Dans la guerre

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Ayant vécu adolescent la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation de la France, l'auteur veut transmettre le devoir vital de mémoire, pour pouvoir combattre l'amnésie, la banalisation, la dérision voire la négation qui entourent ces Années Noires. L'Exode, les bombardements, l'internement par la Gestapo, le Débarquement... ballotté dans la tourmente de la guerre, notre conteur confie son témoignage. Loin du simple récit d'un miraculé de l'Histoire, c'est un hymne à la vie retrouvée avec la Libération que célèbre l'auteur.
Publié le : mercredi 1 mars 2006
Lecture(s) : 283
EAN13 : 9782336273952
Nombre de pages : 180
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Collection Graveurs de Mémoire

Alexandre SAULNIER

DANS LA GUERRE (1939-1945)

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique F - 75005 - PARIS

L'auteur Ces mémoires de rescapé contiennent assez d'éléments sur la famille, les amis et les ennemis, pour que je me sente dégagé de placer une biographie au début de cet ouvrage. Mon désir impératif étant d'épargner à mon alter ego, à mon homonyme Alexandre « Oublié de l'Histoire », tout repérage social, toute critique injustifiée, toute diffamation, voire toute action en justice.

Couverture: dessin de l'auteur (Grenoble, 1944)

CopyrightL'HARMATTAN 2006
www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.ff ISBN: 2-7475-9846-2 EAN: 9782747598460

Toute ma gratitude à Mes enfants Odile et Serge, mes premiers lecteurs, dont l'enthousiasme constitue le plus précieux des encouragements; Marie-Hélène POLI, agrégée de l'Université, qui m'a prodigué son temps, avec une bienveillante fermeté pour la relecture; Docteur Pierre CANOUI, qui m'a aidé à dénouer les fils enchevêtrés de ma mémoire. Edith ADAMSBAUM, Docteur en Histoire de l'Art, pour sa maîtrise de l'ordinateur, sa patience et son opiniâtreté.

Toute ma gratitude également à ceux qui m'ont corrigé, conseillé, aidé: André ADAMSBAUM Roger et Tatiana DIEVART Arthur LEHRMAN Danielle MORALI Micheline R. Solange S. Pour ne citer qu'eux...

Lille sous la botte nazie (dessin d'époque de l'auteur)

TABLEAU SYNOPTIQUE

Avant-propos.

..

Première Partie: Flandres
Chapitre 1 : Mai 40 à Arras ... Exode et bombardements. La tragédie belge. Le palais Saint-Vaast. Naissance de guerre. Un médecin militaire anglais exemplaire. Les Allemands arrivent avec leurs affiches menteuses. La mère S. Il y avait de bons Allemands, ils furent rares hélas. Un îlot de magnanimité dans un océan de barbarie. Dunkerque. Bataille de Lille. Barouds d'honneur. Résistance des collégiens qui mettent du sucre dans les réservoirs de la Wehrmacht. Von Falkenhausen, Commandant militaire de la Belgique et du Nord de la France. Ce junker impitoyable applique pourtant les lois raciales avec peu d'empressement. Chapitre 2 : Lille sous la botte... Gad Save the King. J'attendrai. La queue. L'omelette. Hofbrauhaüs. La sentinelle. Meurtre au bois de la Deûle. Un crocodile allemand. L'officier bousculé. L'orgue des Facultés Catholiques. L'abbé H. tente en vain de me convertir, pourtant il réussit à me faire partager sa passion pour l' Art Gothique. Le cinéma français sous l'Occupation. Excursions dans la campagne flamande. Le paradis perdu. La Rafle du Vélodrome d'Hiver.

Deuxième Partie: Paris-Landes
Chapitre 3 : Après la Rafle... Terreur, angoisse, promiscuité, bobards. Fête nazie au Trocadéro. Départ pour la zone libre. Découverte de la 7

Rive Gauche. L'enchantement du Jardin des Plantes. La Gare d'Austerlitz. En route pour l'Odyssée. Chapitre 4 : Landes... Dax, ville thermale. La maison de Saint-Vincent-dePaul. La forêt landaise. Le passage de la Ligne de Démarcation.

