Derrière la scène

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L'auteur est né à Saint-Etienne en 1944. Ses parents avaient trouvé refuge dans cette ville, pour échapper aux rafles des juifs par la police française. Sa vie est marquée par la tragédie de la déportation. Retour à Paris, ses parents se lancent dans l'aventure du spectacle et son père, Léon Tcherniak sera le directeur du Cheval d'Or, un des grands cabarets parisiens. C'est le regard d'un enfant qui a eu le privilège de vivre au milieu des artistes, dormant derrière la scène. L'auteur nous parle de la chanson et du Paris des années 60. Militant incorrigible, le propos est vif. Amateur de rugby et de boxe, ses chansons de la vie ne sont pas de tout repos.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782336256009
Nombre de pages : 158
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DERRIÈRE LA SCÈNE
Les chansons de la vie

à mes parents

Graveurs de mémoire
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Gilles TCHERNIAI<

DERRIÈRE

LA SCÈNE

Les chansons de la vie

Couverture de Sabine Lalande Illustrations de Pierre Corneloup

L'Harmattan

(Q L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com di ffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05079-2 EAN : 9782296050792

Ne jamais se taire

L'histoire que j'ai choisi de vous raconter est celle d'une aventure culturelle, d'une époque, qui ont influencé ma vie. Aucune nostalgie, ni commémoration, pas de "de mon temps", de "tout fout le camp" mais seulement une volonté forte de témoigner, de faire sortir le non-dit, de peur qu'après la disparition de mes parents, Yvonne et Léon, de leur génération, une fois mon tour venu, les dernières traces se brouillent et se perdent à tout jamais. La liste des disparus, des témoins, commence à s'allonger et je sens que l'étau se resserre et qu'il n'est plus l'heure de tergiverser. Et puis, vivre sa retraite patiemment, où, paraît-il, je dispose de plus de temps, n'est pas mon genre. J'ai même l'impression qu'il ne m'en reste que trop peu avant de faire mes valises vers d'autres aventures auxquelles d'ailleurs je ne crois pas, étant d'un athéisme forcené et d'un anticléricalisme primaire. Qui dira, qui racontera lorsqu'ils ne seront plus là et nous non plus? Ne pas se taire, sortir du silence, telle est la réponse choisie.

Profane en écriture à caractère littéraire, l'angoisse de la feuille blanche est pour moi une notion totalement abstraite. Par contre, les difficultés d'ordre psychologique sont grandes. Habitué à dire ce que je pense, le passage à l'écrit relève d'un exercice engageant, exigeant. J'ai décidé de le franchir. La question de l'audience et de la notoriété ne guide absolument pas ma démarche. Pour rester modeste, ces deux points me semblent tout à fait surréalistes, même si le témoignage a besoin d'écoute et de lecteurs. Le style? Étant autodidacte de formation bac -4, mieux vaut être lucide: ce sera parfois compliqué à suivre. Au fur et à mesure de l'avancée du projet, je me suis persuadé que l'échec véritable, s'il devait y en avoir un, serait de continuer à me taire. En commençant cette chaotique construction, je me suis posé une seule question: cet écrit aura-t-il un quelconque intérêt et sera-t-il supportable? Le fruit de l'imagination rendra-t-il crédible le vrai? Allez, inch' allah! En avant toute, sur la ligne de départ, je vous promets de raconter toute la vérité, mais mon imagination viendra parfois contribuer à l'exercice d'écriture d'un amateur, au sens non professionnel de la plume. Il paraît que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire mais on peut toujours les raconter et leur narration laisse la place à l'imagination du lecteur. Divagation et imagination se nourrissent du vécu et l'alimentent. Comment démêler le vrai du faux? Y a-t-il de la vie sans espérance et sans utopie, sans rêve rendant la réalité un peu plus supportable? Peut-on se contenter de ce que l'on a et même de ce que l'on souhaiterait avoir? Léon, mon père, disait souvent: "Je suis un survivant, c'est en même temps une chance et un fardeau. Alors si la mort ne me fait pas peur, je vais mettre les bouchées doubles pour dévorer la survie qui m'est offerte". Yvonne, ma mère,

