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Du pain des jours

De
367 pages
La vie ne se nourrit-elle pas de rencontres, encore mieux que de pain? Au fil des pages apparaissent plus de quatre cents visages, histoires sacrées qui se distribuent sur l'année et rythment ce récit hors normes. Dans les environs de Lille, à Paris ou dans le Dorsoduro à Venise, l'auteur invite le lecteur à partager ces rencontres comme du pain. Elles pétrissent la vie et nourrissent le souvenir.
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Du pain des jours
Histoires sacrées

(Ç)L'Harmattan,2004 ISBN: 2-7475-7483-0 EAN : 9782747574839

Marc Dumoulin

Du pain des jours
Histoires sacrées

L'Harmattan 5-7~rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Que soient ici remerciés tous ceux qui, par leurs conseils bienveillants ont permis à cet ouvrage de voir le jour sous sa forme la plus appropriée, en premier qui n 'ajamais devant à laquelle il fut lieu Philippel, baissé les bras cette entreprise très tôt associé,

. . 3 ., P UIS Guy 2 et AI Ine, aVIses Iecteurs,
et aussi Gilles4, Jean-Louis5, généreux en encouragements, Pascal6, 7 et Bruno, et enfin Alain8, lecteur perspicace et critique, auteur anonyme de deux tranches que toi, Ami lecteur, tu te plairas à retrouver.
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2 5 novembre 3 Voir Philippe, 28 juillet 4 20 avril 5 16 juillet 6 voir Paul 4 août 7 13 octobre 8 12 septembre

14 mars

La vie, mon ami, c'est l'art de la rencontre.

Vinicius de Moares, poète brésilien

Oui la rencontre, amis, c'est l'art de la paix, de la vie et de l'avenir.

Andrea Riccardi

Préface

DU PAIN DES JOURS Ami, Beaucoup de nos contemporains entreprennent des albums de photographies pour se souvenir des moments heureux qu'ils connurent et rendre ainsi visibles les parents, les amis, les proches ou d'autres plus lointains qu'ils chérissent. J'ai préféré pour ma part faire appel à la mémoire du cœur plus qu'à celle du regard, et mettre par écrit un peu du bon grain, oubliant l'ivraie s'il est possible, sachant qu'en récoltant celui-là, on écope aussi celle-ci. J'ai retracé l'empreinte de ceux dont la voie devance, croise ou suit la mienne, ceux dont le pas, ferme ou hésitant, a accompagné le mien pour une durée parfois éphémère, et qui pour beaucoup d'entre eux, Dieu aidant, continuent encore le chemin aujourd'hui. En quelques lignes, un paragraphe et pas plus d'une page, j'ai dit qui ils étaient, ce qu'ils étaient ou qu'ils sont encore pour moi, et comment grâce à eux, étoiles brillantes aperçues dans le ciel de la vie, la route à parcourir, d'un pas assuré ou incertain, reste engageante, même lorsque vient la nuit. De la même façon qu'année après année, les fidèles tournent les pages du calendrier des saints, de ceux dont on souhaite faire mémoire sans qu'ils aient été nécessairement illustres pour leurs contemporains, ainsi ce recueil constituera-t-il pour moi un autre martyrologe, à compléter tant qu'il me sera donné de vivre, rassemblant aurore après aurore tout au long des années, les proches et plus lointains témoins de l'ordinaire des jours,. ces quelques quatre cents compagnons qui à leur manière, à divers titres, familial ou amical, furent ou forment encore le bon pain blanc, la brioche parfois, qui, partagé, rend savoureux ce que la vie comporte de morne et de quotidien, comme ce qu'elle réserve d'occasions joyeuses qui ponctuent une histoire. A Noël et à Pâques, beaucoup déploient avec faste et solennité un grand zèle pour célébrer la naissance, la mort puis le relèvement de Celui qu'ils n'ont pourtant jamais vu. Peut-être ces pages nous

