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Confidences africaines

De
195 pages
À 51 ans, André Hankar perd son emploi et part vendre des bateaux en Afrique alors qu'il ignore tout de l'une et des autres. L'apprentissage est difficile, mais il y parvient en surmontant de multiples obstacles. À travers des anecdotes sur les problèmes locaux résolus, les dessous de la grande exportation et ceux de la coopération au développement, il raconte comment il devient l'agent de plusieurs groupes industriels européens, qui l'entraînent dans de multiples aventures...
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André Hankar
Condences fricaines
Un continent raconté avec amour, humour et vision
Confidences africaines
Un continent raconté avec amour, humour et vision
Confidences africaines Un continent raconté avec amour, humour et vision
ANDRÉHANKAR
D/2014/13.281/1
©Harmattan-Belgique s.a.
Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
 ISBN: 978-2-87597-000-8
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droits.
Chapitre I – Introduction
C’est en juin 1973 que je suis allé en Afrique noire pour la pre-mière fois. Je venais d’avoir cinquante ans et j’allais à Kinshasa pour tenter d’y vendre des bateaux pour le fleuve Congo. Mon père était mort à Léopoldville en 1926 et je ne l’avais jamais connu. Je n’avais de lui que quelques photos jaunies et un passeport émis en 1921. Quarante-sept années plus tard lorsque Léopoldville était devenue Kinshasa, j’espérais au moins y retrouver sa tombe.
Dans quelques mois j’aurai nonante et un an et j’ai commencé la rédaction de ce manuscrit pour trois raisons. D’abord pour raconter l’Afrique telle que je l’ai vécue. Ensuite pour prouver aux moins jeunes que même à quelques années de la centaine, on peut encore être actif et créer. Et enfin que ce qu’on vous dit de l’Afrique n’est, en général, que le reflet de ce qui s’y passe mais n’en suggère que rarement les raisons.
Car on vous raconte quoi ? Les horreurs du Sierra Leone, le génocide rwandais, ce qui se passe au Kivu dans ce Congo que nous considérions le nôtre, le drame économique du Zimbabwe et depuis peu, les menaces terroristes d’islamistes ultra-radicaux. On nous détaille les famines, la corruption, les luttes politiques internes et tribales, les manipulations électorales. On nous vante aussi nos propositions d’assistance mais en omettant de préciser que les méthodes suggérées sont rarement adaptées aux conditions locales et que les « aides » profitent autant, si pas plus, aux donneurs qu’aux receveurs.
Les carences africaines ont des causes. Je pense en avoir décelé quelques unes en parcourant la portion dite noire de mon conti-nent d’adoption pendant une trentaine d’années. J’y ai fondé des sociétés dont une entreprise horticole, négocié des contrats dans des circonstances parfois rocambolesques, rencontré et traité avec les dirigeants mais aussi des sportifs, des maîtres d’école, des religieux de plusieurs confessions, des artistes et des chefs d’entreprise. Je m’y suis marié deux fois et deux filles de vingt-cinq et vingt-six ans aujourd’hui sont nées d’une de ces unions. J’ai côtoyé la population, la terre, les coutumes, les croyances, les traditions, les obligations et le passé de ce continent. Et je pense que parfois, j’ai cru comprendre quelque chose.
J’essayais de vivre l’Afrique réelle et c’est celle-là, pas celle des chiffres ou des statistiques, que je voudrais vous faire connaître. Un continent où rien ne se passe comme ailleurs que ce soient les discussions relatives à la signature du contrat de fourniture de matériel ferroviaire, l’achat d’un billet d’avion, le climat, l’obtention d’une ligne téléphonique, les relations avec la famille de l’épouse ou le fonctionnement d’une chambre froide.
Après trente années de présence sans avoir systématiquement critiqué mais plutôt tenté de comprendre, je pense avoir perçu quelques explications. Je vous les propose dans les pages de cet ouvrage.
