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Dans la tempête du Joola

De
149 pages
Le 26 septembre 2002, le navire Le Joola coulait au large des côtes Gambiennes. Assurant la liaison entre Dakar et Ziguinchor, le navire gît encore dans les fonds marins avec 1863 voyageurs. L'auteur raconte son travail quotidien de psychologue et d'assistance auprès des rescapés, des familles de victimes et des secouristes, dans ce drame étouffé devenu silencieux.
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Dans la tempête du Joola
Débriefing émotionnel après une catastrophe de masse

Ari Gounongbé

Dans la tempête du Joola
Débriefing émotionnel après une catastrophe de masse

RÉCIT

L’HARMATTAN

Du même auteur La toile de soi Culture colonisée et expressions d’identité Paris, L’Harmattan, 1995 Les grandes figures de la négritude – Paroles privées Paris, L'Harmattan, 2007

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12079-2 EAN : 9782296120792

Un psy manquait à l’appel. Un Médecin-Lieutenant, Interne en psychiatrie, Le Docteur Lamine Diongue Passager du Joola Ce récit est dédié à sa mémoire

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« Habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d’irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu’on tolère des situations qu’on sait parfaitement dangereuses simplement parce qu’on en tire profit »

Il y a catastrophe parce que la société en souffre publiquement Jacques Gaillard

Le 26 septembre 2002, le navire Le Joola coulait ; il
assurait la liaison entre Dakar et Ziguinchor avec escale à l’île de Karabane. Plus qu’un navire, c’était un symbole. Son nom rappelle les habitants de la Casamance, ethnie majoritaire de cette région du sud du Sénégal. Symbole d’intégration, le bateau assurait des liaisons régulières entre le Nord et le Sud. Comme toute mécanique, il a connu ses heures d’essoufflement. Treize mois ont été nécessaires pour sa reprise en mer. Sa troisième rotation après réparation lui fut fatale. Il gît encore dans les fonds marins avec 1863 voyageurs, plus que Le Titanic (1513 tués) en 1912. Le nombre de victimes a dramatiquement évolué dans le temps. 550 voyageurs était sa capacité normale ; le chiffre de 1034 avancé quelque temps plus tard en impressionnait déjà plus d’un. Le nombre final de 1863 dépassait l’entendement humain pour un bateau qui devait en contenir trois fois moins. Le nombre de rescapés lui, n’a hélas pas évolué : il est resté constant dès les premiers jours : 64 par ces temps modernes alors qu’on en dénombrait 711 pour le Titanic. Les causes sont nombreuses et se retrouvent à tous les niveaux, si l’on se réfère au Rapport officiel : défaut de plan de chargement, défaut de ballastage, défaut de réalisation des calculs de stabilité. D’autres fautes seraient imputables au constructeur, aux autorités politiques, à la Direction de la Marine Marchande, à la Marine Nationale. La conclusion partielle des enquêteurs mentionnait que : « Le navire ne devant absolument pas effectuer les rotations comprises entre le 10 et le 26 septembre 2002, parce qu’il ne

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répondait à aucune des normes de sécurité prescrites en matière de navigabilité » (p.66). Alors pourquoi a-t-il donc pris la mer ? Pour répondre aux mécontentements des cadres casamançais lassés de voir leur région toujours sans liaisons faciles avec la capitale ? Pour répondre aux malaises des femmes commerçantes de la Casamance ne pouvant plus écouler leurs marchandises vers le nord du pays ? En tout cas, le chef de l’État lui-même ne s’est pas privé de mentionner les « manquements et fautes successives ou concomitantes dont le cumul est à l’origine de la tragédie » ; il dénonce « nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d’irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu’on tolère des situations qu’on sait parfaitement dangereuses simplement parce qu’on en tire profit »… L’écrivain Boubacar Boris Diop, dans une remarquable Lettre à un ami sur le naufrage du Joola fustige « le laxisme qui fait plus de morts que des années de rébellion ». Il n’y a pas de honte à dire que, par l’inconsistance de nos résolutions souvent solubles dans le temps, ici ou ailleurs, nous sommes tous responsables de ce drame. ****** On ne peut écrire la charge émotionnelle qui vous envahit lors d'une intervention en situation de catastrophe ; on ne peut que la décrire, la jeter, comme ici, sur les pages qui vont suivre. Quand, dans un après-coup, vous prend le désir d'être lu, on n'a même plus la force, le courage ni la volonté de se relire ; cette tâche on la confie aux amis, complices lointains, mais concernés : je pense à Fanta et à
Le Monde Diplomatique, décembre 2002, page 36.

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mon ami Mbaye, qui ont fait ce travail de fourmi qui consiste à détecter les menues erreurs qui vous perturbent le sens d'une pensée. Fraternelles reconnaissances... Le regard analytique de ma consœur Nadia m'a soutenu dans l'effort de conceptualisation de certains aspects de ce texte ; confraternels remerciements. Je voudrais ici remercier l’Association pour la promotion de l’éducation et de la formation à l’étranger (APEFE) et la Division SIDA/IST du ministère de la santé pour m'avoir laissé m'investir dans cette tâche humanitaire et rassurer leurs responsables ; seul le temps consacré à la prise en charge des rescapés, parents et secouristes a été pris sur mon temps de travail. Ce texte prophylactique a été rédigé la nuit, seul moment où je suis capable d'écrire. Mes profonds remerciements vont surtout aux rescapés, secouristes et familles. En confiant aux psys leurs souffrances et désespoirs, ils augmentent l’intelligence de la prise en charge psychologique lors de situations de catastrophe. L’Afrique demeure hélas une candidate potentielle à ce genre de mésaventure ! Les psys doivent maintenant s’organiser et être prêts…

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