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De Paris à Dubaï en quête du savoir

De
480 pages

Dans la France des années 80, Michel Gourdon connaît une ascension sociale et des succès professionnels fulgurants puis il perd tout ; sauf quelques amis et ses ambitions. Ces évènements vont forger son envie de comprendre le sens de la vie et sa quête de spiritualité, qui le conduiront au gré du hasard et des rencontres en Europe de l’est au moment où l’ancien régime s’écroule, puis en Asie où il décide de s’expatrier. Il s’y reconstruit, se remarie, fait un enfant et savoure la vie et ses turpitudes. Puis il s’installe à Dubaï, pays de toutes les opportunités, où tout brille, et où il se refait une santé financière.

L’auteur nous fait ici le récit d’une quête spirituelle et professionnelle, basé sur les événements de son histoire personnelle, illustré de réflexions sur la politique, la religion, l’éducation...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-95291-2

 

© Edilivre, 2014

I

Comme c’est la première fois que je me lance dans l’écriture, je découvre le plaisir de me laisser emporter dans la rêverie et de me promener allégrement dans le temps. Dans ma mémoire, devrais-je dire. Là où nous entreposons quotidiennement toutes sortes d’informations. J’emploie le mot “entreposer”, car la plupart d’entre elles ne nous servent à rien, car presqu’aussitôt oubliées, voire ignorées. Et pourtant, dès que nous commençons à réfléchir, nous nous apercevons que beaucoup d’informations stockées au fil des années, auxquelles nous ne pensions plus du tout et dont souvent nous ignorions même jusqu’à l’existence, nous reviennent en mémoire comme ces bulles qui remontent et apparaissent à la surface de l’eau. Sans qu’on sache d’où elles proviennent, ni ce qui les a fait bouger.

Il est cinq heures du matin, et je ne peux pas dormir. Comme souvent, mes pensées m’empêchent de trouver le sommeil. Est-ce que ce projet va marcher ? Est-ce que l’argent va rentrer ? Pourquoi rien ne marche comme je le souhaite ? Est-ce mon destin ? Quel est mon chemin, ma mission sur terre ?

Dehors il n’y a aucun bruit, mais dans très peu de temps la mosquée va appeler ses fidèles pour la première prière de la journée qui sera suivie par quatre autres. La dernière ayant lieu à la tombée de la nuit. Quel non-sens ! Comme s’il suffisait de se lever avant le soleil et de prier cinq fois par jour pour aller au paradis ou devenir meilleur ? Les catholiques ne sont pas différents dans l’erreur. Aller à la messe tous les dimanches et confesser ses fautes aussi grosses soient-elles en échange de quelques prières, pour éviter l’enfer et le purgatoire… Ben voyons… On est loin du but !

Quand j’étais jeune, la messe du dimanche était l’endroit idéal pour draguer et la plupart d’entre nous ne s’y rendaient que pour cela. A cet égard les musulmans ont tout prévu pour éviter ce genre d’écueils. Non seulement dans les mosquées ils séparent les hommes des femmes, parquées dans une petite pièce attenante, mais ils dissimulent leurs corps, leur visage et parfois même leurs yeux. Alors, quand ils ne les cloîtrent pas dans leur maison, ils les enfouissent sous des mètres d’étoffe. Quelle hypocrisie dans un monde où l’adultère peut entraîner jusqu’à la peine de mort, alors que la polygamie est un signe de richesse ! Quel retard sur nos civilisations…

Certes, il fut un temps pas si lointain, où, sans être aussi excessif, ce n’était pas très différent chez nous. Car, les écoles mixtes ont longtemps été interdites et les sexes séparés dans les églises… Mais les années soixante ont vu naître la libération de la femme, qui a tout changé. Phénomène qui devra se produire un jour dans ces pays aux pratiques ancestrales, si les religieux le permettent. Et si les politiques se décident enfin à séparer l’Église et l’État… Pas demain la veille !

Mais je reviendrai plus tard sur les problèmes de Religion, car le sujet me tient à cœur ; il est fondamental et plus que pervers. Il faut dénoncer les religions crées par les hommes pour mieux contrôler leur peuple. C’est une prise de pouvoir sans appel, basée sur des dogmes, qui par définition ne sont pas discutables. Une idéologie politique peut être contestée. Pas un dogme religieux, sous peine d’être condamné à mort, ou excommunié. Pourquoi ne pas reconnaître qu’il n’y a qu’un seul dieu pour éviter les conflits interreligieux. Et supprimer les religions motivées uniquement par des considérations politiciennes qui n’ont malheureusement jamais cessé et menacent de devenir le problème majeur des décennies à venir.