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follement amoureuse de son Léon, le regardait passionnément car c'est ensemble qu'ils dévorèrent la vie. Et quel appétit! C'est l'héritage le plus précieux qu'ils m'ont transmis et que je me charge de dilapider consciencieusement et avec obstination. Étant très fortement extraverti et un insupportable exigeant, si vous voulez savoir ce que je pense, vous ne serez pas déçu. l'ai une tendance à répondre avant la question. De plus, très franchement, je préfère l'excès à la sobriété. Nous vivons une époque qui ne me conduit pas à la tranquillité. Je me méfie de l'assoupissement. Comme je fais partie des excités de la "touffe", selon une expression maternelle, il y a de quoi s'énerver à voir ce qui se passe autour de nous. Nous voyons s'étaler la violence, l'injustice, l'insolente inégalité dans les rapports sociaux, dans l'exploitation du monde par une minorité, la guerre, les barbaries. La nouvelle information sous un déluge d'images et de voyeurisme exacerbé nous perfuse au quotidien de ces atrocités, réussissant ainsi, en tablant sur l'excès, à les banaliser. En même temps, les dominants se vautrent dans l'onctuosité et les bonnes manières. Dans notre pays, beaucoup de femmes et d'hommes meurent de faim, de froid, de manque de tout. Ils sont des millions à vivre ainsi en France. C'est le peuple des sansdroits. Ils sont sans logement ou mal logés, sans accès à la santé, la culture leur est inaccessible. Corvéables à merci, les sans-papiers sont les nouveaux parias et esclaves de notre société. Quant à nos hommes politiques, ils réfléchissent au paraître et au bien dire, à la petite phrase pour le journal télévisé de 20 heures. Ils viennent causer dans le poste, et faire le paon à la télévision. Ils se prennent pour des missionnaires, voire pour le messie. Alors, vous comprenez que lorsqu'un de ces hommes providentiels se prend pour le messie, c'est plus qu'une croix à porter, c'est comme un 7

magasin entier de bondieuseries cliquetantes entourant la grotte de Lourdes! L'image, la petite phrase, le paraître remplacent progressivement le dire, le réfléchi, la culture du débat. Nos dirigeants politiques sont très préoccupés de choisir le décor devant lequel ils causeront, le costume et la cravate qu'ils enfileront pour aller caqueter et chanter dans les émissions de Drucker, Fogiel, Ardisson et autres hauts lieux de la pensée et de l'expression politique et citoyenne. Dans ces moments de vérité médiatiques et "médiocratiques", les yeux dans les yeux, ils nous expliquent qu'ils aiment leur chien, leur mère, leur femme, leur homme et leurs enfants. Certains vont jusqu'à nous confier leurs relations amoureuses, leurs pratiques sexuelles. Avec ça, tu te fais une bonne opinion; je ne sais pas ce que tu proposes pour le pays, mais je sais ce que tu aimes, bouffes et comment tu fais l'amour... Ils sont propres sur eux, branchés mais pas trop, drôles juste ce qu'il faut, et surtout raisonnables. Quelle incroyable audace! Nous vivons une époque inouïe! Cramponne-toi camarade, ça te fout le vertige! Le pire aujourd'hui est que la pensée politique de nos dominants est terriblement raisonnable, lisse, une véritable toile cirée. Les réponses devancent les questions, l'homme politique est banalisé, ripoliné. Le projet politique est mort. Vive le plan de carrière! Les théories, doctrines et idéologies sont mortes. Vive les petites phrases! La télé-réalité politique, les shows sont semblables au trou de la serrure qui peut servir éventuellement au voyeur ou au curieux. Pour les accompagner dans ce parcours de carrière, ils disposent de "con-seillers" bardés de diplômes et formatés comme des logiciels de chez Microsoft. Leur bréviaire de vrais cons à la main et des dents à rayer un plancher en inox, les conseillers leur expliquent la tendance, les opportunités.

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Leur souci de l'intérêt de l'État se conjugue avec celui de leur patron et de leur carrière qu'ils se sont auto-destinée. Ils me font penser à ma vieille brosse à chaussures que je traîne dans mon armoire pour faire reluire les godasses usées. y en a m.a.r.r.e ! Iconoclastes, provocateurs, utopistes de tous les pays, unissez-vous! Le consensus mou nous guette et nous mine, la polémique et la culture du conflit font mauvais genre. Arbitrage, conciliation, petites lâchetés: c'est la culture Mac Do. Je te respecte, tu me respectes, on ne se comprend pas, chacun chez soi, on cohabite, on se croise à la rigueur, on s'intègre. Si vous n'avez pas compris que je préfère l'empoignade au respectueux serrement de main par devoir ou au pire par politesse, je ferai quelques piqûres de rappel au fil des pages. Cette approche légèrement rugueuse de la vie doit expliquer mon goût pour la boxe. Lorsque j'étais gosse, mon père m'emmenait le dimanche à la salle de la Mutualité, "La Mutu" à Paris dans le quartier Maubert-Mutualité. C'était une salle très populaire, avec un public composé de gens du quartier, de connaisseurs de la boxe. Nous étions très loin du show-bizz, des peoples, des ténors de la politique qui aujourd'hui entourent les rings pour se faire voir sur Canal +. Pour la plupart, ils prennent place quelques minutes avant le combat vedette. À peine celui-ci fini et surtout la retransmission télévisuelle terminée, tout ce beau monde se lève et s'en va manger quelques petits fours. Les autres combats, permettez-moi l'expression, ils s'en tapent; ils n'ont même pas le respect du travail et des boxeurs qui font leur métier. Revenons à la Mutu, la configuration de la salle, avec les spectateurs du balcon surplombant le ring, donnait une ambiance chaleureuse. Le public vivait le combat de très près et la communion avec les boxeurs était forte. J'y ai vu

