Cintia

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Cintia de Sà est née au Brésil le 13 mars 1986 et n’a pas eu une enfance facile. Fille d’un père policier qui n’hésitait pas à utiliser la violence pour régler les problèmes, et d’une mère incapable de jouer son vrai rôle de mère, elle a dû s’inventer une histoire bien à elle pour survivre au milieu de ce désert affectif. Jusqu’au jour où elle croit découvrir le prince charmant qui l’emmènera au Québec, sa deuxième patrie.



On l’a découverte à Occupation double en 2013. Pendant près de trois mois, des milliers de téléspectateurs se sont habitués à ses crises d’insécurité, elle est même devenue sympathique malgré ses sautes d’humeur. Envers et contre toutes, elle fut sacrée, par le public, la grande gagnante de ces combats épiques qui se déroulaient au vu et au su de tout le Québec. Une nouvelle vie commençait pour elle.



C’est ce qu’elle raconte ici, avec toute la fébrilité qu’on lui connaît. Un portrait amusant et passionnant d’une fille qui n’a pas dit son dernier mot.
Publié le : mardi 28 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895497257
Nombre de pages : 127
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Extrait



Je m’appelle Cintia et je suis née un 13 mars 1986 dans la petite ville de Araçoiaba da Serra (« la place où le soleil se couche », en langue guarani), près de Sorocaba, à 80 kilomètres de Sao Paulo, au Brésil, cette boule immense au cœur de l’Amérique latine, qui possède des frontières avec une dizaines de pays tout autour, un pays tellement grand et riche qu’il pourrait se passer du reste du monde, comme on le disait quand j’étais petite fille. On pouvait y vivre toute une vie et ne pas avoir eu le temps de tout découvrir et de tout visiter.

En ce temps-là, la vie coulait doucement malgré la violence qui secouait mon immense pays. Rien ne venait marquer la différence des jours, si ce n’est la tombée de la nuit très noire qui annonçait la fin obligée des va-et-vient pour moi, et l’approche inévitable des fins de semaine où la famille se réunissait au grand complet, avec mes tantes et mon oncle, mes nombreux cousins et cousines, dans une ferme appartenant à mon grand-père maternel. Il y avait des animaux de ferme, y compris des chevaux que je montais volontiers comme une fière cavalière. On y mangeait les plats traditionnels, les grillades de bœuf, le riz avec haricots, des salades, de la farine de maïs et du manioc, tandis que les adultes se régalaient de bières et de cachaça, un produit qui se fabriquait sur place puisqu’il y avait dans la ville même une usine de fabrication de cette eau-de-vie que les hommes appréciaient tout particulièrement et qui pouvait rendre fous ceux qui en abusaient.

Quant à la famille de mon père, qui avait neuf frères et deux sœurs, je ne les voyais presque jamais. Lula, qui allait devenir président du Brésil, venait de se faire élire dans l’État de Sao Paulo et son élection annonçait l’arrivée d’un temps nouveau et d’une timide lueur de liberté. On le sentait à la fébrilité palpable qui marquait désormais les conversations de tous les occupants de la grande maison et aux regards de plus en plus égayés des voisins qui espéraient tous une trêve dans les luttes violentes qui se déchaînaient tout autour de nous.

À Araçoiaba, nous étions de véritables nomades. Nous changions de maison presque tous les ans. Je n’ai jamais su pourquoi il en était ainsi. Les maisons que nous habitions comportaient toujours de hauts murs et cela créait sans doute un sentiment de sécurité qui me permettait d’évoluer sans crainte, aux côtés de ma sœur de trois ans et demi mon aînée. Je me sentais à l’abri des bruits, des cris et de toute l’agitation extérieure, perceptible aux klaxons incessants des voitures et aux coups donnés sur la grande porte centrale par les visiteurs empressés qui venaient offrir leurs produits frais tout en profitant de la fraîcheur de la maison. À la table, il y avait toujours une ou deux places de vide pour ceux qui arrivaient à l’improviste.

J’avais l’imagination fertile et je pouvais créer toutes sortes de personnages et de situations fantaisistes à partir d’histoires lues dans des livres que mes tantes laissaient traîner dans la grande salle qui servait de lieux de discussions et de rencontres et où défilaient tous ceux, jeunes et vieux, riches et pauvres, qui se prétendaient amis de mon père et venaient solliciter une faveur, un miracle, une promesse. Car mon père semblait doté de pouvoirs extraordinaires qui en faisaient un être à part dans ce bal improvisé où il suffisait parfois d’offrir un verre d’eau ou un peu de café pour calmer les démons assoiffés. Il émanait de lui une impression de force et de sécurité. Le contact avec les personnes de pouvoir a toujours ce côté rassurant, comme une prière qui prépare à toute éventualité.

Mon père était policier, tout comme son propre père. Au fil des ans, il avait gravi les échelons et était devenu un enquêteur dont la réputation de bagarreur en faisait trembler plus d’un. Il faut dire que mon père n’avait pas eu une enfance facile et il avait dû apprendre à se défendre seul, avec ses poings, pour arriver à cet endroit où il pouvait prétendre regarder un peu plus loin que la cime des arbres. Petit mais costaud, à l’allure plutôt guerrière, il avait travaillé longtemps à la répression des trafiquants de drogue, avec le frère de ma mère, policier lui aussi. Je craignais pour ceux qui tombaient en disgrâce à ses yeux. Valait mieux l’avoir de son côté, c’est ce que je comprenais des conversations épiées à gauche et à droite.

Un jour, mon oncle avait décidé de garder une partie de la drogue qu’il avait saisie à des truands. Il voulait simplement pouvoir s’en servir pour épingler d’autres trafiquants mais un collègue jaloux l’avait dénoncé. Il s’était fait prendre et avait dû faire face à la justice. Il s’en tira avec une sentence de trois ans de prison, grâce à l’intervention de mon père qui promit de se venger du délateur. Je n’ai jamais su le fin fond de l’histoire et s’il y eut bain de sang, personne ne s’en vanta. Pendant ces trois années, nous partions souvent en véritable expédition familiale pour lui tenir compagnie pendant quelques heures dans cette prison un peu spéciale et éloignée du centre-ville, où les détenus de droit commun n’étaient pas admis. Nous formions vraiment une grande famille unie face au malheur et la trahison, car la délation ne faisait pas partie de nos valeurs.
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