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Dis-moi pourquoi

De
358 pages

« La vie ne m’a épargnée dans aucun domaine et je crois qu’elle a le mérite de rester matérialisée grâce à ce livre.


Pour les miens d’abord, qui le liront peut-être, se reconnaîtront sûrement, ou s’insurgeront de mes ressentis.


Et bien sûr, pour vous, chers lecteurs, qui vous sentez aussi seuls et uniques dans vos évènements heureux ou malheureux qui jalonnent votre vie. »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-06842-0

 

© Edilivre, 2017

Préface

La vie ne m’a épargnée dans aucun domaine et je crois qu’elle a le mérite de rester matérialisée grâce à ce livre.

Pour les miens d’abord, qui le liront peut-être, se reconnaîtront sûrement, ou s’insurgeront de mes ressentis.

Et bien sûr, pour vous, chers lecteurs, qui vous sentez aussi seuls et uniques dans vos évènements heureux ou malheureux qui jalonnent votre vie.

Mais, je crois qu’il faut aussi essayer de comprendre « pourquoi » où le fameux mot « MYSTERE » de la VIE, prend son vrai sens.

J’ai aujourd’hui 55 ans, je vous relate mes 38 premières années.

Ces dix-sept dernières années qui suivent sont pleines de rebondissements, d’imprévus, de « sucré-salé », qui, au fond, me donnent encore envie de continuer et de savoir « POURQUOI ».

Rien n’arrive sans raison dans l’existence et les pires moments méritent d’être vécus aussi.

Je dédie ce livre, cette autobiographie aux miens et surtout à mes deux filles Sabine et Séverine que je chéris plus que tout, afin de leur permettre de mieux me connaître, ainsi qu’à mes futurs descendants, à tous ceux qui se reconnaîtront dans des faits similaires, annotés de mes propres réflexions sur la vie.

Chapitre 1
Mes toutes premières années

Je suis arrivée sur cette planète « TERRE », un 16 décembre de l’année 1959, la tête la première, à l’hôpital de Saint Denis, dans la banlieue nord de Paris.

Un an et cinq jours après la venue, dans le même hôpital, de ma grande sœur Annie.

J’ai passé huit mois et demi dans le ventre de ma mère.

Il y avait de la place et moi je faisais déjà des galipettes ; maman a reçu plein de coups de pieds, mais ce n’était pas fait avec de mauvaises intentions !

En effet, ma mère a eu un accident de voiture et, pendant sa grossesse, a fait quatre tonneaux avec moi, ça secoue !!

Enfin, en naissant, j’ai commencé, avant de brailler, et oui, ça c’est légal, à faire pipi la tête en bas, tenue par les pieds par la sage-femme annonçant « c’est une fille ! »

Bah ça commence bien les réflexions, pas une seconde d’éducation, mais je suis déjà jugée.

On me prénomme Martine, comme Martine Carol à l’époque, c’était la mode.

Mes parents, bien sûr ; ils se sont connus au cinéma, car maman accompagnait sa meilleure amie au cinéma avec son fiancé Bernard ; ce dernier du coup, est venu avec son frère aîné Michel. Pas mal, deux couples se sont formés, deux frères et deux meilleures amies.

Maman ne se rappelle absolument pas du film ; peut-être que la salle était baignée dans le noir, mais un écran géant, ça se voit !!

Enfin, toujours est-il que sa mémoire sélective s’est arrêtée à ce que faisait son voisin, papa, qui lui caressait gentiment la main. Que du bonheur ! Le frère de sa meilleure amie !!

Cette histoire a duré, entrecoupée par la guerre du Maroc, évidemment, puis un mariage, ma sœur étant déjà conçue, puis moi, ceci en moins de deux ans.

Papa travaille comme chef de chai, dans le vin quoi, quant à maman, elle est secrétaire de direction trilingue.

L’arrivée de deux bébés n’a pas été facile à gérer et maman a souhaité nous élever, l’instinct maternel. Une famille si vite arrivée et le bonheur avec ; que chercher de plus ?

