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Colas colo - Colas colère

De
294 pages
De 1940 à 2007, un petit Colas d'un village de Bourgogne raconte dans cet ouvrage ses années d'apprentissage dans la France meurtrie par la guerre, puis ses années de voyages et de découverte dans ses fonctions de Conseiller culturel, puis d'Ambassadeur. "Colas colo", nourri de l'esprit des colonies de vacances, puis "Colas colère", citoyen engagé et dressé contre toutes formes de colonialisme et d'hégémonie, notamment géopolitique, lance un vibrant appel à l'affirmation de toute la Francophonie.
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COLAS COLO - COLAS COLÈRE

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-03110-4 EAN : 9782296031104

Albert SALON

COLAS COLa - COLAS COLÈRE
Un enfant de France contre les empires

L'Harmattan

Du MÊME AUTEUR : « La politique culturelle de l'Allemagne à l'étranger» Documentation française, Paris 1970. « Vocabulaire critique des relations culturelles internationales» CILF, Paris 1978. Thèse de doctorat d'Etat ès lettres sur «l'action

culturelle de la France dans le monde - Analyse
critique », Université de Paris I, PanthéonSorbonne, 1981; 2000 pages dactylographiées; dans les bibliothèques universitaires françaises. « L'action culturelle de la France dans le monde» 1983, F. Nathan, Paris, 160 p. COLLECTIFS: « Histoire de la langue française» (continuation du « Ferdinand Brunot », sous la direction du Recteur Gérald Antoine), tomes XIV et XV, CNRS, Paris 1993 et 1996. « Atlas historique de la langue française », Bordas, Paris 1994. «Quelle Francophonie pour le 21 ème siècle?» Karthala et Agence intergouvernementale de la Francophonie, Paris 1995. « Les Français et leur langue en 2001 » Le Droit de comprendre; Editions des Ecrivains, Paris 2001. «Les défis de la Francophonie », avec MM. Arnaud et Guillou, Alpharès-Max Milo, Paris 2002. «Alerte francophone », avec M. Alfred Gilder, SEFI-Arnaud Franel, Paris 2004. «La tragédie européenne et la France », sous la direction du Général Pierre-Marie Gallois et de Pierre Maillard, Ambassadeur de France; FrançoisXavier de Guibert, Paris 2004.

À Hélène Mouriou, ma Mère

"Da, wo der Wille ist, ist au ch ein Weg" (Schopenhauer, Die Welt aIs Wille und Vorstellung) (Là où il y a la volonté, il y a un chemin) « C'est entendu, tu te bats à l'arrière-garde. Mais quand une armée recule ou quand une civilisation se dégrade, c'est la place des braves. » (Pierre-Henri Simon, Sagesse du soir) On a vu, on verra, des arrière-gardes se retourner en avantgardes. . . « Il n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il va » (Sénèque)

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS Colas colonisé: une enfance de France battue; les cris sourds du pays qu'on enchaÎne Les blouses grises De l'allemand à l'Allemagne La montagne magique Les Saints Pères L'action culturelle du Quai d'Orsay, le Général et l'Allemagne Australie et Pacifique, sur les traces de Cook et de Bougainville, de La Pérouse, de Bruni d'Entrecasteaux Les relations universitaires intemationales L'Afrique, de « la Colo » à « la Coop» L'Océan indien: « Stella clavisque maris indici » l'Isle de France de la Bourdonnais et Surcouf jusqu'à Maurice d'aujourd'hui La Nouvelle France: en dilution? Europe et « grand large francophone» La « Campagne de France» Pirates des Caraïbes. Stimulante Jamaïque 13

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La grande explication mondiale avec Bruxelles et l'Empire; vers notre décolonisation: vivent la France, le Québec, et la Francophonie libres! 249

AVANT-PROPOS

Toute ma vie, j'ai été invité à m'élever en ascenseur. Au vrai, je ne crois pas l'avoir jamais cherché. Ma mère s'est sacrifiée pour m'amener au premier de ces ascenseurs sociaux. A une bonne école de ville. Puis à des concours. Un «Breugnon» de Romain Rolland dans sa Bourgogne rurale. Colas. «Petit Chose» assez «né coiffé» pour être toujours convié, ou admis, le plus souvent juste avant que la porte ne se ferme, à des agapes plutôt destinées à d'autres. Avec, à chaque palier, cet air étonné, absent, un peu perdu, de l'étranger, ou du pauvre en bout de table. Mais assez vite adapté et ravi, au bout du compte, de ce qui m'était offert. Reconnaissant. Colas; toute son histoire a commencé dès mes cinq ans, en 1940. La guerre nous a arrachés au village et à notre misère pour nous transporter à Saumur, sur la Loire, dans une pauvreté plus convenable, mais aussi dans l'incendie de la défaite française. Je ne sais plus qui a écrit que l'enfance est plus profondément politique que ce que l'on veut bien nous en dire. En tout cas, c'est à partir de ce moment-là, ascension après ascension, palier après palier, que j'ai senti ma vie et mon action se confondre avec le sort de la France. Destin de «nous» collectif intimement lié à mon destin individuel. Mon enfance a rimé à la fois avec France et souffrance, la sienne et la mienne. Ma vie avec espérance par et pour la France. Car les ascenseurs, c'était elle qui les offrait. De bonnes âmes et des hasards heureux m'ont fait les prendre. En un parcours initiatique, une suite de demi hasards tissant une sorte de nécessité. Pour découvrir à chaque porte ouverte une nouvelle

