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Coeur gros ventre vide

De
64 pages


Le témoignage d'une jeune fille pauvre en France aujourd'hui.




Jeanne a seize ans. Elle vit dans un petit village, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Pour alerter les consciences sur une réalité dramatiquement courante mais soigneusement tue, elle a décidé de témoigner de ses conditions de vie misérables.
Jeanne est pauvre, pourtant ses parents travaillent. Le père est cariste, la mère distribue des prospectus publicitaires dans tout le département. Mais les ressources de la famille sont insuffisantes pour assurer une vie matérielle décente à un foyer de six personnes. Chaque mois, les revenus sont engloutis par le remboursement d'emprunts divers, contractés par la force des choses. Jeanne décrit très bien les mécanismes sociaux qui ont entraîné sa famille dans cette spirale. Au quotidien, sa vie est faite de privations et de contraintes (faim, travail non rémunéré, ménages, épuisement physique, vexations sociales, etc.).
Cependant, si le tableau est noir, il s'en dégage aussi une grande humanité (sens de la solidarité familiale, désir de s'en sortir, espoir d'avenir, joies simples) doublée d'une analyse de la société contemporaine très pertinente. Ni revancharde ni aigrie, Jeanne trouve le ton juste. Les paroles de cette adolescente d'aujourd'hui tranchent par leur maturité, leur intelligence et leur lucidité.
La misère au quotidien a fourni de nombreux récits. Mais celui-ci touche particulièrement car il est très vivant, sincère, sans pathos, et porté avec beaucoup de courage. Il est difficile de ne pas être bouleversé.





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©Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2013 ISBN : 978-2-221-13505-1 En couverture : © Sandrine Expilly / Signatures
À celles et ceux qui s’organisent pour que cessent toutes les inégalités
Préface Entre 1,8 et 3,7 millions de personnes vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi (France – Observatoire des inégalités). J’ai rencontré Jeanne début 2012, à l’occasion d’un Carrefour des métiers dans un collège rural de l’Oise. Je participais à cette manifestation d’orientation pour présenter mon métier de journaliste/réalisatrice dans l’audiovisuel. Cette élève de troisième est entrée seule dans la salle où je recevais tous les intéressés. Après lui avoir exposé le sujet de mon dernier documentaire radio – qui portait sur la lutte des salariés de SeaFrance pour sauvegarder leur emploi –, elle a commencé à me confier sa propre situation sociale et les grandes difficultés matérielles qui affectaient sa famille, bien que ses deux parents travaillent. Cette jeune fille m’a profondément touchée lorsqu’elle m’a raconté comment elle éprouvait moralement et physiquement la précarité au quotidien. Nous avons échangé nos coordonnées dans l’intention de nous revoir1. À l’issue de ma matinée au collège, je me suis renseignée auprès des membres de la direction sur le suivi de cette élève. Jeanne les avait alertés très récemment de ses problèmes et la commission d’attribution de fonds sociaux s’était rapidement mobilisée. Elle avait statué en faveur de la gratuité de la cantine pour elle et pour sa sœur scolarisée dans le même établissement. Je précise que ces aides étaient allouées au ménage sans tenir compte des plafonds de ressources normalement requis. Car même si les deux salaires des parents de Jeanne – de cariste pour le père et de distributrice de prospectus pour la mère – ne suffisent pas à couvrir leurs dépenses courantes et recouvrir les prêts qu’ils ont contractés, ils ne sont pas éligibles à la plupart des soutiens caritatifs. Leurs revenus fiscaux dépassent généralement les critères d’attribution. Au motif d’une demande croissante, les organismes de dons alimentaires se trouvent en effet contraints de sélectionner les bénéficiaires en privilégiant les plus nécessiteux. Ils ne peuvent pas prétendre à l’aide alimentaire des Restos du cœur, par exemple, où se présentent de plus en plus de familles vivant dans une pauvreté plus dramatique que la leur. Je pense que le désarroi et la souffrance de Jeanne face à la pénurie sont d’autant plus vifs, que sous ses yeux défilent en permanence des messages commerciaux poussant à l’hyperconsommation. Car, ironie du sort, elle voit quasi quotidiennement sa mère trier des milliers de prospectus publicitaires sur la table de la salle à manger. Comment résister à la tentation d’acheter, d’acheter à crédit, quand le message perpétuellement assené est qu’il faut à tout prix consommer pour être « heureux » ? Et consommer des produits de marque de préférence, gage d’intégration et signe d’appartenance à la « bonne » société. Lorsque le petit boulot très mal payé de la maman consiste à propager cette intoxication qui les ruine, on touche à des paradoxes insensés. Dans une époque où Internet et beaucoup de programmes télévisés incitent à une forte mise en scène de soi, il me semble important de souligner que Jeanne, adolescente de son temps, a trouvé plaisir à se livrer, en se prenant par moments à forcer légèrement le trait de la réalité, dans l’objectif, j’imagine, de toucher ses interlocuteurs. Au cours des différents entretiens que nous avons eus toutes les deux, j’ai dû en tout cas refréner quelques-unes de ses tentatives d’autofiction, qui desservaient évidemment la sincérité et l’authenticité de son regard sur la société. Du fait d’une responsabilisation précoce et animée par un devoir de solidarité,
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