Mais, ça fait quatre personnes au lieu de deux et plus qu’une seule à travailler !! Ça ne le fait pas pour papa et puis les frais… Généreusement, il achète une machine à laver et un réfrigérateur, qui provoquent joie et bonheur de la part de maman ; mais…

– « Chéri, comment peut-on payer tout ça ? », lui demande-t-elle ? Papa répond :

– « IL ne te reste plus qu’à travailler !!! »

Que d’attentions !!!

Et voilà, la romance s’arrête en butant sur la réalité matérielle. Plus de maman à la maison, tout le monde court partout. Papa change de boulot pour éviter les frais de nourrice, il devient gardien de la paix, dans la police, puis agent de la B.R.I. (Brigade de Recherche et d’Intervention).

Ainsi, il peut travailler la nuit et nous garder le jour, enfin, quand il ne dort pas ! Mais il dort peu.

La machine est en route, presque bien huilée, pas pour tout le monde. Ma sœur et moi, nous nous trouvons souvent seules, elle, avec ses « un an de plus », est déjà la responsable !

Ah que non ! Je lui fais les quatre cents coups : pipi sur la chaise de la cuisine, les doigts dans les prises (une seule fois ! j’ai eu plus mal que la peur que je lui ai causée).

J’ai un besoin énorme que l’on s’occupe de moi et, après tout, on dit qu’Annie est la grande, on lui fait confiance, et pas à moi.

Nous allons à la maternelle toutes seules avec la clé de la maison pendue au bout d’une ficelle autour du cou.

Notre maison ? Papa et Maman ont acheté rue Eugène Cas à STAINS une maison en viager, occupée par une vielle dame seule.

Une toute petite maison datant de la guerre, deux pièces cuisine, au fond d’un très grand jardin en longueur, avec une allée centrale en ciment.

En attendant, nous habitons le même genre d’habitation, la rue des beaux sites, à côté, que mon grand-père a construite pendant la guerre, tout seul, et que ma grand-mère maternelle a mis en vente, ce qui fait beaucoup de peine à maman.

Tous les dimanches, c’est un rituel, nous allons prendre le goûter chez cette vielle dame, madame SIBEAU et nous lui apportons des chocolats ; il paraît que les personnes âgées adorent ça.

C’est pas marrant : ma sœur et moi devons être sages, ne pas parler ni interrompre la conversation des adultes, mais n’avons rien pour nous occuper que d’écouter les grands parler de tout et de rien.

Le souvenir de ces moments me laisse un froid dans le dos. Devoir ? Hypocrisie ? En tout cas, aucun sentiment de générosité ni d’amour envers cette femme, chez qui, tout sent le vieux, le passé, et où le temps ne passe plus.

Sa famille, et même ses enfants, ne viennent plus la voir, elle est vraiment seule, alors peut-être attend-t-elle ses chocolats du dimanche ?

Pour papa, cet achat en viager occupé est une bonne affaire en fonction de l’âge de la propriétaire et une « tête » seulement. (Eh oui un viager sur deux têtes est beaucoup moins intéressant).

Mais son projet tarde plus qu’il ne l’a prévu, notre solution de logement n’avance pas et plus c’est long et plus c’est cher.

Mémère a même déjà vendu sa maison et nous voici habiter dans son nouvel appartement de Sarcelles pendant six mois en attendant que la situation se décoince.

Voilà qu’une idée germe dans la tête de papa. Ce terrain est divisible et a un coefficient de construction énorme, cela il l’a su au service technique de la mairie.

Il suffirait que Madame SIBEAU soit d’accord ; cette pauvre dame dont personne, à part nous, ne s’occupe.

Nous pourrions construire une maison sur l’avant du terrain en étant près d’elle, et le tour est joué dit papa ! Plus besoin d’attendre son décès !

Et Madame SIBEAU est d’accord, trouvant que ça mettrait un peu de mouvements dans sa vie.

Eh oui, le viager c’est morbide, c’est pas à la portée de tout le monde d’acheter un bien dans ces conditions ! Mais papa est malin, il prévoit, fait mieux que les autres !

Voici un gros projet qui se prépare ; ça bouge beaucoup à la maison, ça s’affaire.

Des gens en costumes ont des rendez-vous avec papa, étalant des grands papiers sur la table de salle à manger. Maman, plus discrète, est à ses côtés. Décidément, les grands ne s’intéressent pas aux mêmes choses que moi. Déjà, du haut de mes quatre ans, je préfère mes dessins de maison.

