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Dante

De
384 pages
Dante (1265-1321), le plus grand poète italien, l’amant de Béatrix, l’habile diplomate, l’exilé, l’auteur de La Divine Comédie, est connu de chacun, lu et étudié.
Fruit de décennies de recherches, la biographie intellectuelle d’Enrico Malato retrace la vie du poète, témoin sublime de ce Moyen Âge latin et de son écroulement imminent. Attentif à saisir aussi bien l’éclosion de l’homme que celle d’une œuvre rendue complexe par sa riche postérité, Malato met en lumière des pans jusqu’alors ignorés du grand poète florentin.
Ce livre n’entend pas seulement instruire le lecteur sur la vie et l’œuvre de Dante mais se propose aussi d’exposer les résultats de patientes recherches, et d’apporter un certain nombre de réponses à des questions d’ordre à la fois biographiques et exégétiques débattues depuis longtemps. Malato interroge ainsi l’attribution à Dante de trois textes majeurs : le Fiore, le Detto d’amore et la Questio ainsi que de certaines lettres où l’on trouve fixées, pour la première fois, les principales lignes de force de La Divine Comédie. Il s’attache aux enjeux poétiques qui sous-tendent la Vie nouvelle, et propose une analyse des deux versions de sa conclusion. Il démontre que Dante, chantre d’un amour édifiant et purement spirituel, invoque un lyrisme conforme aux principes de la doctrine chrétienne, se démarquant en cela du « Stil novo » qui loue l’amour sensuel. Il s’attaque au conflit opposant Dante et le poète Cavalcanti, son « premier ami » et le « maître de sa jeunesse » tout autant que son grand rival poétique.
Enrico Malato est professeur émérite de Littérature italienne à l’Université de Naples “Federico II”. Il coordonne la Nouvelle édition commentée des Œuvres de Dante, dont il est l’un des spécialistes contemporains les plus reconnus.
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© 1999 Salerno Editrice S.r.l., Roma
(3
aedizione riveduta e aggiornata 2009)

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation

réservés pour tous les pays.

 

© 2017, pour la présente édition,
Société d’édition Les Belles Lettres
95 bd Raspail, 75006 Paris.

 

 

ISBN : 978-2-251-90332-3

Dédicaces

 

À Carolina, à Goffredo et à Alice,
dans l’espoir qu’ils apprennent à connaître et à aimer Dante
dès leurs plus jeunes années.

Avant-propos

Ce livre1 n’entend pas seulement instruire le lecteur sur la vie et l’œuvre de Dante, en l’éclairant sur les divers problèmes historiques et critiques liés à la biographie et aux textes du poète, mais il se propose aussi d’exposer les résultats de plus de trente ans de recherches consacrées presque exclusivement à la figure du grand poète, et d’apporter un certain nombre de réponses à des questions d’ordre à la fois biographiques et exégétiques débattues depuis longtemps. Ainsi, en nous attachant tout particulièrement aux relations entre Dante et Guido Cavalcanti, nous avons tenté d’éclairer certaines zones d’ombre dans la biographie de Dante (et de Guido) qui influent notablement sur l’exégèse des deux poètes.

La critique s’accorde depuis longtemps à reconnaître que le rapport problématique entre les deux hommes ‒ auparavant unis par des liens d’amitié et d’estime ‒ correspond à un tournant dans leur vie et leur expérience littéraire. Un maître comme Gianfranco Contini est revenu souvent sur cette question, en montrant que, malgré leurs différends, attestés entre autres par la quasi-absence « remarquable » de Guido du grand théâtre de la Comédie, « l’ombre et la pensée de Cavalcanti » accompagnent Dante

jusqu’à la fin d’une carrière que rien ne laissait présager, mais tout au long de laquelle, il n’eut de cesse de régler ses comptes avec le maître de sa jeunesse […]. Dans la Comédie, la présence de Cavalcanti plane d’une façon d’autant plus inquiétante qu’elle est implicite : inquiétante pour la postérité, non pour le poète, dont les silences, les réticences, l’obscurité et l’ambiguïté sont aussi inflexibles que le reste2.

D’où la nécessité d’un effort préliminaire pour tenter de comprendre les raisons de cette inquiétude, qui affleure souvent dans les études des spécialistes, en tentant d’expliquer ces silences, ces réticences, ces obscurités et ces ambiguïtés, que G. Contini a questionnés sans relâche et auxquels il a apporté une contribution décisive.

