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P ourquoi ces dix huit mois avec l’Echo d’Oran? Parce qu’ils vont permettre, documents à l’appui, de décrire ce qu’était la vie d’une petite « ville à la française » en cette période si troublée. Ils vont montrer que les Saïdéens et Saïdéennes – qui savaient déjà que le sort de l’Algérie était joué et, par voie de conséquence, leur avenir qui serait fait de déchirures et de difficultés – continuaient à vivre, c’estàdire à travailler, à se cultiver, à animer, à développer le tissu asso ciatif que leurs grandsparents et parents avaient su créer, à élaborer des projets comme l’avaient fait leurs arrières grandsparents à leur arrivée sur ce sol et comme ils le faisaient euxmêmes, riches de leur expérience. Vous y trouverez aussi quelques réflexions personnelles sur ce que l’on appelait pudiquement les « événements d’Algérie » qui ont causé tant de drames dans les familles des Français d’Algérie, européens et musulmans, livrées à un terrorisme aveugle.
e Cette période je l’ai vécue avec mon ami Arthur Smet, photographe au 8 R.I.M., qui a fixé sur ses pellicules tous ces moments de vie. Son talent m’a permis d’illustrer les nombreux reportages qui m’ont conduit à parcourir le vaste département de Saïda.
Arthur Smet, Robert Jesenberger et à gauche Jean Cantau
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Appareil photo en bandoulière, juché sur sa motocyclette de couleur kaki, sourire aux lèvres, il était toujours en mouvement. C’était la course infernale entre la ville, le bled et le laboratoire du camp des chasseurs où l’opération la plus longue était le séchage des photos. Roger Gardien, fidèle collaborateur d’Arthur, assumait avec philosophie notre pression amicale. Les photos devaient être développées et légendées avant le départ du car pour Oran à 13 heures 30, afin de confier au chauffeur l’enveloppe « Horssac » qui devait être remise aux services de rédaction de l’Echo d’Oranavec mes textes.
Comment et pourquoi me suisje lancé dans cette « aventure » ? C’est ma passion des timbres qui m’a conduit à accepter cet emploi ! En effet, je collectionne les timbres depuis ma première communion et je m’arrête quelque fois à l’imprimerie Favier où je bavarde avec un philatéliste chevronné, Georges Favier, pro priétaire avec son frère Marcel d’une papeterie, mais aussi du journal local, l’Echo de Saïda. Il me montre sa collection de timbres français qui est beaucoup plus avancée que la mienne. Il est aussi correspondant de l’Echo d’Oranet un jour il me demande si cet emploi de pigiste m’in téresse, car il souhaite réduire son activité. Il propose mon nom à la rédaction du journal. Fin décembre 1959 je reçois la visite du rédacteur en chef et d’un de ses adjoints qui dé jeunent au restaurant de l’Hôtel d’Orient et me voilà muni de la carte de correspondant régio nal de l’Echo d’Oran, numéro 185. Je suis payé à la pige, c’estàdire à la ligne et à la photo. Les Oranais sont heureux de leur voyage : il neige à Saïda et le lendemain une belle photo de notre cité enneigée paraît sur le quotidien en première page. Je ne sais pas encore le travail qui m’attend, mais les conditions sont intéressantes pour un jeune enseignant, père de deux enfants, avec un troisième que nous devons accueillir vers la mijanvier. Vingt cinq centimes la ligne et cinq francs la photo, les frais de déplacement payés, me voilà prêt à sillonner avec ma 2 CV Citroën le département de Saïda qui vient d’être créé.
Fermez les yeux, nous allons faire un bond de quarante années en arrière dans notre riche passé et le retrouver grâce à ces coupures de journaux jaunies et de photos qui, elles, ont résisté à l’épreuve du temps.
Il est presque 11 heures. Nous sommes le lundi 4 janvier 1960. Le car OranSaïda vient juste d’arriver. Les voyageurs descendent et saisissent leurs bagages que leur tend un employé juché sur le toit de l’autobus. Dix minutes après, un paquet de journaux sous le bras un petit vendeur s’égosille : « L’Icho d’Oran… l’Icho d’Oran… » Les premiers clients servis sont les habitués du café Albert et les commerces situés au rezdechaussée et au premier étage du superbe bâtiment qui se dresse face à la Mairie et sur le fronton duquel on peut lire « Hôtel d’Orient ». L’employé du petit kiosque à journaux situé sur la grande place de l’Hôtel de Ville dispose les quotidiens sur son présentoir. Il y en a deux avec « L’Oran républicain » dont le correspondant M. Chéraqui est secrétaire à la mairie de Saïda. Vous préparez 0,25 NF et en première page vous découvrez un long article sur les cérémonies fêtant la naissance du département de Saïda. En pre mière page aussi, une photo du général Gambiez et du préfet de Solminihac qui accompagnent
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le Général Mirambeau qui serre la main de l’un de nos concitoyens Monsieur Roger Tritsch. Je vous invite à feuilleter votre journal plus de quarante ans après… avec le gars Arthur et votre serviteur !
MM. Georges Favier et Chéraqui : prise de notes pour l'Echo de Saïda et l'Oran républicaindans la salle d'honneur de l'Hôtel de ville
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Un pour Un
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