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D'un quartier ouvrier... aux quartiers de la finance

De
175 pages
Pierre Lamy est un Montréalais né dans un quartier ouvrier et dans un clan familial "tissé serré". Il a fait carrière dans les milieux financiers qui l'on conduit du Québec à New York, en Europe, et en Afrique. Qu'un financier, professionnel des chiffres, entreprenne de déchiffrer sa vie n'est pas fréquent. Il nous fait partager son itinéraire singulier grâce à différentes écritures de soi qui jalonnent sa vie : journal, correspondance, agendas, bottins, notes de voyage et de travail, photos, etc.
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D’un quartier ouvrier… aux quartiers de la finance
Itinéraire d’un Montréalais
1938-1983

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Dernières parutions
Volet : Formation Marie-France ROTHÉ, Vivre avec le mal de mère ou qu'est-ce qui fait courir Julie?, 2010. Muriel DELTAND, Les musiciens enseignants au risque de la formation : Donner le la, 2009. Sabine SENE, Trajets de salariés et bilan de compétences. Quelles trans-formations ?, 2009. Marie-Odile de GISORS, Veilleurs de vie. Rencontres en tendresse, 2009. Annemarie TREKKER, Des femmes « s’ » écrivent. Enjeux d’une identité narrative, 2009. D. BACHELART et G. PINEAU, Le Biographique, la Réflexivité et les temporalités, 2009. Franco FERRAROTTI, Les Miettes d’Epulon, 2009. Isabelle GRAITSON, L’Intervention Narrative en Travail Social. Essai méthodologique à partir des récits de vie, avec la collaboration d’Elisabeth Neuforge, 2008. Danielle NOLIN, L’art comme processus de formation de soi, 2008. Elizeu Clementino de Souza (coord.), (Auto)biographie. Ecrits de soi et formation au brésil, 2008. Ronald MÜLLER, Jean Rouppert, un dessinateur dans la tourmente de la Grande Guerre, 2007.

Pierre LAMY

D’un quartier ouvrier… aux quartiers de la finance
Itinéraire d’un Montréalais
1938-1983

Préface d’André Vidricaire

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12900-9 EAN : 9782296129009

À Diane, ma conjointe, pour son indéfectible appui, qui m’a permis de traduire un projet, cher à mon cœur, en un plaisir quotidien.

À Dominique et Alain, mes enfants, pour qu’ils gardent traces et souvenirs de leur famille et de leur milieu.

Remerciements En introduction, on retrouve l’interrogation « Mais, qu’est-ce au juste qu’un itinéraire ?» André Vidricaire me pose cette question après la lecture du premier jet de mon travail. Nous nous rencontrons à plusieurs reprises pour en discuter et nos échanges me mènent à des questionnements méthodologiques importants ainsi qu’à des remises en question parfois douloureuses. Je ne saurais assez dire combien son accompagnement me fut agréable et essentiel. Agréable parce que je retrouvais un ami, perdu depuis des lunes. Essentiel parce que nos échanges m’ont permis de mieux travailler à la construction du sens ainsi qu’à mettre en valeur, de façon plus complète, les différentes facettes de mon cheminement. Grand merci, cher André, pour cette disponibilité. Un peu plus tard, en novembre 2008, quand la version finale est complétée, j’en soumets le texte au regard critique de quelques lecteurs, des gens de tous horizons. Je souhaite obtenir leurs commentaires, sans réserves, sur le fond, la forme, la méthodologie, le style, la langue, etc. Je fournis donc un dernier effort pour donner suite à certains de leurs commentaires et suggestions. Je voudrais remercier sincèrement tous les membres de ce comité de lecture : Marielle Breault, Diane Charland, Rachel Jetté, Andrée Condamin et, bien sûr, André Vidricaire. Pour leur travail autour du manuscrit, un remerciement spécial à ma sœur Francine, pour son précieux travail de relecture; à Diane Provost, pour la réalisation d’une mise en page minutieuse; et, enfin, à Marie-Ève Rodrigue, pour l’illustration de la page couverture.

