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De la tour Elf à la prison centrale de New-Bell

De
254 pages
Après une riche carrière administrative, l'auteur a été nommé directeur général de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) où il a passé 15 années. Il est aujourd'hui en incarcération préventive à la prison centrale de New-Bell, à Douala, en attente de jugement depuis plus de 18 mois, après avoir été "épinglé" pour des "fautes de gestion" ne représentant pas cependant des faits constitutifs d'un enrichissement personnel illicite.
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DE LA TOUR ELF
À LA PRISON CENTRALE DE NEW-BELL




















Collection « Points de vue concrets »


Jean-Baptiste Nguini Effa








DE LA TOUR ELF
À LA PRISON CENTRALE DE NEW-BELL



Histoire d’une déchéance sociale injuste
et réflexions sur la gouvernance au Cameroun
































































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56531-9
EAN : 9782296565319

DÉDICACE
À mon père, qui avait tout prévu en dehors
de la situation actuelle,
À mes mamans et à mes frères et sœurs,
pour tous leurs sacrifices,
À ma chère épouse, pour son courage
inébranlable et son soutien sans faille,
À mes enfants, Jean-Yves, Marie-Ange, et Marie-Graziella,
qui nous ont été confiés par le Seigneur, pour en faire un
homme et des femmes dignes de leurs parents, de leur
pays, et de l’humanité,
À tous les Camerounais de bonne volonté.

PRIÈRE

Seigneur,
Aide-moi à accepter ma condition d’homme limité mais appelé
à se dépasser
Apprends-moi à vivre avec mes ombres et mes lumières,
Mes douceurs et mes colères, mes rires et mes larmes, mon passé
et mon présent.
Donne-moi de m’accueillir comme tu m’accueilles, de
m’aimer comme tu m’aimes.
Délivre-moi de la perfection que je veux me donner,
Ouvre-moi à la sainteté que tu veux m’accorder.


Michel HUBAUT
SOMMAIRE
DÉDICACE ............................................................................................... 5
PRIÈRE ..................................................................................................... 6
AVANT-PROPOS ..................................................................................... 9
RÉSUMÉ ................................................................................................. 13
INTRODUCTION ................................................................................... 15
PREMIÈRE PARTIE DE LA NAISSANCE À LA VIE ACTIVE ......... 17
PREMIÈRE SOUS PARTIE FORMATION SCOLAIRE ET
UNIVERSITAIRE ............................................................................... 19
CHAPITRE I UNE ENFANCE SEREINE AU SEIN D’UNE
FAMILLE NOMBREUSE ET MODESTE ..................................... 21
CHAPITRE II UNE FORMATION SUPÉRIEURE ET
UNIVERSITAIRE RECTILIGNE ET BRILLANTE...................... 37
DEUXIÈME SOUS-PARTIE VIE PROFESSIONNELLE ET
ASSOCIATIVE ................................................................................... 55
CHAPITRE I UNE CARRIÈRE PROFESSIONNELLE
FULGURANTE ............................................................................... 57
I. UNE CARRIÈRRE ADMINISTRATIVE RICHE ................... 61
II. QUINZE ANNÉES MOUVEMENTÉES ET SEMÉES
D’EMBÛCHES À LA SCDP ....................................................... 91
CHAPITRE II L’ENGAGEMENT ASSOCIATIF ET SPORTIF . 123
I. L’ENGAGEMENT SOCIAL ET POLITIQUE ...................... 125
II. L’ENGAGEMENT AU PLAN SPORTIF ............................. 131
DEUXIÈME PARTIE LES TEMPS ORAGEUX ET LEURS
CONSÉQUENCES DÉVASTATRICES .............................................. 157
PREMIÈRE SOUS PARTIE DES DIFFICULTÉS
INSOUP ONNABLES ..................................................................... 159
CHAPITRE I LA CHUTE PROGRAMMÉE ET ORCHESTRÉE 161
I. 2008, UNE ANNÉE PARTICULIÈRE .................................. 163
II. 2009, LE COUP DE MASSUE ............................................. 169
dCHAPITRE II L’OPÉRATION ÉPERVIER : CAS DES SOCIÉTÉS
ANONYMES, PERCEPTION SOCIALE DU PHÉNOMÈNE ET
CONSÉQUENCES FAMILIALES ............................................... 181
I. CADRE JURIDIQUE DE L’OPÉRATION ÉPERVIER DANS
LES ENTREPRISES PUBLIQUES ET PARAPUBLIQUES ... 185
II. AUTRES QUESTIONS QUE SOULÈVENT CES
FONDEMENTS JURIDIQUES DE L’ARSENAL JURIDIQUE
CAMEROUNAIS ET DU TRAITÉ INTERNATIONAL OHADA
.................................................................................................... 190
III. PERCEPTION INTERNATIONALE ET POLITIQUE DE LA
CORRUPTION .......................................................................... 192
IV. PERCEPTION SOCIALE DE L’OPÉRATION ÉPERVIER194
V. CONSÉQUENCES SOCIALES, POLITIQUES ET
FAMILIALES ............................................................................ 197
DEUXIÈME SOUS PARTIE GOUVERNANCE ET JUSTICE
CAMEROUNAISE............................................................................ 201
CHAPITRE I ESQUISSES DE SOLUTIONS POUR
L’AMÉLIORATION DE LA GOUVERNANCE AU CAMEROUN
........................................................................................................ 203
CHAPITRE II LA JUSTICE CAMEROUNAISE ET SON
INDÉPENDANCE FACE À L’EXÉCUTIF.................................. 211
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................... 219
ÉPILOGUE ........................................................................................... 223
REMERCIEMENTS ............................................................................. 227
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE .......................................................... 229
ANNEXES ET DOCUMENTS DE RÉFERENCE .............................. 231


