Dits et non-dits de nos campagnes

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Voici quelques témoignages sur la vie dans les campagnes, des récits recueillis en Vendée, au pays cathare, dans le Jura, les Savoie et les Cévennes. De La lettre du mousse, en Vendée, au Médecin de Cucugnan, en pays cathare, ces riens, ces dits et non-dits de la vie ordinaire, nous font découvrir des personnages pittoresques, prisonniers de traditions et accrochés à des habitudes sécurisantes dans la rudesse de l'environnement.
Publié le : vendredi 1 février 2008
Lecture(s) : 253
EAN13 : 9782336271187
Nombre de pages : 128
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Notre vie est faite de riens. Mais ces riens sont significatifs. Ils peuvent faire l’objet de contes. Une série d’histoires courtes mais presque vraies, dans le style et le contexte qui les ont vu naître, tels sont ces Dits et non-dits de nos campagnes. Le ‘dit’ se raconte et se recueille. Le ‘non-dit’ se tait, mais c’est l’espace où se déroule l’imaginaire. A partir de récits sommaires entendus ça et là, d’anecdotes ou de situations cocasses racontées en famille, j’ai tenté de restituer quelque chose du parler et des usages du lieu. Ainsi ont pris corps des personnages pour la plupart inconnus, venus nous parler, dans leur langage imagé, de leur quotidien et de leurs aventures. Si La lettre du mousse et Voyage de noces font revivre pour nous des coutumes ancestrales que les insulaires n’ont pas oubliées, avec La demande en mariage, les Cévennes nous parlent d’un temps où la vie était aussi rude que ses habitants. Ailleurs, Le docteur et le curé campent des personnages marqués par le devoir et la tradition dans un environnement austère, tandis que L’eau du pastis met en scène une paysannerie sans instruction, 7

cramponnée de toutes ses forces à des riens, à ces manques engendrés par la pauvreté. Dans cette vie âpre et sans fioritures, parfois un épisode inattendu, une réflexion spontanée font affleurer l’humour innocent des gens du terroir. Pas très loin de ce monde révolu, notre quotidien de citadins peut aussi réserver des rencontres insolites. Voici donc des histoires bien de chez nous, ces riens de tous les jours où s’entremêlent le vrai, le vraisemblable et la fiction.

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- Pourquoi vous l’avez laissé partir ? répétait tous les jours la grand-mère sous sa coiffe noire. Un gamin qui apprenait tout ce qu’il voulait ! Pensez donc, à 11 ans, premier au certificat ! Elle savait bien, la vieille Léonie, que si l’aîné des garçons s’était embarqué sur le plus gros chalutier vendéen, c’est qu’on n’avait pas pu faire autrement. N’empêche, de le dire, ça soulageait un peu sa peine. Le lendemain du Certificat d’Etudes primaires, était arrivé le patron de pêche. On le connaissait bien. C’était un homme solide. On avait confiance. Il avait demandé : - Quel âge a-t-il, votre aîné ? - 11 ans, tout juste, avait répondu le père. - J’ai besoin d’un mousse. Il sera bien traité. - Si jeune…? s’était inquiétée la mère. - S’il embarque avec nous, il verra du pays, en apprenant le métier. Logé, nourri, avec sa première solde quand il reviendra. Sinon, qu’est-ce qu’il fera ici, dans l’île ? Et comme les parents du gamin restaient silencieux, le capitaine avait ajouté :

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- On lève l’ancre demain. Au petit jour. Si c’est d’accord, vous savez où me trouver. La journée s’annonçait morne et soucieuse. Le père avait questionné son fils : - Et toi, garçon, maintenant que tu as ton Certificat, qu’est-ce que tu en penses ? Il ne savait pas trop, le garçon. Il était partagé. Partir, c’était quitter la maison, l’île, et l’enfance, il le sentait bien. Mais… rester, c’était attendre quoi ? Une autre occasion de chalut, pour apprendre le métier ? Car la mer, les intempéries, l’absence, c’était le sort de tous les gars, sur l’île. Et puis, quand on a été reçu premier au Certificat d’Etudes, on n’a pas le droit de s’esquiver, sans passer pour une poule mouillée. Alors, un peu plus tôt, un peu plus tard… Pendant les jours qui suivirent le départ du mousse, le père et la mère restèrent silencieux. Ils n’osaient plus se regarder. Il leur semblait que ce fils, ils l’avaient en quelque sorte vendu. Même les petits, ceux qui, d’habitude, couraient autour de la maison sans souci, les petits prenaient parfois un air grave, comme si l’absence du grand frère Yves pesait sur leurs épaules. Et la vie reprit, un peu plus sévère, dans l’attente d’une lettre qui ne venait pas. La mère du garçon, qui, pendant des jours, s’était postée sur le chemin à l’heure du facteur, la mère, maintenant, savait, sans le regarder, que le préposé des postes n’aurait

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