Concordia billet pour l'enfer

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Cet ouvrage relate l’histoire de l’auteur la nuit du 13 janvier 2012 lors du naufrage du Costa Concordia en Italie. Une croisière de rêve qui a basculé en quelques heures dans l’horreur la plus totale, où trente-deux passagers n’en reviendront pas.


Publié le : lundi 19 août 2013
Lecture(s) : 26
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EAN13 : 9782332582621
Nombre de pages : 78
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-58260-7

 

© Edilivre, 2013

 

 

L’aquarelle est de Roger Pellier.

Préface

Un témoignage qui pourrait ressembler à celui des 4228 autres naufragés s’ils étaient tous rentrés chez eux, à la seule chose, c’est qu’il y en aurait eu 4228 différents. Chacun de nos compagnons d’infortune ont leurs ressentis, leurs vécus, leurs émotions qui sont différents de celle ou de celui dont on tient la main ou à qui on tend la main.

Comment expliquer une telle épreuve, ce qu’elle fait ressurgir, revivre ou vivre tout simplement ? Comment exprimer ce qu’il en reste et ce que nous en ferons au quotidien, jusqu’à la fin de notre vie ? Chaque épreuve est vécue différemment en fonction de sa vie, de ce que l’on est, des personnes avec qui l’on est, de ce que l’on a traversé et de ce qu’il en reste…

Beaucoup d’entre nous se sont découvert des qualités et des défauts, que nous sommes seuls à pouvoir juger, car face à la mort, celle dont vous sentez l’odeur, l’ombre vous recouvrir au fil des secondes, des minutes et des heures interminables, nous sommes tous seuls et tous, si différents. C’est cette différence qui fait la richesse de l’homme et toute sa complexité.

C’est grâce à cette diversité de la nature humaine que les témoignages ont leur importance, pour que chacun se retrouve un peu, au travers des mots et des maux de l’autre, de celui qui a le courage de se confier, de partager.

C’est pour défendre la différence que le Collectif des Naufragés Français du Concordia est devenu une évidence, pour moi, au cours de cette nuit. J’ai eu longtemps l’espoir d’un Collectif regroupant toutes les nations présentes sur ce bateau, cependant, cette évidence semble être une exception française, rendant impossible cette « mondialisation » du préjudice. La FENVAC (Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs) y parviendra certainement, au moins au niveau Européen, après avoir été notre « bouée de sauvetage » pour nous, Français.

Pour défendre les intérêts de chacun d’entre nous, de chacun d’entre vous, de vos enfants et de nos concitoyens, qui seront peut être un jour victimes de catastrophes collectives, la solidarité est une arme redoutable contre l’injustice de la globalisation du préjudice.

Nous nous battons, pour celles et ceux qui s’en sont sortis mais aussi et surtout pour les 32 victimes, celles que nous aurions aimé sauver. 32 victimes qui guideront chacun de nos pas dans la recherche de la vérité pour faire avancer la sécurité et sauver ainsi, peut-être des vies.

Je voudrais souligner le courage d’Annie, de Roger, et des milliers d’autres rescapés qui ont été, dans leur majorité, les héros d’une nuit, d’une vie.

De la bêtise humaine a jailli une chaine de soutien, d’entraide, d’écoute et de partage qui doit donner de l’espoir à toutes celles et ceux qui, malheureusement, sont ou seront victimes à leur tour. Un collectif c’est : « l’union qui fait la force », en apportant chacun sa pierre à l’édifice. Celui qui vous aide à patienter, vous calmer, vous consoler et vous soutenir dans les moments de doute.

Ce témoignage est là pour vous faire partager une épreuve difficile et pleine d’optimisme sans jamais être alarmiste.

Ne jugez pas, vivez !

Et je terminerai cette préface par des mots qui m’accompagnent depuis plus de vingt ans, ceux de Marc Aurel ; « (….) veuille que les choses arrivent comme elles arrivent et tu seras heureux ».

Anne Decré,

Présidente du Collectif des Naufragés Français du Concordia.