Troisième partie: Dauphiné
Chapitre 5 : Protégés par les Italiens... Son Altesse la Montagne. Je chausse des skis pour la première fois. Chapitre 6 : Les Allemands occupent Grenoble. .. Un professeur «kollabo». La Musique: Haendel «mobilisé» par la BBC, Wagner par la Propagandastaffel, L'Opéra de Grenoble et les concerts. L'École des BeauxArts. Clandestinité. Chapitre 7: L'agonie du IIIème Reich... Stalingrad, le Général von Paulus capitule le 31 janvier 1943 ; des 300 000 hommes de la VIe armée, seuls 5 000 reverront la Mère-Patrie. Chapitre 8 : Le Débarquement de Normandie... Les préparatifs. Les échecs. Les nationalités engagées. Les erreurs du Reich. Les fusillés de Caen. La kermesse indécente (6 juin 2004). Chapitre 9 : Et en Allemagne? .., Complot contre Hitler le 20 juillet Résistance allemande.

1944. La

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Chapitre 10: Le Débarquement (oublié de I 'Histoire) 15 Août 1944 ... Les préparatifs.

de Provence

Chapitre Il : A la Gestapo de Grenoble. .. Arrestation le 16 août par les miliciens du PPF et internement à la Gestapo de Grenoble. Les « orateurs» de la piscine. Certains survivants furent protégés par une profession, une spécialité, un don: pour moi, ce fut probablement l'Histoire de l'Art. Ma famille pendant mon internement. L'avance victorieuse des Alliés par la Route Napoléon, grâce aux sacrifices des Maquis. Sombres perspectives. Espère! « Filigranes». Chapitre 12 : Grenoble Libérée! ... Évasion avant le peloton d'exécution. Grenoble est libéré 83 jours avant les plans du Haut Commandement Allié. Vivant! Chapitre 13 : Douce France ... Les Justes de Saint-Martin le Vinoux. «Villa des Juifs ». Madame M... Les protestants: Pasteur Boegner et Pasteur Trocmé, les villages sauveurs. Les catholiques Monseigneur Saliège, Monseigneur Théas. Le Père de Lubac, le Père Chaillet et les Cahiers de Témoignage Chrétien. Les politiques. Les braves gens de France. Chapitre 14 : Epilogue: le dernier carré ...

- Bibliographie

appropriée
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- crédit photographique, etc. ... - La presse d'époque (fac-similé) ...

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«Je rêve encore mille chimères. L'énergie de ma nature s'est resserrée au fond de mon cœur.. les ans au lieu de m'assagir, n'ont réussi qu'à chasser ma jeunesse, extérieure, à lafaire rentrer dans mon sein... » Chateaubriand

A Arras, un toubib britannique exemplaire (dessin d'époque de l'auteur)

AVANT-PROPOS

Entreprendre à soixante-dix ans passés, des confessions qui exigent des années de travail, c'est bien audacieux! Donc, soyons circonspect, ne nous égarons pas en chemin et allons droit au but. Mais je ne me suis jamais intéressé au but. C'est le chemin qui m'intéresse. Sur mon chemin, j'ai croisé beaucoup de monde: des amis, des ennemis et paradoxalement au fil des années, certains amis sont devenus ennemis et certains ennemis sont devenus amis. Un heureux hasard m'a fait naître en 1926, me permettant ainsi d'atteindre le troisième millénaire à 73 ans. Je suis ainsi en conformité avec la statistique concernant la longévité normale du mâle français. l'espère ami lecteur que tu me donneras droit de cité dans ce vingtième siècle qui a cadré avec ma vie d'homme. Vivre trois quarts de siècle, je partage ce privilège avec des millions d'anonymes, ainsi qu'avec les grands de ce monde dont le seul point commun avec moi, est d'être nés la même année: Sa gracieuse Majesté Elisabeth II, le Président Giscard d'Estaing, le « Barbudo» Fidel Castro, le comique Jerry Lewis, le Cardinal Lustiger... Ces anonymes, ces grands personnages, eurent comme moi le redoutable privilège d'être adolescent pendant la deuxième guerre mondiale; leurs aînés furent déportés, prisonniers de guerre, soldats de la Wehrmacht, kamikazes, G.I, etc.. Nos pères en kaki, en bleu horizon, enfeldgrau, nous embrassaient entre deux permissions Pendant de longs mois, nous ne savions pas s'ils étaient vivants ou morts.

