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Du fleuve Komo à l'Oubangui-Chari

De
116 pages
"Le travail en forêt était très dur. Au milieu des cailloux, les arbres se fracassaient en tombant, il fallait rechercher des passages en grimpant comme de véritables alpinistes; sans parler des rencontres avec des animaux sauvages pas très heureux d'être dérangés dans leurs habitudes. Pour le roulage, avec la pluie et les pourcentages de nos côtes, il fallait être inconscient pour conduire des grumiers et j'étais obligé très souvent de montrer l'exemple en conduisant un camion moi-même."
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Du fleuve Komo à l'Oubangui-Chari
Vivons en Afrique 1971 - 1986

Ecrire l'Afrique Collection dirigée par Denis Pryen

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Alain Thuillier

Du fleuve Kama à l'Oubangui-Chari
Vivons en Afrique

1971 - 1986

L'Harmattan

L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

2008 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05711-1 EAN: 9782296057111

Sommaire

CHAPITRE I
CHAPITREII CHAPITREIII CHAPITREIV CHAPITREV CHAPITREVI CONCLUSION

7
29 43 69 97 105 109

CHAPITRE I

Ah! Le Maroc, quel beau pays, mais n'anticipons pas. Après avoir pris la décision de voyager, Chantal m'informa qu'elle allait rendre visite à sa mère qui habitait à Avranches (près du Mont Saint-Michel). Quant à moi, je rejoignais ma mère à Toulon. Quelques jours plus tard, je vins à la gare de Toulon attendre Chantal qui venait me rejoindre. A la maison, chacune de nous deux resta dans sa chambre, cela ne se passa pas très bien avec ma mère qui semblait mécontente de la présence de Chantal. Les mamans sont souvent possessives! Le lendemain à l'aube, nous partîmes en Simca 1100 en route pour une semaine au Club Méditerranée. Dans la voiture, nous engagions la conversation avec une certaine curiosité car chacun de nous voudrait en savoir un peu plus sur l'autre. - Tu as eu des copains? Où habitais-tu ? Réponse, et encore questions, etc. L'heure de déjeuner arriva, une différence se fit rapidement sentir entre nous, car privé comme je l'étais en brousse, je cherchais absolument un bon restaurant pour un bon repas, et là, Chantal dit ceci :

- Mais les jeunes ça mange des casse-croûte, on ne perd pas de temps à s'asseoir dans un restaurant.
Malgré ce petit différend, je m'arrêtai pour un bon repas dans un restaurant. Nous avions roulé toute la journée et vers vingt heures, nous arrivions à Valence. Alors là, quelques questions me trottèrent dans la tête: est-ce que je prends une seule chambre? Deux chambres? Est-ce que je pense l'embrasser? De peur d'un refus qui aurait gâché l'ambiance du

voyage, je m'abstins et demandai au réceptionniste de l'hôtel de nous donner deux chambres. - Pourquoi deux chambres? Demanda-t-elle. - Parce que euh! - Prends une chambre à deux lits, ça t'économisera une chambre. - Je la regardai avec interrogation, pourquoi une seule chambre déjà? Ça va trop vite pour moi. Dans la chambre, je restai sur mes gardes; et si j'avais affaire à une nymphomane? nous allions chacun notre tour dans la salle de bain, nous portions tous les deux des pyjamas très classiques. Chacun dormit tranquillement dans son lit. Cela me rassura c'était une fille qui semblait correcte, que pensait telle de moi? Le lendemain, nous reprenions la route, direction Algesiras', pour la traversée de la Méditerranée. Pendant cette longue route, je me détendis un peu. Lorsque je repense à ces moments passés ensemble, j'avais envie d'elle mais en même temps, je me disais que si cela avait été trop rapide, je n'aurais pas apprécié. Sur le ferry qui nous emmenait à Ceuta" la tempête faisait rage, accoudés tous les deux sur le bastingage, je continuais à parler de ma vie de brousse lorsque au bout de dix minutes, elle disparut. Une demi-heure plus tard, toujours pas de Chantal, était-elle déjà fatiguée de mes manières? En vue du port de Ceuta, elle réapparut. - Il y avait une foule de personnes qui voulaient aller aux toilettes, je me suis enfermée dans l'une d'elles et malgré les coups répétés sur la porte des gens aussi malades que moi, je ne quittai pas ma position privilégiée jusqu'à l'arrivée, me dit-elle. Lorsque nous accostâmes, il faisait déjà nuit et nous choisîmes de nous arrêter dans un petit port proche de Ceuta.

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..

Algesiras Ceuta:

: petit port espagnol. petit port espagnol au Maroc.

