Démocratiser l'économie

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Un nouvel acteur s'impose aujourd'hui dans le duel tumultueux entre l'Etat et le Capital, qui prend des formes diverses : société de personnes, entreprises sociales, coopératives citoyennes. Chaque fois, il s'agit de favoriser une économie plus humaine, plus proche, en associant les individus aux décisions qui les concernent. Bref, il s'agit pour ce nouvel acteur de "démocratiser l'économie". Comment ? C'est à cette question que cet essai tente de répondre...

Publié le : mercredi 10 novembre 2010
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EAN13 : 9782246783244
Nombre de pages : 140
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Corriger la myopie
des « trente odieuses »
En 2008, le marché, pris d’une main par la spéculation, et de l’autre par le caractère « moutonnier des agents », a fait une vilaine chute. Conséquence de ce nouvel électrochoc : l’idée de régulation est revenue parfois à bride abattue, chez ceux-là mêmes qui l’avaient combattue. Il incombe aux nouveaux convertis de montrer que leur conversion n’est pas que celle de la dernière heure !
Une posture de bon sens s’impose : accepter le marché, instrument de liberté et d’efficacité ; choisir de nouvelles régulations, instruments de correction des comportements spéculateurs, irrationnels et court-termistes.
Donner au marché toute sa place, mais rien que sa place
Pour autant, le marché ne saurait être l’alpha et l’oméga des rapports humains. Dit autrement et dans une formule plus récente : « oui à l’économie de marché, non à la société de marché ». La vision de Polanyi dans La grande transformation selon laquelle la société encastre l’économie et non l’inverse, est plus que jamais d’actualité.
Refuser le tout lucratif et le tout marchand, c’est mettre l’accent sur des valeurs qui ne se résument pas à acheter ou vendre. Notre société a perdu le sens du don, du gratuit. Nous nous sommes convaincus nous-mêmes que « ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur », quand nous devrions croire que « ce qui a de la valeur n’a pas de prix ». Le bénévolat est une véritable création de richesse. Il mérite d’être reconnu comme tel.
Et les activités associatives dont les modèles économiques mêlent de la ressource publique, du bénévolat, de la philanthropie, de la vente de prestations, contribuent à faire société, à créer du lien social. Le programme « Nouveaux Services, Nouveaux Emplois », créateur de 150 000 emplois d’utilité sociale dans le monde associatif, fut un formidable laboratoire de ces activités, d’une politique publique en leur faveur. Aucun bilan sérieux n’en a été tiré. L’assujettissement culturel à la domination sans faille du marché conduit nombre de dirigeants économiques, syndicaux, politiques, à considérer que des jeunes qui déchargent des cagettes dans une grande surface ont un vrai emploi, et que des jeunes responsables d’un programme de développement associatif pour les handicapés ou les personnes âgées ont un « petit boulot ».
Encastrer l’économie dans la société et non l’inverse, revoir notre système de valeurs, fait partie de la construction démocratique de l’économie. De ce point de vue, l’intensification de relations entre les mondes des entreprises et des associations peut constituer un enrichissement mutuel. Le champ des partenariats est immense. Ainsi lorsque Système U propose des cartes de fidélité à ses clients, dont une partie des points, abondés par l’entreprise, sont rétrocédés à l’association Action contre la faim. Algoé propose du temps gratuit de consultant aux associations, payé en partie par l’entreprise, en partie par le consultant lui-même. Les partenariats impliquent des échanges réciproques de savoir, et non une volonté de faire pénétrer le modèle d’entreprise concurrentielle dans le monde associatif. L’idée d’assujettir le monde associatif à une mise en concurrence généralisée n’est pas porteuse d’avenir.
Distinguer capitalisme et économie de marché
Le débat sur la place du marché cache un enjeu tout aussi important et pourtant beaucoup moins abordé, celui de la distinction entre économie de marché et capitalisme, souvent confondus, à tort.
Dans les années 80, le grand historien Fernand Braudel dénonçait déjà cet amalgame : « Ce que je regrette pour ma part, non en historien, mais en tant qu’homme de mon temps, c’est que dans le monde capitaliste comme dans le monde socialiste, on refuse de distinguer capitalisme et économie de marché1. »
L’économie de marché est un système économique fondé sur l’initiative individuelle, la liberté d’entreprendre, la propriété privée, la concurrence et les échanges marchands. Pour autant, elle n’implique pas par nécessité le règne de la marchandise, l’impératif de rentabilité maximale, la réduction du citoyen à un rôle de producteur-consommateur, le cantonnement de l’Etat dans ses missions régaliennes ou l’atrophie de l’économie non marchande.
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