DU PAIN DES JOURS aideront-elles, et eux et moi, à donner un peu plus de ferveur pour honorer ceux que nous voyons de nos yeux chaque jour et avec qui nous avons partagé, et partageons encore, du pain des jours. Plus qu'à informer, j'ai cherché à édifier: à bâtir autant qu'à éclairer. Bâtir ces liens que l'on n'en finit jamais d'entretenir la vie durant pour maintenir et faire croître l'amitié,. éclairer tout à la fois ceux dont je parle, s'ils sont encore là, pour leur rappeler l'importance qu'ils revêtent aux yeux du cœur,. et éclairer aussi les autres, tous les autres qui liront ces pages pour les aider dans le discernement de ces histoires sacrées, les histoires de ceux qu'ils croisent, eux aussi, et dont ils sont nolens volens parties prenantes. « Tout n'est pas si bon, la vie n'est pas ainsi. » m'ont dit certains. Ils ont raison. L'artifice de l'écriture m'a permis de garder la bonne part comme le nécessaire suffisant. J'ai préféré conserver le pain blanc pour le partager pendant que le souvenir me rend ces compagnons présents, et sauver ces derniers du jeûne de l'oubli qui guette l'esprit même le mieux construit. Si l'oubli vient, comme l'absence, il viendra toujours trop tôt. Outre les inexactitudes toujours possibles quand on écrit plusieurs centaines de pages à partir du souvenir, d'aucuns auront peutêtre les dents agacées par la lecture de certaines tranches et voudront peu s y reconnaître. Puissent-ils me pardonner d'avoir commis ces morceaux. Et puis, s'il avait fallu encore croquer le pain noir ou celui qui a durci, et traiter des petits côtés de chacun, la place eût manqué et le nombre de pages triplé. Pour la date, j'ai retenu celle de la naissance lorsque le compagnon était encore en vie et celle de la mort, puisque l'on croit et que l'on espère que c'est une nouvelle naissance, plus vraie et plus belle que la première, lorsque le visage de cet autre compagnon a été définitivement soustrait à nos regards.

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DU PAIN DES JOURS Après cette date, chacun est appelé par le nom qu'il préfère entendre, son prénom,. de ce prénom par lequel un jour le Père l'appellera, l'apercevant de loin et pris de pitié, pendant qu'il courra se jeter à son cou pour l'embrasser tendrement. Derrière ce prénom, beaucoup mettront un nom. L'exercice souvent possible n'est cependant pas nécessaire. L'association de chaque prénom au commentaire qui le suit suffit pour répondre à l'intention. Chaque année à même date, il sera donc loisible, pour moi et pour d'autres, de nous souvenir de celui ou de celle dont il est fait ici mention, ne serait-ce que l'instant d'une pensée, le temps d'une prière. Les vivants cités, quand c'était possible parce qu'ils ne s'étaient pas trop éloignés, ont pris connaissance de leur notice. Pour les morts, leur souvenir n'appartient qu'à ceux qui l'entretiennent, à moi comme à d'autres,. je n'ai pas pu les consulter.
A Lambersart, le dimanche 25 avri12004.

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JANVIER

Abraham se leva de grand matin, prit du pain et une outre d'eau et les donna à Agar, puis il mit l'enfant sur son épaule et la renvoya.

Genèse 21, 14

DU PAIN DES JOURS 1er janvier

1935 - Antoine. J'ai rencontré Antoine pour la première fois en
1981, bien qu'André! m'eût parlé de lui depuis longtemps. Antoine venait d'écrire et de faire publier un livre qui ferait référence et qui portait sur la communication de Dieu. Antoine me semblait d'un naturel réservé et timide. Par la suite, nous resterions de longues années sans que nos chemins se croisent. Gui me donnait de ses nouvelles, lui avec qui Antoine a partagé tant de routes lors de leurs jeunesses communes et aussi l'amitié d'André. Lorsque Antoine fut nommé chapelain à la chapelle Saint-Bernard dans les soutes de la gare Montparnasse, nous nous sommes à nouveau rencontrés, d'autant que par l'effet du hasard, Antoine se trouvait être le parrain d'Emmanuelle, l'épouse de Frédéric3, un de mes proches collègues d'alors. Cela nous a rapprochés, mais pas au point de vaincre la réserve ou la timidité d'Antoine: nous avons partagé quelques repas, le pain de quelques uns de nos jours, et chacun a repris sa route, Guy me donnant des nouvelles d'Antoine de loin en loin.