Ceux des grands sont faits à la règle, vus du dessus avec des chiffres partout. C’est pas beau et ça sert à rien, mais qu’est-ce que ça les intéresse !

Tout est chamboulé chez ma grand-mère. Papa et maman sont agités, comme si quelque chose allait arriver, mais quoi ?

Ma sœur et moi ne sommes pas au courant. Il y a une ambiance bizarre et nous ne comprenons rien, mais nous ne posons pas de questions : c’est une affaire de grands.

 

Puis un jour, pas un dimanche cette fois, nous allons chez Madame SIBEAU et il y a un grand trou dans le jardin devant sa maison.

De gros camions, avec une pelle devant, comme une pince de crabe, creusent un trou géant, les engins sont énormes et bruyants et l’attention n’est plus pour la dame aux chocolats du dimanche, mais pour ce gros chantier !!

C’est « Notre » maison, nous dit-on, avec joie ! Ces autres messieurs en bleu de travail qui s’affairent, ces drôles de dessins sans âme sur la table de salle à manger et ces monstres géants qui creusent c’est pour « notre maison » ?

Ah bon, moi je ne vois pas la fumée qui sort de la cheminée, la porte et les fenêtres, mais bon, encore ce monde des grandes personnes !!

En tout cas c’est le sujet de conversation principal à la maison. La vie a changé, des nouveaux soucis et projets, on ne parle plus de ce que l’on fait, mais « d’après, quand on l’habitera ».

Pour moi ça ne veut rien dire du tout, ma vie a changé comme si je n’y étais plus, c’est vide, comme lorsque l’on regarde un film sans être acteur, mais bon.

Une grosse ombre au tableau : Madame SIBEAU est partie au Ciel sans nous dire au revoir, comme ça, sans prévenir, sans rien dire.

Déjà, pourquoi au Ciel, on ne peut pas y tenir ! C’est la première personne que je connaisse qui va là-haut, comme si c’était normal.

Mais moi, je ne vois que du ciel qui passe du bleu au gris le jour, et au noir, la nuit, en plus, elle ne nous a pas dit au revoir.

Dommage, je l’aimais bien même si elle était triste.

Sa maison est vidée sans ménagement, par des gens que je ne connais pas, ses enfants d’après papa.

Moi, je suis triste, mais personne ne parle d’elle, ni ne s’aperçoit de ma peine, même si nos dimanches vont être vides. Décidemment je ne comprends pas tout des grandes personnes.

En revanche, il n’y a pas que nos dimanches qui changent, mais notre vie entière. Nous emménageons dans sa maison vidée et bonheur, gaîté, agitation, travaux occupent notre quotidien.

Je n’y comprends rien, on m’avait dit que la maison en construction était pour nous et quand Madame SIBEAU fait un voyage extraordinaire qui ne dérange que moi, on habite chez elle !

Papa refait tout dans cette maison ; j’ai un papa bricoleur, il sait tout faire. La cuisine est petite et de couleur jaune pâle, mais ce qui me gêne, ce sont les toilettes dehors, en haut de l’escalier. Je n’aime pas y aller il y fait froid !

Papa casse tout dans le jardin, car il y a des clapiers au fond de celui-ci, et dit que c’est pour mettre des lapins, mais on n’en a pas et en plus, c’est mieux, car ça fait peur. C’était sombre et maintenant il y a plus de lumière et de place.

Il laisse heureusement, grâce à l’intervention de maman, une cabane de jardin en bois peint en vert.

C’est génial ! Mis à part les outils et autres de papa, Annie et moi y faisons notre maison à nous, avec la dînette et nos poupées. Nous faisons le coin repas, cuisine et chambre à coucher.

Il y a même une avancée, en terrasse couverte, avec du bois en croisillons, où nous passons de bons moments, quand il fait beau, afin que nos bébés prennent un peu le soleil.

Chapitre 2
Ma maternelle

L’école ? J’adore ça, Annie, quant à elle, beaucoup moins. La maternelle ! Oui, pas loin de la maison, huit cents mètres environ et uniquement l’avenue Jean JAURES à traverser.

