Clignancourt

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Arrivé au bureau de Paris Clignancourt en mai 1959, le narrateur évoque une série d’anecdotes vécues par le personnel jusqu’à la fermeture du centre en 1978.


Des personnages au caractère très affirmé, d’autre complètement paumés, des cas typiques et atypiques avec, hélas, quelques prévaricateurs alimentaient une ambiance parfois agitée, toujours joyeuse et sympathique.


Tous ces gens arrivés très jeunes de leur province à « la capitale » apportaient à la fois leur différence de culture régionale, leur accent du terroir que certains essayaient de juguler et cet ensemble ethnique rassemblait tous ces individus, créant des amitiés inaltérables et pérennes.


Né à Magalas, petit village à l’est de Béziers, Gérard Catala, après une scolarité chaotique, tumultueuse et médiocre, décide de partir dans les Postes, à Paris. Il se trouve affecté à Paris Aviation et c’est dans cette ambiance contée dans son récit qu’il passe une grande partie de sa carrière.


Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782954098401
Nombre de pages : non-communiqué
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PRÊT PO UR LE GRAND SAUT ? O U LE VO YAGE MO UVEMENTÉ
Puisque nous parlons de transport aérien, si nous enta-mions ce récit en relatant les quelques anecdotes mettant en scène postiers et aviateurs ? Était-il envisageable que certains jeunes gens puissent avoir la possibilité de prendre l’avion postal gratuitement ? certai-nement !!! Mais reconnaissons que ces complaisances étaient insigni-fiantes au regard de prérogatives inhérentes à certaines fonctions administratives ou autres. Inutile de soulever une polémique a ce sujet qui amènerait à une diatribe sans fin sans pour cela empêcher l’arrêt du népotisme ou du privilège. Quelques restrictions cependant limitaient ces faveurs ; tout d’abord, il fallait que l’inspecteur responsable des envois postaux autorise la demande de l’intéressé en mettant la mention sur la requête : « Cet agent assure le pointage du courrier au départ des avions. » Ensuite, le futur passager devait signer une décharge dégageant toute responsabilité à la compagnie Air France au cas où un accident corporel quel-conque porta atteinte au futur passager dont le poids ap-proximatif (valise comprise) était estimé à 100 kg.
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Toutefois, les agents ne pouvaient bénéficier de cette aubaine les jeudis, vendredis, car ces jours-là les appareils étaient en surcharge ou à la limite de poids dû à un surplus de courrier. Quant au samedi et au dimanche il n’y avait pas d’aéropostale. Voilà notre heureux candidat, qui, muni de tous les papiers nécessaires, se prépare gaiement pour le voyage. S’étant mis d’accord au préalable avec un chauffeur PTT pour que ce dernier veuille bien le conduire jusqu’au Bourget, c’est la joie au cœur qu’il se dirige vers le bureau. Dans l’attente du véhicule qui doit se positionner au transbordement de Clignancourt pour charger puis l’amener, il va au café de la Poste. Comme c’est la veille de son anniversaire, il le fête avec quelques copains, et c’est un peu grisé qu’il monte dans le camion postal. Passons sur les quelques tracasseries de papiers à l’aéroport, et le voilà déjà dans la cabine de pilotage, assis sur un fauteuil un peu bancal, juste derrière les appareils radio, attendant patiemment l’arrivée des aviateurs, qui ne tardent pas. Un petit salut, le pilote s’installe, ainsi que le copilote, tandis que le radio approche de ses appareils et entre en communication avec la tour de contrôle. Le commandant de bord, tout en manipulant des boutons, regarde sur un feuillet, appelle notre jeune afin de vérifier son identité, puis la conversation s’engage à bâtons rompus, jusqu’au moment où le vol devient imminent. À ce moment-là, le commandant de bord suggère gentiment au passager de rester derrière lui en se tenant fermement à son siège pour assister au décollage. Surpris et content, notre camarade s’ac-croche et le DC3, après quelques virages se positionne sur la piste : un bruit de moteur assourdissant, et l’avion commence