8
AVANT-PROPOS
Quelle meilleure illustration d’une chute sociale surprenante et
injuste d’un individu que celle qui consiste à dégringoler de la salle du
conseil d’administration du siège parisien au quartier de la Défense,
d’un des plus grands groupes pétroliers mondiaux, Elf Aquitaine, devenu
depuis lors Total, à une cellule infecte de la prison centrale de Douala
qui abrite les plus grands criminels que compte la capitale économique
du Cameroun, Douala ?
En effet, du temps de ma splendeur au plan social, j’ai occupé le poste
de Secrétaire Général du ministère des Mines de l’Eau et de l’Énergie de
1992 à 1994, avant ma nomination comme Directeur Général, le 21 mars
1994, à la Société Camerounaise des dépôts pétroliers à l’âge de 39 ans.
À ce titre, j’ai eu l’insigne honneur d’être l’un des représentants du
Cameroun, au conseil d’administration de ELF-SEREPCA, la filiale
camerounaise du groupe pétrolier français Elf Aquitaine chargée de
l’exploration et de la production du pétrole brut camerounais dans le
bassin du Rio Del Rey.
En tant que Secrétaire Général du ministère des Mines, de l’Eau et de
l’Énergie, j’occupais également un poste d’administrateur au conseil
d’administration de la SONARA, la société nationale de raffinage basée
à Limbé où Total assurait l’assistance technique générale.
Bien souvent, les conseils d’administration d’ELF SEREPCA se
tenaient en France, au siège du groupe pétrolier français et j’étais alors
très ému, que moi, Nguini Effa, fils d’instituteur je me retrouve
pratiquement au sommet au sens propre comme au sens figuré du siège
d’une des entreprises qui orientaient la politique de la France dans son
pré-carré africain, et dont les relations et les interventions sont connues
sous le vocable de FRANÇAFRIQUE ; avant de rejoindre mon
Cameroun natal en fin de mission et plus précisément mon village
paternel à Nkong-Abog dans la forêt de Ngoumou, dans la Mefou et
Akono, province du centre où il n’y avait en 1992, pratiquement pas de
route, ni d’électricité et de puits d’eau potable. Comment après dix-sept années consécutives durant lesquelles j’ai
occupé ces prestigieux postes dans la haute administration et dans une
société pétrolière, je me retrouve aujourd’hui en détention préventive
depuis près de dix-huit mois, en ce début d’année 2011, à la prison
centrale de Douala, en attente de jugement pour « détournements de
fonds publics » dans une « société anonyme » ayant 49% du capital
détenu par des sociétés privées multinationales dont Total Cameroun et
Total-Afrique, cette dernière ayant également son siège basé à la
Défense à Paris ?
Comment se fait-il que mon quotidien après avoir côtoyé les grands
de ce monde économique et pétrolier, se réduise à fréquenter aujourd’hui
des assassins, des voleurs de portables, des jeunes sans domicile fixe
(que je respecte cependant en tant qu’individus car n’ayant pas eu les
mêmes chances que moi ou un père comme le mien) qui ne se privent pas
de m’insulter quotidiennement, de me cracher parfois dessus lorsque je
passe parmi eux, de m’accompagner bruyamment du parloir à ma cellule
en espérant une pièce de 100 FCFA ou de me traiter de « déchet », la
pire insulte pour eux quand ils ne s’en prennent pas verbalement, ultime
offense à ma propre mère, dans un univers caractérisé par des violences
de toutes sortes et la violation permanente des droits humains les plus
élémentaires ?
Comment ne pas poser dans cet ouvrage la problématique de
l’« opération épervier » lancée par le président de la République S.E.
Paul Biya, dans sa volonté toujours manifestée de lutter contre la
corruption et les détournements de fonds publics dans les sociétés d’État
en particulier et les administrations publiques en général ?
Comment ne pas esquisser une première évaluation qualitative de la
gouvernance publique ou de la gouvernance tout court dans les sociétés
d’État et les entreprises publiques pour limiter ce vaste champ de
réflexions et d’investigations ?
Comment ne pas poser dans ce cadre limité le problème général de
l’indépendance de notre justice et de nos magistrats au regard des
nombreuses violations de la Constitution, du Traité International
OHADA, de ces actes uniformes pourtant ratifiés par le Cameroun, et du