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Alex, vous n’avez pas gonflé les pneus de la voiture ? Oui Monsieur, je n’ai pas gonflé les pneus de la voiture
Si Alex avait été Européen, il aurait répondu :
Non, Monsieur, je n’ai pas gonflé les pneus de la voiture
Curieuse façon de répondre. Quoique, en y réfléchissant, nous devrions reconnaître que la réponse d’Alex n’était pas
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nécessairement incorrecte. Après tout, je lui demandais de me dire « s’il n’avait pas fait quelque chose ». Et il répondait par l’affirmative. « Oui, je n’ai pas fait ce que vous m’avez demandé de faire ». Alex était un bon chauffeur. Je lui avais dit qu’il devait régulièrement vérifier les pneus et c’est ce qu’il faisait. À la question du jour, j’aurais dû ajouter que cette fois-ci le gonflage avait une importance particulière parce que le lendemain matin, je partais pour le nord du pays où les routes n’étaient plus que des chemins empierrés.
Petit exemple de l’effort de compréhension qu’un non-africain devrait essayer de faire s’il souhaite s’adapter à la vie locale. Ce n’est plus l’Europe alors pourquoi s’acharner à vouloir y pour-suivre une vie à l’européenne ? Ne critiquons-nous pas les allo-chtones parce qu’ils ne s’intègrent pas chez nous ? Pourquoi fréquemment cette tendance à critiquer ce que notre cousin afri-cain fait parce que ce n’est pas de cette manière que nous, nous le faisons en Europe.
L’Européen envoyé en Afrique par son entreprise ou le coopé-rant par son ministère est en général convaincu à l’avance de sa supériorité. Après tout, si on a jugé bon de l’envoyer là-bas pour y accomplir une mission quelconque, qu’elle soit commer-ciale ou humanitaire, c’est bien parce qu’aucun autochtone n’est capable de l’assumer à sa place. Cette attitude supérieure et quelque peu hautaine est déjà une source de problèmes relationnels.
Trop souvent, me semble-t-il, ceux qui écrivent sur un sujet africain se contentent d’expliquer que ça ne se passe pas bien car ça ne se déroule pas comme chez nous et donc que ce n’est pas comme ça que ça devrait être. Je réprouve cette interpré-tation et c’est en partie pour cette raison que j’ai écrit ces pages. Je voudrais qu’elles aident le lecteur à mieux comprendre l’Afrique et, surtout, à l’aimer.
Et que de compensations à l’expatriation ! Yeux qui s’ouvrent en présence de situations curieuses, de relations humaines enrichissantes bref de tout ce qu’on ne trouve plus en Europe riche de son passé et de plus en plus pauvre de son présent. Une
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fabuleuse occasion de forger caractère, volonté et aussi possibilité d’apprendre et de comprendre.
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Chapitre II – Ce Congo qui fut le nôtre
Le Commandant du Boeing 707 de la Sabena venait d’annoncer que nous avions passé l’Équateur. Dans une heure, atterrissage à Kinshasa. Mais pourquoi ce voyage ? Je venais, je l’ai déjà dit, d’avoir cinquante ans. Un client de l’entreprise familiale que je n’avais pas réussi à sauver de la faillite, Émile D’Herte, avait remarqué l’énergie avec laquelle je m’étais battu et m’avait proposé de créer avec lui une entreprise de vente de bateaux. Mes connaissances maritimes étaient fort limitées mais je n’avais pas hésité. J’avais déjà vendu un peu de tout : pourquoi pas des bateaux ? La construction navale belge était en perte de vitesse. La concurrence moins chère des chantiers navals polonais et de l’Allemagne de l’Est, la RDA, était virulente. Un vrai challenge et je préférais cela à un chômage sans grand espoir.
En 1973, il y avait encore en Belgique une dizaine de petits chantiers spécialisés dans la construction d’unités destinées essentiellement à la navigation fluviale, lacustre ou côtière. L’idée de D’Herte avait été d’associer trois chantiers dans une entreprise commune appelée Belgian Shipbuilders Corporation (BSC). Elle avait été constituée en quelques jours et j’étais le seul employé. La rémunération proposée était quelconque mais je n’avais pu que l’accepter. Un meilleur salaire serait le résultat de mon travail. À Kinshasa, BSC allait tenter de tirer profit de l’ouverture d’une ligne de crédit d’un milliard de francs belges (vingt-cinq millions d’euros) ouvert par la Société Générale de Banque en faveur de l’Onatra (Office National des Transports). La navigation fluviale de notre ancienne colonie (quatre-vingts