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Jamais il n'y eut tant de nuits passées dans les abris; jamais on ne vit tant de femmes seules tricoter pour les prisonniers lointains, et pourtant, nous vivions. A l'exemple - toute modestie mise à part - de Montaigne qui écrivait si gaillardement dans un château dont il ne pouvait faire le tour sans courir de risque d'être enlevé par des bandes de Ligueurs ou de Protestants; à l'exemple de Chateaubriand qui aurait pu être tué en assistant à la prise de la Bastille... A la grande loterie de l'Histoire, combien de mémorialistes eurent leur vie abrégée? Tel Archimède qui eut la tête tranchée, car il ne répondait pas assez rapidement aux injonctions d'un soudard! C'est un dépôt culturel qui nous habite et qui peut ressurgir n'importe où, n'importe quand. Combien de vocations d'écrivains sont nées sur un lit d'hôpital, sur la table d'une prison, au cours d'une nuit d'insomnie? Le plaisir de régler ses comptes après un demi-siècle, le plaisir d'écrire au conditionnel plutôt qu'au passé, le plaisir de voyager en chambre. Mais la rançon de ce plaisir: se dévêtir, se dévoiler, prêter le flanc aux critiques, voire à la malveillance. Alors, comment avoir le plaisir d'écrire sans autocensure? Etre un autre. A l'instar des Vénitiens de jadis, sortir masqué pour changer de peau, entrer en littérature protégé par un pseudonyme, afin de librement se confesser en évitant le repérage social et toutes les calamités qui l'accompagnent. Je trouve beaucoup plus reposant d'écrire sous un« nom de guerre », même s'il est transparent et pourquoi pas un beau nom de France qui célèbre le terroir, l'art de vivre, la bonne chère et les bonnes manières!

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Ces Mémoires ont été rédigés en des temps et des lieux différents, d'où les développements qui décrivent les paysages qui m'entouraient et les pensées qui me hantaient au fur et à mesure que se renouait le fil de ma narration. Les métamorphoses de mon existence se sont ainsi interpénétrées. Pendant mes années heureuses, j'ai évoqué des moments d'épreuves; j'ai lutté contre mes années d'abattement en faisant défiler mes années de bonheur. Mon adolescence faisant irruption dans mon troisième âge, le sérieux de l'expérience assagissant l'insouciance d'alors. Les évocations de ma vieillesse tatillonne et procédurière ont certes contrasté avec l'imprévoyance de ma jeunesse. Mes plaisirs se transformant en épreuves et viceversa, j'ignore en achevant si c'est œuvre de «jeune» ou de « vieux. » Je ne suis pas sûr que ce mélange de lieux et d'époques, aura les faveurs de mes éventuels lecteurs. Ce manque d'unité résulte autant des vicissitudes de mon destin que de la diversité de mes carnets, carnets qui fixent le souvenir et empêchent «Qu'autant en emporte le vent ». Toutefois, tous ces écrits et tous ces pays différents, toutes ces humeurs bonnes ou mauvaises, tous ces événements fâcheux ou bénéfiques sont reliés par un impalpable fil d'Ariane. Certes, aucun rapport entre le pin parasol où je suis adossé, les gradins et les voûtes de brique du théâtre romain de Fiesole et l'enfer de la Traction-Avant de la Milice; si ce n'est la date d'anniversaire: 16 août 1944 - 16 août 1994. C'est un demi-siècle plus tard, que resurgissent ces mauvais moments, alors que je suis installé dans le bonheur italien. Le soleil se couchant derrière la Porta Romana, les murailles moyenâgeuses, l'Eglise Santa Maria dei Servi, les palais ocre et les pins parasols de Sienne. Et les clins d'œil du calendrier ne sont pas les seuls à faire

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renouer les fils de ma mémoire: dans la forêt du Touquet, les pins aux troncs ocre me rappellent leurs congénères de la forêt landaise, où nous franchissions en« 42 », la sinistre Demarkationslinie. Enfin, ami lecteur, si tu le veux bien, je ferai des incursions dans mes domaines de prédilection, heureux si j'ai réussi avec fidélité à t'apprendre quelque chose. Et si tu fais autorité dans «mes» domaines, je demande toute ton indulgence pour ma témérité. Donc, nous allons ensemble feuilleter les mémoires au gré de notre fantaisie, visionner les actualités de l'époque, effeuiller les coupures de j oumaux, traîner dans les musées emplis d'armes et d'uniformes, écouter Londres avec le brouillage sur des vieux 33 tours qui grattent «Les Français parlent aux Français »... De même que le mécanisme de la pompe est réamorcé par un nouvel apport liquide, de même par ces l'imagination défaillante est réactivée réminiscences auditives, tactiles, olfactives. Mais surtout, ami lecteur, sache que si tu as été une victime, je m'incline devant ta souffrance; vétéran, devant ton courage; témoin, devant ta mémoire; décideur, devant ton autorité. Ces fragments d'Histoire, dispersés au fil des pages, ont pour vocation d'évoluer au fur et à mesure de l'assimilation de données plus exactes.

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PREMIERE PARTIE

DANS LES FLANDRES

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Arras encore libre (Musée d'Arras)

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