non-respect des lois pénales camerounaises applicables dans les cas
d’infractions commises par les dirigeants des sociétés publiques et
parapubliques et partant de là, souligner l’injustice criante qui consiste à
poursuivre certains et à laisser libres d’autres dirigeants dans les cas de
10 la commission des mêmes fautes dans la même période de référence et
surtout, observer la non-systématisation des contrôles et des audits dans
toutes les structures avant de dresser un bilan global de la gouvernance
publique, parapublique et privée au Cameroun pour cerner précisément
l’ampleur du mal et partant de là, prescrire une thérapeutique efficace et
globale pour espérer pouvoir éradiquer la gangrène avec une réelle
volonté politique de voir le Cameroun véritablement émerger à l’horizon
2035 ?
Les jugements déjà prononcés dans le cadre de l’« opération
épervier » dans les sociétés anonymes publiques et parapubliques (PAD,
CNIC, SIC...) laissent un goût amer, de précipitation, d’iniquité,
d’injustice, de non-application des traités internationaux et des lois
nationales applicables, associé à des procédures d’audits par le Contrôle
Supérieur de l’État, d’enquêtes par la police judiciaire, et des expertises
au moment de l’instruction judiciaire trop souvent bâclées, peu
professionnelles, partiales et partisanes qui ne peuvent que conduire à
une « hyper criminalisation » des sanctions et à des « peines
exagérément lourdes » et qui certainement n’honorent pas notre justice
et notre pays auprès des instances judiciaires internationales de recours
et ne favorisent pas l’intérêt des investisseurs potentiels étrangers pour
réaliser nos ambitieux projets de développement économique et social.
Enfin, au vu de tous ces procès et de ces condamnations
spectaculaires, la gouvernance au Cameroun s’est-elle quelque peu
améliorée ? La notation du Cameroun et sa perception par les agences
internationales et les investisseurs financiers a-t-elle changé ? Y’a-t-il
vraiment une avancée même un tout petit peu positive de la gouvernance
au Cameroun ? Sommes-nous dans la bonne direction ?
Il convient d’en douter fortement. La petite et la grande corruption
sont toujours là, présentes, quotidiennes. Les pots de vin, les bakchichs,
et autres gombos aux policiers, aux magistrats, aux proviseurs de lycées,
dans les universités, dans les concours d’entrée dans les grandes écoles,
dans l’administration publique, dans les hôpitaux, à la douane, aux
impôts, dans la passation des marchés publics, se chiffrent toujours par
centaines de milliards de francs CFA par an, et ce fléau concerne aussi
bien le secteur public que le secteur privé, le petit agent public ou
l’ouvrier, que certains ministres, directeurs généraux et certains officiers
supérieurs de l’armée en passant par les directeurs opérationnels, et
11 aussi le domaine du sport et particulièrement du football. Idem au niveau
des média.
Il est donc urgent d’imaginer une autre stratégie ; c’est un problème
de salut national, qui concerne tout le monde et chacun doit apporter sa
contribution et se sentir interpellé.
Enfin, que celui qui n’a jamais corrompu ou été corrompu même
seulement moralement ou dans le cadre familial, jette la première pierre
pour paraphraser l’Évangile.
Il est évident que les solutions proposées par le gouvernement à
travers la multiplication des structures, CONAC, ANIF, Contrôle
Supérieur de l’État, Commissions ministérielles de lutte contre la
corruption, etc., et les arrestations spectaculaires et séquentielles, les
condamnations lourdes à fort relent, à tort ou à raison qualifiées,
d’opérations à tête chercheuse, n’arrivent pas à résoudre le problème.
Quelle méthode adopter ? Quelle attitude globale avoir de la part des
pouvoirs publics, de la société civile et des leaders d’opinion ?
L’amnistie ? La pédagogie ? Le renforcement de la culture d’audit, de
transparence et de traçabilité dans toutes les opérations financières ? La
publication de tout ce que chacun paie ou achète ? La déclaration
systématique des biens de tous les responsables politiques,
administratifs, privés, religieux, sportifs ? Autant de solutions simples
qui n’ont pas encore été explorées et dont la mise en œuvre limitera à
coup sûr ce phénomène social grave que constitue la corruption.