En fait, il y deux sujets qui me passionnent : la politique et la spiritualité. Tout de suite après, vient l’argent. Pas pour l’argent en soi, mais pour ce qu’il procure. Intérêt qui s’est accru sans doute parce que j’en suis privé depuis une bonne quinzaine d’années. Ou du moins, je n’en possède pas suffisamment pour faire ce que j’aimerais et satisfaire mon goût des belles choses, du luxe et de l’exclusivité.

En fait, j’ai envie d’écrire un livre depuis plusieurs années sans jamais m’y mettre. Mais j’y pense sans cesse. Non pas que ma vie ait un intérêt particulier, même si j’ai vécu beaucoup de choses et que plusieurs de mes amis m’ont conseillé de le faire, ce qui n’est jamais dû au hasard. Non, la vraie raison qui me pousse à écrire est que j’attends depuis longtemps des réponses à des questions spirituelles que j’espère découvrir en le rédigeant. Et dans l’affirmatif, qui me paraissent intéressantes à partager.

Écrire un livre est un travail long, difficile et laborieux. Je veux le faire par orgueil pensant que cela pourrait apporter ou contribuer à améliorer les choses ? Ou bien est-ce un besoin d’exorciser quelque chose en moi que je n’arrive pas à exprimer ? Peut-être que quand je l’aurais fini, je ne verrai plus l’intérêt de le publier. A supposer que j’y arrive. Ou bien mes doutes me submergeront en pensant que ce que j’ai écrit est banal et ne mérite pas d’être publié. Mais au fond de moi, je pense encore le contraire. Qui sait ! Et si ça devenait un best-seller ? C’est ce genre de pensée qui m’a toujours permis d’avancer et de ne jamais me décourager. Mon père me dit souvent « Je ne sais pas comment tu fais pour être toujours optimiste ? ».

Et pourtant si ma vie n’a pas vraiment été une galère comme pour beaucoup qui souffrent bien plus que moi, le succès n’est pas au rendez-vous de mes espérances. Que de gâchis. Que d’énergie dépensée sans résultats. Que d’investissement sans retour, ou si minime ! Pourquoi rien ne marche comme je le voudrais ? Pourquoi tant de gens bien moins éduqués que moi, bien moins intelligents, avec beaucoup moins d’expérience, connaissent-ils le succès et font beaucoup d’argent ? Ou, pire, arrivent à réaliser des choses étonnantes en partant de rien ? Qu’ont-ils de plus que moi ? Ou plutôt qu’ont-ils que je n’ai pas ? Ou qu’ai-je, qui m’empêche d’arriver là où les autres parviennent ?

Est-ce dans ma tête ? Est-ce à cause de moi ou est-ce ma destinée ? Là est la grande question que je veux comprendre. Puis la transmettre aux autres, car je ne pense pas être le seul dans ce cas. Mais, aurais-je ma réponse ? Qui plus est une réponse applicable aux autres ? Ou du moins a une partie des autres ? Peut-être, Peut-être pas ?

Toutefois, c’est intéressant de constater que, quelle que soit la race ou la couleur, les gens peuvent être regroupés par ressemblance physique en des catégories semblables. La tête du gentil, du bon, du méchant, de l’hypocrite, de l’intelligent, etc. Ou bien, par types de caractères, qui souvent se recoupent avec le physique. Ce que l’on appelle la morphopsychologie. L’anxieux, le complexé, l’extraverti, l’arrogant, avec toutes les sous-familles et croisements. Au sein même des populations, avec des individus apparemment différents, nous pourrions ainsi créer des sous-groupes d’individus semblables ayant les mêmes similitudes physiques, psychologiques, intellectuelles. Faire de la « classification positive » pour utiliser un terme à la mode. Nous pourrions établir une classification verticale en fonction des personnalités profondes et non horizontale à partir de la position sociale.