8

Nous prîmes une chambre à deux lits, il y avait une tempête épouvantable, nous passâmes une nuit blanche à observer les vitres prêtes à se briser sous l'effet du vent. Le lendemain sur la route, nous faisions de plus en plus connaissance. Les paysages du Maroc nous semblaient fabuleux, mélanges de palmiers, de terre ocre, de villages colorés, ça et là des troupeaux de chèvres surveillés par des gamins imprudents, insouciants du danger des voitures. Il y avait aussi des champs d'orangers à perte de vue, d'ailleurs les oranges du Maroc ont un goût incomparable. Quant au Moyen Atlas, il n'y a qu'un seul mot pour le décrire: magnifique. Nous arrivâmes à Ouarzazate vers 17 heures, les G.O: du Club Méditerranée nous accueillirent. Comme par hasard, ils nous attribuèrent une chambre à deux lits collés l'un à l'autre. Alors, ce qui devait arriver arriva. Pendant deux jours, nous quittions la chambre juste pour nous nourrir! Je ne cachais pas ma vie en pleine brousse, sans confort et sans cesse confrontée à la nature. Malgré cela, la jeune fille accepta de venir me rendre visite en Afrique un mois après mon retour au Gabon. Les patrons acceptèrent sa présence sur le chantier, mais refusèrent de payer son voyage remboursable s'il y avait mariage. Mon retour sur mon lieu de travail fut ponctué de moqueries et en même temps de curiosité après l'annonce d'avoir connu une jeune femme pendant mes vacances et qui en plus me rendrait visite. - Ça y est, il est prisonnier, fini la liberté! - Comment est-elle? À qui ressemble-t-elle? Voilà les questions que se posait mon entourage, sans oser me questionner. J'étais le premier des quatre compagnons que nous étions à rompre le pacte du célibat ou tout au moins à faire un essai. J'habitais toujours ma cabane, mais les quelques lettres que j'envoyais à Chantal étaient pleines de fantaisies et de petits

.

G.O.

: Gentils

organisateurs.

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mensonges car j'insistais sur le fait que la maison que nous habiterions serait très belle, très grande (la pauvre case n'était qu'en phase de construction). Le jour de son arrivée, je descendis à Libreville et Alain Morel, qui avait démissionné de la société et avait créé une société de dépannage à Libreville, m'invita à dîner juste avant l'arrivée de l'avion. Je fus surpris par Alain, mon ami: - Qu'est-ce que tu peux t'emmerder avec une gonzesse, nous étions très bien en célibataires, ça ne va pas durer, tu ne pourras pas la supporter. Pendant le repas, je buvais un peu plus que d'habitude, le stress sans doute! Sur la terrasse de l'aéroport, je scrutais tous les passagers sortant de l'avion mais pas de Chantal. Décidément, Alain avait peut-être raison, d'ailleurs, il insistait. - Tu vois, elle n'est pas venue, elle t'a sûrement laissé tomber, partons! Franchement, il commençait à m'énerver sérieusement, je descendis dans le hall d'arrivée pour voir de plus près tous les passagers et là, Miracle! J'aperçus Chantal, complètement changée, les cheveux très courts entourés d'un bandeau, méconnaissable mais toujours aussi belle; j'en fus heureux, très heureux. Mon copain faisait la gueule, mais c'était le moindre de mes soucis. Ce soir-là, nous occupions une chambre dans l'hôtel du syndicat des forestiers. Je ne vais pas beaucoup m'étendre sur cette nuit mais ce fut pour moi une panne totale, je faisais des allers et retours entre la salle de bain et le lit où j'essayais de remettre la machinerie en route mais en vain, vaincu par la fatigue. En m'excusant auprès de mon amie, je m'endormis profondément. Pas d'explication concernant cette panne puisque le lendemain matin il n'y avait plus de problèmes techniques. La matinée fut occupée par la présentation de mon amie à la direction, à faire les courses de vivres frais et l'après-midi, nous prenions la route du campement en passant par Kougouleu, Kouamé, Mela; je réussis l'exploit de m'embourber avec le 10

pick-up, et c'est en pleine nuit que nous arrivâmes à ma cabane. La tête de Chantal se transforma rapidement car il n'y avait pas de lumière et lorsque j'éclairai avec ma lampe torche l'intérieur de ma cabane, cafards, geckos, araignées, et les excréments de mon perroquet furent mis en évidence. - C'est cela la belle maison? - Mais non, elle est en construction. - Où sont les toilettes? - Il n'y a pas de toilettes, il faut aller dans la nature avec la lampe-torche et à dix mètres de la maison tu fais pipi en brousse. Je ne me rendais pas compte que pour une jeune fille débarquée de Paris, cela devait être dur ! Je fus surpris de la facilité d'adaptation dont faisait preuve Chantal, elle prit vite la mesure pour commander le cuisinier qui malheureusement n'avait plus la même tranquillité que lorsque j'étais seul. La propreté du cabanon n'empêchait pas mon perroquet de courir après Chantal en l'insultant, prêt à la pincer à la moindre occasion. Ce fut le premier changement notoire dans ma vie de célibataire, car après quelques jours avec le volatile, Chantal était très en colère et dit: - Tu dois choisir entre le perroquet et moi. Je trouvais une solution en le donnant à Robert qui possédait une volière avec deux perroquets. Vivre à deux ne fut pas facile tous les jours, par exemple, elle écoutait des musiques actuelles qui m'étaient complètement étrangères pour ne pas dire étranges. Et pour diverses mésententes, ses valises avaient été faites, défaites et refaites un bon nombre de fois. Mon chef confia à ma compagne l'économat de la société. En face de notre case, nous avions un petit abri pour le groupe électrogène qui fut rempli de produits de première nécessité et les jours de quinzaine ou de paie, une foule de salariés prenait d'assaut l'économat de fortune et il fallait se battre pour ne pas succomber à l'étouffement. Un jour de quinzaine, sous le poids des gens, l'abri s'écroula avec les tôles et les planches en vrac, Il