Descartes

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Entre autres privilèges, Descartes eut celui de susciter de son vivant passions et légendes. Aussi les biographes s'attachèrent-ils très tôt à retracer la vie de ce philosophe qui déclarait lui-même : " Je m'avance masqué. "
Mais plus de trois siècles ont passé depuis le dernier d'entre eux, Adrien Baillet, qui publia en 1691 une Vie de M. Descartes sur laquelle on a continué de faire fond jusqu'à aujourd'hui.
Publié le : mercredi 4 octobre 1995
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EAN13 : 9782702152034
Nombre de pages : 374
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TABLE DES MATIÈRES
PROLOGUE 7
LES BIOGRAPHES DE DESCARTES. 11 Lipstorp et Borel ; Baillet ; Adam ; Cohen. Quelques études subjectives sur l’homme Descartes.
CHAPITRE I. FAMILLE ET ENFANCE. 17 Naissance en Touraine ; famille poitevine (médecins ; père conseiller au Parlement). — L’acte de baptême. À la campagne. Un amour d’enfance.
Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre
 
 
 
 
 
© Calmann-Lévy, 1995
978-2-702-15203-4
DU MÊME AUTEUR
L’Inconscient et le cartésianisme,L’Individualité selon Descartes,Nicolas Malebranche,La Morale de Descartes,L’Œuvre de Descartes,Descartes,L’Anthropologie cartésienne,
Regards sur l’art,
PROLOGUE
ené Descartes est né le 31 mars 1596 : quatre siècles nous séparent de cet événement, quatre siècles scandés par de multiples célébrations, comme il est d’usage lorsqu’il s’agit de philosophes, d’écrivains ou d’artistes célèbres. Mais Descartes est sans doute le seul dont une œuvre, le ait été honorée dans le monde entier pour le tricentenaire de sa parution, en 1937, et encore cinquante ans plus tard : deux séries de conférences, réunies chacune en un copieux volume, ont paru à Paris en 1987, suivies d’autres en Italie, au Japon, aux États-Unis... En 1937, outre de nombreuses publications, jusqu’en Amérique du Sud, le Congrès international de philosophie à Paris, intitulé « congrès Descartes », lui consacrait trois volumes de communications. Le 31 juillet, en son discours d’ouverture, Paul Valéry saluait « ce grand homme » dont « la pensée » traduit « les caractères les plus nets et les plus sensibles de l’esprit français » ; et il concluait sur « ce magnifique et mémorable moi » mis en scène dans le RDiscours de la méthode,abDiscours.
De fait, l’œuvre s’adresse à tous, afin d’aider chaque lecteur à développer, grâce à la méthode, la raison égale en tous les hommes. Il est écrit en français, afin d’être accessible à ceux qui ignorent le latin : autrement dit la plupart des femmes, ainsi que les simples qui n’ont pas étudié dans les écoles — Descartes n’a-t-il pas lui-même orienté un de ses valets, et un cordonnier voisin, vers les plus hautes mathématiques ? Le philosophe présente ainsi sa propre histoire, sans s’arrêter aux détails personnels : il la raconte comme une « histoire », ou « fable », dont tout lecteur peut tirer pour lui-même une leçon.
Une biographie du philosophe doit éclairer certains points, proprement historiques et souvent mal connus, mais aussi s’efforcer d’approcher cette personnalité exceptionnelle. Vigoureux et rigoureux, sûr de lui jusqu’à mépriser trop souvent ceux qui refusent ses interprétations, Descartes s’est aussi montré patient, capable de surmonter les différends dès qu’une bonne volonté se manifeste, accueillant aux gens de condition modeste, désirant s’instruire, chaleureux en quelques profondes amitiés, tout en fuyant comme importuns les curieux et les conversations purement mondaines. La « franchise » qu’il fait « profession d’observer en toutes ses actions », « sans aucune dissimulation ni artifice », vient après cet aveu : sa « principale finesse » est de n’en point avoir.c
dab
Principes de la philosophie,e
Les points historiques à préciser concernent surtout la jeunesse, la condition familiale et la résistance de René à prendre comme son père puis ses frères une charge juridique, pour acquérir après trois générations le grade de chevalier. Après A. Baillet, principal biographe de Descartes, beaucoup ont cru cette noblesse déjà acquise, ce qui aurait orienté le cadet vers l’armée. L’erreur de Baillet sur les dates de la scolarité à La Flèche, d’abord reprise dans l’édition Adam-Tannery, puis mal corrigée, fait méconnaître le nom du professeur de philosophie, alors que des documents sérieux ne laissent aucun doute : entré à Pâques 1607, après l’arrivée de son parent le père Charlet, René a quitté le collège en 1615. En avançant ces dates d’un an, Adam peut supposer qu’il a passé deux ans à Poitiers, où il aurait