1973 - Didier. C'est grâce à Alain4 que je fis la connaissance
de Didier. Car Didier, d'une grande discrétion, d'une discrétion qui confine à la timidité, n'aurait rien entrepris pour appeler mon regard, bien qu'il travaillât quelques mois à la banque parmi le personnel de réception. Par la suite, comme beaucoup de ceux qui ont son âge, comme Jean-François5, il préféra quitter le dur métier de la restauration pour d'autres activités qui lui ménageraient davantage de temps libre. Aussi dirige-t-il aujourd'hui le service des réclamations et des litiges avec les clients d'un grand magasin spécialisé dans l'ameublement et les ustensiles de la maison, situé à l'ouest de Paris. Il excelle dans l'exercice de ses talents de diplomate. Il m'a raconté
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2 5 novembre 3 18 janvier 4 7 avril 5 13 août

27juin

DU PAIN DES JOURS comment certains clients qui organisent une grande réception, viennent acheter un service de table au complet, le paient, donnent leur fête et le rapportent ensuite en demandant à être remboursés au motif que toutes ces assiettes ne leur plaisent plus. En faut-il de la patience pour affronter des congénères de cette espèce. On a longtemps cherché le chaînon manquant entre le singe et l'homme. Didier l'a trouvé, il était dans son magasin.

1976 - Lionel. Lionel est le fils aîné et le deuxième enfant
d'Antoinel mon cousin, lui-même deuxième fils de Gérard2, le frère aîné de mon père3. Lionel a passé sa jeunesse au Chesnay près de Versailles et il vécut quelques années rue Saint-Roch, dans le premier arrondissement, à quelques pas de là où je travaille. Nous éprouvons pourtant de grandes difficultés à nous rencontrer et à passer quelques heures ensemble. Nous y arrivons parfois, peu souvent. Par la suite, il a rejoint le quartier de la place Jeanne d'Arc. Lionel a gardé en lui une part de l'enfant qu'il était: une capacité à s'étonner, un don pour s'émerveiller, une parole pour encourager même lorsque la difficulté semble insurmontable. Peut-on le dire idéaliste? Si l'idéalisme consiste à rechercher en toutes situations de quoi se réjouir, oui, Lionel est idéaliste. Mais alors d'un idéalisme qui n'est pas hors du monde. Les voies où il s'est engagé le conduisent à un certain retirement: il n'est guère facile de le contacter ni de lui téléphoner, a fortiori de le rencontrer. Je garde cependant la conviction que Lionel, friand de contacts, se sortira bientôt de ce jeûne et qu'il avancera sur les chemins de la rencontre pour s'asseoir à la table où l'on partage le pain du jour, non seulement un pain d'élection, mais aussi, et surtout, le pain de tous les jours.

1994 - Germaine +. Cousine, et même cousine germaine de
Paulette4, Germaine a voué son existence à la peinture. Quelques mois
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2 18 novembre 3 30 octobre 4 12 mars

9juillet

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DU PAIN DES JOURS

avant sa mort, elle a achevé avec l'aide surtout de Michell, un peu de
Philippe2 et très peu de moi-même, le catalogue raisonné de son œuvre rassemblant en un volume plus d'un millier de toiles, l'œuvre peint de ses mains, l'entreprise de sa vie. Sa peinture est saturée de couleurs et plein de vigueur son dessin. La lumière y est joyeuse et un tableau de Germaine, c'est un rayon de soleil dans une pièce et une fenêtre sur la douce vie. Pourtant, ses cousins vous le diront, Germaine avait un caractère terrible: partout où elle allait, elle manifestait sa présence par un flot verbal émaillé de déclarations intempestives qu'accompagnait le geste. Je me souviens de cette fois où, à Venise, lors des régates historiques au début du mois de septembre 1991, Germaine avait loué une place sur un ponton flottant installé pour l'événement à la surface du Grand Canal. Des touristes s'étaient assis devant elle et avaient déployé de grands parapluies en guise d'ombrelles, lui obstruant la vue. Germaine s'était levée et les avait assaisonnés de noms d'oiseaux, les obligeant à rabattre leurs ombrelles et à griller au soleil. Bien qu'originaire de Bordeaux, Germaine a toujours vécu à Paris avec ses parents; et à Paris, dans le cinquième arrondissement, et longtemps dans un immeuble contigu à celui qu'habite aujourd'hui Michel. C'est au cours d'un voyage à Florence que Philippe apprit son décès, ce qui interrompit prématurément le voyage et le recouvrit d'un voile de mélancolie. 2 janvier