12
RÉSUMÉ
Le président de la République du Cameroun S.E. Paul Biya a lancé
depuis la fin des années 90, une vaste opération de lutte contre les
détournements de deniers publics et contre la corruption qui a connu une
accélération vers le milieu des années 2000 et particulièrement en 2006.
Le bilan des arrestations des hauts dignitaires est aujourd’hui sans
précédent et l’opération épervier comme on l’a baptisée, compte à ce jour
en termes d’incarcérations, trois anciens ministres Secrétaires Généraux à
la présidence de la République, de nombreux ministres, une kyrielle de
directeurs généraux de sociétés d’État, de nombreux directeurs
opérationnels et une multitude de leurs collaborateurs.
Cet ouvrage du Dr Nguini Effa Jean Baptiste de la salle, Directeur
Général de la société camerounaise des dépôts pétroliers de 1994 à 2009,
soit pendant Quinze années après une brillante et fulgurante carrière
administrative, lui-même épinglé dans le cadre de cette opération
épervier est l’une des premières réflexions sur ce phénomène et sur les
problèmes de gouvernance au Cameroun.
Dans le bilan sommaire et essentiellement qualitatif et prospectif, le
Dr Nguini Effa, à travers son expérience personnelle et partant de son
brillant parcours scolaire et universitaire en passant par sa carrière
administrative, une des plus brillantes, et de dirigeant sportif dans le
football et, sa longévité comme manager dans une société d’État, pose la
première problématique sur les fondements juridiques de cette opération
et particulièrement du respect des traités internationaux et des lois
pénales camerounaises dans le cadre des sociétés anonymes
commerciales que sont les entreprises parapubliques en particulier.
Le Cameroun, dans les procès du port autonome de Douala (PAD), du
chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC), de la société
immobilière du Cameroun (SIC), et bientôt de la CAMAIR et de la
SCDP a-t-il respecté le traité OHADA (organisation pour
l’harmonisation du droit des affaires en Afrique) et ses propres lois
pénales pourtant toutes promulguées et ratifiées par le président de la
République ? La justice est-elle indépendante au Cameroun ? Mesure-t-on
véritablement les potentielles et violentes conséquences sociales et
politiques que pourrait entraîner cette situation ? Autant de
questionnements auxquels le jeune auteur tente de répondre.
Cet ouvrage, de lecture simple et compréhensible de tous, doit être lu
par tous les jeunes scolaires en fin de cycle secondaire, les universitaires
et les étudiants des grandes écoles à la recherche de modèles de réussite
scolaire et universitaire, par les jeunes managers soucieux d’éviter les
pièges de la mal gouvernance, par les juristes et politiques soucieux de
voir notre pays émerger véritablement en 2035 comme le proclame le
discours officiel, en combattant sérieusement les freins et les maux
endémiques que sont la corruption, les détournements de biens publics, et
le non-respect de la chose publique et des biens collectifs : obstacles qui
nous empêchent de mettre définitivement en œuvre la bonne gouvernance
publique et privée préalable et indispensable.
L’auteur esquisse à la fin de sa réflexion des solutions simples et
réalistes qui, il faut l’avouer, correspondent aux démarches que mènent
actuellement les organismes internationaux, les structures nationales de
lutte contre la corruption, et la société civile mais avec un sentiment
mitigé d’absence de volonté politique pour aboutir à des résultats
véritablement efficaces, au regard de nombreux exemples sans cesse
croissants de petite et de grande corruptions qui défraient tous les jours la
chronique dans les média.