Là je dois donner la main à Annie qui me la prend avec autorité et responsabilité. Et oui, c’est elle la grande et ça, ça lui plait… tant mieux pour elle, mais moi, je ne lui facilite pas la tâche, je suis une vraie bourrique !!

Les plafonds des classes sont beaucoup trop hauts à l’école. On dirait qu’ils font dix fois ma hauteur.

Les fenêtres aussi, toutes en hauteur et ces rideaux épais en tissus bleu marine me donnent des angoisses ; pourquoi on fait si grand pour des petits ?

Je n’ai toujours pas compris pourquoi, mais on garde ce genre de détail dans ses souvenirs de la petite enfance, tout parait géant.

J’ai une maîtresse, il y a plein de filles et de garçons de mon âge dans ma classe et certains sont plus agréables que d’autres. J’ai des copines et juste un amoureux.

Nous nous regroupons par affinités, jouons, causons et c’est ce qu’appellent les grands « l’amitié » ; J’adore ça !

En revanche, la première année, quand les parents travaillent nous mangeons déjà à la cantine et ça veut dire que nous restons à l’école l’après-midi et même jusqu’à la fin de la garderie, c’est long !

D’autres enfants ont leur Maman à la maison.

L’après-midi, on nous couche dans des lits en toile bleu marine, avec par-dessus une couverture qui pique. Les grands rideaux bleu marine sont fermés et on nous distribue des boules de coton !

Bien sûr que j’en prends une, comme les autres, mais pour quoi faire ? Je regarde autour de moi dans la pénombre et observe le geste automatique de mes petits camarades.

Ils ferment le poing dessus et plongent leur pouce dans la bouche ; c’est pour mieux téter !!!

Mais ça, à la maison c’est interdit ! Je fais comme les autres, mais je ne sais même pas le faire. Je me griffe le palais avec l’ongle et j’ai une trace de morsure sur le dessus du pouce.

Bon, je prends quand même la boule de coton, mais fini de sucer mon pouce, ce n’est pas bon du tout. Je préfère caresser le bout de mon nez avec.

Annie, je la vois dans la cour, mais elle fait comme si elle ne me connaissait pas.

Devant ses copines, on dirait qu’une « petite sœur » c’est la honte. Elle, c’est une grande, encore plus qu’à la maison, je ne la reconnais pas.

Il y a un bac à sable dans la cour et mes amies et moi adorons dénicher les petits coquillages et les fourrer dans nos poches.

Nous trouvons des coccinelles jaunes, aussi, qui nous occupent énormément ; il faut compter les points noirs de leur dos pour connaître leur âge, les faire courir le long de nos doigts, en les tournant de tous les côtés, afin de voir ces petites bêtes à « Bon Dieu » se déplacer.

Nous avons une cage à poules, dans la cour, où nous adorons nous aventurer, quand nous oublions de demander des pneus de camions, pour faire rouler, à la maîtresse.

Mais quand on fait le cochon pendu, les jupes et les robes couvrent le visage des filles et c’est dangereux.

Eh oui, les filles ne portent pas de pantalons en 1962. Les pneus sont à notre disposition avec des bâtons pour les faire rouler, mais il faut être dans les premiers pour en demander, car il n’y en a pas pour tout le monde et, quand la cloche de la récréation sonne, je cavale vers la cour et oublie presque tout le temps.

Et pourtant j’adore jouer avec ces pneus, car ce n’est pas tous les jours, et oui, il faut le mériter en le prévoyant !

« Prévoir », encore une notion nouvelle que je découvre. En effet, c’est utile toute la vie.

Les journées en classe, sont merveilleuses. Nous apprenons des chansons, nous dessinons, faisons de la pâte à modeler.

Il y a plein de jouets différents et même des « bûchettes », petits bâtonnets de même taille mais de toutes les couleurs, pour apprendre à compter.

Nous commençons à écrire des lettres et à les reconnaître. Il y a toujours quelque chose à faire : des cadeaux pour la fête des Mamans, des Papas, pour Pâques, Noël et qu’est-ce que je suis fière de ramener mes trésors à la maison !