Il existe de nombreuses techniques empiriques, ésotériques, voire scientifiques qui le permettraient. Et je suis à peu près sûr que des chercheurs travaillent là-dessus. Chaque individu connaissant ainsi parfaitement son profil intellectuel, psychique, physique, saurait qui il est. Pourquoi il est ce qu’il est et ce qu’il peut améliorer ou changer avec l’aide de spécialistes ou de médecins de la conscience. Chacun pourrait faire ce qu’il désire quand il le désire, ou ne pas le faire d’ailleurs. Mais alors cela relèverait de sa décision, de son choix propre. Chacun agirait en connaissance des causes et des effets. Cela serait une vraie innovation et devrait apporter le bonheur intérieur à tous les individus. Beaucoup moins de personnes se trouveraient dans des situations professionnelles, familiales, qui ne leur correspondent pas, et dans lesquelles les ont amenés l’ignorance de leur vraie mentalité et personnalité, ou les contraintes sociales et familiales. Aussi, même si les conséquences de l’application d’un tel système sont difficilement envisageables, je n’y vois à priori que des avantages.

Supposez que notre route soit tracée et connue d’avance ! Comme nous ne naissons pas égaux et que cette inégalité n’est pas uniquement due à nos origines sociales, mais à nos vies antérieures et au chemin que chaque individu doit parcourir, fatalement parsemé de souffrances physiques et morales, le risque serait d’aboutir à un énorme suicide collectif. Car cette politique pourraient mener à un désespoir sans fond, dû à une apparente impuissance, surtout pour ceux qui souffrent le plus. A moins, qu’elle ne nous permette d’améliorer notre sort en toute connaissance de cause car l’issue est connue et immuable. Cela ne veut pas dire que tout le monde deviendrait bon ou plus heureux, dans un monde idéal. Mais au moins, il n’y aurait moins d’agissement par compensation, désœuvrement, jalousie, envie… Ce serait une reconnaissance officielle du destin dans toute sa grandeur et dans toute sa puissance…

En ce qui concerne ce livre et mon souhait de le faire, appartenant à une certaine catégorie d’individus, mes doutes, mes interrogations comme mes certitudes devraient correspondre à ceux de personnes de même appartenance. Et comme nous sommes plusieurs milliards d’individus, même si nous ne pouvions dénombrer qu’une centaine de grandes catégories, ma ‘‘cible”, comme disent les gens du marketing, serait énorme… Je vous avais bien dit que ma démarche n’est jamais humble…

II

En fait, pour moi, tout a commencé le 27 juin 1950. Je suis né à Paris dans le 3ème arrondissement. J’ai un frère de deux ans mon aîné, Gérard, qui a été longtemps mon unique et meilleur ami. Jusqu’à nos vingt ans nous ne nous quittions pas. Nous nous suffisions au point que nous n’avions pas d’autres amis en dehors ou très peu. Cinq ans après moi, est né Philippe. Il était tout le temps seul, car il était trop jeune pour que nous puissions l’intégrer à nos jeux et activités. Apparemment, il semble qu’il en ait souffert. Chouchou de mes parents et surtout de mon père, il s’est vécu comme un fils unique.

Ce n’est que bien plus tard, quand il a eu dix huit ans à son tour, que nous nous sommes rapprochés. Sans doute parce que nos styles de vie se ressemblaient davantage que celui de notre ainé. Sans compter que nous sommes tous deux venus vivre à Paris, alors que Gérard a préféré rester en banlieue où il se trouve toujours.

Je n’ai en fait que peu de souvenirs de mon enfance et encore moins de ma petite enfance. J’ai beau essayer de me souvenir, c’est le néant ! A part quelques vacances chez nos grands-parents en Touraine, je ne me souviens de rien. Il s’agit sûrement d’un blocage. Mais je n’en connais pas la raison, car, à priori, j’ai eu une enfance heureuse.

Mon père travaillait dans l’entreprise familiale avec ses parents et son frère. Et durant mes premières années, sans être riches, nous ne manquions de rien. Nous habitions dans l’immeuble que mes grands parents paternels avaient acquis au sortir de la guerre, situé sur un grand terrain ou se trouvait également une vieille maison habitée par une femme âgée et une grande cour bordée d’anciennes écuries, « Maisons Laffitte oblige », en tant que capitale du cheval de course ! Nous résidions au premier étage dans un vaste appartement. Vivant au rez-de-chaussée, mon oncle jouissait d’un accès au jardin que mon frère et moi lui envions. Il y avait aménagé une table autour du tronc d’un imposant et magnifique saule pleureur. Plus tard, il devait y entreposer ses voiliers qui étaient pour lui une véritable passion.