Ainsi, en 1986, j’ai publié une lecture du chant V de l’Enfer où, dans le sillage des travaux de G. Contini, je proposais une interprétation du célèbre épisode de Paolo et Francesca, tentant d’expliquer l’attitude apparemment contradictoire de Dante qui, tout en plaçant la pécheresse de Rimini dans le deuxième giron de l’Enfer, et alors même qu’il la condamne à la damnation éternelle, éprouve une profonde sympathie à son endroit (et suscite la sympathie du lecteur). Du reste, à l’époque romantique, certains lecteurs aussi avisés qu’Ugo Foscolo et Francesco De Sanctis sont allés jusqu’à penser que Dante avait absous les deux amants : « La faute est purifiée par l’ardeur de la passion, et la pudeur embellit la confession de la luxure », écrit U. Foscolo, tandis que F. De Sanctis évoque « un sentiment qui purifie et une pudeur virginale, au point que devant la noblesse d’un tel langage l’on ne sait plus si l’on est devant la “coupable” Francesca ou l’innocente Juliette3. »

Dans une étude ultérieure4, en suivant cette même ligne de recherche, j’ai tenté de reconstituer la relation complexe qu’entretient la production lyrique du jeune Dante avec la tradition courtoise, depuis les poètes provençaux jusqu’au notaire sicilien Giacomo da Lentini, en passant par Guido Guinizzelli et Cavalcanti. Dès lors, j’ai montré que le différend qui, à un moment donné, oppose Dante et Guido Cavalcanti ‒ dédicataire de la Vie nouvelle et qu’il appelait son « premier ami » ou le « premier de ses amis » ‒ a eu des échos insoupçonnés dans la Comédie. En outre, une étude plus poussée du contexte historique m’a permis de saisir l’une des « raisons » profondes de la Vie nouvelle, au delà des motivations déclarées. De fait, cette reconstitution a mis en lumière le désaccord entre Dante qui, dans la Vie nouvelle, se fait le chantre d’un amour édifiant, purement spirituel, conforme aux principes de la doctrine chrétienne, et les poètes du « Stil novo », qui louent l’amour sensuel, conçu comme une passion destructrice ‒ ce qui explique que Guido Guinizzelli soit placé parmi les luxurieux du Purgatoire pour avoir chanté dans son sonnet Aunoble cœur : « Le feu d’Amour au noble cœur se communique5 », et dans À voir Lucie coiffée d’un chaperon de vair : « Ah ! la prendre de force, contre son gré […], mais je me repens6 ». En outre, elle nous a éclairé sur les divergences d’ordre doctrinal entre Dante ‒ dont les positions théoriques sont exposées justement dans la Vie nouvelle et seront reprises dans d’autres textes ‒ et Guido Cavalcanti qui, dans sa canzone intitulée Dame me prie7, se rallie aux règles d’amour d’André le Chapelain ‒ officiellement condamné par l’Église en 1277 ‒, inconciliables avec la doctrine de Dante.

À la lumière de ces considérations, j’ai donc suggéré que la canzone de Cavalcanti Dame me prie avait sans doute été composée après la publication de la Vie nouvelle ‒ où, du reste, le ton affectueux de Dante envers son ami, dédicataire de l’opuscule, exclut l’idée que cette canzone ait été mise en circulation et connue de Dante avant qu’il ne lui dédie son œuvre ‒ et qu’il convenait de lire ce poème précisément comme une réponse de Guido à cette dédicace. Cette hypothèse m’a semblé étayée par l’identification précise de Guido et de sa canzone dans les chants XVII et XVIII du Purgatoire où, contrairement à ce que les spécialistes ont toujours affirmé, la doctrine de l’amour exposée par Virgile n’est pas un exposé théorique autonome, mais une réfutation de Dame me prie, une critique inflexible des principes formulés dans le petit traité poétique de Guido ‒ dont, du reste, elle contient également des échos lexicaux8. D’ailleurs, le poète attaque ouvertement son « premier ami » dans le passage où Virgile l’invite ‒ et où Dante invite le lecteur ‒ à prêter attention à son discours : « Dresse vers moi les yeux perçants / de ton intellect, et sera manifeste l’erreur / de ces aveugles qui se font guides » (Purg., XVIII, 16-18).