Au printemps, Maman donne à ma sœur et moi de jolis bouquets de pivoines rouges, pour nos maîtresses.

Qu’elles sont belles ces pivoines, fleurs inoubliables de mon enfance et quel plaisir de les tendre à ma maîtresse !

Le gros chantier de devant commence à ressembler à une vraie maison.

Les ouvriers la construisent comme avec des legos gris géants. Arrive le moment des peintures et du ravalement et ils se mettent à chanter sous le soleil.

Je demande pourquoi ils sont contents et papa me dit que ce sont des « ritals », ce qui veut dire moins vulgairement des Italiens. Je ne savais pas qu’un Italien chantait tout le temps, mais c’est très gai.

Chapitre 3
Ma grande école

Et voilà, j’ai cinq ans et demi et étant née en décembre, j’ai l’âge d’aller à la « Grande Ecole », juste à côté de ma maternelle.

Là, je vais retrouver dans la cour ma sœur qui y est depuis un an déjà ; ça m’embêtais de ne plus la taquiner dans la cour, avec ses copines, mais je vais pouvoir recommencer !

Papa prend une photo de nous deux habillées avec des vêtements neufs des pieds à la tête, le matin de la rentrée scolaire, car il est fier de ses filles.

Nous avons des chaussures vernies noires, avec une petite lanière sur le dessus, dont je me souviens encore, car nous les avons achetées à Garges les Gonesse chez Bata, avec Maman et Mémère.

Annie et moi sommes toujours habillées de la même façon. Que c’est agaçant, surtout pour moi qui porte deux fois les mêmes vêtements, en deux tailles et ça me dure plus de deux ans !

On dirait deux prix « nobels » tellement nous sommes fières dans nos habits neufs, car ce n’est pas tous les jours, et surtout moi, car je deviens une grande à mon tour.

C’est bizarre, comme si une nouvelle vie allait commencer pour nous, mais je ne sais pas pourquoi, à part que j’ai grandi que c’est bien et que ça arrive à tout le monde.

Oh là-là !! L’école est encore plus grande, il y a encore plus de monde et les règles ont changé.

C’est du sérieux maintenant. Il y a une sonnerie dans la cour qui me glace les os. Nous devons nous mettre en rang, deux par deux, et par ordre de grandeur, les plus grandes derrière.

Oui, « les plus grandes », car c’est une école de filles, ce n’est plus comme à la maternelle, pourquoi ? Je ne sais pas.

Ce n’est peut-être pas la même chose, on ne m’a rien dit à ce sujet et la seule réponse que j’ai obtenue à cette question est :

– « C’est comme ça, tu es chez les grands maintenant ».

Il faut mettre une blouse, par-dessus nos vêtements, tout le temps, même si on ne fait rien de salissant.

Dans la petite école, c’était seulement lorsque l’on faisait de la peinture.

Les tables sont pour deux, les pupitres en bois, avec un trou à droite de chaque place pour l’encre (qu’est-ce que c’est que ça encore).

Les bancs y sont accrochés et le tout, aligné comme des poireaux dans un potager, sur trois rangées, du bureau de la maîtresse vers le fond de la classe, avec deux allées entres elles.

Je me sens un peu seule et perdue à la fois. C’est la panique à bord ! Beaucoup de mes amies ne sont plus dans les deux rangées correspondant à ma classe dans la cour.

La nouvelle maîtresse nous demande de la suivre et, débute un champ de batailles et des cris. Celle-ci élève la voix. D’un seul coup, plus de bruit, mais je crois que plus rien n’est permis.

Il y a un règlement à suivre à la lettre, sinon c’est la punition. C’est quoi ça encore ? Un ensemble de règles. On m’avait dit que c’était bien de grandir, comme si on le méritait, mais on mérite quoi au juste ?

Enfin, arrivées dans notre classe, chacune choisit sa place en observant les autres, la meilleure copine à la main et en fonction de la fenêtre, du radiateur, du devant ou du fond de la classe, sans bagarre aucune.

Chacune s’y retrouvant, d’après une espèce « d’instinct ». Moi aussi, d’ailleurs, j’ai fait un choix inconscient, mais un choix quand même : Devant le bureau de la maîtresse, parce que c’est « Ma Maîtresse », mais je n’ai plus de copine dans ce nouveau groupe.