Dans ce temps là, nous n’avions qu’une voiture. Une Citroën onze chevaux traction avant, que nous partagions avec mon oncle. Pour les vacances, adorant la liberté et en particulier le camping sauvage, qui était encore possible à l’époque, mon père avait aménagé la camionnette de la société pour en faire une sorte de camping-car avant l’heure.

Quand j’ai eu douze ans, la situation financière de mon père s’étant nettement améliorée, il s’est offert une voiture neuve et devait par la suite en changer tous les deux ans. Je me souviens que la première était une Peugeot 403 grise et que fidèle à la marque, il a eu tous les modèles de chez Peugeot, sauf une Rover qu’il n’a gardée qu’un an. Les Anglaises ont du charme, mais pas nécessairement le confort et la fiabilité des voitures françaises. Désormais nous étions des “bourgeois” qui vivaient bien, partaient tous les hivers à la montagne et voyageaient l’été pendant quatre semaines.

C’est aussi à cette époque que nous avons remplacé la vieille maison sur notre terrain, par un immeuble de quatre étages, adjacent au notre. Nous étions alors dans les années 60 et profitions des fameuses trente glorieuses. Temps béni où il était possible de faire suffisamment d’argent même avec une PME pour très bien vivre ! Ce qui, avec l’augmentation des charges, impôts, taxes et protections sociales de tous ordres, est devenu pratiquement impossible. De nos jours, pour avoir le même train de vie, il faut avoir des revenus nettement supérieurs à ceux de cette époque et quoi que prétendent les statistiques, l’amélioration n’est pas pour demain !

Avec mon frère nous avons appris à jouer au tennis, sport réservé à l’époque à la bourgeoisie. Et comme beaucoup de jeunes bourgeois, nous sommes devenus scouts. C’est d’ailleurs un de mes meilleurs souvenirs. Nous passions tous nos week-ends avec nos copains à travailler à l’entretien de notre local ou à nous rendre en forêt quelle que soit la météo. Nous dormions sous la tente, mangions n’importe quoi, toujours dehors, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, sans jamais attraper le moindre rhume ! D’ailleurs je suis reconnaissant à mes parents de m’avoir appris à ne jamais me plaindre, à ne pas m’écouter ni à me laisser aller. Même quand nous tombions malades, sauf en cas de fièvre élevée, il n’était pas question de rater l’école. Par la suite, j’ai toujours appliqué le même principe et quelque soit mon état de santé, je ne me suis jamais arrêté de travailler, bannissant antibiotiques et médicaments, à l’exception de l’aspirine et du sirop.

Quand je m’en vante, certains me disent « c’est parce que tu as la chance d’être en bonne santé ». Possible ! Mais pas seulement… D’ailleurs, je ne supporte pas de voir autour de moi des gens qui se plaignent ou sont malades ! Curieux comme ce sont toujours les mêmes, quand d’autres ne le font jamais. Différence de nature ou de constitution ? Allez savoir ? Bien entendu, je fais une exception pour les maladies graves. Quoique, je ne puisse m’empêcher de penser que le cancer dont nous sommes tous porteurs, se développe plus facilement chez les personnes dont l’hypocondrie lui prépare un terrain favorable.

A ce propos, ma première femme appartenait à cette catégorie de malades permanents. Il suffisait qu’on se trouve au bout du monde pour qu’elle soit prise de fièvre ou d’évanouissements ! Non seulement je ne la plaignais pas, mais je lui en voulais de gâcher nos vacances. Néanmoins, avec le temps, ses maux se sont espacés et bien des années plus tard, elle m’a avoué qu’une des meilleures choses qui lui restait de notre union était une résistance à la maladie qu’elle avait acquise grâce à moi. Elle n’est jamais plus malade et c’est à son tour de ne pas supporter les gens qui ont toujours « un pet de travers » ! Étonnant, n’est-ce pas ?

A ce propos, je me demande bien pourquoi certains ne font que survivre après un pontage quand d’autres, qui en ont subi trois, retrouvent leur activité d’avant ? Pourquoi certains survivent de façon surprenante a un cancer, alors que d’autres, dont la gravité est beaucoup plus bénigne, partent en peu de temps ? Les médecins vous répondront que l’issue d’une maladie quelle qu’elle soit, dépend principalement de la volonté du malade à s’en sortir ou tout simplement à guérir.

