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D'une île à l'autre : une traversée au service de la Républi

De
138 pages
Henry Jean-Baptiste retrace ici les étapes de son itinéraire au sein de trois pouvoirs de la République. D'abord magistrat à la Cour des Comptes, pour le contrôle juridictionnel des comptabilités publiques. En qualité de conseiller personnel de deux Présidents de la République, Léopold Sedar Senghor à Dakar (Sénégal), puis Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée, il participe à un pouvoir exécutif ouvert aux rapports Nord-Sud. Puis, durant seize ans, comme député de Mayotte, il exprime à l'Assemblée nationale les aspirations d'un territoire éloigné de la République.
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D’une île à l’autre :
Une traversée au service de la République





























































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54224-2
EAN : 9782296542242

Henry Jean-Baptiste
Président de l’Association France Outre-mer
Député honoraire
Conseiller honoraire à la Cour des Comptes




D’une île à l’autre :
Une traversée au service de la
République



Préface de Michel Rocard












L’Harmattan




Pour Raymonde, Eric et Luce
Pour Julia et Emmanuel
en toute affection


A tous mes amis de la Martinique
et de Mayotte
en pleine reconnaissance


H.J-B (Paris, novembre 2010


Préface


l y a quelque chose de tout à fait savoureux à ce que I Henry JEAN BAPTISTE me demande, à moi, quelques
mots de préface ou de présentation de son beau livre « D'une île
à l'autre, une traversée au service de la République ». Certes
nous nous connaissons bien : il fut, voici bientôt cinquante ans,
mon élève à l'École Nationale d'Administration, et ne tarda
guère ensuite à devenir mon ami, car nos activités respectives
nous ont amenés à de multiples rencontres.
De la fréquence de l'accord nait le respect mutuel, du respect
mutuel nait la confiance. La vérification dans la durée aidant, de
la confiance nait l'amitié. Nous avons suivi ce chemin.
Mais je suis social démocrate et il ne l'est pas. Il fut Conseiller
d'un Président de la République, mais c'était Valéry Giscard
d'Estaing. Je fus Premier Ministre nommé par un Président de
la République, mais c'était François Mitterrand. Nous fûmes
tous les deux députés longtemps bien que pas tout à fait en
même temps, mais lui comme centriste et moi comme
socialiste. Dans la fosse aux lions qu'est l'hémicycle de ce pays à
la conflictualité fanatique et sectaire, tout cela ne suggérait guère
la compatibilité !
De plus, si « une traversée au service de la République » cite
parmi les partenaires rencontrés au long de ce chemin une
demie douzaine de responsables politiques socialiste, mon
propre nom n'y figure pas. Et pour cause : je suis l'abominable
Premier Ministre -peu importe la couleur ˆ qui, en fonction de
1988 à 1991, n'a pas fait procéder au referendum sur le statut de
Mayotte prévu pour cette période par la loi de 1979 !
Il y a donc une étrangeté à ce que notre auteur soit venu me
chercher moi, plutôt que quelqu'un de plus proche de lui,
notamment dans sa culture ou sa mouvance, qui est démocrate 8 Henry Jean-Baptiste