1962 - Philippe. Philippe est arrivé parmi nous, ses collègues,
en 1986 ou 87. Il partageait le bureau de Sofia3, voisin du mien. Il nous paraissait timide. Mais peut-être n'était-ce qu'une apparence? Nous nous sommes pris de sympathie, lui et moi, consommant de longues heures à parler philosophie, politique, éducation ou religion. A deux reprises lors de fins de semaine, nous séjournâmes dans des ab1

2 14 mars 3 10 février

14 mars

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DU PAIN DES JOURS bayes, d'abord à Saint-Benoît sur Loire, puis à Saint-Wandrille. Je crois que Philippe en garde un vif souvenir. Même s'il se déclare incroyant, ou plutôt agnostique, Philippe n'en mène pas moins une quête spirituelle. Son mariage avec Nathalie a été célébré en l'église Saint-Séverin, près de chez moi. Depuis, il est devenu le père de Guillaume et de Raphaël et ils habitent tous quatre un bel appartement près du parc Monceau. Voici quelques années, Philippe a quitté la banque pour rejoindre une société à taille plus humaine. Quand l'occasion s'y prête, nous nous téléphonons, nous partageons un repas et je ne désespère pas qu'un jour, Philippe et moi, nous continuions d'avancer, de mettre nos pas sur une route qui nous fasse entrevoir une plus grande clarté. 3 janvier

1952 - Marie. Nous avons partagé le même banc et la même
table pendant un peu plus d'un an, de septembre 1982 à juin 1983. Marie arrivait de Rennes où s'étaient déroulées les premières étapes de sa vie d'avocat. Elle est originaire de Quimper où habitent encore ses parents, âgés maintenant. Et du tempérament breton, elle a revêtu tout le trait: opiniâtre, combative, volontariste jusqu'à atteindre les bords de la dépression si les circonstances y conduisent. Si frêle que soit sa silhouette, Marie est un rocher sur lequel viennent s'abîmer les rouleaux d'une mer parfois déchaînée, mais qui ne peut rien contre elle. Après notre année d'études communes, chacun reprit son propre chemin. Ce n'est que bien plus tard, presque quinze années après, que nous avons recommencé à nous voir et à déjeuner ou dîner ensemble. Nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés la veille. Et comme en cette veille, nous nous sommes beaucoup parlé, faisant part l'un à l'autre de nos doutes, de nos attentes et de nos certitudes. La part combative de Marie, toujours en éveil, ne tient pas pour rien dans ma façon d'aimer sa compagnie. Nous trouvons l'un chez l'autre une part de ce qui manque à chacun d'entre nous.

2004 - Bruno +. Lorsque j'étais enfant, Bruno, ses parents et
ses sœurs habitaient une maison de construction récente au bout de - 24-