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combattre Robert Cohen, Chérif Hamia, Charles Humez, Alphonse Halimi, Laurent Dauthuile, Jean Stock et bien d'autres. À la boxe, le combat est loyal, l'adversaire respecté. J'ai renoué avec la fTéquentation des salles de boxe. Nous passons de longues heures avec un ami, barman de profession et ancien boxeur amateur, à suivre les entraînements des poulains des fTères Acariès, de Brahim Asloum; j'ai pu constater la dureté et l'intensité des séances d'entraînement. La préparation d'un combat réclame beaucoup de sacrifices, de remises en cause, de souffrance, de dépassement de ce que l'on croit être ses limites. Comment rester insensible à la beauté tragique des terribles combats de Mayar Monshipour ? Champions ou obscurs des rings, ils sont les pratiquants du noble art. La boxe, c'est dur et il n'y a pas le droit à l'erreur sinon la fulgurance du poing adverse vous ramène au mieux à la réalité, ou vous envoie faire un petit tour dans le monde des étoiles... Comme le dit Louis Acariès : "la boxe ce n'est pas un sport, c'est une discipline" !
Très franchement, je préfère l'accolade des boxeurs après le combat aux "conciliabules, complotages et mesquineries" en tous genres. Bien sûr c'est une présentation caricaturale, de parti pris et, j'en conviens, excessive. Mais on ne secoue pas le cocotier avec son petit doigt (proverbe de l'Utopie septentrionale). Tout compte fait, suis-je si loin de la réalité? Si vous trouvez que mon propos est péremptoire, je ne vous contredirai pas. Face à l'insupportable, je préfère quelques certitudes. Chers lecteurs et lectrices, permettez que je reprenne mon souffle après cette présentation sans fioriture. Mais je ne vais pas me refaire; j'aime bien le verbe abrupt, la vivacité du propos, l'échange franc et sans détour, le geste persuasif éventuellement et si nécessité.

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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, ladies and gentlemen, le rideau va se lever, et le spectacle pourra commencer. C'est une histoire de femmes et d'hommes; la chanson française est au cœur du récit, car le spectacle a été constitutif de beaucoup d'éléments de ma vie. C'est l'histoire de Léon et Yvonne, de ma famille, de mon enfance. Ces années ont largement contribué à me construire et à faire ce que je suis aujourd'hui. Je peux vous en faire le récit car ce sont mes souvenirs, ma vie, "mon ressenti de jeunesse" comme on dit en "bien-parler". C'est ma vision d'enfant, d'adolescent, d'un enfant derrière la scène qui a eu la chance de vivre une histoire extraordinaire, des années au cœur de la création artistique, de la vie d'artiste. Vie du spectacle, chansons de la vie. Comme auteur, je me sens complètement responsable de mes écrits et irresponsable de mon imagination qui est une façon pudique de raconter mes vérités, de me permettre quelques petits clins d'œil à la vie, à des scènes que j'aurais aimé vivre... Il n'est jamais trop tard. Je vous laisse le soin de faire le tri, non pas pour démêler le rêve et la réalité mais pour vous efforcer de suivre le récit sur les chemins en lacets que j'emprunte. Préparez-vous pour le voyage car je vous emmène dans les Pyrénées, dans une petite commune montagnarde de l'Ariège, du Haut-Couserans, au pied du massif des Trois Seigneurs 1.

