Du Djebel aux jeux paralympiques

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"La guerre d'Algérie. Tellement de pages l'ont décrite, tant de témoignages, honnêtes et douloureux, lui ont été consacrés... Et pourtant, le récit d'André Hennaert accroche d'emblée, sans que le lecteur ne puisse abandonner avant d'avoir refermé le livre." Michèle Alliot-Marie.
Une expression maîtrisée, sans maniérisme ou sentimentalisme inopportuns, conduit le lecteur au coeur d'une aventure humaine. Une aventure que l'homme assume avec courage. De l'Algérie au jeux paralympiques, une leçon de vie.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
Lecture(s) : 264
EAN13 : 9782296706446
Nombre de pages : 147
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DU DJEBEL AUX JEUX PARALYMPIQUES

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12765-4 EAN : 9782296127654

André HENNAERT

DU DJEBEL AUX JEUX PARALYMPIQUES Récit

Préface de Michèle Alliot-Marie

Graveurs de mémoire
Dernières parutions Pierre VINCHE, À la gauche du père, 2010, Alain PIERRET, De la case africaine à la villa romaine. Un demi-siècle au service de l'État, 2010. Vincent LESTREHAN, Un Breton dans la coloniale, les pleurs des filaos, 2010. Hélène LEBOSSE-BOURREAU, Une femme et son défi, 2010. Jacques DURIN, Nice la juive. Une ville française sous l'Occupation (1940-1942), 2010. Charles CRETTIEN, Les voies de la diplomatie, 2010. Mona LEVINSON-LEVAVASSEUR, L'humanitaire en partage. Témoignages, 2010, Daniel BARON, La vie douce-amère d’un enfant juif, 2010. M. A. Varténie BEDANIAN, Le chant des rencontres. Diasporama, 2010. Anne-Cécile MAKOSSO-AKENDENGUE, Ceci n’est pas l’Afrique. Récit d’une Française au Gabon, 2010. Micheline FALIGUERHO, Jean de Bedous. Un héros ordinaire, 2010. Pierre LONGIN, Mon chemin de Compostelle. Entre réflexion, don et action, 2010. Claude GAMBLIN, Un gamin ordinaire en Normandie (19401945), 2010. Jean-Pierre COSTAGLIOLA, Le Souffle de l’Exil. Récit des années France, 2010. Jacques FRANCK, Le sérieux et le futile après la guerre, 2009. Henri-Paul ZICOLA, Les dix commandements d’un patron, 2010. Albert DUCROCQ, Des Alpes à l’Uruguay. Un pont entre deux rives, 2010. Edmond BAGARRE, Géologue : une vie de recherches et d’aventures. Afrique, Amérique, Europe, Asie, 2009. Pierre-Alban THOMAS, De la Résistance à l’Indochine. Les cas de conscience d’un FTP dans les guerres coloniales, 2009.

Ce récit est dédié à Monique, mon épouse, compagne attentive des années de mon « second combat », pour ses chaleureux encouragements à la réalisation de ce récit.

Et, en souvenir d’instants mémorables à Alain (Ali) Derouaz, Hervé Ohrensstein, Jacques Clouzet, Pierre Fontanieu Avec ma fidèle et affectueuse amitié.

Sommaire

Préface ........................................................................................9 Avant-propos ............................................................................11 1. Cible manquée et Dahou l’éclaireur .....................................13 2. La grenade et la peur ............................................................19 3. Trois sergents et Ali..............................................................27 4. Formation et stage commando ..............................................35 5. La Ferme Odet et embuscade ...............................................43 6. La grotte et longue marche ...................................................51 7. A propos de la guerre ...........................................................59 8. Une opération et des hommes ...............................................75 9. Souvenirs et rencontres.........................................................83 10. Vannier et la cache mortelle ...............................................91 11. Autres mondes et tristes nouvelles .....................................99 12. Enfance et guerre ..............................................................107 13. Prémonition mortelle ........................................................115 14. Le grand tournant .............................................................125 15. Le second combat .............................................................133 Epilogue..................................................................................143 Remerciements .......................................................................145