Table des matières
PRÉFACE Se raconter : donner une mémoire, par André Vidricaire …… ……….….. iii 1. Genèse d’une écriture personnelle Questions d’itinéraire …………………………………………..….. 3 Construction d’une méthode ………………… ………………….. 9

2.

Vertes Années dans un quartier ouvrier : 1938 – 1963 Contexte familial …………………………………………..…..... L’enfance - 1938 – 1943 …………………………………………. L’école primaire - 1943 – 1950 ……………………………….….. Les années de pensionnat - 1950 – 1955 ……………………….... La vie étudiante à Montréal - 1956 – 1959 ……………………… L’École des hautes études commerciales - 1959 – 1963 …………. 27 31 35 39 45 53

3.

Internationalisation de la finance sur fond de vie familiale : 1963 – 1983 Premiers élans - 1963 – 1970 ……………………………….…… 67 Les ailes brisées - 1970 – 1971 …………………………………... 81 À mon compte - 1971 – 1974 …………………………….....…... 89 Vers l’international - 1974 – 1979 …………………………….… 99 Sur fond de bouleversement - 1980 – 1983 ……………..………. 125

CONCLUSION ……………………………… ……………………..….. 155

i

PRÉFACE Se raconter : donner une mémoire L’amitié qui me relie à Pierre Lamy ne saurait s’exprimer que par une reconnaissance de sa contribution dans les domaines théorique et pratique de l’approche des histoires de vie. C’est pourquoi, je choisis de souligner et de décrire la nouvelle forme de récit que développe Lamy pour résoudre des problèmes de mémoire et d’histoire qui sont en relation inséparable. D’autre part, je montre que ce nouveau procédé narratif donne à voir – par l’histoire de vie singulière qu’on pourra lire avec intérêt – et à penser une nouvelle conception de la vie humaine. 1. PROBLÈME : MÉMOIRE ET HISTOIRE : Dans sa Genèse d’une écriture personnelle », Lamy témoigne qu’en panne de mémoire, il ne pouvait raconter : « …butant sur des dates, un visage, certains lieux, des circonstances particulières, des événements, que j’arrivais mal à bien cadrer dans l’espace et le temps. [...] Parfois, je me rappelais un événement, mais pas la date. Je pensais à un lieu mais les circonstances demeuraient floues. [...] (Ces) trois étés à la campagne [...] m’ont laissé une telle impression de bonheur et de plénitude que, dans ma tête, même aujourd’hui, je suis convaincu d’avoir vécu à Rosemère deux fois plus longtemps que ce ne fut le cas en réalité ». Que faire de ces oublis et surtout de ces traces multiples imprécises? Comment objectiver ces souvenirs/témoignages, en discriminer le vrai du faux? Comment ressaisir en vérité ces expériences de mémoire? D’autre part, de quoi se souvenir? De quels faits de sa vie et de quels types de faits dans sa vie? Des événements singuliers, non répétitifs? Des faits qui se ressemblent et donnent une orientation? Le souvenir de ce qu’on lui a fait, de ce qu’il a éprouvé ou le souvenir de ce qui est arrivé? Ce dont il a été témoin passif, actif? Quoi choisir?

iii

Voulant réaliser un travail de mémoire de soi (sujet) sur soi (objet), par soi (moyen) – rappel, remémoration, récollection – pour s’identifier et se (re)connaître soi-même, cette recherche de souvenirs dont il est « affecté », devra s’effectuer par l’histoire. En effet, se donner une mémoire à la fois de ce qu’on a fait, éprouvé et acquis, et des situations de ce vécu, c’est se raconter et se constituer une identité personnelle.. 2. CONTRIBUTION PRATIQUE/MÉTHODOLOGIQUE : NOUVELLE FORME NARRATIVE Pour réaliser ce travail de mémoire et donc le (ré)écrire dans et grâce à une histoire, Lamy fait une énumération/description des sources et des références sous le mode d’une histoire de vie intellectuelle qui explore et invente, au gré des impasses et des issues, une nouvelle pratique narrative constituée des éléments suivants :
PÉRIODE Temps long Espace défini fait de traces et d’empreintes : port d’attache permanent TRANCHES DE VIE Temps moyen Mouvements de va-etvient à partir de l’espace permanent : départs, élans, échecs, etc. DIMENSIONS DE LA VIE QUOTIDIENNE Temps court et contingent « Ce que j’ai vu, vécu, expérimenté, ressenti »