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Prologue

Huit jours de croisière auraient dû s’achever ce dimanche 15 janvier à Marseille. Le sixième a été fatal. Comme un goût d’inachevé…

Raconte Mamy

C’est par ses mots que tout a commencé, nous sommes le lundi 16 janvier 2012 :

De retour à notre domicile depuis la veille et ce sont les mots de ma petite fille Amélie quatorze ans. Nous sommes, mon mari Roger et moi, encore sous le choc, un peu perdus de se retrouver tout à coup seuls à la maison dans le calme après la tempête. Cela nous laisse désemparés, sans savoir quoi faire de nous, et incapables de prendre la moindre décision. Nous demeurons parfois de longs moments prostrés en errant d’une pièce à l’autre. Amélie est venue dormir à la maison et je la sens très angoissée, alors je décide de tout lui raconter, pour elle mais aussi pour moi, pour me soulager de tout ce poids que je porte en moi. C’est elle qui va écrire les mots que je lui dicterai et, ensemble, nous allons combattre et vaincre ces moments d’horreur en les couchant sur le papier et je dois dire que ce sera très bénéfique car après cela elle ne m’en parlera plus, comme un fait accompli. Elle connaît maintenant ce par quoi nous sommes passés et cela l’aide à reprendre sa vie d’ado et le cours normal des choses. Après bien du recul, je me sens capable aujourd’hui de reprendre ces écrits et de me replonger cette nuit funeste du vendredi 13 janvier 2012 où tout a basculé, mais nous n’en sommes pas là.

Chapitre 1

Ce n’est pas notre première croisière. Nous sommes, Roger et moi, devenus de vrais adeptes de cette façon de voyager. Se réveiller chaque matin dans un port différent, découvrir d’autres horizons, tout cela dans un décor de rêve, quoi de mieux ? Sans valise à défaire, sans souci. Des moments inoubliables gravés à jamais. L’ironie de l’histoire est que tout au long de notre vie, en fait, ce n’est pas le bateau mais l’avion qui a été notre façon de voyager pendant près de vingt ans. Nous avons visité une partie du monde à partir des années 1970. Roger, mon mari, travaillait pour une compagnie d’aviation (pas commandant de bord ne rêvons pas), de ce fait nos billets nous coûtaient peu, privilège accordé aux employés de l’entreprise. Sur place, c’était une autre histoire, système débrouille, pas de réservation d’hôtel préalable, Internet étant encore sur une autre planète ce qui nous a valu des situations mémorables : une arrivée en plein milieu de la nuit à Djakarta en Indonésie, il y a quarante ans, n’était pas mince affaire et se retrouver dans un gîte malfamé avec un enfant de douze ans était autrement plus dangereux. Nous assisterons là-bas à la noyade d’une femme tombée dans le port où l’eau était tellement noire de pétrole que quelques minutes suffisaient pour couler ; l’écologie n’était pas encore de mise, comme je doute qu’elle le soit encore aujourd’hui. Là-bas, il était peu fréquent à l’époque de voyager à travers le monde seul, d’autant plus que notre fils était très jeune et que nous l’emmenions souvent. Les situations étaient souvent cocasses ; nous n’étions jamais sûrs d’avoir notre place réservée, n’étant pas considérés comme passagers prioritaires.

Alors, nous avions toujours un peu l’angoisse du retour et pourtant, nous n’avons jamais eu l’impression de risquer notre vie sauf peut-être une fois sur l’île de Chypre où mon mari s’est ouvert la tête et le genou en passant à travers une vitre. Il a été recousu à vif sans anesthésie. Nous avons également égaré notre fils, très jeune à l’époque, sur le marché de Treichville à Abidjan en Côte d’Ivoire et nous avons eu la peur de notre vie avant de le retrouver au milieu de toute cette foule colorée et bruyante. La première image de l’Afrique, je m’en souviens très bien, le soir de notre arrivée, était un homme qui poursuivait sa femme, un fouet à la main et une plage où, à peine installés, on est venu nous dire de décamper avant d’être détroussés. Les Blancs du coin ne se mélangeaient pas aux Noirs : nous étions les seuls Européens dans le bus qui nous menait en ville.

De drôles de situations, c’est sûr, on en a connu comme des bagages perdus sur la route lors d’une visite de l’île de Ceylan, des chauffeurs intrépides au Brésil où l’on a serré les fesses (vilaine expression mais qui résume bien) tant la vitesse était excessive, coincés dans des bus brinquebalants sur des routes sinueuses bordées de ravins et sur une autre planète dans le métro d’Atlanta (Géorgie) très futuriste avec des micros à la voix de robot, inconnus encore en Europe. Nous avons connu les tanks en plein Caire en Égypte, les voir passer juste sous nos fenêtres d’hôtel était très impressionnant. Pas question de prendre des photos, on nous aurait arraché l’appareil. Les étudiants étaient très agressifs....

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