Demain, la faim !

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En 2030, il faudra nourrir 9 milliards de personnes. Et si c’était impossible ? .

Publié le : mercredi 4 février 2009
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EAN13 : 9782246742296
Nombre de pages : 144
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1.
Émeutes de la faim :
ce n’était qu’un début
ÉGYPTE, MAROC, Sénégal, Cameroun, Indonésie… les émeutes qui ont touché une quarantaine de pays au premier semestre de l’année 2008 ont choqué l’opinion publique mondiale et inquiété les dirigeants politiques. La faim est de retour ! On savait que ce fléau n’avait pas disparu mais on pensait qu’il ne concernait plus que quelques pays au bord de l’anarchie chronique comme le Zimbabwe, l’Ethiopie ou Haïti. Or voilà qu’il refait son apparition dans des Etats qui ne font même pas partie des pays les plus pauvres.
En cause, une augmentation brutale des matières premières agricoles : + 52 % en quelques mois et un quasi-doublement du prix des engrais. Alors que, selon les spécialistes, les prix agricoles ont tendance à baisser depuis 1870, c’est la troisième fois depuis cette date que l’on assiste à un tel phénomène : la première était après la Seconde Guerre mondiale, la deuxième dans les années 1970.
A leur niveau, même les pays riches ne sont pas épargnés. Le Mexique, premier pays à avoir connu des émeutes au début de l’année 2007, est membre de l’OCDE, le club des pays riches, depuis quinze ans. En Europe, les Italiens ont protesté contre le prix des pâtes, trop élevé. De Paris à Londres ou Varsovie, les services sociaux observent que des personnes disposant d’un toit se mettent à glaner à la fin des marchés. Aux Etats-Unis, 28 millions de personnes devraient en 2009 avoir besoin de tickets alimentaires pour se nourrir. Un record depuis que cette disposition a été lancée, il y a plus de quatre décennies. En 2000, elles étaient 17 millions. En relançant le chômage et en diminuant les recettes des Etats, la crise économique qui frappe la planète depuis l’automne 2008 va aggraver la situation. Le paradoxe n’est qu’apparent : si la croissance favorise d’abord les plus riches, la récession touche d’abord les plus pauvres. C’est une des raisons – pas la seule – pour laquelle les émeutes sont vraisemblablement devant nous.
Comme toute loupe grossissante, les manifestations du début de l’année 2008 ont eu un double effet. Elles ont permis aux Occidentaux de prendre conscience d’un problème qu’ils sous-estimaient. Mais elles ont laissé dans l’ombre les traditionnels exclus du développement : les habitants des zones rurales. En ce sens, les images véhiculées par les médias ont été en partie trompeuses parce que réductrices. Ces émeutiers de Mexico, Douala, Dakar, du Caire et d’ailleurs ne nous disent pas que la faim est de retour. Ils nous disent qu’elle touche désormais aussi les villes. Qu’elle est davantage visible… et qu’elle inquiète les gouvernants. La faim des paysans sénégalais est un problème social mais quand un jeune ha-bitant de Dakar profite, en avril 2008, de la pause-déjeuner des députés (véridique !) pour brandir dans l’Hémicycle un sac de riz vide sur lequel est inscrit « le peuple a faim », le problème devient politique. Que les citadins soient plus sensibles que les ruraux à la hausse des prix alimentaires qui touche la planète n’est pas une surprise : ils consomment davantage de biens dérivés de produits agricoles vendus sur les marchés mondiaux (blé et riz notamment) alors que les populations rurales les plus pauvres (surtout en Afrique et en Amérique latine) ont encore une alimentation à base de racines et de tubercules. De plus, par définition, les citadins sont moins à même que les ruraux de produire une partie importante des denrées qu’ils consomment.
Mais, contrairement à une opinion répandue, la faim n’a jamais disparu. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, elle est bel et bien présente dans les campagnes. Et pas seulement dans les pays au bord du chaos. Pire : avant même ces émeutes, elle ne cessait de progresser, malgré les beaux discours et les généreux engagements des pays riches.
Pourtant, à la fin du XXsiècle, tous les espoirs étaient permis. Bon an, mal an, le nombre de personnes sous-alimentées diminuait régulièrement. Après avoir frôlé le milliard au début des années 1970, il s’établissait à 800 millions en 1995. Résultat : en 1996, au sommet mondial de l’alimentation, les dirigeants ont pu, sans grand risque croyaient-ils, prendre un engagement ambitieux. Réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées avant 2015. Ironie de l’histoire : au même moment, le nombre de personnes souffrant de la faim, loin de diminuer, stagnait et s’est même mis à progresser au tournant du siècle. Si la dernière décennie du
XXsiècle a vu s’améliorer la situation de la Chine, de l’Asie du Sud-Est, de l’Amérique du Sud, des Caraïbes et, dans une moindre mesure, de l’Afrique de l’Ouest, la faim a progressé, tant en pourcentage de la population qu’en valeur absolue, dans la plupart des Etats d’Afrique, en Asie de l’Est (Chine exclue), en Amérique centrale et au Proche-Orient. Dans les années 1990 toujours, l’Inde a vu la faim devenir proportionnellement moins fréquente, mais du fait de la croissance de la population, le nombre de personnes touchées a augmenté. Même dans des pays dits en transition, comme la Communauté des Etats indépendants (ex-Union soviétique), leur nombre est en légère hausse. Résultat : de 800 millions de personnes sous-alimentées, on était repassé à 848 millions avant les hausses des prix des matières premières agricoles de 2007 et 2008. Dans le monde, plus d’un enfant sur trois souffre d’insuffisance pondérale. Si c’est en Afrique noire que la faim chronique touche la plus grande proportion de personnes (une sur trois), c’est en Asie du Sud (299 millions) et de l’Est (225 millions) que se trouvent le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim, c’est-à-dire ne disposant pas de 2 100 kilocalories par jour.
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