Préface
Le départ, les camarades, la première opération, les paysages merveilleux. Les premiers coups de feu, les premiers blessés, le premier mort. Puis, le quotidien, les embuscades, la peur, les bivouacs, les questions sur soi, sur les autres, sur la torture, parfois… les permissions. La guerre d’Algérie, en un mot. Tellement de pages l’ont décrite, tellement de témoignages, honnêtes et douloureux, lui ont été consacrés…. Et pourtant, le récit d’André Hennaert accroche d’emblée, sans que le lecteur ne puisse abandonner avant d’avoir refermé le livre. Il y a d’abord la maîtrise dans l’expression, cette clarté, qui paraît naturelle sans maniérisme, sans sentimentalisme, sans recherche de la formule choc. Cette expression maîtrisée conduit le lecteur là où l’auteur veut l’emmener, là où l’auteur revit tout ce qu’il raconte : l’homme. L’homme capable de donner la mort, l’homme acteur d’une aventure qu’il assume avec courage, l’homme qui, en quelques secondes, se transforme en une silhouette blessée. André Hennaert a eu de la chance. Il n’est pas mort au feu. Sans oublier l’Algérie, son autre combat sera le sport en fauteuil roulant, à un haut niveau. Les hasards de ma carrière politique m’ont conduite du ministère des Sports à celui de la Défense. Dans l’un comme dans l’autre, j’ai croisé des hommes, et des femmes, d’un courage exemplaire. La compétition sportive n’est pas le service des armes, qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême. Mais, dans les deux cas, celui qui s’engage, individuellement et collectivement, choisit l’effort, l’abnégation et le dépassement de soi. C’est cette leçon que nous rappelle ce livre, avec talent. Michèle ALLIOT-MARIE

Avant-propos

J’ai écrit ce récit autobiographique avec le souci de l’authenticité. J’ai fait en sorte, au fil des années qui m’ont éloigné de cette période exceptionnelle, de me remémorer régulièrement les événements que j’ai vécus afin qu’ils restent sincères. Je ne les ai jamais modifiés, ni magnifiés pour les rendre plus spectaculaires ou favorables à mon image. Période exceptionnelle ? Oui, pour beaucoup de jeunes gens qui avaient mon âge, appelés pour un « maintien de l’ordre » devenu… la Guerre d’Algérie. La rédaction de ce récit ne respecte pas l’ordre chronologique de ma présence dans ce très beau pays. La trame s’articule autour de points forts tels que portraits, rapports humains, situations dangereuses, baroques ou drôles et de rares moments de peur. La peur, à ne pas confondre avec la tension, l’appréhension ou une simple poussée d’adrénaline. Relater une telle étape de vie s’accorde avec l’évocation des années d’enfance et de jeunesse. Les silhouettes de mes compagnons vivent en ma mémoire. Ils sont présents avec précision comme les villages, pistes, cours d’eau, montagnes et forêts. La végétation et les parfums de ce pays riche de senteurs marquées y sont associés. Des amitiés se sont confortées et d’autres révélées. La rencontre de personnages exceptionnels a été enrichissante. Tout est imprégné en moi comme les souvenirs d’enfance qui accompagnent toute une vie. Me raconter dans le cadre de cette aventure n’est pas une nécessité psychologique provenant d’un besoin de me libérer de démons inconfortables. « Ma guerre » ne me laisse ni remords, ni regrets à extérioriser pour une tentative d’absolution. Je me suis bien conduit. Si toutefois une situation de guerre le permet totalement. J’ai pu juger de mon comportement au travers du

miroir que représente le regard et la confiance des autres, tout particulièrement de ceux que j’ai commandés. Enfin, après cette guerre, je n’ai pas eu de séquelles qui auraient pu gâter mon sommeil ni modifier mon comportement. Mon équilibre est intact. Ce ne fut pas toujours le cas de jeunes appelés traumatisés d’avoir vécu les affres d’une guérilla. Je ne me suis jamais senti mortifié, amer ou coupable. J’ai simplement été acteur et témoin d’une guerre inutile, comme elles le sont généralement, imposée à de jeunes soldats et à des populations civiles qui subissent des souffrances d’une grande injustice. Me restent cependant des marques indélébiles : la perte cruelle de compagnons et la présence de mon fauteuil roulant, conséquence ultime et témoin impérissable de cette période sans gloire… mais riche de relations humaines et de connaissance de soi ! Un épisode de guerre relaté simplement, non pas au niveau des stratèges politiques et militaires, mais vécu par un sous-officier « appelé » du contingent, au jour le jour des « Grandeurs et Servitudes » des soldats et des petits gradés : de jeunes hommes qui se conduisent avec courage et humilité. A la suite de ce « combat », j’en aborde un second qui est la résultante du premier. Il se déroule cette fois en fauteuil roulant et nécessite aussi quelques dispositions pour tenter de le vivre au mieux. Il mériterait sans nul doute d’être longuement développé. Emaillé de succès sportifs, il foisonne, comme le premier combat, de remarquables rencontres et d’émotions humaines. N’est-ce pas en cela qu’une vie trouve toute sa signification ?