Ici, de toute évidence l’aveugle qui, comme nous l’enseigne Matthieu, prétend guider d’autres aveugles n’est autre que Guido Cavalcanti, qui, dans Dame me prie, a cru pouvoir instruire les autres sur l’amour, dont, selon Dante, il était parfaitement ignorant et sur lequel il ne pouvait tenir que des propos fallacieux. Dès lors, comme nous l’enseigne l’Évangile selon Matthieu (15, 14), il ne pouvait que tomber dans « un trou » avec les autres aveugles qui se sont fiés à lui, telle Francesca, qui a cru dans les règles de l’amour courtois et les a suivies ‒ de même que Dante y a cru et les a fait siennes dans les années de ses premières expérimentations poétiques ‒, avec les conséquences que nous savons : « Amour, qui vite prend en cœur gentil […] / Amour qui d’aimer nul aimé ne dispense […] / Amour nous conduisit à une mort » (Enf., V, 100, 103 et 106), déclare la pécheresse de Rimini ‒ non pour se justifier, mais pour expliquer son histoire.

Après avoir identifié et saisi ce fil d’Ariane, nous avons pu faire quelques pas supplémentaires. Ainsi, en montrant le lien entre la grande canzone philosophique de Guido et l’évolution intellectuelle et poétique de Dante, nous avons pu formuler une explication du célèbre vers « dont votre Guido peut-être eut dédain » (Enf., X, 63) ‒ qui suppose, entre autres, une réévaluation de la « présence » de Guido dans la Comédie ‒ et proposer une interprétation plausible du vers « qui semblait émerger d’un long silence » (Enf., I, 63) tout aussi célèbre et tout aussi discuté : ce qui émerge d’un long silence, c’est, en fait, cette même raison dont Guido « eut dédain », et dont Dante avait perdu le « conseil fidèle » lorsqu’il s’était retrouvé dans la « sylve obscure ». Par la suite, vers la fin de la seconde moitié des années 1990, d’autres spécialistes ont repris ces thèmes ‒ tantôt en déclarant connaître, tantôt en ignorant ou prétendant ignorer mes contributions ‒ et ont relancé le débat sur la date de composition de Dame meprie et sur son rapport avec Dante, reconnu unanimement comme une question de première importance concernant l’exégèse de Dante et de Guido. Ce qui m’a conduit à publier une nouvelle enquête9 où, m’appuyant sur une analyse approfondie des textes, j’ai procédé à ce qui constitue, me semble-t-il, une démonstration définitive des rapports évoqués ci-dessus et qui, malgré quelques réserves, a été soutenue par des spécialistes de renom10.

Tels sont donc les axes suivis par l’enquête menée dans cet ouvrage qui, nous l’avons dit, entend proposer bien plus qu’un simple portrait ‒ certes essentiel, mais incomplet ‒ de Dante et de son œuvre. Dans cette perspective, il nous a semblé important d’exposer toute une série de problèmes, comme les motifs et la signification qui sous-tendent la Vie nouvelle, la question des deux versions de sa conclusion, le rapport entre la production lyrique de Dante et celle des principaux représentants du « dolce stil novo », l’attribution à Dante du Fiore, du Detto d’amore, de certaines lettres, dont la XIIIe, adressée à Cangrande della Scala, et de la Questio, afin d’offrir au lecteur une vision d’ensemble de la problématique critique dantesque, qui est étroitement liée à la figure du poète et contribue à la fascination que, plus de 700 ans après sa mort, il continue d’exercer sur un nombre croissant de lecteurs.

Les solutions qui nous ont à chaque fois permis de résoudre les divers problèmes abordés ne prétendent pas être la solution. Toutefois, ce sont des propositions réfléchies, fondées sur une étude assidue des textes ‒ menée toujours avec l’aide du « conseil fidèle de la raison » ‒, et nullement dictées par le désir narcissique de proposer une solution originale à tout prix. Si, grâce à la lecture de ces pages, les jeunes lecteurs peuvent acquérir une meilleure connaissance de Dante et de son œuvre, alors ce travail aura atteint son objectif, car je suis persuadé que connaître Dante est la condition nécessaire et suffisante pour l’aimer.

Rome-Naples, mai 1999.


1. Cet ouvrage constitue la refonte d’un chapitre de la Storia della letteratura italiana que je dirige auprès des éditions Salerno (voir Storia della letteratura italiana, vol. I, Rome, Salerno Editrice, 1995, p. 773-1052).

2. G. Contini, Cavalcanti in Dante, dans Id., Varianti e altre linguistica. Una raccolta di saggi (1938-1968), Turin, Einaudi, 1970.