étudié la médecine en même temps que le droit : or le jeune Descartes n’éprouvait que dédain pour les richesses amassées par ses aïeux médecins ; et il ne commence à s’intéresser à la médecine qu’à la fin de 1629 quand il s’y adonne pour la transformer et la faire progresser. Mieux valait rappeler les documents sûrs plutôt que d’engager à chaque fois des discussions avec les défenseurs de ces vues contestables. C’est pourquoi, après ce prologue, nous consacrons une note annexe aux principaux biographes, que nous évoquerons plus rapidement à l’occasion (sans qu’il soit nécessaire de la lire avant le chapitre I). Nous y évoquerons aussi plusieurs études assez récentes qui, sans être proprement biographiques, refusent le Descartes de Baillet, chrétien sincère, mais homme comme les autres, avec ses faiblesses. Le « masque » qui occultait pour son entourage sa naissante vocation scientifique, quand il appartenait encore à l’armée, serait-il celui d’un libertin prudent ? Témoignerait-il au mieux de l’esprit critique français par l’ampleur accordée au doute ? En suivant attentivement la progression de Descartes en ses audaces, nous pensons plutôt que sa première originalité est précisément d’avoir exacerbé ce doute pour y mettre un terme.
Et, surtout, n’aurait-il pas entrepris sa métaphysique pour contredire les athées qui ne voyaient de certitude que dans les mathématiques ? Aucun de ses biographes n’avait mentionné les derniers mots de Maurice de Nassau, son ancien chef, quand, interrogé sur sa foi, il répondit : « Je crois que 2 et 2 sont 4 » ; cette même déclaration est mise par Molière dans la bouche de Dom Juan... La fin de notre chapitre VII tentera d’éclairer la « religion de Descartes ». L’épilogue renverra aux principales images que nous a laissées la postérité : portraits, prolongements de sa philosophie dans une école cartésienne largement infidèle, tandis que ce « père de la philosophie moderne », qualifié de « héros », engendre un idéalisme encore plus original. Puissent ces échos prolongés d’une ardente poursuite de la vérité nous inciter à relire ce Descartes puissant et généreux, qui nous invite tous à faire le meilleur usage de notre liberté.
LES BIOGRAPHES DE DESCARTES
Trois ans après la mort de Descartes, deux petits ouvrages en latin présentent une brève biographie. L’Allemand Daniel Lipstorp, après avoir exposé des « Exemples » de sa philosophie, touchant surtout la science () consacre vingt-cinq pages à sa vie ; texte que Charles Adam trouve d’« une valeur inappréciable » par le choix des documents recueillis auprès d’amis néerlandais. Certes, Lipstorp, avec les premiers biographes, surestime l’ancienneté de la noblesse familiale ; mais, tout en sachant que le père de Descartes est poitevin, il connaît le lieu de sa naissance à La Haye en Touraine. Cela permet à l’autre biographe contemporain, Pierre Borel, de corriger, dans la seconde édition de son dès 1656, ce lieu, d’abord fixé à Châtellerault, qui était bien le domicile familial. Comme Lipstorp, il donne l’épitaphe composée par Chanut pour le tombeau du philosophe à Stockholm ; il en tire même une suggestion intéressante pour l’interprétation de ses premières découvertes, que nous tenterons de préciser. Tout n’est donc pas si mauvais en cet , généralement critiqué pour sa manie d’envoyer Descartes à tous les grands sièges de l’époque. En fait, après sa sortie du collège à dix-sept ans, ce qui n’est guère moins inexact (à un an près, Descartes étant né en 1596) que la date de 1612, donnée par Baillet, et longtemps adoptée, Borel sait que le jeune homme s’est engagé aux Pays-Bas comme volontaire, ce qui lui a valu la seule pièce de monnaie (un « doublon ») qu’il ait jamais touchée. Puis, en quelques lignes, et sans préciser aucune date, il accumule les deux sièges de Breda, la bataille de Prague, un siège dans le nord de l’Italie, enfin celui de La Rochelle , ce qui tend à rendre ce dernier aussi douteux que les précédents. Mais son principal informateur est Villebressieu, qui peut-être y avait accompagné Descartes : les points les plus discutés ne sont pas toujours les plus contestables... Borel publie aussi l’inventaire des manuscrits trouvés à Stockholm, et les éditions d’oeuvres posthumes, tout en mentionnant les écrits des premiers disciples. Et, un an avant l’édition du tome I de la par Clerselier (1657), il traduit en latin plusieurs lettres, ou extraits, de Descartes à Mersenne, et une à la princesse Élisabeth. Enfin il rend hommage à Lipstorp.Specimina...,1Abrégé de la vie de Descartes2,fAbrégéghCorrespondancei
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