Les anciens avaient coutume de dire « Quand la tête est malade, le corps est malade ». « Un esprit sain dans un corps sain ». Cette association entre la tête, le psychique, l’état mental et la condition physique sont difficilement dissociables et je ne doute pas que vous l’ayez tous constaté.

Un an avant sa mort, à chaque fête qui réunissait la famille, ma mère ne ratait jamais l’occasion de nous dire qu’elle ne serait plus de ce monde la prochaine fois. Simple intuition ? Sentait-elle venir la mort ? On dit que les personnes savent quand la fin approche. Possible, mais rarement aussi longtemps à l’avance.

Non, il se trouve qu’elle devait se faire opérer du cœur pour changer sa valve mitrale, qui après quinze ans de bons et loyaux services commençait à donner des signes de fatigue. Et dés qu’il en a été question, elle s’y est tout de suite opposée « La mort plutôt qu’une opération ! ». Et comme l’auto persuasion fonctionne très bien et même beaucoup mieux que nous ne le pensons, elle n’a obtenu que ce qu’elle voulait !

Ceci m’amène à me demander si nous ne sommes pas responsables du comportement de notre entourage et des situations dans lesquelles nous nous trouvons ? Ne sommes-nous pas les seuls vecteurs de nous-mêmes. Est-ce que nos actions, nos maladies, nos succès, nos échecs ne sont pas que les résultantes de notre psyché ? Dans tous les livres du style : « Comment réussir sa vie ? » « Comment devenir un autre ? », on retrouve immanquablement le même leitmotiv : « Il faut le vouloir ». « Vouloir, c’est faire ». « Vouloir c’est pouvoir ». « Nos seules limites sont celles que nous nous fixons », a dit le chanteur Guy Béart. Sommes-nous réellement responsables de nous-mêmes ? De nos actes, de nos pensées, et plus généralement de nos vies ?

Mais, alors, si ‘‘tout” est en nous, pourquoi ne changeons nous pas ? Pourquoi n’améliorons nous pas ce qui ne nous plait pas ? Pourquoi persistons-nous dans les mêmes erreurs ? Pourquoi, pour reprendre une expression souvent employée, la vie n’est-elle qu’un éternel recommencement, alors que nous avons en nous les moyens de la changer ? Notre psyché est-elle si inaccessible, si protégée, qu’il nous est impossible de la modifier ? Il faut croire. Car savoir que nous sommes maîtres de notre destin est une chose, mais agir en conséquence en est une autre ! Peut-être est-ce une tache insurmontable ? A moins que par peur de devoir nous remettre en cause, nous refusions d’y regarder de trop près, pratiquant cette bonne vieille « politique de l’autruche » pour ne pas nous trouver confrontés à ce que nous ne voulons pas voir ou savoir !

Toutefois, si nous nous révélons incapables de changer, il semble que l’efficacité des “ psys” et autres médecins de l’esprit laisse également à désirer. Quelques uns de mes amis ont été en analyses durant des années, et, outre un certain réconfort, une dose de bonne conscience et la fierté d’avoir eu le courage de se confronter à leurs problèmes, les changements ne me paraissent pas probants.

J’en suis venu à considérer la chose comme une perte de temps et d’argent ! Sans compter que les “psys’’ que j’ai pu être amené à rencontrer m’ont toujours semblé souffrir d’un profond manque de connaissance. Ils raisonnent en scientifiques, à partir de méthodes, qui, à mon avis, sont très loin d’être suffisantes. Peu d’entre eux parviennent à “décoller”, à changer de dimension, à comprendre le sens profond des choses pour pouvoir être réellement efficaces. Leur but se limite à faire prendre conscience au patient des raisons de son comportement. Le ‘‘Pourquoi’’, technique enseignée par Freud et les « soi-disant » grands maîtres de la psychanalyse. Toujours l’éternel « Savoir c’est pouvoir ». Eh bien ! Ça ne me suffit pas et je refuse de penser que ça s’arrête là. Car, cela nécessite bien plus qu’une simple prise de conscience. Comme me disait un de mes amis après cinq ans sur le fauteuil, j’ai toujours les mêmes problèmes, mais je les vis mieux !