3. Cf. chap. XVI, par. 2, note 1.

4. Cf. E. Malato, Amor cortese e amor cristiano da Andrea Cappellano a Dante, dans Id., Lo fedele consiglio de la ragione. Studi e ricerche di letteratura italiana, Rome, Salerno Editrice, 1989.

5. Traduit de l’italien par Jean Chuzeville, dans Anthologie de la poésie italienne des origines à nos jours, Paris, Plon, 1959, p. 82.

6. Notre traduction.

7. G. Cavalcanti, Rimes, trad. fr. Danièle Robert, Éditions Vagabonde, Marseille, 2012.

8. Voir infra, chap. 16, par. 3.

9. E. Malato, Dante e Guido Cavalcanti. Il dissidio per la « Vita nuova » e il « disdegno » di Guido, Rome, Salerno, 1997.

10. Cf. le chap. VI, en particulier la note 6.

Table des abréviations

Œuvres de Dante :

Com. = Comédie

Enf. = Enfer

Purg. = Purgatoire

Par. = Paradis

Banq. = Banquet (Convivio)

D.v.e. = De vulgari eloquentia (De l’éloquence en vulgaire)

Égl. = Églogues

Épît. = Épîtres

Mon. = Monarchie

V.n. = Vie nouvelle (Vita nuova)

Les Rimes et la Questio ainsi que le Fiore et le Detto d’Amore sont cités en toutes lettres.

Ci-dessous nous indiquons l’édition des œuvres de Dante dont, sauf avis contraire, nous avons suivi le texte

Éditions

La Commedia secondo l’antica vulgata, texte établi par G. Petrocchi, vol. I. Introduzione, 1966 ; vol. II. Inferno, 1966 ; vol. III. Purgatorio, 1967 ; vol. IV. Paradiso, 1968, Edizione Nazionale delle Opere di Dante, Soc. Dantesca Italiana (dir.), Milan, Mondadori, 1966-1968 (1re rééd., Milan, Mondadori, 1975) ; 2e éd. corrigée, Florence, Le Lettere, 1994.

Opereminori, vol. I, partie I, texte établi par D. De Robertis (Vita nuova) et G. Contini (Rime e Fiore e Dettod’Amore) ; vol. I, partie II (Convivio), texte établi par C. Vasoli [texte en proses] et D. De Robertis [les canzoni] ; vol. II (œuvres en latin), texte établi par P. V. Mengaldo, B. Nardi, A. Frugoni, G. Brugnoli, E. Cecchini, F. Mazzoni, Milan-Naples, Ricciardi, respectivement : 1984, 1988, 1979.

Note du traducteur 

Pour des raisons de cohérence avec les propos de l’auteur, nous avons dû parfois modifier les traductions françaises des œuvres de Dante auxquelles nous nous sommes référées :

La Comédie (Enfer-Purgatoire-Paradis), éd. bilingue, éd. et trad. de l’italien par Jean-Charles Vegliante (texte original relu sur l’édition Petrocchi), Paris, Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 2012. Trad. révisée de : La Comédie. Enfer, éd. bilingue, trad. fr. de Jean-Charles Vegliante, Paris, Imprimerie Nationale, 1996 ; La Comédie.Purgatoire, éd. bilingue, trad. fr. de Jean-Charles Vegliante, Paris, Imprimerie Nationale, coll. « La Salamandre », 1999 ; La Comédie.Paradis, éd. bilingue, trad. fr. de Jean-Charles Vegliante, Paris, Imprimerie Nationale, coll. « La Salamandre », 2007.

Œuvres complètes, sous la dir. de Christian Bec, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 1996 : Vie nouvelle / Rimes / Banquet, trad. fr. et notes Christian Bec ; Épîtres / Églogues / Querelle de l’eau et de la terre, trad. fr. et notes Roberto Barbone et Antonio Stäuble ; La Monarchie, trad. fr. et notes François Livi.

De l’éloquenceen vulgaire, introduction et appareil critique par Irène Rosier-Catach, trad. du latin par Anne Grondeux, Ruedi Imach et Irène Rosier-Catach, Paris, Fayard, 2011.

Titres de revues et ouvrages fréquemment cités :

BSDI = Bullettino della Società Dantesca Italiana, périodique bimensuel, Florence, 1889-1921.

Contini, Lett. Orig. = G. Contini, Letteratura italiana delle Origini, Florence, Sansoni, 1970.