14
INTRODUCTION
Depuis mon arrestation par les éléments de la Police Judiciaire de
Yaoundé, dans ma résidence d’Odza, à la périphérie de la capitale le 26
août 2009, au petit matin à 7h00, trois mois après mon limogeage comme
Directeur Général de la SCDP le 18 juin 2009, mes enfants Jean-Yves,
Marie-Ange et Marie-Graziella, après avoir subi et encaissé ce choc
terrible, m’ont contre toute attente gardé et renforcé leur amour, grâce
certainement à la solidité morale de mon épouse Marie Rose, député
RDPC à l’Assemblée Nationale à sa deuxième législature (2007-2012),
député panafricaine, et présidente de la commission des affaires sociales,
du travail et de la santé au parlement panafricain dont le siège est à
Johannesburg en Afrique du Sud.
Ils ont parfaitement bien réagi, et ont décidé avec l’appui de leur mère,
de garder toute leur fierté et la tête haute, car je le sais maintenant, ils
savent que leur père n’est pas et ne peut être un « criminel » tel que
l’opinion nationale tend à nous qualifier.
Il est symptomatique qu’alors que leur nom ne comporte que le
patronyme « Nguini », ils ont unanimement décidé de se faire tous
appeler et signent désormais « Nguini Effa » comme leur père. Leur mère
n’a-t-elle pas pratiquement « oublié » son nom de jeune fille « Ada
Owona » et ne se fait-elle pas appeler « Honorable Nguini Effa » à
l’Assemblée Nationale, au Parlement africain et dans toutes les
institutions internationales où elle est très régulièrement conviée pour
assister à des réunions, aux niveaux de la francophonie, de la banque
mondiale, des divers réseaux internationaux de femmes, de l’OIT, de
l’OMS, de l’Union Européenne, etc. ?
En fait, mon inquiétude est que, face à la méchanceté de la presse et
de la société et au moment du démarrage médiatisé du procès, avec le
sentiment généralisé de « présomption de culpabilité », ils ne cèdent à la
pression sociale et me croient eux aussi plus ou moins coupable des faits
et des actes qui me sont reprochés par la justice de mon pays. C’est devant eux que je veux d’abord me justifier et faire ensuite
œuvre de pédagogie en parlant de mon expérience pour contribuer à
améliorer la gouvernance au Cameroun en général et dans les sociétés
publiques et parapubliques en particulier.
Comment expliquer à mes enfants, à mes parents, à mes amis, que ce
père si brillant, l’un des meilleurs de sa génération aux plans scolaire et
universitaire, au parcours professionnel aussi fulgurant que prestigieux,
qui a toujours prôné l’excellence, le sens du partage, du bien commun, de
la chose publique, le sens de l’effort, du travail bien fait et de l’honnêteté,
jovial, bon vivant, aussi à l’aise avec les puissants qu’avec le peuple et la
jeunesse particulièrement la jeunesse rurale et sportive ou universitaire,
soit aujourd’hui menacé et qualifié de « voleur » et de « détourneur de
fonds publics » ? Par quelle alchimie, il y aurait eu basculement de
valeurs morales dans sa vie à travers une inversion des repères sociaux
que l’on peut comparer pour mieux l’illustrer à celle que les chimistes
qualifient de « retournement parapluie » dans le cadre de certaines
réactions chimiques dans le référentiel tétraédrique ou pyramidal autour
d’un atome de carbone ?
Un de mes amis codétenus a l’habitude de dire qu’il a l’impression
que le Cameroun a décidé de marcher avec la tête en bas, un peu comme
si une pyramide tentait de se retourner et de trouver son équilibre en
posant la pointe généralement supérieure vers le bas.
En fait, tout se passe comme si notre pays ces dernières années
connaissait une véritable transmutation chimique sociale qui se
caractérise par des chamboulements et des réactions sociales et politiques
fortes et chaudes qui de toute façon devront déboucher sur un nouvel
équilibre social où les vraies valeurs morales et sociales retrouveront leur
place centrale à travers une bonne gouvernance sociopolitique et
économique et des repères normatifs précis au centre d’une nouvelle
pyramide de référence englobant l’ensemble du corps social et l’humain
en particulier.
Pour mieux comprendre ces phénomènes globaux, j’ai choisi de les
déchiffrer, de les analyser à travers une histoire individuelle : la mienne,
celle de ma vie, celle de ma famille, à travers mon parcours existentiel et
professionnel afin de revenir à la seule dimension qui en vaille vraiment
la peine dans ce monde, celle de l’homme, d’un individu et celle des
conséquences de nos actes et ceux de la société sur le devenir de nos
enfants et du Cameroun tout entier.
16