Le Pic des Trois Seigneurs (2199 mètres d'altitude) est situé dans le département de l'Ariège, dans le Haut-Couserans, au-dessus de l'Étang de l'Hers accessible par Saint-Girons et Massat. Il

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Montagne et rugby

Commune du Port. Nous sommes dans la maison de montagne de Régine, ma compagne. C'est une maison de pierres et de lauzes, rude et ensoleillée. On ne peut y accéder qu'à pied. Il faut la mériter, la conquérir, cela fait son charme et l'envie d'y être. C'est le Sud, les montagnes qui chantent, solides et sans esbroufe. Faisant référence à ma compagne, comment ne pas évoquer son père: Geo, dit Piccata. Je me suis trouvé en accord avec lui sur l'idée du témoignage. Pour nous deux, l'échange, le verbe, l'écrit sont d'importance pour transmettre. Lors de nos rencontres, nous ne nous en privions pas, même si parfois notre dialogue pouvait être difficile vu la profusion de paroles et d'envolées. Mais pour lui, le témoignage passait également par la pierre. Enfant de la montagne, de l'Ariège, il s'était attaché à faire vivre ces maisons, les petits chemins empierrés pour y accéder, les murets bordant les terrains. La notion de propriété était la dernière de ses préoccupations. Ce qui l'animait, c'était de nous laisser les témoignages de vie de celles et ceux qui, avant lui, avaient vécu et travaillé dans cette petite vallée de la montagne ariégeoise. Sa vision n'avait 13

rien de passéiste; elle se situait plutôt dans une volonté de continuité, de transmettre, une posture de passeur comme le magnifique geste de la passe au rugby. Car parler de cette maison, de Geo, des soirées passées, c'est inévitablement parler du rugby. Geo avait eu plusieurs amours dans sa vie, mais la belle balle ovale lui avait tourné la tête. Il en parlait avec amour, passion et respect et m'avait fait découvrir la beauté et l'intelligence de ce sport. Petit Parisien, je n'avais pas croisé le rugby dans ma jeunesse et, à défaut d'ovalie, avais flirté avec la rondeur du ballon de basket. Alors que son mariage avec le rugby était tumultueux et charnel, ma passion rugbystique restait platonique et je le jalousais. Homme rigoureux et exigeant sur les principes et l'éthique sportive, il était admiratif du beau geste. Il savait que, pour atteindre le haut niveau, il fallait accepter le sacrifice, la douleur. L'athlétisme avait été son premier amour de jeunesse, le rugby était sa passion. Joueur, il avait fait partie, avec les frères Prat et d'autres excellents joueurs, du quinze mythique de la grande époque du Football Club Lourdais!, dans les années d'après-guerre.

Le Football Club Lourdais, grand club de rugby français dans les années d'après-guerre. 8 fois champion de France. Des grands noms du rugby y ont joué: Jean Prat, Maurice Prat, Jean Gachassin, Robert Sara, Michel Crauste, Claude Lacaze, Pierre Berbizier, Jean Garuet. Georges Bernadet a été champion de France avec le FCL en 1948. 14

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Ensuite, dirigeant et entraîneur du Stadoceste Tarbais l, Piccata, puisque tel était son surnom, avait fait germer de jolies pousses sur le terrain Jules Soulé de Sarrouilles, l'ancien terrain de Tarbes. Entraîneur de l'équipe première durant plusieurs années, il était très attaché à la formation de jeunes joueurs et avait fondé l'école de rugby du "Stado". Sur ce terrain, lorsque vous regardiez entre les poteaux, vous deviez voir les cimes enneigées des Pyrénées, le Pic du Midi de Bigorre en point de mire. Dans de telles conditions, le buteur de l'équipe jouant à domicile ne pouvait pas rater la transformation de l'essai. Quant à l'équipe visiteuse, la montagne est capricieuse et troublante. Geo m'avait expliqué tout cela en détail et chez lui le normal était déjà long, alors le détail... Geo était un intarissable et incorrigible bavard. Pour moi, selon ma culture, il théorisait sur le rugby tel un étudiant d'une école rabbinique le fait pour le talmud. Je me rappelle ses derniers jours. Je suis dans sa chambre à l'hôpital de Tarbes. Une attaque cérébrale l'a contraint à poser sa vie et à attendre que celle-ci s'éloigne progressivement. Les circonstances nous empêchent d'échanger la moindre parole. Le lecteur de CD fait entendre la voix du bel Yves Montand, nous emmenant galoper dans les plaines du Far West ou au bord du ring avec Battling Joe. Je pense pourtant qu'il préférait les terrains de rugby aux dites plaines. Quelques jours plus tard, Geo, le numéro 15, fait

Le Stadoceste Tarbais, club de rugby créé en 1901. Il a été 3 fois champion de France. Quelques grands noms du rugby français ont joué dans ce club: Philippe Dintrans, Pipiou Dupuy. Georges Bernadet y a créé l'école de rugby en avril 1960 puis a entraîné le "Stado" de 1961 à 1967.

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