Celle-ci frappe plusieurs coups répétés avec le bout de sa règle en fer sur le coin de son grand bureau, afin d’obtenir notre silence complet et notre attention.

Il faut entendre les mouches voler dit elle sèchement, et ça fonctionne. Difficilement au début, puis, après les plus récalcitrantes obtempèrent à leur tour, afin de ne plus se faire remarquer.

Elle parle beaucoup plus cette maîtresse-là, plus qu’à la maternelle, mais c’est encore plus intéressant ! Elle nous apprend plein de choses.

En plus, dans le trou sur le pupitre, il y a un pot et elle le remplit d’un liquide noir, c’est de l’encre. On s’en sert avec le truc bizarre, que Maman a mis dans ma trousse, c’était demandé sur la liste : un porte-plume avec une plume qui pique et qui est fendue en deux ; mais pas une plume d’oiseau !

Il y a un grand tableau noir au mur, pliant en trois parties, derrière le bureau de la maîtresse, avec une gouttière en bas de celui-ci, afin de poser des craies de toutes les couleurs et l’éponge humide pour effacer. Elle nous demande de sortir notre cahier. Qu’il est beau le mien ! Maman me l’a acheté à la librairie qui fait l’angle de la rue.

D’ailleurs, la fille de la librairie est dans ma classe et nous ne nous connaissions pas avant l’école. Elle est gentille, mais elle a des « feuilles de choux » à la place des oreilles…

La maîtresse écrit sur le tableau une belle lettre ; la lettre « a », en minuscule. Puis elle nous montre une page de cahier et explique à quel endroit nous devons la recopier, entre les deux lignes bleues.

Il ne faut surtout pas dépasser et bien arrondir la lettre. Puis nous avons une explication sur l’utilisation du porte-plume et de l’encrier.

Ça y est, c’est à nous d’essayer : tremper la plume délicatement dans l’encrier, bien viser entre les deux lignes bleues, bien arrondir le cercle du « a », sans dépasser, jusqu’au bout de la ligne.

Ma tête est penchée sur le côté et le bout de ma langue est coincé entre mes dents ! Mais le résultat est là ! C’est réussi !

Dans les grandes allées, entre les rangées de pupitre, la maîtresse se promène lentement, les deux mains dans le dos, déposant un regard sur nos travaux, donnant quelques conseils ou faisant des compliments à certaines d’entre nous.

Puis il faut prendre le buvard de couleur, le poser délicatement sur la feuille où l’encre n’est pas encore sèche et appuyer avec la main bien à plat dessus sans bouger.

Je suis fière de moi, mais elle n’a rien dit en passant.

Les journées passent vite, nous apprenons tellement de choses intéressantes et il y a de moins en moins de brouhaha dans la classe.

Déjà, nous ne sommes que des filles, c’est beaucoup plus calme que les garçons et toutes écoutent. Bien sûr nous chuchotons avec la copine d’à côté et ça, la maîtresse l’entend tout de suite.

La semaine suivante, c’est déjà différent. Je ne sais pas pour quelle raison, mais je crois que nous sommes toutes punies, d’un seul coup, le matin, avant de nous asseoir.

Nous devons rester en rang, devant la porte dans le couloir, où nous accrochons notre manteau sur la patère qui porte notre prénom.

Un graphique à la main, indiquant des rectangles, en rangées, représentant nos pupitres, elle nous appelle une par une en nous désignant une nouvelle place.

Et là, c’est le drame : elle n’a pas dû le faire exprès, mais aucune d’entre nous n’est contente : Nous n’avons plus de repère, ni sa copine à côté…

Les visages blêmissent et nous nous dévisageons, nous tortillant de tous les côtés, afin de retrouver la distance avec sa compagne du premier jour. Alors que des affinités s’étaient déjà créées !

Celles qui avaient choisi le devant de la classe se retrouvent au fond et celles du fond devant ! Ce sont les plus dissipées en plus, alors c’est la panique, comment écouter la maîtresse !

Il faudra que je me concentre encore plus, mais finalement, on entendrait bien les mouches voler après quelques heures !