Contini, Var. = G. Contini, Varianti e altra linguistica. Una raccolta di saggi (1938-1968), Turin, Einaudi, 1970.

DBI = Dizionario Biografico degli Italiani, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1960-.

ED = Enciclopedia Dantesca, U. Bosco (dir.), 6 vol., Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1970-1978.

GD = Giornale Dantesco, périodique mensuel, puis bimensuel et enfin annuel (à partir de 1928), Florence, puis Rome, 1893-1915, 1921-1940 (NGD de 1917 à 1921).

GDLI = Grande Dizionario della Lingua Italiana, S. Battaglia (dir.), Turin, Utet, 1961-2002 (21 vol.).

LIE = Letteratura Italiana, A. Asor Rosa (dir.), Turin, Einaudi, (6+3+4 vol. en 16 tomes) 1982.

LIL = La letteratura Italiana. Storia e testi, C. Muscetta (dir.), Rome-Bari, Laterza, 1970-1980 (10 vol. en 20 tomes).

LIR = Letteratura Italiana. Storia e testi, Milan-Naples, Ricciardi, 1950-.

Migliorini, Storia = B. Migliorini, Storia della lingua italiana, Florence, Sansoni, 1960.

NGD = Nuovo Giornale Dantesco, voir GD.

Poeti del Duec. = Poeti del Duecento, G. Contini (dir.), 2 vol., Milan-Naples, Ricciardi, 1960.

Prosa del Duec. = Prosa del Duecento, C. Segre et M. Marti (dir.), Milan-Naples, Ricciardi, 1959.

RSD = Rivista di Studi Danteschi, périodique semestriel, Rome, Salerno Editrice, 2001-.

SD = Studi Danteschi, périodique annuel, Florence, Sansoni, puis Le Lettere, 1920-.

SLIE = Storia della Lingua Italiana, L. Serianni et P. Trifone (dir.), dans LIE, 1993.

SLIG = Storia della Letteratura Italiana, E. Cecchi et N. Sapegno (dir.), Milan, Garzanti, 1965-1969.

SLIV = Storia Letteraria d’Italia, Milan, F. Vallardi, différentes dates (de nombreux volumes refondus plusieurs fois) ; nouvelle édition établie par A. Balduino, Padoue-Milan, Vallardi-Piccin, 1981-.

StoLI = Storia della Letteratura Italiana, E. Malato (dir.), Rome, Salerno Editrice, 1995-2005.

Chapitre 1

La ville de Dante

1. Florence, de ses « enceintes antiques » à la « grande ville »

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, Florence consolide la croissance rapide et parfois tumultueuse qui lui avait permis de devenir l’une des villes les plus développées, prospères et culturellement avancées non seulement de l’Italie centrale, mais de l’Europe tout entière. Au début du XIIsiècle ‒ du temps de Cacciaguida, le trisaïeul de Dante ‒, Florence était encore « à l’intérieur de l’antique enceinte » (Par., XV, 97) ; à la fin du siècle suivant, alors qu’apparaîtra à Dante et à ses contemporains « sur le beau fleuve Arno […] la grande ville » (Enf., XXIII, 95), sa population a presque quintuplé1. À l’époque de sa première enceinte médiévale2, quand l’Arno n’était pas encore enclos dans ses murs, le noyau urbain primitif de Florence s’étendait sur une superficie d’environ 23 hectares, entre l’actuelle place de la Seigneurie et la place du Dôme. De 1172 à 1174, il fallut procéder à la construction d’une deuxième enceinte (qui sera prolongée en 1258), afin d’inclure les nouveaux faubourgs qui s’étaient multipliés en dehors de la porte d’accès principale, ainsi qu’une petite langue de terre au sud de l’Arno. Florence atteignit alors une superficie de 80 hectares. L’extension de la ville se poursuivit, si bien qu’en 1284 fut décrétée ‒ et réalisée dans les décennies suivantes ‒ la construction d’un troisième cercle de remparts, qui s’étendront amplement au delà de l’Arno. Malheureusement, vers la seconde moitié du XIXsiècle, ce qui constitue l’actuel boulevard périphérique a été bâti sur le tracé même des anciens murs, cette enceinte ayant été abattue pour donner un souffle moderne à la nouvelle capitale de l’Italie.

