Différente

De
Publié par

Alix est une petite fille comme les autres, jusqu’au jour où elle découvre l’horreur. Comment passer alors de l’enfance volée, violée, à l’adolescence, puis à la vie tout court … ?

Elle nous raconte tout d’abord son enfance, avec son frère, puis les brimades qu’ils ont subies ensemble pendant leurs « vacances » chez leurs grands-parents. Alix est ensuite plongée dans une souffrance plus personnelle, plus intime et tellement plus profonde. C’est avec des mots d’enfant qu’elle évoque enfin, adulte, ces moments à la fois lointains et à jamais présents.


Publié le : lundi 1 janvier 2007
Lecture(s) : 68
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998629
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
L’ENFANCE … l’enfance elle a pris l’cap pour d’autres paysages où les humeurs dérapent sur des mots de passage, l’enfance elle s’est tirée dans un drôle de pays, où les mots sonnent faux… … mais que va-t-on devenir ? I l faut bien commencer par elle puisque c’est l’instigatrice de toute notre vie. Pour Alix, c’est elle qui a fait naître sa différence, qui l’a nourrie, soignée, bichonnée de telle sorte qu’elle se sente bien avec elle. Mais quels souvenirs a-t-elle vraiment de cette enfance ? Ses premiers vrais moments construits, bien enfouis dans un coin de sa tête, sont ceux partagés avec son frère, Denis. Tous deux n’étaient pas des enfants désirés. Alix a toujours entendu sa mère, Marie, dire qu’elle les avait eus trop tôt — à 20 ans —, et qu’ils lui avaient gâché sa jeunesse. Elle a épousé René, son aîné de cinq ans, un 14 juillet, et Alix est née en mai de l’année suivante. Denis quant à lui arrive seize mois après, handicapé de la jambe droite. Ils sont arrivés depuis peu d’Alsace d’où René est originaire. Marie ne s’y plaisait pas et comme ses parents habitaient depuis des années à Charenton, dans le Val de Marne, ils les y ont rejoints. Alix et Denis sont nés tout près, à Saint-Maurice. Marie raconte souvent les trajets qu’elle devait faire à pied avec Alix dans sa poussette pour aller à la maternité voir Denis, resté pendant plusieurs semaines en observation après sa naissance.
9
La petite famille vit dans une loge de gardiens à Charenton. Elle est gardienne et lui, chauffeur livreur, pour une société à Alfortville. Le logement est tout proche des quais de la Seine, Paris n’est qu’à quelques minutes. Bien qu’étant timide et réservée, Alix trouve toujours le courage de défendre Denis à l’école quand il le faut. Elle prend vite l’habitude de jouer aux mêmes jeux que lui et ça lui plaît. Même pendant les récréations, elle trouve bien plus intéressant de jouer au foot et aux billes, plutôt qu’à la marelle et faire la ronde ! Elle a l’air d’un garçon manqué, il faut dire qu’un match de foot en jupe ou en robe, c’est ridicule et impossible ! Denis fait souvent appel à elle pour regagner « à la loyale » les billes et les calots qu’il vient de perdre. Elle est alors très fière de cette intrusion dans le clan des garçons. Tous les gamins la connaissent et s’écartent pour lui laisser la place. Elle n’hésite pas à se mettre à genoux pour être en bonne position. Encore un truc impensable en robe ! Leur parcours d’écoliers est tout tracé et le point de chute se trouve environ à un kilomètre de la maison. Ils n’ont guère plus de six et sept ans lorsqu’ils commencent à partir seuls car leurs parents travaillent tous les deux (on a bien du mal à imaginer ça aujourd’hui !). Le père d’Alix est toujours chauffeur-livreur mais sa mère est à présent aide-comptable. Le tout premier jour d’école, la fille de leurs voisins, bien plus âgée qu’eux, les a accompagnés pour leur indiquer le chemin. Depuis, ils se débrouillent comme des grands ! I l n’y a qu’une seule « grande rue » à traverser et chaque jour, au passage piéton, ils ne manquent pas de faire un bisou à leur copine la contractuelle ! Rien de tel pour commencer la journée ! Ensuite, il n’y a plus de rue importante sur le parcours, c’est tout droit jusqu’à l’école. Ce qui ne les empêche pas de
10
faire une halte à la boulangerie lorsqu’ils ont un peu de monnaie pour acheter des bonbons. Ils doivent souvent faire la queue et attendre leur tour. C’est une vraie caverne d’Ali baba pour les gamins du quartier. Juste à côté, une épicerie vend des graines de pipasol, ces petites graines blanches jaunâtres au goût salé. Alix adore ça, Denis un peu moins. Selon leurs envies et leurs moyens, c’est un coup l’un, un coup l’autre ! Sur le chemin du retour, lorsque c’est la saison, il y a un endroit où ils peuvent cueillir des fleurs de pissenlit. Ils sont ravis de les rapporter à leur mère, elle un peu moins de les recevoir ! Lorsqu’ils ont passé ce minuscule coin de pelouse, commence alors le long mur de la société, qui les accom-pagne jusqu’à la maison. Parfois, ils croisent des collègues de leur mère qui les reconnaissent et leur sourient. Un jour que Denis et Alix font le trajet du retour en chahutant avec un copain, le jeu dégénère un peu, à propos d’une broutille, Alix lance un « merde » sonore au petit garçon. En se retournant, elle se retrouve nez à nez avec une des collègues de sa mère. Cette dernière lui jette un regard noir et, outrée, dit à la personne qui l’accompagne : « Je la croyais pourtant bien élevée cette petite fille-là ! » Alix a honte, mais honte ! Un trou de souris serait encore bien trop gros pour qu’elle s’y cache. Cette réflexion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Denis en profite réguliè-rement pour lui faire le coup du chantage aux bonbons : – Si tu ne me donnes pas la moitié de ton sachet, je répète à maman ce que tu as dit devant la dame. – Dis donc, toi aussi tu en as dit des gros mots ! – Oui, mais l’autre elle ne les a pas entendus ! – Tu as eu de la chance, c’est tout. Au fait, c’est juste pour cette fois les bonbons ? – Je n’sais pas, on verra !
11
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

«Ils me lynchaient en public»

de le-nouvel-observateur

Mes petits secrets

de editions-du-pantheon