12

1. Cible manquée et Dahou l’éclaireur

L’eau, furtive et limpide, glisse sur le lit de sable blond entre les pierres blanches. Profonde de quelques centimètres elle est d’une grande pureté. Une transparence que seul un léger frémissement rend réelle. Dans ce fond d’oued, sous une chaleur accablante, j’imagine le déferlement des eaux sauvages de la saison des pluies. Elles ont dessiné son cours. D’un côté la berge est à quatre mètres au sommet d’une paroi verticale et sinueuse, nettement tranchée par le torrent furieux comme à l’aide d’un couteau géant. L’autre berge s’élève en une pente couverte d’une végétation qui arrive aux épaules, impénétrable en raison de sa densité. Victoire de la nature, cette profusion de plantes alors que l’eau a raviné ce versant peu de temps auparavant ! L’extrême chaleur accentue le surprenant silence. Aucun souffle d’air, pas le moindre bourdonnement d’insectes. Le ciel sans nuage, d’un bleu vif, s’accorde avec cette pureté : le calme et la sérénité d’un endroit désert, abandonné au dieu soleil avec pour seule vie apparente ce filet d’eau frémissante. Soudain, une détonation ! Entre mes pieds un petit geyser trouble la surface de l’eau et un fugitif cratère se forme dans le sable. Je rejoins Dahou, mon éclaireur de pointe, à l’abri d’un renfoncement de la paroi de l’oued. Un coup d’œil à l’arrière ne laisse aucun doute quant à l’état de veille des hommes. Personne n’est visible. L’écrasante chaleur et les kilomètres parcourus depuis l’aube n’ont pas altéré leurs réflexes. ― Merle, débordement par la rive gauche. Manœuvre classique d’une équipe placée à l’arrière. Elle permet à ceux qui sont en tête de progresser sous protection. Malgré la rive abrupte à escalader je sais qu’ils seront en place en un temps record. Dahou a son arme dirigée vers le sommet de la berge. Sans attendre que l’équipe soit à notre hauteur,

d’une pierre à l’autre, nous bondissons dans le lit de l’oued. Une empreinte de pas est marquée dans le sable humide. Des tennis, souvent utilisées par les fellaghas. Les dessins de la semelle sont finement imprimés dans le sable. Je lis la marque familière inscrite dans un cercle : Bata. L’homme n’a pu s’éloigner incognito en utilisant toutes les surfaces non immergées. Nous stoppons. Une trouée creusée dans la végétation accède à la berge. Sa largeur ne permet le passage que d’un homme. Son usage est très fréquent tant la terre a été foulée. ― C’est bon sergent. L’équipe est en position au-dessus de nous, leurs armes pointées vers l’autre rive. Nous grimpons le sentier. Rapide coup d’œil avant de passer le sommet. Rien ne se manifeste. Mes deux autres équipes ont suivi. Je leur demande de se déployer de chaque côté pour visiter de modestes buissons susceptibles de servir de refuge. Devant nous une vaste étendue de sol pierreux descend puis s’élève vers une première ligne de crête. Plus loin et plus haut, un village. Sous nos yeux rien pour se dissimuler. Quelques minutes seulement après le coup de feu et aucun signe de vie. La faculté d’un homme pour s’évaporer dans ce lieu dénudé est étonnante… A moins d’être un exceptionnel recordman de course à pieds ! Le lieutenant commandant la section nous rejoint avec « la pièce » : le fusil mitrailleur et son équipe. ― Alors ? ― Seulement ce coup de feu pour nous ralentir. Ils doivent loger là-haut, dans le village. Cet endroit de l’oued est leur point d’eau. Après sa course au fond de l’oued, le tireur devait être posté où nous sommes. L’endroit où je me trouvais est bien visible. L’angle de visée en plongée et la précipitation ont dû altérer la précision du tir. Cible manquée ! Mais chapeau, la direction était excellente ! Le lieutenant regarde l’heure, consulte rapidement sa carte et avec un mouvement du menton en direction du village : 14

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