De l'autre côté du cancer

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C'est tout d'abord un regard humain sur la maladie, ses étapes importantes, ses petits détails qui peuvent paraîtres insignifiants pour certains, mais aussi ses petits ou grands dommages collatéraux. C'est également un regard tendre, amoureux, amical et bienveillant envers tous ceux qui, de près ou de loin, subissent directement et indirectement les conséquences d'un cancer ou de toute autre maladie invalidante. C'est enfin un hommage au combat que mènent ceux qui n'ont rien demandé. Chaque mot, chaque pensée de ce livre est la manifestation de ma reconnaissance pour cette aide extérieure indispensable à la guérison, que j’ai reçue au quotidien. C'est peut-être là aussi, une occasion de voir de l'intérieur de la maladie, ces conséquences parfois si invisibles de l'extérieur.
Publié le : jeudi 26 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026203407
Nombre de pages : non-communiqué
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Pascal Marsilly

De l'autre côté du

cancer

 


 

© Pascal Marsilly, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0340-7

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Internet : www.librinova.com


 

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Introduction.

 

J’ai hésité longtemps avant de me lancer dans l’écriture de ce livre, sans savoir si un jour je ferais la démarche de tenter de l’éditer. Je l’ai écrit pour me libérer de certaines choses et partager mon expérience. Il y a un grand nombre d’ouvrages sur le cancer, ses implications physiques, psychologiques ou sociales. Mais il existe beaucoup moins de livres parlant des témoins impuissants du drame et du choc, que peut représenter la révélation de cette maladie. Ce que je retire de cette aventure au cœur de la tumeur, c’est bien plus le combat que ma femme a mené et qu’elle mène d’ailleurs encore, que ma propre lutte pour la vie. Subir une maladie comme la mienne est certes assez difficile en soi, mais la subir en ayant été à mes côtés quotidiennement, sans jamais rien lâcher, est certainement un combat encore plus dur. Une des choses, voire la chose la plus complexe dans une maladie comme celle-ci, est de gérer le quotidien et son lot infini d’emmerdes. Elles ont, en plus, cette faculté de s’amasser les unes sur les autres en flux continu, sans jamais faire de pause.

De mon côté, je n’avais qu’à m’occuper des traitements. Ma femme, elle, à du gérer un nombre incalculable de tâches quotidiennes, administratives, financières, logistiques. Il fallait donc gérer les retombées de la maladie sur ma vie certes, mais aussi, et surtout sur la sienne, celle de nos enfants et de tous nos proches. Ce livre est un témoignage parmi de nombreux autres témoignages, qui parlent de tous celles et ceux qui se battent au quotidien aux côtés de leur conjoint, enfants ou parents malades.

 

 

Tant de temps passé sur la route et dans les théâtres. La tournée de trois ans arrivait à son terme. Pour être franc, j’étais vraiment très fatigué. Trois ans à droite, à gauche, en haut et en bas. La France dans tous les sens. Trois ans de stress, de patience, d’explications répétées cent fois. Trois ans à monter le même spectacle dans des lieux différents. Trois ans de kilomètres en solo, de chambres d’hôtel, de restaus en solitaire, de grosses journées et de petites nuits. Trois ans pendant lesquels ta solitude et ton portable deviennent tes meilleurs amis.

Mais ce n’est pas là le propos.

La tournée finissait en juin, nous étions en avril.

Ça a commencé à cette époque. Difficile de donner un jour précis, c’est arrivé si doucement.

Des migraines d’abord, celles auxquelles on ne fait pas attention. Puis les migraines deviennent régulières, plus fortes, c’est la barre sur le front, ou alors le casque qui vous serre tout le haut du crâne. Vraiment chiantes ces migraines. Là encore, on laisse couler, on met ça sur le dos de la fatigue, du stress. Et puis un matin, dans une chambre d’hôtel, on se lève un peu vite parce qu’on est à la bourre et là, c’est le grand huit. Les murs bougent, le sol aussi, et un pic-vert vient taper sur le dessus du crâne, pire qu’un lendemain de (grosse) cuite. Du coup, on se rassoit et l’on attend que les petites étoiles qui tournent devant les yeux disparaissent. On va à la douche, au petit dej, et l’on fait semblant d’oublier. Une fois au théâtre, on fait ce pour quoi on est là, avec toute l’attention que cela exige. Quand on bosse, on a moins mal, on y pense moins.

Les jours s’enchainent, les « mal au crâne » aussi. Le dernier soir du montage, en sortant de l’ascenseur du théâtre, je titube un peu et me cogne l’épaule contre le mur, comme si j’étais sur un bateau en plein tangage sur une mer démontée. Ça fait marrer le technicien qui m’accompagne.

— On n’a pas encore pris l’apéro et t’es déjà bourré ?!