illustration du pays et de sa souffrance. Pour la dire tout entière. En colère. Colas colère. La colère est venue très tôt. Non pas une colère sociale, de classe, de pauvre. Enfant, comme ma mère je ne concevais pas de vivre autrement que dans la pauvreté. Une colère de voir la France battue et envahie. Une colère d'enfant de vaincus. Diminuée - bien plus tard - avec la fierté retrouvée d'une France redressée, remise à son rang, dans les années soixante. Colère revenue après 1974, progressivement, jusqu'à se transformer en rage froide, persistante, lancinante. En détermination farouche de tout faire pour éviter la rechute du pays. Eviter un nouveau juin 40. Le retour des grands incendies, la douleur des vaincus, la honte de nouvelles occupations et collaborations. Combattre les éternels traîtres, toujours prêts à reparaître et à servir de nouveaux maîtres. Voilà pourquoi je n'ai pas voulu écrire un livre de plus de « mémoires» d'ambassadeur à la retraite, livrant ses expériences, ses anecdotes et ses analyses avec un humour de bon ton et un détachement de bon aloi. Mais présenter, plutôt, un « mémoire de France» aux Français. Une « ethnographie individuelle ». Une mémoire d'en-France, enracinée dans mon enfance. Moins témoigner d'un temps des équipages, de la marine à voile.. .et des colonies, ou des voitures à marchepied et du fusil Lebel, que faire sentir le prolongement vivant, en France actuelle, des moments disparus. Moins cultiver la nostalgie que montrer combien notre passé reste le terreau d'un avenir à construire. Différent, sans doute. Mais un avenir français, non du repli frileux, mais du grand large. J'ai voulu faire sentir pourquoi ce parcours d'un Colas bourguignon, enfant du peuple de France, moins « formaté»

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par sa famille qu'imprégné, imbibé de «nous collectif» par les milieux très divers dans lesquels il a été plongé, comme happé par ses ascenseurs successifs, ne pouvait qu'aboutir à son combat d'aujourd'hui. Besoin charnel, compulsif, de lutter contre les incendies du pays et le retour de leurs menaces. Nécessité sociale, déterminisme politique, né de la prégnance des images d'enfance, des lectures d'adolescence, des marques de la Bourgogne puis de l'Alsace, des formations reçues et données dans nos établissements « catho-laïques ». Conforté par les détours par l'étranger. Par l'Allemagne obsédante. Par le monde anglo-saxon. Par l'Afrique. Par le Québec... Observatoires et révélateurs de ce qu'est et signifie la France. Être un rallumeur de réverbères, chargé non seulement de guetter, mais de renforcer, «dans l'ombre, la lueur de l'espérance» . Offrande d'un combattant à une France qui est toujours en guerre sans en avoir une conscience assez répandue. En guerre existentielle, sans avions ni chars, mais faisant beaucoup d'âmes mortes. En guerre nationale. Mais plus encore, et surtout, en guerre pour l'Homme. Sur sa lancée de championne à la fois humble, tenace et orgueilleuse, d'un universalisme humaniste. Conception présomptueuse, donquichotterie, aux yeux de beaucoup. Aux yeux de trop de nos élites qui veulent l'effacer et la subordonner à celle, huntingtonienne, antinomique, de l' « Empire américain ». La subordonner à ce qui porte la guerre (physique!) des civilisations comme la nuée porte l'orage. Car la vision de ce « peuple élu », à la « destinée manifeste », à l'opposé de notre vision d'une république universaliste, est, tout comme l'idéologie du « djihad» islamiste, un communautarisme. Un impérialisme. Une forme redoutable de totalitarisme et de fascisme. Appel à notre libération de ces totalitarismes d' « élus ».

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Appel à nous libérer d'abord du plus immédiat, du plus pesant, présent et pressant d'entre eux. De l'empire américain, anglo-saxon, et de son principal relais: l'Union européenne. Du moins dans sa forme actuelle, caricaturale, de fédéralisme euratlantique destructeur des Etats- nations de notre continent, au premier chef de la Nation française. Appel à un indispensable sursaut vital du pays. A une lutte d'indépendance, un combat pour notre décolonisation. Par les armes de l'esprit, c'est-à-dire de l'information, de la prise de conscience de notre sujétion, de la résistance linguistique et culturelle au sens le plus large.

