De la forêt des abeilles au Mont Cameroun

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"La forêt, vide de gibier, n'était pas aussi attrayante qu'au Gabon ou au sud du Congo, seuls quelques oiseaux, quelques rongeurs, quelques reptiles subsistaient, seuls les grands arbres entourés de lianes géantes donnaient un aspect de jungle équatoriale. Les hectares déjà exploités, où le passage de l'exploitation ne se voyait presque plus, étaient vides de gibier, une malheureuse antilope se faisait piéger de temps en temps. C'était triste une forêt où il n'y avait aucune peur, aucun frisson qui peut vous transcender, cela enlève tout le côté aventure de la forêt."
Publié le : dimanche 1 juin 2008
Lecture(s) : 245
EAN13 : 9782296199040
Nombre de pages : 118
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De la Forêt des Abeilles au mont Cameroun
Ma vie en Afrique 1986-1999

Ecrire l'Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

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Alain Thuillier

De la Forêt des Abeilles au mont Cameroun
Ma vie en Afrique

1986-1999

L'Harmattan

L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

2008
75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05709-8 E~:9782296057098

Sommaire

Sommaire Préface CHAPITREl CHAPITREII
CHAPITRE III CHAPITRE IV CHAPITRE V CHAPITRE VI CONCLUSION

5 7 9 47
61 69 91 101 113

Préface

Je ne peux me contenter d'une petite préface, [car on ne sort pas indemne d'une telle épreuve] et pour comprendre la lecture de ce troisième volet, une explication d'avant-texte plus large est nécessaire. Chaque être humain qui sort vainqueur d'une longue maladie grave ou d'un grave accident peut avoir une analyse différente sur le changement de son comportement, conséquence directe de sa lutte contre la mort. Le lien commun que nous avons est que dans notre conclusion, nous nous apercevons que cette lutte pour la vie a eu des effets en bien et en mal dans notre vie de tous les jours et ceci est incontestable, même si nous ne voulons pas l'admettre. Je vais donc essayer du mieux que je peux de vous décrire quels effets ont eus ces deux éléments sur mon comportement. Tout d'abord le bon côté:

- Nous voyons la vie avec plus d'optimisme, considérant chaque jour vécu comme une récompense du ciel: cela produit une énergie hors du commun, donne une force dans nos relations humaines et permet d'être plus clairvoyant et plus sûr de soi. Le bien matériel devient aléatoire dans notre tête et ce dernier point est fondamental dans l'orientation de notre vie.
- Tout acte de la vie, même dérisoire, est considéré comme paradisiaque. Voyons maintenant le mauvais côté. - Nous devenons insensibles aux personnes qui ont des petites maladies (ce qui devient un gros défaut lorsqu'on dirige une équipe).

- Par moments, nous nous estimons supérieurs aux autres hommes, considérant avoir vu la mort avant de renaître.
- Nous estimons inconsciemment ne pas avoir assez bien vécu et nous voulons profiter de la vie jusqu'à délaisser notre propre famille. - Nous devenons hypocondriaques. Si ma vie au Cameroun a été plus familiale que dans les autres pays, plusieurs anecdotes pénibles sur le moment, mais croustillantes à raconter, me sont tombées dessus. Lorsque je vous dis que je n'ai pas eu une vie commune! Lisez et vous Jugerez.

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CHAPITRE I

Le jour du départ sur Douala fut pour moi une sorte de miracle, une renaissance. L'avion, l'équipage, malgré le service et le repas très moyens, devinrent pour moi des serviteurs du paradis. A la sortie de l'avion, je subis l'effet étouffant bien connu dû à la chaleur humide de Douala (ville considérée comme la plus humide d'Afrique). L'accueil de monsieur Nasti fut formidable, tant au point de vue professionnel que personnel. Douala, décidément, était une ville qui aura été d'une première importance dans ma vie, car jusqu'à présent nous n'étions jamais restés longtemps dans une ville, nous habitâmes à Douala quelques années. Je ne me souviens plus exactement du lieu où j'étais logé, mais ma mémoire ne me fait pas défaut quant à l'accueil de la famille Nasti chez qui j'étais souvent invité, avec lui entouré de son épouse et de ses deux filles qui avaient à peu près le même âge que les miennes. Cela donnait un air de famille dont j'avais bien besoin à ce moment précis. J'étais encore fragile, j'avalais douze cachets par jour avec interdiction de manger des crustacés: je ne m'en rendais pas compte, mais j'avais d'énormes absences de mémoire; en fait j'étais en pleine reconstruction: la patience de mon patron fut sans faille. Professionnellement, je remplaçais un certain monsieur Menard, mon rôle était uniquement commercial, il consistait à vendre le contreplaqué que fabriquait l'usine de DimakoI. La SFID2 (nom de la société) était dirigée par monsieur Bomin et monsieur Nasti y était directeur général adjoint et directeur
Dimako : usine située à 20 km de Bertoua (préfecture 2 SFID : Société Forestière Industrielle de la Doumé. 1 de l'est du pays).