En souriant, je réponds juste un « nan je suis juste crevé ! » que je pense crédible, en étant convaincu d’ailleurs que c’était la bonne réponse.

Entre deux représentations, je rentre chez moi. J’ai deux heures de route avec un repos bien mérité en guise d’objectif. Mais je ramène aussi ce satané mal au crâne. Il commence à envahir mon quotidien. Le Doliprane ne fait plus effet depuis longtemps, mais je continue à en prendre, juste au cas où. Les pertes d’équilibre s’accentuent. Le diagnostic est vite posé par l’entourage et les forums internet. Ah oui, essayez donc de taper « mal au crâne, vertiges » sur Google pour voir ! Non, mais pas maintenant !

Vous trouverez de tout, et rien en même temps. Vous trouverez aussi des trucs auxquels vous n’avez sûrement pas pensé. De quoi être rassuré et de quoi être stressé, voire carrément déprimé. En résumé, ça va de « t’as trop picolé hier soir, pas besoin d’être médecin » à « T’as ci ? T’as ça ? Ça t’a déjà fait ci comme ça ? Ou ça comme ci ? », jusqu’à « Mon oncle à eût la même chose, il est mort six mois après ! ».

Pour moi, à l’époque, le discours des amis qui avaient l’air de s’y connaître était suffisant pour que je fasse moi-même mon diagnostic : « Pas de problèmes les gars, c’est un problème d’oreille interne, on ne s’enflamme pas ! » Et puis un forum médical avait l’air de trouver le même résultat que les copains. Ou alors ça m’arrangeait de faire concorder les symptômes. Ne se rangeant pas du tout à cet avis, mon médecin, définitivement pas fan d’internet et du diagnostique des copains, me prescrit tout de même un scanner. Rendez-vous fut pris pour le mois suivant, toute première disponibilité. Même si ça semble un examen de routine pour rassurer, ce mot « scanner » n’est pas agréable à entendre. Je vais d’ailleurs très vite voir que ce n’est pas le seul.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me souviens d’un des dictons déformés que se plaisait à déclamer régulièrement mon grand frère, à chaque fois qu’il en avait l’occasion.

« Noël au scanner, Pâques au cimetière »

Je sais, ce n’est pas très drôle, surtout aujourd’hui. Mais quand on était gamin, ça me faisait marrer.

Je repars bosser sur Limoges.

Le mal au crâne est maintenant régulier, constant. J’essaie de vivre avec. Ça devient de plus en plus compliqué. Le montage m’occupe l’esprit, je pense moins à la douleur. De l’extérieure, je dois maintenant sembler saoul vingt-quatre heures sur vingt-quatre tellement je titube. J’ai quand même mis au point une technique pour faire comme si de rien n’était, enfin presque. Il me fallait des points fixes vers lesquels me diriger pour arriver à marcher à peu près droit. Points après points, je faisais presque illusion. Enfin je pense. Le problème, et c’est un détail qui a son importance, c’est qu’il n’était pas forcément facile de trouver un point fixe... qui ne bougeait pas. En fait tout avait l’air de bouger un peu. En me concentrant convenablement, j’arrivais tout de même à compenser. Et à ceux qui osaient me faire des réflexions sur mon pseudo « état d’ivresse », je répondais mon « on se calme, c’est un problème d’oreille interne les gars ! ». Les réflexions cessaient donc, ou se transformaient en « Ah oui, mon cousin à eût ça, faut allez voir un ORL », la parade était bonne.

Démontage fini non sans peine, je fais le dernier trajet Limoge-Bourges pour enfin rentrer chez moi. J’empreinte un bout de rocade et me retrouve sur l’autoroute. Très rapidement, je me retrouve en train de lutter pour rester sur la voie de droite. Une main invisible prend mon volant pour essayer doucement me faire changer de voie. La main avait arrêté son choix sur les voies de gauche et non sur la bande d’arrêt d’urgence. Je me bats et j’arrive à conserver une trajectoire à peu près cohérente. Mais dès que je relâche un peu ma concentration, je repars doucement vers la voie du milieu. Heureusement, en cette fin de matinée, le trafic n’est pas très important. Fatigué de cette lutte assez rapidement, je m’arrête à la première aire d’autoroute pour me reposer un peu. J’ai fait à peine quarante kilomètres depuis Limoges. Ce jour-là, je mets quatre heures pour rejoindre Bourges, ce qui est très loin d’être un record. Je me serais arrêté sur toutes les aires de repos que contient cette portion d’autoroute. La lutte a été difficile, mais j’aurais quand même tenu bon sur ma voie de droite, en restant à un petit soixante-dix kilomètres à l’heure rassurant. À partir de ce jour, je n’ai plus conduit.

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