Colas « colo ». Aux divers sens du mot colonie, et de ses dérivés. Les formations que j'ai connues, dans l'enfance et même plus tard, dans des «colonies» - pas toutes « de vacances» - où « c'est l'équipe qui t'appelle, viens, viens, laisse tout! », ne distrayaient-elles pas nos esprits malléables du contexte extérieur de sujétion, tout en nous donnant en même temps des armes mentales pour nous préparer à résister, aux Allemands d'abord, à d'autres maîtres ensuite? Ambivalence proche de celle de l'Ecole des Cadres d'Uriage pendant l'Occupation, jusqu'à sa suppression par les mêmes autorités qui avaient permis sa création. .. « Colo », c'était aussi nos colonies outre-mer: «l'Empire français ». Comme beaucoup de mes contemporains, j'ai aimé ce splendide empire colonial qui nous a fait rêver dans nos jeunes années. La France y a commis des crimes très graves, peut-être autant que toutes les grandes nations colonisatrices du passé, sans toutefois les génocides et déplacements de population pratiqués par les Espagnols, les Anglais, les

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Allemands, les Russes... Sans oublier les pays colonisateurs d'aujourd'hui - certains tout nouveaux - dont on ne parle guère. Mais nous avons appris nos crimes assez tard. Notre jeunesse a alors compris la nécessité de la libération et de l'indépendance voulues par des pays très différents que nous avions conquis. Comme beaucoup d'étudiants de mon âge, je me suis associé aux manifestations d'une partie de la gauche pour « la paix en Algérie ». J'ai tout de même gardé le sentiment vif qu'il ne convenait pas de « jeter le bébé avec l'eau du bain», et que la « repentance» imposée aujourd'hui par le «politiquement correct» est une niaiserie, une absurdité nuisible, une manipulation asservissante. Souhaitons-nous revenir sur la colonisation romaine de la Gaule? Exiger que les Italiens d'aujourd'hui fassent pour cela pénitence? N'y a-t-il vraiment aucune parenté entre l'esprit colonie de vacances - esprit scout - et l' « esprit colonial» des Français? Dans le saint-frusquin de la «mission civilisatrice» tant raillée et vilipendée aujourd'hui, il y avait une part de noblesse. La relation entre «métropole éducatrice» et « colonies à développer », « indigènes à instruire et élever », ne rappelait-elle pas un peu celle qui existe au sein de l'équipe formatrice entre les jeunes adultes «moniteurs» et leurs jeunes scouts, louveteaux et autres « coeurs vaillants» ? Pour tout vaillant cœur, en tout cas, passer en 1940 du statut de colonisateur à celui de vaincu occupé et colonisé par les Allemands était inacceptable. Comme l'est aujourd'hui le passage d'Etat redressé à pays dominé et province vassalisée de l'Empire. Sentiment partagé par nos associations qui luttent, avec quelques autres en « équipe de colo ». Elles ont leur place dans ce livre.

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Ne voit-on pas que, compte tenu du caractère non ethnique « secondaire» selon Renan, Sieburg, Curtius.. .et le régionaliste occitan Robert Lafond - de la nation française, la « fierté d'être français» vient surtout de ce que les Français ont pu et peuvent faire de grand ensemble? « La France ne saurait être la France sans la grandeur» selon le Général de Gaulle; «la France marche au projet» selon Jean-Pierre Chevènement. Tous les Français peuvent y adhérer. Y compris les « périphériques» : Basques, Bretons, Alsaciens, Corses, qui ont tant contribué à bâtir puis à administrer «l'Empire français », et ont tendance à revaloriser sous diverses formes leurs identités particulières, régionales, si la France ne leur permet plus de viser plus haut. Y compris les habitants des îles françaises lointaines. Y compris les rapatriés d'Algérie et d'autres anciennes colonies. Y compris nos nombreux immigrés de toutes provenances, qui pourraient - volontiers sinon pour tous, du moins pour beaucoup - s'assimiler à une communauté nationale fière d'elle-même et entreprenante. Le tout par et dans une langue française qu'il est inadmissible de laisser perdre le rang qu'elle tient encore dans le monde. Voilà pourquoi j'ai voulu, avec la voix des amis de nos associations, dénoncer avec force les vichystes d'aujourd'hui, leur esprit défaitiste et leurs politiques d'abandon. Ceux qui brident, bradent, brûlent la France depuis trente ans. Ceux qui la mettent en coupe réglée, jusque dans le domaine culturel. Ceux qui la livrent à l'Empire et à ses autres ennemis. Bernanos, comme il le fit dans les années trente, les taxerait aujourd'hui d'imposture. Il faut, au mépris des convenances, condamner la forfaiture d'une classe dirigeante «traviata », dévoyée. A gauche comme à droite, comme au centre. En corruption et «banqueroute frauduleuse» selon Jean Roux. Trop le nez sur la «technique» mal comprise, et sur la démagogie et «les affaires », au détriment de la politique.