DU PAIN DES JOURS l'avenue Sainte-Cécile sur le trottoir des numéros impairs, avant l'angle que forme l'avenue avec celle de l'Hippodrome à Lambersart. Nous avons partagé les bancs des classes de dixième et neuvième à l'école Dominique Savio, à l'autre bout de l'avenue Sainte-Cécile, une école qui depuis a fait place à un immeuble où Janine! habite à présent. Par la suite, les parents de Bruno déménagèrent. Ils partirent s'installer au sud de Paris, au Plessis Robinson. Je ne revis plus Bruno depuis cette époque, même si son souvenir se ranimait en moi lorsque ma pensée plongeait dans ces années d'enfance, ou parce que CharlesAntoine, un collègue, me donnait des nouvelles de son cousin Bruno. L'actualité raviva brutalement ces souvenirs lorsque Janine m'apprit que Bruno, Marie-Christine son épouse, Jean leur fils de dix ans, ainsi que Gilberte la mère de Marie-Christine se trouvaient dans l'avion qui s'abîma dans la mer Rouge, près de Charm-el-Cheikh en Égypte. Cela survint le jour des funérailles de Marie-Thérèse2, notre institutrice de neuvième. Peut-être partagent-ils maintenant le pain du ciel comme un jour, je l'espère, nous le partagerons avec eux? 4 janvier 1907 -Marie-Antoinette. Marie-Antoinette est la mère de Jean3, la belle-mère de Danièle4. Avec Georges son époux, ils ont longtemps habité une petite maison du Nord, en face des usines Kuhlmann, à Saint-André-Ies-Lille, une maison qu'ils ont embellie au fil du temps. Par la suite, ils emménagèrent à Marcq-en-Baroeul, juste derrière le champ de course, et de leur salle à manger, au premier étage, on pouvait assister aux concours hippiques le dimanche après-midi. Par la suite, une fois Georges parti, Marie-Antoinette a rejoint le quartier Saint-Vincent avant de se rapprocher de ses enfants en s'installant à Tigy, dans le Loiret, au bord de la Sologne. MarieAntoinette dispose d'un moral à toute épreuve, jamais elle ne se plaint
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2 29 décembre 3 13 juin 4 21 septembre

6 août

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DU PAIN DES JOURS ni ne laisse croire qu'avec l'âge, elle aurait renoncé à la joie de vivre. Cependant, les épreuves et les deuils ne lui ont guère été épargnés. Elle est la seule survivante d'une nombreuse fratrie; son mari et son fils ne sont plus. Pourtant, son visage ne se départit point de son sourire. L'été des soixante-dix ans de Janinel, à Saint-Dyé-sur-Loire, elle nous a accompagnés sur les bords de la Loire, là où l'on vient faire de la barque ou du pédalo. On la voit assise sur un banc, entre deux de ses petits-enfants qui maintenant n'ont plus rien de petits, heureuse d'être là, au soleil, et nous disant encore qu'elle souhaite rester là avec nous, ne jamais partir. 8 janvier

1996 - François +. C'était mon voisin d'en face. Dans la rue, il
habitait au numéro 22 et moi, au 25. Ses nombreuses occupations l'empêchaient d'être là souvent, excepté le samedi ou le dimanche où je le voyais. Surtout le dimanche soir, il le consacrait à sa famille et à quelques vieux amis. Au début de la soirée, arrivait la camionnette d'un traiteur d'où sortaient des plats recouverts de papier aluminium et un peu plus tard, les convives suivaient. Aux beaux jours, il arrivait qu'on le vît sortir avec Danielle, son épouse, faire à pied le tour du quartier en sa compagnie et dîner à la terrasse ensoleillée d'un restaurant ou d'une brasserie. Lorsqu'il se promenait seul, c'était le plus souvent pour se rendre chez des libraires, des bibliophiles du cinquième et du sixième arrondissements spécialisés dans les livres rares. Le lundi matin, la voiture et le chauffeur attendaient pour l'emmener. J'éprouvais alors une vaine satisfaction d'amour-propre à partir travailler avant lui, surtout lorsqu'il était déjà tard. Quelques semaines avant son décès, alors que son visage ne dissimulait plus les traces d'une maladie tenue longtemps secrète, d'une maladie et de son cruel traitement, je l'ai aperçu pour la dernière fois. Beaucoup de gens du quartier, ou ceux qui passaient à ce moment là, venaient lui serrer la main, le saluer, une dernière fois.
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6 août

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DU PAIN DES JOURS 10 janvier