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à rouler de plus en plus vite. Tout à coup, la machine comme prise d’un indicible accès de fureur lui faisant perdre toute notion de prudence, s’arrache du sol, s’élève dans les airs, continue rageusement son ascension, traverse un nuage puis, arrivée à son point optimal, se balance sagement dans le ciel comme si son caprice de gamin était apaisé et atteint sa vitesse de croisière. Le commandant invite notre ami à retourner à son siège et lui dit : « Au fait, ce soir nous sommes en surcharge ; si nous avions un petit problème et que nous soyons obligés de déles-ter, savez-vous sauter en parachute ? » Quelque peu interloqué par la question, il a tout de même la présence d’esprit de comprendre la plaisanterie et répond tout de go : « Non monsieur, mais au cas où vous y seriez contraints, laissez-moi aussi prendre ma valise, et je serais prêt pour le grand saut. » L’équipage continue son vol en direction de Clermont-Ferrand dans la monotonie de son ronronnement de moteur et le balancement imperceptible du cargo qui invite à une somnolence, d’autant plus que les quelques verres ingurgités auparavant n’ont pas encore dissipé toutes leurs vapeurs. C’est dans cette douce quiétude que, tout à coup, un bruit sec se fait entendre à la droite du passager, comme si une balle avait percuté l’extérieur de la carlingue. Surpris, mais croyant avoir rêvé, il sourit de s’être laissé abuser par ce petit incident, lorsqu’une rafale crépite, puis c’est de son côté et sensiblement au même niveau que ces claquements secs se font entendre.
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L’inquiétude commence à gagner notre ami ; il se sent très mal à l’aise, d’autant plus qu’on a parfois l’impression qu’une mitraillette lâche son chargeur. Il pense alors dans son désarroi au fameux parachute qu’on lui a proposé pour évacuer l’avion, mais chasse tout se suite cette idée inepte. Toutefois ce mar-tèlement intermittent l’angoisse énormément !… Il voudrait signaler la chose au pilote, mais la peur du ridicule le raisonne sans apaiser sa crainte. Il se déplace vers l’extrémité de son siège, se penche pour regarder l’attitude des aviateurs. Le commandant fume tran-quillement sa pipe, discute avec le copilote et le radio, indifférents, ainsi que ces subordonnés à cette sarabande de bruits secs qui continue joyeusement à lui écorcher les oreilles. Le radio approche de son poste, croise son regard, mais aucune appréhension ne se devine dans son comportement, ce qui rassure à demi le jeune postier. L’avion amorce alors la descente sur l’aérodrome de Clermont-Ferrand et le commandant rappelle notre ami en le priant à nouveau de se cramponner au siège. La piste est en vue, et, malgré ses oreilles qui bourdonnent et se bouchent, c’est avec un sentiment de joie, de fierté… Et de soulagement qu’il sent enfin la terre ferme après un tout petit choc dû à l’impact des roues sur la piste. L’avion continue à rouler et, après quelques virages se gare prés des voitures postales qui se sont dirigées vers lui. C’ est alors que le pilote lui demande ! – Vous n’avez rien entendu de suspect ? – Si quelques crépitements sur la carlingue ! – Avez-vous eu peur ? – Oh ! Il faut bien mourir un jour ! – Nous étions assez haut tout à l’heure, la température étant alors très basse, des glaçons se sont fixés alors à l’extrémité des
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ailes, mais un système de dégivrage s’est mis en fonction, et les grêlons en fondant se sont détachés en venant péter contre la carlingue ! On entend un bruit d’ouverture de porte arrière, puis le déchargement commence dans un brouhaha où se mêlent quelques rires qui fusent, puis une voix autoritaire se manifeste : sûrement un chef ! Un camion démarre, un autre prend sa place… On a l’im-pression que le procédé inverse se produit. L’avion est lesté à nouveau par les sacs postaux mis dans des containeurs fixés solidement par des sangles afin qu’ils ne se baladent pas dans le fuselage pendant le vol. Quelques instants après, direction la piste d’envol, et c’est encore derrière le commandant de bord que le passager assiste émerveillé au décollage. Réinstallé sur son siège bancal, il pense à ses parents qui, avertis la veille, doivent être déjà à l’aéroport de Montpellier-Fréjorgues… Disons une paire d’heures et le voyage sera terminé ! Mais l’appareil commence à tanguer… Il se sent de plus en plus secoué…, il a l’impression d’entendre un coup de tonnerre, et aperçoit des éclairs au devant de la cabine de pilotage. L’avion se comporte de plus en plus de façon anormale : roulis, tangages, trous d’air se manifestent avec violence… On se croirait, pense-t-il , sur un navire en plein tempête.
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