En réalité, on ne peut rien changer et nous ne sommes maîtres de notre destin qu’en apparences ! A l’inverse de ce que beaucoup d’entre nous se plaisent à croire, notre destin ne nous appartient pas. Nous sommes prédéterminés. Pour moi, le point de départ comme celui que nous sommes sensés atteindre, sont écrits. Certes nous pouvons modifier le chemin qui les relie. Mais, même si le parcours diffère, l’issue restera inchangée puisque les étapes comme les épreuves seront les mêmes quels que soient les moyens utilisés. Car, quoi que nous ayons pu découvrir et quelle que soit l’appréhension de notre Moi intérieur, nous sommes incapables de changer notre façon d’être.

Et si tant est que ce soit possible, je ne pense pas que cela changerait le cours de notre existence pour autant… Je me demande même si les modifications qu’il arrive à certains d’entre nous de réaliser ne font pas partie du chemin ? En analysant certains parcours, suite à des événements tragiques ou pas, il est surprenant de voir un individu totalement repenser sa vie. Est-ce le fait du hasard ? Je n’en suis pas persuadé. Est-ce dire que si tout est programmé, nous ne devons rien changer ? Non plus. Pour moi, la raison profonde pour laquelle nous ne naissons pas égaux, (pas seulement sur le plan social), tient au fait que les chemins que nous avons à parcourir sont différents.

Quand j’ai commencé à écrire, j’imaginais que j’allais progressivement être capable d’expliquer les raisons qui nous font agir. Et voilà, qu’à mesure que j’avance, je continue de me heurter à cette notion de Destin. En sommes-nous maîtres ou pas ? J’avoue ne plus savoir. Certes, j’ai des intuitions, des croyances, mais correspondent-elles à la réalité ?

Ce qui se pense clairement s’énonce clairement, dit un proverbe. Or, en me relisant, je doute que ma pensée soit suffisamment claire pour y parvenir ! Et pourtant, je n’avais d’autre but en commençant à écrire. Alors, pour pouvoir continuer, je me dis qu’à défaut de trouver ‘‘LA’’ réponse, j’en trouverai au moins une. Même si ce n’est pas celle que j’espère…

Vais-je parvenir à me libérer de mon carcan et à accéder à mon for intérieur pour enfin trouver ce qui cloche, ce que je dois améliorer ou changer ? Et surtout, cela est-il possible ?

Ou vais-je rester dans l’ignorance, dans l’incapacité de me prendre en main, de m’assumer, ou plutôt d’assumer mes pensées pour pouvoir modifier et changer celles qui doivent l’être.

En un mot, vais-je enfin être capable de me comprendre et de comprendre le ‘‘Pourquoi’’ de la vie ?

Mais revenons à l’époque de mon enfance, soit cinquante ans en arrière. A peine deux générations… Curieux comme cette période m’a paru longue à vivre, alors qu’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle a passé si vite qu’elle me semble étrangement courte et que plus j’avance en âge, plus le temps me semble s’écouler à la vitesse grand V ! Heureusement, ce n’est qu’une sensation…

En regardant en arrière, on ne peut que s’étonner des changements qui se sont produits. C’est si impressionnant que nous devrions nous montrer un peu plus indulgents envers les pays émergeants en plein développement, car même s’ils bénéficient de notre expérience, il est mal venu de leur demander de faire en dix ou vingt ans ce qui nous en a pris cinquante, soixante ou même quatre vingt à réaliser ! L’évolution des peuples ne dépend pas que de la technologie et « Paris ne s’est pas fait en un jour ! »

Dans ma jeunesse, pour téléphoner il fallait appeler un opérateur qui nous connectait manuellement à notre correspondant. La télé n’existait pas et nous n’avions que des radios à lampes avec juste quelques stations. Tout le monde lisait le journal et vu les moyens de communications de l’époque, les nouvelles n’étaient pas celles du jour. En cinquante sept, quelques jours avant le terrible accident des 24 heures du Mans qui fit de nombreux morts parmi des spectateurs qui n’avaient pas la chance d’être protégés par des grilles comme aujourd’hui, nous avons eu notre premier poste de télé en noir et blanc. Je me souviens qu’en apprenant que les images étaient amenées par des ondes grâce à une simple antenne, représentait pour moi un mystère insondable. D’ailleurs, pour être honnête, je ne parviens toujours pas à appréhender ce concept et il continue à me dépasser. J’avoue que toutes ces ondes qui circulent au travers des télés, des portables, des GPS, des talkies-walkies, des télécommandes, et j’en passe, qui circulent entre continents, planètes, galaxies, sans provoquer d’erreurs, d’accidents, de télescopages, me laissent rêveur !