1982 - Solenne. J'ai connu Solenne, fille de Nathaliel ma cousine germaine, surtout à Beauquesne, petit village de la Somme où ses parents exploitaient un domaine agricole avant que Xavier2, son père, disparût accidentellement. Solenne est d'une nature réservée; encore enfant, elle présentait quelque chose du sérieux de l'adulte. De ses grands yeux, elle nous regardait, elle écoutait ce qui se disait autour d'elle et elle parlait peu. Solenne, discrète, ne se met jamais sur le devant de la scène. Par la suite, les années passant, avec Nathalie et Thomas3 son frère, Solenne est venue vivre près du berceau familial, à Lambersart. Voici maintenant de trop nombreuses années que je n'ai plus vu Solenne. Nous nous échangeons quelques mots par téléphone, par courrier postal ou électronique, lors des vœux ou des anniversaires. L'enfant que j'avais autrefois connue est à son tour devenue adulte. Je sais qu'elle étudie à Lille, qu'elle se spécialise dans les techniques de la communication et qu'elle pense à se marier avec le petitfils d'une amie de sa grand-mère4. Solenne a parcouru bien du chemin et je suis certain que si demain, Solenne à Paris, ou moi-même à Lambersart, nous nous appelions, nous serions l'un et l'autre heureux d'échanger de nos nouvelles, avec du pain, des jours.

1989 - François. François est le frère plus jeune d' AnneCharlotteS, le fils d'Yves et d' Anne6, le petit-fils de Gisèle7 et de Louis8. Il est arrivé quelques mois après sa sœur. Petit, François nous regardait de ses grands yeux noirs, ne laissant se perdre aucune des paroles prononcées par les adultes autour de lui, comme s'il était à
J

2 20 août 3 5 décembre 4 14 septembre 5 5 février 6 28 juillet 7 22 juillet 8 8 juillet

2février

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DU PAIN DES JOURS l'affût d'une vérité qu'il ferait jalousement sienne. Enfant, François était affectueux et câlin. Il venait se blottir contre ses parents ou ceux qui étaient là, attendant d'eux une histoire ou un baiser. Toujours

joyeux, il savait séduire. Voici quelques années, avec ses parents et
Anne-Charlotte, il vint passer deux jours chez moi à Paris. AnneCharlotte s'émerveilla d'habiter la maison de la poupée Barbie. On se promena dans les rues ensoleillées, on visita le musée Grévin et les deux jours passèrent à grande allure. Quand sonna pour eux 1'heure de reprendre la route de Lambersart, François regarda son père et lui dit: « T'aurais dû pas! », manifestant de la sorte son désir de rester plus longtemps. Nous en sourions encore, tandis que François a grandi et qu'il consacre une large part de son temps au hockey sur gazon qu'il pratique à haut niveau. Il janvier

1945 - Bertrand. Est-il panni ceux dont je fais ici mémoire
quelqu'un d'aussi secret que Bertrand? Et ce secret, d'où vient-il? D'une nature éprouvée par la timidité ou d'une attitude délibérément adoptée pour se protéger? La réponse n'exclut probablement aucune des deux propositions. J'ai connu Bertrand lors de mon entrée dans la vie professionnelle car il y fut mon premier patron, ou plutôt le patron d'Alain 1, de qui avec Patrick2, nous dépendions. Je lui dois beaucoup du point de vue du métier. Il passait pour l'un des meilleurs professionnels de sa génération, ce qu'il demeure encore. Il connaissait par cœur des centaines, peut-être des milliers d'infonnations chiffrées ou qualitatives sur les clients qu'il suivait. Sa capacité de travail nous écrasait et décourageait en nous toutes velléités de l'égaler. Il arrivait tôt le matin, partait tard le soir et passait souvent une partie du samedi et même du dimanche au bureau. Patrick et moi, nous éprouvions une certaine affection pour lui, sans que l'on ressente le besoin de le dire. Dès le matin, à cette époque qui s'éloigne maintenant, il fumait un
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5 mars
9 novembre

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DU PAIN DES JOURS gros cigare dont l'odeur nous signalait sa présence. Un jour, dans le secret, il perdit son épouse de maladie. On sentit alors que quelque chose, une déchirure, s'était produite pour lui; et puis le temps passant, il quitta l'équipe et partit quelques années pour Genève, avant de revenir à Paris. 13 janvier