PREMIÈRE PARTIE

DE LA NAISSANCE À LA VIE ACTIVE








PREMIÈRE SOUS PARTIE

FORMATION SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE










CHAPITRE I

UNE ENFANCE SEREINE
AU SEIN D’UNE FAMILLE NOMBREUSE
ET MODESTE





Une enfance sereine
La famille de mon père, ses débuts, sa carrière, son caractère
et la fondation de sa famille cellulaire
Ma naissance et mon cursus primaire et secondaire
La bénédiction par un patriarche : Nguini Alfred,
chef supérieur du groupement d’Otele
Le Baccalauréat, la mort de mon père et
le départ en France comme boursier
Mon père Effa Akoumou Alexis est né vers 1929 dans le village de
Nkong-Abok, dans l’arrondissement de Ngoumou, département de la
Mefou et Akono, province du Centre, de Fouda Bernard de la grande
tribu Ewondo, Mvog Fouda Mballa et d’Akoumou Marie, une solide
femme en provenance de l’actuel département de la Mefou et Afamba.
Très tôt, il va se retrouver vers 10 ans, orphelin de père et il sera élevé
par sa mère, ses différents oncles et grands-parents, suivant la pure
tradition ewondo.
Il fera ses classes primaires d’abord à la mission catholique d’Oveng
puis dans le grand village d’Otele, sur la voie ferrée entre Douala et
Yaoundé, groupement dirigé par le grand chef supérieur Mvog Fouda,
Nguini Alfred déjà propriétaire à l’époque de chevaux et grand homme
d’affaires à la réputation établie.
Puis, il poursuivra ses études à l’école régionale de Yaoundé où il
obtiendra son certificat d’études primaires avant de se rendre à
Nkongsamba où il décrochera son diplôme d’instituteur adjoint vers
1948.
Il faut rappeler qu’à l’époque, le certificat d’études primaires
correspondait à un diplôme de grande valeur et qui témoignait d’un
niveau d’études et de connaissances élevées dans toutes les matières de
base (français, calcul, géométrie, histoire, géographie, civisme, rédaction)
et il ouvrait la voie à l’apprentissage de toutes les grandes disciplines par
un effort de recherche personnelle dans les domaines de la philosophie,
de la sociologie, de l’histoire des civilisations et des religions.
Mon père, instituteur adjoint, qui avait souffert dans sa chair dans ses
différents déplacements était de ceux qui très tôt ont compris que c’est
par la connaissance qu’on pouvait changer sa condition sociale et
s’ouvrir la voie de la réussite sur tous les plans.
De petite taille et persévérant, il ne reculait devant aucune difficulté et
pouvait rester plusieurs jours affamé et à travailler avec acharnement
pour réussir. Il nous a racontés qu’à Nkongsamba, il était obligé de
fouiller les poubelles de l’hôpital pour récupérer les restes de macabos
cuits qui servaient à l’alimentation des malades et pouvoir ainsi calmer sa
faim afin de retourner à l’école.
En 1949, nanti de son diplôme d’instituteur adjoint, il est affecté à
Moloundou à l’extrême Sud-est du Cameroun, dernière ville avant le
25