Quand la télé couleur est enfin arrivée chez nous, j’étais émerveillé. Des images en couleur à la maison comme au cinéma, c’était extraordinaire ! Aux alentours de mes douze ans, mes parents m’ont offert une chaîne stéréo. En fait, il s’agissait d’un simple tourne disque Philips avec deux petits haut-parleurs d’environ vingt centimètres chacun, que nous avons accroché au mur assez loin l’un de l’autre. Je me souviens que mon père et moi écoutions avec ravissement la musique passer d’un haut-parleur à l’autre. Alors que le son de l’orchestre venait de la droite, soudain, celui d’un seul instrument venait de la gauche. Et cet effet stéréo que nous découvrions pour la première fois nous médusait… Aujourd’hui, ça me semble banal pour ne pas dire risible. Mais à l’époque ça nous a fait un effet incroyable ! Par la suite, il y a eu un tel flot d’innovations que nous sommes devenus blasés. Plus rien ne nous étonne. Au point qu’il nous arrive parfois d’être surpris que ceci ou cela n’existe pas encore.

En réalité, quand je parle d’évolution, je devrais dire révolution.

Incroyable comment la technologie a pu changer nos vies et notre façon de communiquer ! C’est à se demander, comment nous parvenions à travailler et à échanger des informations avant que n’existent toutes ces merveilles ? Aujourd’hui, nous recevons quotidiennement des cinquantaines d’emails avec photos et documents joints. Échanges instantanés qui n’existaient pas il y a seulement une quinzaine d’années ! Avant, nous relisions et corrigions la lettre dictée à une secrétaire qui en faisait des copies qu’elle distribuait dans les services ou qu’elle postait aux destinataires éloignés. Maintenant, qu’on soit au bureau, dans le train, en avion, on tape ses lettres sur son ordinateur portable et on les envoie où on veut, à qui on veut, au nombre de destinataires qui nous sied, lesquels les reçoivent dans le quart d’heure qui suit.

Et je trouve cela plus magique que n’importe quel tour de passe-passe… Certes, la gestion de nos emails prend de plus en plus de temps, mais en regard du système précédent, quelle amélioration de la gestion du temps et surtout de l’échange d’informations ! Et même si il y a toujours un revers à la médaille, globalement je doute que quelqu’un puisse souhaiter revenir à l’ancien système ? Il en va de même pour ce qui concerne notre confort.

Quand j’étais jeune, dans notre appartement d’environ cent cinquante mètres carrés, nous n’avions que deux poêles à charbon pour nous chauffer. En hiver, quand il faisait vraiment froid, il fallait descendre deux fois par jour à la cave pour remplir les seaux de charbon ! Avec le chauffage central, nous oublions ces corvées qui semblent d’un autre temps pourtant pas si lointain… Je me souviens que la nuit, nous dormions toutes portes ouvertes pour que la chaleur circule. Quand le froid se faisait plus intense, nous chauffions les poêles à fond et même si mon père se levait au milieu de la nuit pour les empêcher de s’éteindre, il fallait souvent les rallumer le matin. Je ne me souviens plus combien de temps cela prenait pour réchauffer la maison, mais, ça devait être assez long. La douche devait être rapide, ou bien « à la française », nous ne nous lavions que les dents et le déodorant n’existant pas encore, nous nous parfumions un peu plus…Ça parait incroyable aujourd’hui de se lever dans une maison sans chauffage, de ne pas mettre de déodorant.

Tant de choses simples qui nous paraissent élémentaires et qui n’existaient pas il y a seulement deux générations… Je pourrais citer d’autres exemples, à commencer par les trains à vapeur, car nous habitions à côté de la voie ferrée « Paris-Normandie ». Les petites rues des banlieues n’étaient pas goudronnées. Les bouchers tuaient les animaux dans leur arrière-boutique dont le sang coulait dans les caniveaux. Le lait était vendu en vrac. L’épicière trempait sa dose dans un grand récipient et remplissait le « fameux pot au lait » qu’on lui amenait.