Les matinées et les après-midi sont entrecoupés de la sonnerie de l’école qui nous indique que c’est l’heure de la récréation.

Pas de panique ! Tout dans le calme jusque dans la cour ! Où là, comme nous avons le droit, nous poussons des cris effroyables et courrons dans tous les sens.

La première chose à faire est de retrouver sa copine parmi toute cette foule.

La mienne, c’est Catherine ; elle habite juste en haut de ma rue et ça, avant l’école je ne le savais pas non plus.

Oh ! Annie est là ! Alors je vais lui présenter mon amie, mais en me voyant, sa tête change devant ses copines.

Elle n’a pas l’air d’être enchantée de me voir, puis me prend à part et me dit :

– « Arrête de venir me voir, c’est la honte, en plus tu parles comme un bébé, alors laisse les grandes et ne t’occupe plus de savoir où je suis, d’accord ? »

J’ai mal au ventre, je ne sais pas ce que j’ai fait. C’est ma sœur et c’est comme s’il ne fallait pas que ça se sache, pourquoi ? Pour qui ? Je me sens perdue.

Catherine, qui n’a pas de grande sœur, ne comprend pas pourquoi non plus et ne trouve pas de réponse pour me réconforter. Qu’est-ce qu’elle est jolie mon amie avec ses grands yeux bleus !

Moi, j’ai les cheveux très courts, car il paraît que les cheveux longs attirent les poux : des petites bêtes qui grattent tout le temps la tête et ça s’attrape en plus ; il ne faut pas s’approcher d’un pouilleux m’a-t-on dit à la maison.

A l’école, j’aime tout : ma maîtresse, Madame JANOPOULOS. J’avais du mal à prononcer son nom au début mais, maintenant, je l’articule bien.

Tout ce qu’elle nous apprend m’intéresse : lire, écrire, dessiner, faire des frises de couleurs et compter avec les bûchettes.

Elle nous explique comment nous servir de notre ardoise, que maman avait aussi acheté chez le libraire.

Elle pose une question à la classe entière et nous écrivons la réponse sur l’ardoise avec une craie blanche, tendant le rectangle noir vers elle, à bout de bras. Enfin seulement celles qui sont sûres de la réponse, sinon le geste est un peu plus timide !

Chapitre 4
Ma grand-mère Yvonne

Mémère, la maman de maman est maîtresse à Sarcelles et nous allons passer tous nos jeudis chez elle et ça, c’est super.

Elle vient nous chercher à Stains, dans notre nouvelle maison, en « 4 L » bleue marine et nous emmène chez elle à Sarcelles, dans son appartement au rez-de-chaussée d’une grande barre d’immeubles gris en mosaïque.

Nous commençons toujours par nos devoirs, bien sûr. Mémère supervise très bien les travaux de l’une et de l’autre en même temps. C’est une vraie maîtresse, Mémère !

Puis, elle termine par une dictée, pour toutes les deux, en même temps. Annie déteste les dictées, moi j’adore ça et je m’applique encore plus pour lui faire plaisir.

C’est la journée sans école le jeudi et, Annie et moi, jouons aux élèves et mémère, à la maîtresse. Elle est sévère, mais elle nous apprend beaucoup plus de choses encore qu’à l’école, ça me donne de l’avance sur les autres.

Puis, vient l’heure du goûter. Le chocolat est chaud et les tartines de confiture « maison » embaument tout l’appartement.

Ensuite, les choses sérieuses : Les travaux manuels ! Couture, broderie, dessins, peinture et rotin. Elle sait vraiment tout faire, quel bonheur !

Nous arrivons à faire des dessous de plats et des paniers en rotin ! Ça sent bon le rotin humide, il y a, partout dans la salle à manger, dans des seaux d’eau, du rotin trié par grosseurs de fils, car il faut ramollir l’osier pour bien le travailler.

Le temps s’arrête le jeudi chez ma grand-mère dans ce paradis de création.

Chez elle tout est hétéroclite. Elle reçoit beaucoup de cadeaux, de ses élèves qui l’aiment et il y en a ! L’appartement est décoré de toutes sortes d’objets de tous styles, régions et pays, disposés au hasard des places disponibles.