Cette pratique, loin d’être la simple application d’une théorie déjà existante, s’inscrit néanmoins dans l’approche des histoires de vie telle que développée par G. Pineau et le mouvement d’anthropoformation. Par contre, elle se refuse à une construction d’une narration dans un enchaînement causal de faits (« ceci à cause de cela »), proposant un récit qui prend la forme d’un « itinéraire » au lieu d’une « trajectoire ». Décrivons ces trois points : A. Cette biographie d’une personne faite par elle-même utilise comme méthode l’histoire de vie qui met en scène l’acteur et ses souvenirs-mémoires. Le tableau suivant montre que les histoires de vie sous ses diverses formes d’expression du vécu personnel sont iv

des pratiques qui ont des liens de parenté – sans s’y confondre – avec la « littérature du moi » et la « littérature historique »i
Littérature à entrée personnelle : littérature intime, littérature du moi Littérature à entrée littérature historique temporelle : Journal intime, confession, lettres, correspondances, essais, livre de raison, livre de famille Généalogies, mémoires, souvenirs, journaux de voyage, annales, chroniques, histoire Bios, biographie, autobiographie, récit de vie, histoire de vie

Littérature à entrée par la vie

B. Suite à Valery Larbaud, au lieu de rendre compte des changements et des transformations de sa personne sous la forme narrative « du ceci à cause de cela », Lamy s’en tient à un récit de ses multiples expériences passées sous la forme du « ceci, puis cela ». Son objet est de décrire ou de raconter des acta, cogitata et sentita et ce, en instants successifs. Bref, reprenant ici dans nos mots, l’article de Michel Braudii, cette histoire de vie semble écrite à la manière des règles du « journal intime ». En effet, la remémoration de souvenirs, puis d’un autre, se présente sous la forme d’une entrée séparée momentanée. Même si Lamy occupe une position rétrospective de sa vie, comme le diariste il évoque son passé ponctuellement, à savoir en une suite de notes non liées, posées les unes à la suite des autres dans un ordre chronologique d’une période, de telle tranche de vie et sous telle dimension de la vie quotidienne. Chaque notation prise isolément relève bien d’une configuration narrative que Lamy appelle des « tableaux » ou des « portraits », mais leur suite ne s’inscrit pas dans un agencement de pratiques ou d’événements en une action, ni dans un sujet omniscient. Néanmoins, cette énumération successive de descriptions et de microrécits qui sont une remémoration du passé de Lamy, donne à voir des traits de sa figure individuelle et de son identité personnelle
i

Pineau, G. : « Les histoires de vie comme art formateur de l’existence », Pratiques de formation, n. 31, fév. 1996, p. 67. ii Braud, M. : Le journal intime est-il un récit? », Poétique, nov. 2009, n. 160, p. 387396.

