit d'avoir passé quelques mois en confortable expatriation dans une grande ville chinoise pour au retour espérer passer sur l'antenne d'une sous-chaîne télé d'infos de la TNT et asséner ses vérités sur le pays. Heureusement à côté de ces fantoches de vrais connaisseurs et amis plus désintéressés peuvent informer ceux éprouvant un intérêt sincère pour la Chine. Pour ne citer qu'eux ; Jean-Luc Domenach et Marie Holzman. En évoquant cette dernière, voici ce qu'écrit une station de radio nationale sur son site internet : "En 2010, elle se félicite de la remise du Prix Nobel de la Paix au dissident chinois emprisonné Liu Xiabao. En 2012, elle défend la cause du dissident aveugle Chen Guangcheng. Le 10 décembre 2013, elle manifeste avec d'autres intellectuels en Suède, pour défendre le prix Nobel de littérature Mo Yan condamné à onze ans de prison". Affligeant mais révélateur d'un manque de sérieux remarquable dont l'empreinte se retrouve dans beaucoup de domaines actuellement ! Le prix Nobel de la Paix 2010 se nomme...Liu Xiaobo et non Liu Xiabao, quant à Mo Yan il n'a pas été condamné à onze années de lao gaï (le goulag chinois). Tout au contraire. Si ses talents d'écrivains sont reconnus, certains lui reprochent une trop "grande proximité" avec le gouvernement chinois. Ceux qui s'intéressent sincèrement à la Chine, qui veulent comprendre où elle en est, suivre son actuelle évolution, cherchent une juste interprétation de ses us et coutumes doivent se tourner exclusivement vers de vrais connaisseurs comme Marie Holzman et Jean-Luc Domenach. Ils n'émargent pas avenue Georges V (ambassade de Chine) et n'ont pas sombré dans la "sino-béatitude" celle qui veut nous faire passer la Chine pour un paradis ou pour le guide éclairé qui sauvera l'humanité. Celle qui fait croire à bon nombre d'entrepreneurs qu'ils trouveront là bas la solution à leurs difficultés hexagonales ou des possibilités de croissance introuvables en France. Cette "sino-béatitude" qui fait croire à bon nombre de désespérés qu'ils dénicheront au Pays du Milieu non seulement une activité professionnelle mais la chance de pouvoir réussir. J'insiste, la Chine d'aujourd'hui n'est plus celle des années 90 où tout était possible et où presque tous étaient les bienvenus. Pour peu que vous parliez correctement le mandarin et connaissiez un minimum le pays et ses coutumes, vous pouviez décrocher une place à la réception d'une grande chaîne hôtelière étrangère (s'installant alors dans les grandes villes), gravir rapidement les échelons et devenir cadre. Avec un peu de capital et d'inspiration, il était possible d'ouvrir un salon de coiffure à "l'occidentale" rapidement prospérer et se retrouver à la tête d'une chaîne de salons disséminés à travers le pays. Quant aux grandes entreprises planétaires pour celles qui ont su s'y prendre et s'implanter dans la durée, elles ont réalisé de beaux bénéfices qui s'ils n'ont pas profité aux travailleurs chinois employés par elles ont comblé leurs actionnaires...mais à condition de ne pas commettre certaines erreurs.

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