J’apporte toujours avec moi ma poupée « Boucle d’or ». Qu’est-ce qu’elle est belle ! Avec ses longs cheveux blonds et bouclés.

Quand le temps le permet, nous allons ma sœur et moi jouer devant la baie du salon. C’est un parking bitumé, comme ça, nous prenons l’air et sommes bien surveillées.

Evidemment, j’ai toujours avec moi « Boucle d’or » et toutes ses affaires. Annie en fait autant avec ses jouets préférés.

Un après-midi ensoleillé, nous voici assises sur une couverture, à cet endroit, il fait chaud, tout est calme.

A l’heure du goûter, mémère nous appelle par la fenêtre ; nous faisons le tour du bâtiment.

Puis, le goûter étant terminé, nous retournons jouer dehors et là ! Horreur !

Ce qui vient d’arriver restera toujours gravé dans ma mémoire. Boucle d’or a été écrasée par la roue d’un camion qui s’est garé sur notre couverture ! Son crâne est ouvert en deux ! J’ai mal au ventre, je crie ! comment remonter le temps pour empêcher cette scène ?

Ces douleurs dans tout mon corps, ces larmes ? Rien. Je suis encore toute petite et me rends compte que la ligne du temps n’a qu’une trajectoire. On ne peut pas revenir en arrière.

Impossible d’effacer un drame, il ne prévient pas, il arrive, il est là… Et après ? On pleure, on regrette, on en parle, mais rien ne change.

Boucle d’or est devenue un souvenir de tendresse, de joie, d’amour, puis il faut accepter la séparation.

« Accepter », oui, c’est le mot des grands, la différence entre un souvenir et une réalité, le passé, le présent, l’avenir ; un concept jusque là inconnu dans ma vie.

Avec cet événement, je dois comprendre que la vie ne réserve pas que de bonnes choses et encore aujourd’hui, ces sentiments me poursuivent.

Voici les jeudis de mon enfance.

Chapitre 5
Ma famille

Maman a un demi-frère Yvan, mais entier quand même. On dit « demi », parce qu’ils n’ont pas le même père, mais ça ne se voit pas. Il a treize ans de moins qu’elle, alors il joue beaucoup avec nous, c’est du gros chahut en vérité, comme s’il était notre grand frère.

Il fait des grandes études et joue de la guitare.

C’est un hippy, les cheveux longs et la barbe. Papa ne l’aime pas du tout, car ils ont des points de vues contraires sur tous les domaines, et Papa dit avoir toujours raison.

Maman le trouve très décalé, mais est fière de son petit frère et de sa personnalité.

Le papa de maman, Léon, est mort fusillé par les Américains dans une camionnette pendant la guerre, en allant chercher avec mémère et sa sœur Marie en bicyclette du « ravitaillement » sur la route de MEAUX.

C’est ce qu’aujourd’hui on appelle « faire les courses », mais, pendant la guerre ce n’était pas les mêmes mots non plus et il fallait des tickets pour avoir le droit d’acheter et c’était restreint.

La sœur de mémère a crevé la roue de son vélo et une camionnette blanche s’est arrêtée, le conducteur Français leur proposant de les ramener.

Les deux hommes ont monté les trois vélos à l’arrière du véhicule et Pépère s’est assis également à cet endroit, laissant Mémère et Tata Marie à l’avant, sur les banquettes, à côté du chauffeur.

Puis, trois avions américains ont fait des cercles dans le ciel au-dessus d’eux, pendant longtemps, car le conducteur n’avait pas mis le « drapeau blanc », indiquant qu’ils étaient des civils et non des militaires.

Pépère a été grièvement touché, dès le premier passage des avions.

Mémère et sa sœur se sont réfugiées dans le champ de maïs à côté de la route, en essayant, entre les rafales des trois avions, d’ouvrir la porte arrière de la camionnette, afin d’aider Pépère à en sortir. Mais, celle-ci ne pouvait s’ouvrir, la serrure de la porte étant détériorée par une balle.

Mon grand père est décédé, quelques jours après le grand débarquement des Américains. Il avait 33 ans à l’époque et Maman à peine 8 ans. Je ne l’ai donc jamais connu, c’était en Juin 1944.