v

dans son déroulement temporel. Une trame d’existence se trouve fixée par écrit, trame assurément fragmentaire, échappant à toute organisation logique et ouverte sur l’avenir, mais dans laquelle le diariste reconnaît son existence et dans laquelle le lecteur reconnaît une existence. Aussi, sa manière de raconter est une forme de récit. C. Mais cette histoire de vie de Lamy n’est pas un journal intime destiné à l’analyse du moi-soi, mais plutôt, à la suite de Valery Larbaud, un itinéraire qui, à la différence de la trajectoire où le point d’arrivée est connu et les faits sélectionnés en fonction de ce point d’arrivée, est constitué de ce qu’il a vu, vécu, expérimenté et ressenti qui sont des possibles.iii Quel en est le procédé d’écriture? Le « monologue intérieur ». Celui qui monologue n’est pas le narrateur, mais bien le personnage qui dit JE et conduit le récit sans savoir où il mène, se laissant guider par ce qui lui arrive, livrant le lecteur à l’imprévu de ses réactions – émotions, altérations du jugement moral, désordres de la contingence – et des événements qui en découlent. En 1913, dans une revue, puis en livre en 1923, Valery Larbaud publie sous le pseudonyme de A.O. Barnabooth, un mélange de poèmes, journal intime et essai : tout ce qui arrive découle, dans une démarche tâtonnante, des états d’âme, des décisions imprévisibles du personnage, des rencontres qu’il fait et de leur influence sur lui. En
iii

Ardoino, J. écrit que « la trajectoire (terme) originaire des champs de l’astronomie et de la physique [...] correspond à un mouvement prédéterminé, programmé traçant la course […] d’un mobile, inerte par lui-même, mais propulsé à partir d’une source d’énergie.. ». « L’idée de trajectoire exclut tout à la fois les rythmes propres à chacun, le caprice, la fantaisie, l’imaginaire, l’inconscient. Ce seront finalement beaucoup plus des images de trajet, de parcours, de cheminement, d’itinéraire qui conviendront, voire s’imposeront. Avec elles, le cours (et non plus la course) d’une démarche, les hésitations, les lenteurs, les accélérations, les ruptures retrouvent droit de cité. Le ralentissement ou la cessation d’une progression n’apparaît pas forcément en tant qu’échec, comme dans le cas le plus fréquent d’une trajectoire interrompue avant d’être parvenue à son terme programmé. Marquer le pas, faire une pause, résister, régresser, ne frappent nullement d’interdit l’intention initiale et peuvent devenir le cas échéant des facteurs de maturation » (« Éditorial », Pratiques de formation 1996, p. 6, et note 4).

vi

1926, Larbaud récidive et écrit Mon Itinéraire, à la demande de A.A.M. Stols, qui énumère tous les endroits visités et « tout ce que j’ai vu ayant contribué à la formation de mes ouvrages ». Cette énumération chronologique de la géographie de son existence est le terrain de tous ses livres. Il en va de même de l’histoire de vie de Pierre Lamy : celui qui conduit le récit n’est pas Pierre Lamy, sorte de sujet pensant à la source de tout savoir, mais « ses personnes dans sa personne » pour reprendre l’expression de Desrochesiv qui apparaissent ici sous la forme de multiples souvenirs-mémoires hétérogènes. En effet, il n’y a pas une seule mémoire même pour l’individu, mais plutôt une pluralité de souvenirs-mémoires différents, qui s’étalent les uns à côté des autres, isolément, en grappes et séquences désordonnées. Or, faire l’histoire de ces traces, en construire un récit consiste, ici, à rendre visible et à donner à voir, à l’image de l’oignon dont on ôte les pelures une à une, sans atteindre un cœur, l’écoulement, la dispersion et la dissémination d’un parcours de vie et son maintien. 3. CONTRIBUTION THÉORIQUE Cette façon d’écrire de Lamy s’inscrit, me semble-t-il, dans la littérature moderne qui a effacé les dernières marques de l’instance narrative en donnant d’emblée la parole au personnage. En 2007, à l’occasion de la commémoration nationale du 50e anniversaire de la mort de Valery Larbaud à Vichy le colloque avait pour thème Du journal intime au monologue intérieur dans la littérature du XXe s. « Ce monologue intérieur (Dujardin, Joyce) qu’il faudrait appeler discours immédiat, parce qu’émancipé de tout patronage narratif, devient dans le roman moderne un enfermement du personnage dans la subjectivité d’un vécu sans transcendance ni communication ».v

iv

Desroches, H. : « Les personnes dans la personne », Anamnèses, n. 15, juil-sept. 1993, p. 55-64. v Genette, G. : Figures III, 1972, p. 193 et 198.

vii