Dix jours à Alger

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Février 2011 : la Tunisie, l'Egypte puis la Libye basculent dans le "Printemps arabe". A Alger, la révolution annoncée se fait cruellement attendre. Dans ce pays où tout le monde parle politique, cette révolution qui joue l'Arlésienne est au coeur des débats. Séjournant à Alger, l'auteur rapporte des réponses qui permettent de refaire l'histoire et rappellent le lien indissociable de nos deux pays, de nos deux peuples.
Publié le : lundi 1 octobre 2012
Lecture(s) : 32
EAN13 : 9782296986060
Nombre de pages : 120
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Christian ViolletDix jours à Alger
Carnets d’un Printemps manqué
Dix jours à Alger
Février 2011 : en Algérie les manifestations prennent de l’ampleur.
Carnets d’un Printemps manquéDepuis quelques semaines, un parfum de jasmin otte sur le Maghreb. La
Février 2011Tunisie, l’Egypte puis, à son tour la Libye basculent dans le « Printemps
arabe ». Pour la presse française, l’Algérie doit suivre leur exemple,
inéluctablement ! Pourtant, sur place, à Alger, la révolution annoncée
se fait cruellement attendre.
Dans ce pays où tout le monde parle politique avec passion, cette
révolution qui joue à l’Arlésienne est au cœur des débats. Des rues
d’Alger à la plage de Mostaganem battue par le vent, roulant dans la nuit
sur l’autoroute vers Tlemcen ou arpentant les ruines ocres de Tipasa
chères à Camus, de multiples rencontres avec des gens, vieux et jeunes,
inconnus, amis ou amis d’amis apportent des réponses qui permettent
de refaire l’Histoire.
Alors, sous le soleil d’un printemps précoce comme sous la pluie
d’un hiver qui résiste, Alger n’est plus seulement le miroir d’une société
douloureusement marquée par des évènements récents. Ville complexe
et paradoxale, Alger la Blanche apporte d’autres réponses qui rappellent
le lien indissociable de nos deux pays et de nos deux peuples.
Savoyard d’origine, professeur dans un lycée d’Orléans, Christian Viollet est
historien, spécialiste du dessin politique de presse, et collabore à Scorbut, le site des
dessinateurs du Canard Enchaîné. Voyageur passionné, il prépare actuellement un
ouvrage sur l’histoire et la mémoire de l’Algérie contemporaine.
Photo de couverture : © Christian Viollet.
Dans le présent ouvrage, les noms et prénoms de
certaines personnes citées ont été modifi és et toute
ressemblance ne serait que pure coïncidence.
ISBN : 978-2-336-00296-5
13,50 € Série Aujourd’hui
Dix jours à Alger Carnets d’un Printemps manqué
Christian Viollet


DIX JOURS À ALGER

Carnets d’un Printemps manqué
février 2011



Ecrire et Voyager


Série. « Aujourd’hui ». Consacrée aux récits
contemporains de voyageurs, cette série accueille
des textes relevant de plusieurs approches :
littéraire ou plus ethnographique.

Série. « Au XIX° siècle ». Cette série présente des
récits de voyageurs du XIX° siècle ainsi que des
journaux, et études biographiques.

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La liste des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr
Christian Viollet






DIX JOURS À ALGER


Carnets d’un Printemps manqué

février 2011














L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-00296-5
EAN : 9782336002965