commercial en même temps. Un accord de partenariat avait été passé avec un actionnaire italien et la nouvelle société SIM3 ainsi constituée comprenait un chantier et une scierie. Par cause de mépris du directeur de la société envers les Italiens, les actionnaires nommèrent monsieur Nasti directeur général. Il fallait imaginer l'ambiance au bureau avec ce croisement de responsabilités, cela était difficilement gérable et surtout mal vécu par tous les subalternes. Je fus immédiatement catalogué dans l'équipe de Nasti ainsi que mon collègue de bureau, Lovadina, responsable commercial pour la vente des grumes. La petite expérience commerciale que j'avais acquise à la SCAD me servit de base, mais ici, l'activité était multipliée par

cinq. Je fis rapidement connaissance avec la clientèle qui allait
de la grande quincaillerie aux petits vendeurs et menuisiers; c'était un job très intéressant. Une fois par mois, je devais me rendre à Yaoundé (capitale du Cameroun), ville située sur sept collines, ce qui lui donne un relief et de jolis panoramas avec des fleurs partout, une capitale très coquette. Un climat plus tempéré autorise le soir de pouvoir passer un moment dehors sur une terrasse en plein air. Ce qui était impossible à Douala où nous vivions constamment dans des pièces climatisées. Par contre, comme dans toute ville administrative, il n'y avait pas beaucoup d'activités industrielles et commerciales puisque le gouvernement et les ambassades sont les principaux centres d'intérêt de Yaoundé; je pouvais donc visiter les quelques clients que nous avions en une seule journée. Certains clients devenaient des relations privilégiées, mais nous en reparlerons plus tard. Quelquefois, je partais le soir de Douala en avion (environ une demi-heure de vol), afin de commencer ma tournée commerciale le matin de bonne heure, ce qui me permettait de passer la nuit au Mont Fébé. Cet hôtel, situé sur une des collines de Yaoundé, au milieu d'une végétation organisée en jolis jardins, avec une vue imprenable sur la ville et sur un terrain de golf qui occupe une grande partie de la colline offrait un intérieur très sympa et un personnel très
3

SIM: Société Industrielle de Mbang.

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serviable. Très agréable, dommage que je fus là pour le boulot. J'aurais pu narrer une vie professionnelle classique en Afrique, cela aurait été un peu exotique, mais quelconque, et je suis plutôt dans la catégorie aventures et anecdotes. Dans notre bureau commun, Lovadina recevait des acheteurs de grumes au rythme de deux ou trois fois par semaine, ce qui renforçait ma connaissance du maquignonnage, car de ce point de vue mon collègue était un champion hors catégorie. Grâce à mes connaissances techniques en scierie acquises à l'école et en Centrafrique, monsieur Nasti me nomma adjoint technique de la nouvelle société en pleine construction à M'Bang4, ce qui signifiait que j'avais la responsabilité du ravitaillement en vivres frais et en pièces détachées. Les expatriés sur place étaient des Italiens de Naples, ils furent la cause de ma première engueulade. Le patron me convoqua dans son bureau: - Qu'est-ce que tu fous, Alain? - Comment cela? - Ils ne veulent plus travailler en brousse. - Pourquoi? - Parce qu'ils n'ont plus de tomates en boîte. Voilà comment j'appris que les Napolitains sans boîte de tomates ne pouvaient pas vivre normalement. Depuis ce jour, je n'oubliais jamais d'intégrer des cartons de boîtes de tomates lorsque nous envoyions les vivres par notre avion une fois par semaine; car la société possédait un avion pour les rotations entre les chantiers et Douala.Le pilote de notre société, marié à une jeune femme, était très versatile, la rumeur disait que son humeur était fonction de celle de sa jeune épouse, cela semble anecdotique mais pour moi, cela deviendra primordial, vous comprendrez au fur et à mesure du récit.

4

M'Bang: petit village de l'est du Cameroun devenu grand avec l'apport

industriel de la SFID.

Il

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