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Trop éloignée de la grande politique, sans parler de la « mystique» selon Péguy. Nous revenons au Chant des partisans de Druon et de Kessel, au temps du vol lourd des corbeaux sur nos plaines et des cris sourds du pays qu'on enchaîne. Au temps de la Résistance et d'une nouvelle Libération. Et des projets audacieux et généreux pour dépasser les Adieu ma France et Adieu à la France qui s'en va. Pour saluer Régis Debray qui écrit: A demain de Gaulle. Pour crier: «A demain la France », libre et ouverte à la Francophonie, comme à une Europe elle-même libre, et au monde entier. Fidèle dans son ouverture à l'humanité.

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Colas colonisé: une enfance de France battue; les cris sourds du pays qu'on enchaîne
« . Maman! Regarde le gros crocodile qui croque le , marIn. » . Le petit marin français gisait, encadré par l'arc des dents pointues de la bête. Avec son col bleu et son bonnet blanc au pompon rouge, il disparaissait lorsque la mâchoire supérieure se rabattait. Alors, les yeux jaunes du crocodile clignaient et une secousse agitait son grand corps vert. Puis, la gueule énorme béait à nouveau. Affreux écrin rose pour le pauvre matelot. Refermée, rouverte, par un mécanisme indifférent aux flammèches qui commençaient à tomber tout autour dans la vitrine du magasin de jouets déjà en partie incendié. Une bombe était tombée tout près. Comme sur bien d'autres maisons du centre de Saumur. Quand je fus grand, on m'apprit que la ville, en 1940, avait résisté aux Allemands, que ses Cadets eurent la gloire de défendre les ponts sur la Loire. Ville bombardée. Pour l'heure, petit Colas plus ahuri qu'apeuré, je serrais la main de maman. Elle nous frayait un chemin dans les décombres de la rue. Il fallait éviter les morceaux de bois en flammes tombant des toits. Un auvent nous avait, dans la nuit, abrités un instant en face de la vitrine restée éclairée. Familière et rassurante à la lumière électrique. Banalisant l'horreur que je venais de voir, gravée dans ma mémoire. Secondes d'éternité. Ce crocodile mécanique mâchant le mannequin à pompon dans le décor de chambre d'enfant du magasin de jouets fut plus marquant pour mes cinq ans que la fuite vers les abris dans la nuit grondante et rougeoyante. Adulte, toujours hanté par cette image d'enfance, j'en ai fait un symbole du sort de la France battue, colonisée. Il faut sauver le marin à pompon.

Aujourd'hui, après plus de 66 ans, l'incendie, le crocodile et le pompon rouge, sont toujours prêts à resurgir. Au beau milieu de promenades dans les superbes quartiers historiques de Paris, il m'arrive assez souvent d'imaginer des rougeoiements infernaux au-dessus du Louvre, de NotreDame, du Marais, de tant de nos merveilles. Une bombe au milieu de ce havre de paix extraordinaire: le jardin du Luxembourg. Pour moi, le «Brennt Paris? »(Paris brûle-til?) de Hitler au Général von Choltitz flotte toujours, en attente, dans le ciel de la capitale. Question étendue à toute la France. Cauchemar latent, invité, esquissé, par les milliers de véhicules « cramés» chaque année à Paris, à Strasbourg, un peu partout. Par les forêts en proie tous les étés aux flammes qui prélèvent aussi leur tribut de pompiers. Par les squats insalubres où grillent de pauvres occupants et leurs enfants. Cauchemar entretenu par les brasiers des bouts du monde qui peuvent s'étendre chez nous. Brasiers d'Afrique, d'Haïti, d'Afghanistan, d'Irak, du Liban. Feux génois, si proches, des paolistes de Corse. . . Et tous les feux resurgis de notre histoire. Visions de barricades aux portes de Paris, sur les boulevards des Maréchaux. Maréchaux d'une Grande Armée couchée dans les linceuls blancs en laissant derrière elle «brûler Moscou fumant ». Barricades tenues par des poignées de Parisiens, d'immigrés intégrés, d'étrangers amoureux de la France des contes, de joueurs d'échecs russes, libanais, chinois, admirés au Luxembourg... face à des Girondins ameutés contre Paris par Bruxelles et Washington. Qui est donc ce résistant désespéré suicidaire jailli d'une bouche d'égout sur les Champs Elysées, pour tirer dans le tas, à la mitraillette, sur le défilé des troupes du vainqueur? . . Un, deux, trois, quatre vietnams en France. Défaites des colonnes envoyées, par un reste de pouvoir central, contenir avec de vieux fusils à pierre et baïonnette du Premier Empire les indépendantistes provinciaux. Enlisées à l'Ouest dans les