1928 - Françoise. Voici maintenant plus de vingt ans que je
connais Françoise. Elle habite le seizième arrondissement, là où un square établit la jonction entre les avenues Victor Hugo et Henri Martin, le square où s'arrêtent les voitures, des taxis surtout, dont les occupants viennent puiser de l'eau à l'un des derniers puits artésiens de Paris, le square Lamartine. Lorsque je suis arrivé à Paris pour y achever mes études, c'est chez Catherine! et Françoise que j'ai habité pendant presque deux années. À cette époque, Françoise se remettait difficilement d'une pénible maladie, ce qui la rendait disponible pour que nous nous parlions beaucoup. Françoise est issue d'une famille juive et à l'âge adulte, elle s'est convertie à la foi chrétienne après un long chemin, une longue quête spirituelle. Un chemin qui passa par la chapelle Santa Maria dei Miracoli, étonnant écrin de marbre blanc lové au milieu des palazzi du Castello, près de la basilique San Giovanni e Paolo, dans les quartiers septentrionaux de Venise. Après sa conversion, elle choisit de partager les jours de Catherine, les bons jours et les moins bons, et parmi ces derniers, ceux de la maladie. Françoise a la foi des convertis, elle en veut, elle en rajoute, elle en redemande pour défendre et promouvoir la vérité quoi qu'il en coûte. On la comprend, même s'il n'est pas possible de toujours la suivre. Au fond, il faut bien vivre et avancer, même en sachant, en sachant surtout que l'on n'est jamais à la hauteur de celui qui nous appelle et nous devance. 1958 - Eric. C'est au cours de l'été de l'année 1980 que j'ai fait
la connaissance
11er avril

d'Eric. Nous participions

avec d'autres à une session

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DU PAIN DES JOURS d'études dans le Limousin, à quelques kilomètres au sud de Limoges. Il occupait une chambre juste en face de la mienne et d'emblée, en une époque où il m'était vital de parler et de me confier, j'ai apprécié sa présence discrète et à l'écoute. La session terminée, nous sommes rentrés à Paris où il habitait et où j'emménageais. Sans beaucoup de connaissances dans la capitale et encore moins d'amis, j'ai cherché à le voir aussi souvent que possible. À l'époque, il habitait chez ses parents, avenue de Villiers dans le dix-septième arrondissement, et moi, dans une chambre de bonne au nord du seizième. Mais Eric était très occupé par les multiples activités qu'il menait de front. Depuis, malgré des obstacles de tous ordres à nos rencontres, malgré les difficultés et les épreuves de la vie, nous n'avons jamais rompu le fil de l'amitié qui nous relie. Aujourd'hui encore, alors que plus de vingt années ont passé, et tandis qu'il habite maintenant à La Rochelle avec les siens, nous continuons de nous téléphoner, de parfois nous rencontrer et de nous aider s'il est possible. Peu de mes amis nourrissent une passion aussi forte que celle d'Eric pour l'écoute attentive d'autrui, une écoute qu'il offre comme on offre le pain qui éloigne du besoin. Une passion telle qu'il en a fait aujourd'hui son métier, un métier conçu par lui et pour lui à la mesure de ce qu'il est et de ce qu'il aime. 1959 Armelle. Armelle est bretonne, des Côtes d'Armor. Elle a passé sa jeunesse près de Lannion où elle a fréquenté l'Institut Bossuet. Par la suite, elle étudia le droit à l'université de Rennes. C'est donc en qualité de juriste qu'elle devint l'une de mes collègues. Au début de sa vie professionnelle, nous nous connaissions peu. Par la suite, presque par hasard, j'appris qu'Armelle avait épousé Brunol. À moins que ce ne soit l'inverse. Bref, ils sont mariés. Peu l'ont su. Comme nos routes à Bruno et à moi se croisèrent souvent, j'obtenais régulièrement de ses nouvelles. Armelle a le tempérament déterminé des bretons. Il serait excessif de dire qu'elle est têtue. Plus qu'autre chose, elle est joyeuse et met de l'âme à nos rencontres. Avec Bruno
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18 octobre

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DU PAIN DES JOURS et leurs trois enfants, Thomas, Margot et Antoinel, ils habitent près de la Maison de la Radio et sont assez accueillants pour me recevoir de temps en temps. Chez eux, j'ai rencontré François2 alors que nous étions restés plus de vingt années sans nous revoir. Cette rencontre non concertée en dit long sur les ramifications secrètes de nos amitiés et la joie que nous éprouvons à nous retrouver. Aujourd'hui Armelle a rejoint une autre société où elle exerce ses talents. Malgré ses responsabilités, elle semble prendre ce qui vient sans trop se soucier de ce qui n'en vaut pas la peine, faisant la part des choses, une part au pain à partager. 14 janvier