Comme les voitures n’étaient pas nombreuses, on voyait des bicyclettes partout. Je ne peux m’empêcher de sourire en pensant que mes parents sont partis en voyage de noce à bicyclette ! Dans les campagnes les chevaux réalisaient tous les travaux dans les champs, et étaient encore le principal moyen de déplacement.

Les supermarchés n’existaient pas. Il n’y avait que de petits commerces. Et pour entrer dans la séquence ‘‘nostalgie’’, sans être forcément beaux, les fruits et les légumes étaient tellement goûteux, tellement bons ! Aujourd’hui, la qualité de la viande de la petite boucherie du coin est impossible à retrouver. Sans parler des produits de charcuterie qui étaient faits de façon traditionnelle et artisanale, du pain préparé la nuit par le boulanger, et des œufs qui avaient réellement le gout d’œuf. Tout ce qui a disparu à jamais et me met l’eau à la bouche rien que d’y penser ! Et si le progrès a indéniablement et considérablement amélioré notre qualité de vie, il a de façon certaine et définitive détruit la qualité de tous nos produits alimentaires. Comparé à ce que j’ai connu enfant, tout est devenu standard et sans saveur. Comme quoi, il y a toujours un revers à la médaille…

 

III

D’origine modeste, mes grands parents maternels s’en sont très bien sortis. Et, je leur dois sûrement la constante envie d’entreprendre qui m’habite. Tous deux sont nés dans un village à côté de Tours. Mon grand père, charpentier de formation, a été ‘Compagnon’. A ce titre et comme le voulait la tradition, il a fait son tour de France qui, à l’époque, incluait l’Algérie où il a passé six mois. En ce début du vingtième siècle, ça devait être une vraie aventure !

Puis la grande guerre a éclaté. Comme tous les jeunes hommes, il a été mobilisé et envoyé dans l’Est où il a été blessé à l’épaule le premier jour des combats, puis, fait prisonnier par les Allemands auxquels il doit quand même de lui avoir sauver son bras. En passant la guerre à l’hôpital, il a échappé au carnage, mais il a gardé une incapacité partielle du bras gauche qui l’empêcha à jamais d’exercer son métier de charpentier ainsi qu’une haine des Teutons qui, pour lui, devaient rester des “boches” jusqu’à sa mort. Une blessure qui a changé le cours de sa vie.

Son invalidité va l’éloigner de sa campagne et de son activité première. Devenu cafetier par la force des choses, mon grand père n’a jamais pu s’enrichir. Après avoir été locataire d’un café à Tours, il en est devenu le propriétaire. Tout allait bien jusqu’à ce que la « Tour Saint Charles », mitoyenne de son établissement, s’écroule, causant d’énormes dégâts. Malgré le peu d’efficacité des assurances de l’époque, il a quand même réussi à le faire reconstruire. Malheureusement, comme beaucoup de Français de cette génération, il a également laissé une bonne partie de ses économies dans les emprunts russes. Néanmoins, un travail acharné lui ayant permis d’en refaire d’autres, il est monté s’installer à Paris où il a failli acheter le « Fouquet’s » des Champs Elysées. Mais bien que le Fouquet’s n’était pas encore l’endroit prestigieux qu’il est devenu, son prix étant trop élevé pour sa bourse. Ne souhaitant pas s’endetter, il dût se contenter d’un café-tabac du Boulevard Sébastopol.

Un jour où j’étais allé lui rendre visite, je devais avoir vingt ans, pour la première et la dernière fois, il m’a parlé de sa vie. Ne pas avoir eu les moyens d’acheter le « Fouquet’s » restait son plus grand regret ! L’eut-il pu ou voulu, il serait sûrement devenu riche ! Il est probable que ses déboires passés l’ont empêché de prendre des risques. Mais, peut-être a-t-il eu raison ? On ne le saura jamais.

Et c’est bien le problème de chacun. Nous avons tous eu des occasions que nous n’avons pas saisies. Certains l’ont fait et réussi. D’autres n’y ont trouvé que malheur et misère… Qui peut dire si nous avons eu raison ou tort de les laisser passer ? Derrière les plus alléchantes opportunités se cachent parfois des pièges… Destin ? Incompétence pour certains ? Chance pour d’autres ?