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marais de la Grande Brière. Prises à l'Est sous les tirs croisés des corps francs alsaciens et des canons allemands à longue portée au pied du Mont Sainte Odile, où Barrès et Hansi faisaient vibrer autrefois la fibre nationale. Lyonnais et Grenoblois loyalistes taillés en pièces par les Provençaux, Niçois, et les Savoyards de Michel Barnier aidés par quelques Italiens, et des Anglais débarqués dans Toulon reprise.. .Malmaison en cendres, Elysée en poudre. Paris ellemême sur soi renversant ses murailles. Plus de Bertrand du Guesclin, plus de Jeanne d'Arc. Plus de Bonaparte. Plus de «Joffre, Foch et Clemenceau ». Plus de Général de Gaulle. Villon s'en balance. Richelieu sans feu ni lieu. Charles de Batz d'Artagnan garde sa tombe à Maëstricht. Colbert fait tapisserie. Vauban mis au ban de l'Europe sans frontières. Napoléon hué par les Corses repassés en majorité dans le clan paoliste. Amende honorable de Bourguignons confus d'avoir si longtemps omis de rendre au Téméraire le culte dû au Grand Duc d'Occident. Au bûcher les livres de Corneille (pour avoir écrit « le Cid»), de Racine, de Molière, de Voltaire. De Chateaubriand aussi, pour avoir vanté « le Génie du Christianisme». Et même de Jaurès, pour avoir soutenu en fait la Nation, le colonialisme et l'impérialisme français. De Charles de Gaulle, encore, coupable d'avoir donné aux Français l'illusion tenace d'un sursaut possible dans leur « irrémédiable» décadence. Et voici qu'un quelconque Kissinger vient expliquer ses échecs dans ses missions de conciliation entre ces ethnies enragées qui, du reste, parlent encore très mal l'américain. Voici les sectes humanitaires «U.S.» du programme «La Fayette, nous revoilà!» (site en français sur la Toile: www.lafayettetrois.com). qui découpent 1'« Hexagone» en concessions territoriales pour organiser les soins aux blessés, la récupération des dents en or des morts avant leur incinération, la distribution obligatoire des agents d'obésité: « chips », «smarties» et coca-cola dans les écoles encore

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ouvertes et les familles encore unies, le parcage et l'évangélisation en anglais des orphelins et enfants errants. Sectes appuyées par un «AMGOT» (gouvernement militaire allié dans les territoires occupés) enfin installé. De ce cauchemar fou, dans lequel tout, bien sûr, est pure et délirante fiction, comme dans la chanson « Le rêve passe », «l'enfant s'éveille ému, mais tout dort en silence. Et dans son cœur le songe est revenu: les tambours, les clairons, les dragons, les hussards, la Gaaarde... » Mais en juin 40, à Saumur, le cauchemar était la réalité, sans retour de la Garde. Les caves. Les abris. Les uniformes kaki affairés à l'entrée. Les casques et les mousquetons des derniers soldats français côtoyés avant longtemps. L'air hurlant des sirènes tournantes. Les explosions. Les gravats fumants sous nos pas. Par chance, notre immeuble était resté debout. Au rez-dechaussée, la modeste épicerie de Marraine Angèle, Place de l'Arche Dorée, face au Temple à colonnes, au coin de la rue du Château des «très riches heures» du Duc de Berry. Un soir, devant la porte, un soldat vert aux courtes bottes noires, fusil à la bretelle, sentinelle aux cent pas mécaniques. Irréel, incongru, impromptu. «Irrompu» dans mon monde tel le crocodile dans la vitrine des jouets. Apparu alors que nous débouchions sur la place, avec mon oncle Paul, au retour d'une partie de pêche en barque, à la ligne et aux nasses, dans un coude du Thouet. Avec dans le vivier, déjà, des anguilles et de ces poissons-chats bossus et barbus, bardés d'arêtes et au goût de vase, qui fourniraient l'essentiel de nos protéines, la guerre durant. Relevées par la prise bienvenue de fretin à friture, parfois d'une tanche ou d'un brochet, voire d'un lapin de garenne au collet. Heureusement, il y eut, toutes ces années,