erAlger, dimanche 20 février 2011. Hôtel Albert 1 , 5 Bd
Pasteur, chambre 721. Il est 1h30 du matin. Hadj vient de
me quitter, non sans avoir voulu inspecter ma chambre,
l’œil mécontent. « J’avais demandé la 720, elle est mieux,
plus grande, et la vue est plus belle. Je vais demander à la
réception que l’on te change ! » La vue est splendide du
balcon de la chambre 721 : à gauche les lumières du port,
juste en dessous, un jardin étagé, avec en son centre un
monument de style néostalinien, et, tout autour, des
immeubles dont la blancheur irréelle transperce la nuit.
Alger, Alger la Blanche à mes pieds… Une brise de mer
assez forte fait claquer au-dessus de ma tête le store de
toile rayée de la porte-fenêtre et apporte jusque dans la
chambre un mélange d’odeurs, odeur de port, huile lourde
et varech, de ville, essence mal brûlée et asphalte humide,
de jardin, herbe coupée et jasmin subtil. Pas sommeil
malgré l’heure tardive, impression de tenir cette ville entre
mes mains, sous un ciel plombé, hostile, où les nuages
s’amoncellent. Excitation de fatigue, envie de pousser
mon lit devant cette porte-fenêtre, de m’allonger à plat
ventre pour tenter de m’endormir en contemplant, comme
depuis un poulailler imaginaire, la scène nocturne d’Alger
la Blanche…
Je ne connais pas Alger et je connais Alger comme ma
poche… Je ne connais pas Alger pour y être venu
7épisodiquement très peu de temps, en escale, une première
fois pour aller dans le M’zab, une autre pour randonner
dans le Hoggar et le Tassili, il y a des années de cela. Je
connais Alger à travers l’histoire récente de la guerre
d’Algérie, des soubresauts d’agonie de la IVe République,
du retour au pouvoir du Général, du « Je vous ai
compris ». Je connais Alger par les livres, récits,
témoignages, études d’historiens, par les photos des pages
de Paris Match feuilletées lorsque j’étais enfant, par les
actualités cinématographiques de l’époque, les
documentaires, les films. Bref, alors que je n’ai passé, au
mieux, que quelques jours dans cette ville il y a plus de
vingt ans, la rue d’Isly, la Grande Poste, le GG, le tunnel
des Facultés et bien d’autres lieux me sont familiers. Je ne
suis pas né à Alger ni dans ce pays, je ne suis pas Pied-
Noir, je n’ai ici aucune racine d’aucune sorte et pourtant
j’ai failli embrasser et serrer contre moi cette vieille
femme en hidjab blanc, front et menton bleuis de
tatouages, qui m’a demandé, alors que je prenais une
photo de la porte d’entrée d’un immeuble du début de
siècle dans Bab el-Oued : « tu es né dans cette maison,
mon fils ? »
Sur mon balcon de la chambre 721, j’ai sorti une
chaise, et appuyé à la rambarde, je contemple cette ville
qui me donne une bonne semaine de vie commune, sans
trop savoir par où commencer. Je suis arrivé depuis moins
de douze heures, et Hadj, venu me chercher à l’aéroport
Houari Boumediene m’a donné le tournis : parlant sans
cesse, conduisant d’une main (vite, très vite), téléphone
portable collé à l’oreille, il m’a emmené de El-Biar à
Hydra, redescendant à Sidi M’hamed, remontant à ND
d’Afrique pour le point de vue sur la ville avant de plonger
sur Bab el-Oued puis de filer le long du port. Je suis
perdu, ne me repère que grâce à la mer aperçue entre deux
virages, entre deux immeubles. J’aimerais me poser un
8moment, m’installer à l’hôtel, prendre un verre, souffler
un peu. Impossible ! Et je ne sais pas encore que nous
allons dîner ce soir chez l’un de ses vieux amis à quarante
kilomètres à l’ouest d’Alger !
Alors sur mon balcon, ivre de fatigue, mais aussi du vin
de Mascara que Sid Ahmed, le vieil ami en question nous
a généreusement servi, j’essaie de faire le point,
d’organiser un programme pour les jours à venir, tout du
moins pour aujourd’hui. L’averse violente qui s’abat
soudain sur la ville, tout en m’obligeant à rentrer, me
procure un peu de cette lucidité qui m’a fait défaut depuis
mon arrivée : inutile de chercher à programmer, à
organiser. Alger décidera.
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Dans l’avion qui m’emmène, le faible nombre de
journaux offerts par Air France à l’entrée de l’appareil ne
m’a laissé que le Figaro et l’Equipe. Le jeune steward au
visage poupin et arrogant à qui je réclame le Monde ou
Libé me répond avec insolence que j’ai déjà un journal !
Interloqué par ce manque de courtoisie, je m’apprête à
répondre, mais mon voisin, jeune beur, look banlieue chic,
m’en dissuade d’un sourire : « Laissez m’sieur, sur ce vol,
y se croient tout permis, c’est plus un avion, c’est une
bétaillère ! » Discussion : il est Oranais, a fait du droit et
de la gestion, n’a jamais trouvé de boulot alors a monté
une « affaire » d’import-export d’un peu tout, textile,
pièces auto, CD, DVD et j’en passe. Pour les taxes
d’importation, il se débrouille, dit-il avec un sourire
entendu. Trabendo, corruption, seule solution selon lui
pour s’en sortir et être respecté en Algérie. Samir a une
morale qu’il me résume en quelques mots : « prendre petit
mais souvent, jouer dans sa cour tant qu’on ne peut pas
jouer dans celle des grands ». Il m’explique qu’il gagne
bien sa vie, que grâce à lui, sa famille ne manque de rien,
mais qu’il se garde de tout signe extérieur d’opulence. Il
me raconte l’histoire de Rafik Khalifa, son ascension et sa
chute : les costumes Hugo Boss et Versace, la banque, la
compagnie aérienne, le sponsoring de l’OM, la
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