La superficie du terrain englobé dans cette dernière enceinte était de 630 hectares. Délimitée en vue d’une extension ultérieure, cette aire, semble-t-il, ne fut cependant jamais totalement urbanisée. Ce qui en dit long sur l’optimisme et la confiance des Florentins dans le développement de leur ville. En réalité, à partir de la moitié du XIVsiècle, après la peste de 1347-1348, la croissance démographique et économique de Florence s’avéra inférieure à celle des années précédentes3.

Mais aussi spectaculaire soit-elle, l’extension de l’aire urbaine ne constitue qu’un des aspects de la croissance de Florence aux XIIe et XIIIe siècles. Sa prospérité et son développement économique rapide ont incité les populations du contado à migrer massivement en ville et ont favorisé un profond renouveau de la vie citadine, notamment sur le plan urbanistique. En l’espace de quelques décennies, Florence a connu ainsi une multiplication de ses édifices, dont des habitations populaires et des palais, des églises, des monastères et des hôpitaux. Les vestiges ou les témoignages qui nous sont parvenus attestent que des constructions monumentales embellissent la ville et ses faubourgs dès le Xe ou le XIsiècle. Parmi les plus belles réalisations de cette période : le baptistère Saint-Jean, au plan octogonal, datant de l’époque lombarde, non encore revêtu de marbre ; la cathédrale de Santa Reparata, sur laquelle fut ensuite édifié le Dôme ; les églises San Pietro in Celoro (Coeli aurei), San Lorenzo (1060), San Piero Maggiore (1067), San Piero Scheraggio (1068), qui « occupait le lieu où se trouve aujourd’hui la face orientale des Offices » et l’église de la Sainte Trinité (1077) ; mais aussi, dès 1040, l’hôpital San Giovanni Evangelista, le plus grand de l’époque, « destiné à accueillir les pauvres et les pèlerins »4. Au même moment, l’intensification des échanges nécessite de nouvelles liaisons entre les deux rives de l’Arno. Si, treize siècles durant, le seul Ponte Vecchio (reconstruit après sa destruction par la crue de 1178) avait suffi, en l’espace de quelques années seront bâtis trois autres ponts : le Ponte alla Carrai, entre 1218 et 1220, le Ponte a Rubaconte, en 1237, aujourd’hui Ponte alle Grazie, et enfin le Ponte Santa Trinita en 1252. Comme le rappelle Giovanni Villani à propos de l’année 1237 où fut construit le Ponte a Rubiconte, du nom du podestat de l’époque : « … messire Rubaconte da Mandollo étant podestat de Florence […] l’on pava toutes les rues, alors qu’auparavant très peu d’entre elles étaient pavées […] ; grâce à ces travaux, notre cité devint plus propre, plus belle et plus saine5. »

Ces initiatives ne pouvaient qu’alimenter le mythe de la beauté et de l’opulence de Florence, dont on trouve des traces dès les XIe et XIIsiècles. Mais le profil même de la ville suscitait déjà l’admiration des contemporains, par la présence ‒ aujourd’hui inimaginable ‒ au sein de la zone la plus ancienne, d’une forêt d’environ 150 tours, pouvant atteindre jusqu’à 120 ou 130 brasses de hauteur (environ 70 ou 76 mètres), selon le témoignage de G. Villani (IV, 3), confirmé par d’autres sources :

[…] ses habitants étaient très unis, et Florence était protégée par son site, par ses remparts et ses douves remplies d’eau ; en peu de temps, on y construisit plus de CL tours de CXX brasses de hauteur chacune, outre celle de la Commune. À cause de la hauteur des nombreuses tours qu’il y avait alors à Florence, on dit qu’on la voyait de loin et qu’elle apparaissait comme la ville la plus belle et la plus florissante ; à cette époque, elle était très peuplée et il y avait beaucoup de palais, de vastes demeures et de seigneurs.

Mais l’« union » de ses habitants, si tant est qu’elle ait jamais existé, fut de courte durée, et avec elle prirent fin les tours, qui étaient par ailleurs des variantes de la « maison-tour », un habitat aristocratique typique du Moyen Âge, à la fois forteresse et château, symbole de prestige et moyen de défense lors des discordes qui opposaient les grandes familles florentines. Après la formation des factions guelfes et gibelines, quand se produisirent les violents affrontements de 1248 au cours desquels les Gibelins, soutenus par les milices impériales, infligèrent une défaite cuisante aux Guelfes, Florence adopta l’usage, déjà en vigueur dans d’autres villes médiévales, d’abattre (ou de « défaire », comme on disait alors) les tours des perdants. G. Villani est encore une fois témoin de ce saccage :

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