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les topinambours, les patates, les haricots et les tomates du jardin d'Oncle Paul. Je l'aidais à la fumure du potager. Après la classe et les devoirs, je m'installais à notre fenêtre ouvrant sur la place. Je guettais les passages fréquents des beaux chevaux réquisitionnés de l'École de Cavalerie et du Cadre Noir. Plus qu'à leurs cavaliers aux hautes casquettes à visières, vertes comme les mâchoires ouvertes dans la vitrine, je m'intéressais à ce qu'ils pouvaient laisser tomber. Lorsque des queues de crin s'étaient levées, je dévalais l'escalier avec pelle, seau et balayette, et recueillais les précieuses boules marron et paille, engrais pour les légumes d'Oncle Paul. Une bonne récolte me valait un bâton de réglisse de Marraine, ou une planche en carton de soldats français à découper, coiffés, selon les époques, de calots, de képis, de bérets, d'oursons, de chèches, de chapeaux... «Messieurs les mestres, veuillez ajuster vos chapeaux, nous allons avoir l'honneur de charger! ». Au bas de l'immeuble, jouxtant l'épicerie, mon cousin Henri, fils de Paul et d'Angèle Mouriou, avait son atelier de serrurerie et ferronnerie d'art. Avant sa démobilisation, il avait servi dans les blindés. J'imaginais ce chevalier-tankiste martial au regard bleu, au menton volontaire, sur sa monture d'acier. Quand il relevait son heaume et arrêtait sa soudure, ou le façonnage sonore d'un fer à blanc sur l'enclume, pour me repousser loin des étincelles, je voulais croire qu'il forgeait des armes et me les cachait. Les bruits produits par Henri et ses compagnons dans leur antre rythmaient les heures sans classe. Ils couvraient ceux de la place, des voitures à cheval et des autos à gazogène. S'y mêlaient de temps à autre les battements de bottes des patrouilles « boches» sur nos pavés.

Les veilles de grandes fêtes - moins fréquentes à cette époque - on m'envoyait me faire couper les cheveux de
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l'autre côté de la place, au milieu de laquelle trônait, désolé, le socle de la statue de Benjamin Delessert déboulonnée et fondue par les Allemands. L'un d'eux, ce jour-là, attendait comme moi son tour chez le coiffeur. Il me hissa sur ses genoux pour me donner un bonbon et me dire quelques mots en français. Il n'avait sans doute que de bonnes intentions. Il devait penser à son fils resté au pays. Mais lorsque je racontai cela à Maman, et aux Mouriou qui nous hébergeaient, tous me firent jurer de ne plus me fier aux inconnus, en particulier aux soldats allemands, aussi « corrects» qu'ils parussent. Les Allemands... Foin du bonbon, ces verts broyeurs de pompons rouges ne me disaient rien qui valût. Leur présence était détestée de toutes les personnes de notre milieu. Tout me disait que leur victoire nous avait humiliés. On ne voyait plus de marins bleus ni de soldats en kaki. Plus de tank pour Henri. Et son frère Maurice était toujours prisonnier en Allemagne. Pris avant que son père Paul, devant l'avance ennemie, n'eût demandé à ma mère, sa sœur, vivant plus près du front dans notre petit village de Bourgogne, de les rejoindre à Saumur, avec mon vieux grand-père et moi dont elle avait seule la charge. Je n'avais donc pas connu Maurice, mais il manquait à moi aussi, et j'en voulais aux « Boches ». C'était sans nul doute à cause d'eux que nous en étions réduits aux poissons-chats dans notre ordinaire. Du reste, comment avions-nous pu être ainsi battus? À en croire nos « illustrés» sur mauvais papier, ancêtres en quatre couleurs crues de nos luxueuses bandes dessinées d'aujourd'hui, objets d'intenses échanges à la sortie de l'école et avidement dévorés, les campagnes à couper le souffle de Napoléon Bonaparte, les aventures des coureurs des bois au Canada et dans une imprécise Louisiane, et les exploits de nos grands coureurs des mers tels Jean Bart, Robert Surcouf sur sa Confiance puis son Revenant, nous