chrétienne. Car en plus il est catholique et je suis protestant,
nouvelle source de perplexité ou de distance...
La raison de cette bizarrerie, ce petit secret, je crois l'avoir
découvert. Henry Jean-Baptiste est Martiniquais. Il fut seize ans
député de Mayotte, il adore l'Outre Mer français. Je le
soupçonne d'avoir découvert que moi aussi.
Or il y a une tragédie de l'Outre Mer français. Le profond
è désintérêt de la République, tout au long du XX siècle, donc de
trois Républiques, pour ce que l'on a péjorativement appelé les
confettis de l'empire, a lourdement entravé le développement et
dangereusement compromis l'avenir de ces départements et
territoires.
Non seulement la France a toujours décidé de leur avenir et
de leur statut sans les consulter le moins du monde, ce qui a fini
par produire l'explosion dont on se souvient en Nouvelle
Calédonie, mais en outre elle leur interdisait d'entretenir
quelque relation que ce soit ˆ commerciale, administrative,
politique ou même seulement culturelle ˆ avec les pays étrangers
de leur voisinage. Cela s'appelle l'exclusive, remonte à l'Ancien
Régime et fut maintenu par la Révolution, l'Empire et nos
Républiques successives.
C'était l'asphyxie programmée, en tout cas l'interdiction de
développement. Et pour couronner le tout, alors que
Martinique, Guadeloupe et Réunion, et dans une légèrement
moindre mesure Guyane vivent principalement de la canne à
sucre, la France, que le blocus subi par le Premier Empire avait
conduit à la betterave, trouve moyen de vendre à Bruxelles au
titre de la Politique Agricole Commune une organisation de
marché du sucre qui pérennise la domination de la betterave et
parachève l'assassinat du secteur dominant de l'économie de
nos départements d'Outre Mer.
L'étonnant, c'est qu'ils ne nous en aient pas davantage voulu.
Mais on peut conjecturer que si tous souhaitent fermement
rester français, cela tient largement au spectacle que donne à
côté de chez eux, dans la Caraïbe, dans la République des
Comores ou parmi les états insulaires du Pacifique, le spectacle
D’une île à l’autre 9
de l'indépendance complète de micro états à peine viables.
Il fallait cependant sortir de ce statu quo paralysant. Henry
Jean-Baptiste, en observateur attentif, a bien repéré que j'avais
eu le bonheur de pouvoir faire à temps le bon diagnostic, le
Ministre du Plan est d'abord le ministre de l'observation et de
l'analyse et d'en faire découler quelques outils indispensables. Le
contrat de plan, créé en 1981, donne enfin à nos DOM la
possibilité de penser leur avenir et de le discuter avec l'État dans
des conditions de cohérence et de responsabilité assumée qu'ils
n'avaient jamais connues.
Traité par l'écoute et l'encouragement à la négociation
directe entre les Communautés, le conflit récurrent de Nouvelle
Calédonie trouve sa conclusion dans un projet pacifié de
développement en commun. Et c'est comme Premier Ministre
que je pourrai mettre fin à l'exclusive, encourager au contraire
vivement nos DOM et nos TOM à s'insérer pleinement dans
l'économie internationale régionale, et créer pour les y aider les
trois Secrétariats Permanents pour les Antilles, l'Océan Indien
ou le Pacifique.
Ces Secrétariats Permanents, dirigés chacun par un ambassadeur
ou un Préfet, organisent la rencontre systématique et régulière
des Préfets ou Hauts Commissaires de nos DOM-TOM avec
les ambassadeurs de France dans les pays voisins, pour imaginer
et mettre au point toutes les formes de coopération possibles.
Pour Henry Jean-Baptiste, inconditionnel défenseur de
l'Outre Mer français, j'avais réussi mon examen de passage et
mérité d'être considéré comme un ami de l'Outre Mer, par delà
toute frontière partisane.
Mais notre auteur n'a pas fait que cela dans sa vie. Membre
de la Cour des Comptes, puis Conseiller du Président Senghor
au Sénégal, Conseiller ensuite de Valéry Giscard d'Estaing en
France, il s'est intéressé à beaucoup de problèmes et s'est petit à
petit façonné un très profond sens de l'État. La marque de cette
rigueur dans la recherche du bien public est sans doute
l'impression dominante que se dégage d' « Une traversée au
service de la République ». Le lecteur n'y sera pas indifférent.
10 Henry Jean-Baptiste