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aurions dû rester les plus forts. D'ailleurs, j'avais, parmi mes rares jouets, trois héros de plomb: un grenadier à pied de la Garde impériale présentant les armes, sans doute à l'Empereur, un poilu bleu horizon courant à l'assaut, baïonnette au canon, et le plus beau: un spahi rouge et blanc sur son méhari brun, que je faisais manœuvrer sur les dunes blondes, sous le ciel bleu intense, de mon livre d'images du Sahara. À l'école primaire aussi nous apprenions la France et son histoire. Inspiré de Michelet et de Lavisse, le manuel nous présentait Vercingétorix et nos ancêtres les Gaulois, associés à ce bois de chênes où le maître nous emmenait en promenade-leçon de choses, près du dolmen de Saint-Florent. Charlemagne, les chevaliers, Bertrand du Guesclin, Jeanne d'Arc, Bayard, Richelieu au siège de La Rochelle, Louis XIV, sa Cour de Versailles et son beau royaume sans coutures. L'État, c'était lui. Puis La Fayette en Amérique, Mirabeau, Danton, Bara, Viala, les Volontaires de 92 et le moulin de Valmy. Les Pyramides, Austerlitz, la retraite de Russie apprise en même temps que le poème de Victor Hugo: « Il neigeait.. .Pour la première fois, l'Aigle baissait la tête. Sombres jours... L'Empereur revenait lentement, laissant derrière lui brûler ». Waterloo, Cambronne, la garde meurt La prise de la smala d'Abd El Kader, les conquêtes coloniales, Gambetta, Clemenceau et le Maréchal Foch... Pour en arriver au vainqueur de Verdun: Maréchal, nous voilà l, que nous chantions à pleins poumons, avec autant de cœur que la Marseillaise: «La patriiiie renaîtraaaa... ». Mais souvent, aux récréations, nous nous mettions - mi-dérision, mi-fascination- à saluer bras droit tendu et à marcher au pas de l'oie, sur l'air de «Heidi! Heido! Heida! », où nous entendions: «Ali, à l'eau, Allah! ».

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Au début de 1943, changement de décor. Mon grand-père, vieux garde-chasse et jardinier qui ne pouvait plus s'accommoder des escaliers et de la condamnation à sa chambre au troisième étage, avait voulu rentrer mourir dans son village de Bourgogne. Ma mère nous ramena donc, lui et moi, à Vincelles, dans la petite maison de plain-pied, tout au bord de l'Yonne, face au déversoir et au moulin à aubes de la rive droite. Là où le grand René Jupin, notre modèle, ami protecteur de notre bande d'enfants, futur capitaine au long cours, pagayait debout dans sa périssoire. Pour horizon, derrière le moulin et les grands peupliers: les coteaux et vignobles d'!rancy, deuxième vin de l'Yonne après le chablis. En amont, au bout de notre chemin de halage qui longeait le mur du château: l'écluse, à la confluence de l'Yonne et du canal du Nivernais. Plus de poissons-chats. Nous en étions aux fritures d'ablettes, de goujons et de gardons que je pêchais à la mie de pain, à la mouche et au ver, non loin de l'abreuvoir pavé où l'on menait boire les vaches et où les laveuses battaient leur linge. J'allais parfois pêcher au bout d'une des vieilles barques vertes et goudron tirant sur leurs amarres. Jusqu'au jour où une lavandière, ne me voyant plus debout dans la barque, courut me tirer de dessous par mon sarrau vert à carreaux blancs, aperçu juste avant ma noyade. Je repris alors mes pêches plus sages sur I'herbe de la berge, presque à notre porte. Dérangé de temps à autre par le passage d'une paire de mulets ou de chevaux guidés par le bâton du marinier et tirant les lourdes péniches noires au tuyau de poêle fumant chargées à ras bord de pierres ou de grains. Plus de poisson-chat, mais peu de nourriture hors des fritures. Le contenu de la laitière bosselée en alu rapportée de la ferme voisine. Des œufs un jour sur trois ou quatre, selon les humeurs et les calculs de marché noir de la fermière d'à côté, pourtant vieille connaissance de la famille: « Tiens, mon petit: je te vends un œuf. C'est par pitié humaine! ».

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Disparus, pendant des mois, les uniformes verts et les casquettes. Là, les Français étaient entre eux, bleus de travail et bérets, braies fatiguées, vieilles vestes pendantes de velours beige côtelé, montres de gousset. Cigarettes roulées et petit blanc, chablis dans les bons jours, au café de la Marine. Tintement obligé de la clochette à l'ouverture de la porte. Mais la guerre était bien là, de plus en plus présente. La disette qui s'aggravait n'était pas seule à rappeler le malheur. Le village était sous l'une des voies aériennes des bombardiers alliés qui allaient avec régularité pilonner les villes allemandes. Ronflements lointains et lancinants du vol pesant des avions, parfois rapprochés par le vent. Plus rares les grondements carnassiers et les sifflements plaintifs d'avions de chasse. Comme celui à croix noire qui, un jour, s'abattit dans un champ proche. Pour le bonheur de notre bande d'enfants, il nous resta du mica à récupérer, et surtout peine - nous faisait de bonnes torches durables pour l'exploration de nos grottes, dans le bois du haut, où nous jouions à la préhistoire, à la guerre du feu. Des avions, il s'en fabriquait du reste non loin de chez nous, à quelques kilomètres en amont du confluent, en allant plus au sud vers Cravant, dans les anciennes carrières de Pal otes. Usine troglodyte témoin de l'effort français tardif de réarmement en 1938, servant aux Allemands. Elle larguait parfois, au fil de l'eau, de curieux bidons vides, de la taille d'une malle, dans une matière synthétique encore inconnue de nous. Nous y sciions à grand' peine une ouverture pour pagayeur et voguions ainsi parmi les joncs, hors de la vue des parents. Bombardée sans grande précision, cette usine nous valut, au printemps 44, quelques explosions terrifiantes tout près du village.