Reste Mayotte. C'est à ses amitiés centristes qu'Herny Jean-
Baptiste doit d'avoir été sollicité pour en être député.
Il l'a été trois mandats, quinze ans. Il a abattu un travail
considérable, et largement contribué à doter enfin l'île d'un
cadastre, d'un service d'état civil et de structures scolaires dont
l'absence jusque là soulignait le blocage de Mayotte dans le sous
développement. Il a été par là à la hauteur de l'histoire de cette
île qui plus fortement que toute autre dans l'ensemble français
peut dire qu'elle est française pour l'avoir à plusieurs reprises
explicitement choisi contre « le vent de l'histoire », c'est à dire
les courants de pensée dominants.
Bravo donc à Mayotte pour la continuité de son attachement
à la France, bravo à Henry Jean-Baptiste pour sa forte contribution
au renforcement de la société mahoraise, dégagée ainsi de la
contagion dans le drame avec le reste de l'archipel. La
République Islamique des Comores, depuis son indépendance
décidée par referendum le 22 décembre 1974, a connu 17 coups
d'état, deux assassinats de Chefs d'Etat en exercice et la
déportation d'un troisième. Elle a surtout vu son produit brut
par habitant passer d'un petit millier de dollars par an vers 1970
à environ 200 au tournant du millénaire, ce qui faisait d'elle un
des pays les plus pauvres du monde avec le Népal. Elle
n'exportait en effet que trois produits : vanille, gingembre et
ylang ylang, et les cours mondiaux des trois se sont effondrés à
èla fin du XX siècle.
La France a beaucoup aidé Mayotte à se préserver en partie
de tout cela.
Il me reste un mot à dire. L'aventure de Mayotte est
maintenant à peu près réglée, et par le succès. C'est une belle
histoire, mais elle fut à haut risque. La règle mondiale selon
laquelle en aucun cas, et notamment lors de l'accès d'une ex
colonie à l'indépendance, on ne saurait mettre en cause les
frontières issues de la colonisation, devint une coutume
respectée notamment sur demande africaine. Faute du respect
de cette règle, c'est tout un continent qui aurait été mis à feu et
à sang. Lorsque globalement l'archipel des Comores choisit en
D’une île à l’autre 11
majorité l'indépendance en 1974, le droit international ne
permettait pas au Gouvernement français de séparer l'île qui
avait voté non, du reste du territoire. Aussi bien cela fut fait par
un amendement parlementaire déposé en pleine nuit à la loi par
laquelle la France présentait à l'ONU un résultat de referendum
et demandait à ladite organisation de reconnaître l'indépendance
de l'archipel des Comores souhaitant prendre le nom de
République Islamique des Comores. Le Gouvernement n'était
plus présent en séance, l'Agence France Presse non plus,
personne n'en sut rien.
L'amendement fut voté par une majorité de la dizaine de
députés présents. Le texte partit sous cette forme au Sénat qui
de nuit aussi mais trois jours après vota dans les mêmes termes.
C'était irréversible. Mais ce fut en un demi siècle l'unique accroc
au principe de l'intangibilité des frontières, et il n'est guère
surprenant que cela ait provoqué à l'époque une crise
diplomatique de première grandeur. L'effondrement ultérieur de
l'archipel disqualifia rétrospectivement sa requête concernant
Mayotte. Mais le succès final de l'aventure ne saurait pour
autant valider ce qui fut à l'époque une violation flagrante du
droit international.
Henry Jean-Baptiste n'y fut pour rien et s'employa ensuite à
réparer les dégâts, donc à donner à Mayotte des institutions stables.
J'ai plaisir à saluer tout en même temps ce beau travail et
l'auteur de ce beau livre. Je n'en reste pas moins un défenseur
intransigeant du droit international et de l'espoir de voir
l'humanité trouver progressivement plus de paix et plus
d'harmonie grâce au respect de règles reconnues. Et je me
retrouve là d'accord avec Henry Jean-Baptiste puisque pour
éviter de saluer une violation du droit il a préféré n'en pas
parler.
Tout est bien qui finit bien !
Michel Rocard
Ancien Premier Ministre



« Je traverse »


’expression est devenue banale à Mayotte à force d’être Lr épétée, tout au long du jour et une bonne partie de la
nuit, même par ceux des Mahorais qui parlent peu ou mal le
français.
C’est le constat d’évidence de la double insularité de
Mayotte, la forme simple de la fameuse « continuité territoriale »
entre Petite et Grande Terre ».
En réalité, ce sont les « barges » qui « traversent » le lagon et
qui d’un mouvement lent mais régulier, assurent cette fonction
essentielle, également reconnue par les hardiesses du
vocabulaire local : je barge, tu barges, il ou elle barge…
Ainsi, la barge est l’une des premières images fortes de
Mayotte : dans les premiers temps, un long bazar flottant, la
rencontre bariolée de tous les exotismes : hommes, femmes et
enfants doivent se frayer leur chemin entre régimes de bananes
et noix de cocos, voitures embarquées et vélos entassés,
moutons et cabris aux pattes entravées… pour trouver place à
l’arrière, parmi les passagers, en rangs serrés.
Et puis, au fil des années, la traversée se modernise : ce sont
des barges à un étage, qui offrent aux voyageurs, des espaces
moins réduits, ainsi qu’un regard enfin circulaire sur le fameux
« lagon ».
Bien au-delà du mode de transport, la barge de Mayotte
prend valeur de rite et de symbole : passage obligé du plus
grand nombre, toutes conditions mêlées, rencontres
impromptues et rendez-vous attendus, paroles au vent des
alizés… Ici la « diversité culturelle» est visible, audible et
palpable… Le petit ghetto insulaire est, en même temps,
ouverture sur tous les horizons, même les plus lointains :
européen, indien, malgache, africain, comorien… Ainsi Mayotte