du plexiglas. Ce matériau, une fois enflammé - non sans

Le môle de stabilité, le havre de continuité, c'était l'école primaire. De garçons; car nous ignorions ce qui se passait à

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l'école des filles. Ainsi que, pour quelques-uns d'entre nous: le catéchisme, la messe du dimanche et la préparation de la première communion. Enfant de chœur: l'encensoir joyeusement balancé dans le cliquetis de sa chaînette, ses bouffées enivrantes d'une fumée si prisée, les grands cierges, les burettes souvent confondues, la Jeanne d'Arc en plâtre pastel avec son oriflamme, la fascination des superbes chants et prières en latin, compris petit à petit par bribes. La mémorable procession mariale, un jour, pieds nus, en surplis de « petit croisé vaillant », derrière les croix et les bannières. « Ô Marie, ô mère chérie... garde au cœur des Français la foi des anciens jours... ; catholiques et français toujours... ». Marchant devant ma pieuse cousine Lucienne. Elle me donnait bénévolement des leçons de calcul. Elle tenait à me faire parler un excellent français. C'est elle qui me confia mon premier rôle sur scène dans la pièce de théâtre qu'elle monta avec ses amies, grandes jeunes filles patronnesses très convenables, inséparables de leurs bicyclettes. Et, surtout, le patronage du jeudi, au presbytère. Avec le Père Mauvais. Authentique missionnaire en Asie. Encore jeune. Envoyé quelque temps dans cette cure pour refaire sa santé. Soutane stricte à l'odeur de notre sacristie. Barbe noire qui mangeait son visage émacié, regard ardent et lointain. Il a renforcé chez nous l'appel de l'aventure et du grand large, donné aux illustrés une chair idéale, une couleur de générosité. Il nous projetait sur son écran des images fixes du Tintin de « L'île noire ». Et des images émouvantes de sa dernière mission au «pays du matin calme ». 35 ans plus tard, j'ai raconté cela à notre fils adoptif venu de son orphelinat protestant de la Holt américaine, à Séoul, se joindre en France à nos blondes filles. Sa Corée n'était plus celle du Père Mauvais. Pourtant, c'était un peu ce missionnaire catholique qui avait semé l'idée de l'adopter, germée après tant d'années.

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Mais rien n'effaçait l'école laïque, encore animée par de vrais «hussards noirs» de la République. Le vieux «Monsieur Guillerand », vénérable et vénéré. Plusieurs sections et âges en une salle de classe. Classe unique à plusieurs cours, impeccablement tenue, où tous les « sarraus» progressaient. Où les plus alertes pouvaient, leurs propres exercices finis, écouter les leçons destinées aux cours supérieurs. Histoire de France à la Mallet-Isaac. L'actualité n'y pénétrait guère. Sauf par des biais. Ainsi, le dernier soir de chaque semaine où, le programme accompli, bras croisés, dans un silence religieux, nous écoutions le maître, voix émue sous la moustache grise, nous lire Erckmann-Chatrian. L'invasion, Un conscrit de 1813... Cela complétait la lecture à la maison, sur recommandation bien suivie, des Trois Mousquetaires. Puis, à sa retraite, son successeur beaucoup plus jeune dont on disait, à mi-voix, qu'il était communiste et, d'un ton plus réprobateur, qu'il buvait.. .C'est lui qui, dans les derniers mois de l'Occupation, au début de la journée de classe, volets fermés, nous faisait chanter la Marseillaise et suivre sur la carte d'Europe le recul des troupes allemandes, surtout l'avancée des Russes après Stalingrad. La Marseillaise reprenait de plus en plus le pas sur Maréchal nous voilà. Nous découvrions le Chant des partisans. Dans la nuit, la liberté nous écoutait. Dans la compétition pour les prix à distribuer et pour la place de premier, il y avait des rivaux sérieux. Surtout Ennio Cozzi, ami venu de loin - on disait d'Italie - vivre ces années de guerre chez une dame du village, qu'il appelait grand-mère. Excellent camarade, d'une grande sensibilité, aux yeux noirs, bons et vifs dans un visage tourmenté. Ses plaisanteries suivies de rires mouchés. Parti avant la Libération. Où es-tu, Ennio ? Ce n'est que des décennies plus tard, en voyant le beau film de Louis Malle Au revoir les enfants où je retrouvai nos pèlerines, nos bérets et «à la

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