1963 - Toni. Nous l'avions d'abord connu sous le nom de Toné. Il tient maintenant à se faire appeler Toni. Toni est slovène. Il habite une grande maison d'un petit village de montagne, éloigné de Ljubljana. C'est grâce à Guy3 que je connais Toni. Dans les années quatre-vingts, Toni venait régulièrement à Paris, l'été, où il passait plusieurs semaines en échange de menus services, un Paris dont pendant des jours entiers, il arpentait les rues au point de les connaître comme quelqu'un qui y habiterait. Toni étonne par ses jugements pénétrants. Je lui reconnais une faculté particulière, un don pourrait-on dire, une grâce d'accéder aux pensées de ceux dont il partage la compagnie et de percer leur âme jusqu'aux jointures. Oh, il met en œuvre ce don d'une façon à la fois discrète et modeste, irrésistible et acérée. Cela ne manque pas de troubler celui qui se trouve face à lui. Quand on rajoute à ce don le fait qu'il a beaucoup lu et étudié, qu'il est familier de la littérature française, de la philosophie, de la théologie et de l'Écriture, on reconnaît alors le trésor dont parle l'Évangile, qui était caché dans un champ et qu'un homme vient à trouver pour s'en aller dans sa joie vendre ce qu'il possède et acheter ce champ. Toni vient
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2 30 novembre 3 5 novembre

31 mai

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DU PAIN DES JOURS encore à Paris presque chaque été. Il Ypasse quelques jours, quelques semaines tout au plus maintenant. Il s'en retourne ensuite sur la montagne où, me semble-t-il, il a appris à aimer sans inquiétude une certaine solitude.

1967 - Aliette. Unique petite-fille de Jeannel et fille unique de
Danièle2, Aliette a clos la fratrie en arrivant après Olivier3 et Jacques4. Elle a également suivi leur mode d'éducation masculin. Je ne me souviens pas l'avoir vu jouer avec des poupées. Comme ses frères, elle s'est mise à pratiquer le judo au point de devenir sans apparentes difficultés championne du Loir-et-Cher, puis vice championne de France dans sa catégorie. Arrivée à l'âge adulte, Aliette devint infirmière près de la Ferté Saint-Aubin où elle ouvrit un cabinet. Rapidement, elle se lassa de cette existence et voulut répondre à un appel plus pressant, celui d'aller exercer son métier sous des horizons lointains et délaissés. Elle partit donc sous l'égide d'une association humanitaire dans des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. Elle s'en va encore le plus souvent pour de longs mois durant lesquels nous recevons peu, parfois très peu, de ses nouvelles et nous regardons alors sur le calendrier la date annoncée et cependant incertaine de son retour. Aliette est secrète et discrète; elle nous dit peu de choses au sujet de ses missions où, j'imagine, la vie n'est pas rose tous les jours. C'est une part de son jardin secret. Un jour, peut-être nous en dira-t-elle davantage? Même en silence, c'est une chance d'avoir Aliette comme cousine, une cousine qui en vienne à donner d'elle-même, à se donner elle-même, à ceux qui manquent de tout.

2002 - Siméon +. Siméon était de nationalité béninoise. Il me
disait que le Cardinal Gantin était de son village et qu'il le connaissait bien. Un jour dans le métro, Siméon fut la victime d'un coup de frein brutal qui projeta sa tête contre la barre métallique située derrière le
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DU PAIN DES JOURS siège, et il subit ce qu'on appelle le coup du lapin. Siméon en devint tétraplégique et fut condamné à rester sur son lit d'hôpital pendant de longues années, trois, peut-être quatre, peut-être davantage. Pourtant, lorsque je me rendais à son chevet, jamais, tout au long de ces années, je n'ai entendu ne serait-ce qu'une plainte. Siméon nous accueillait de son sourire rayonnant, heureux de nous voir, heureux d'être ensemble. À cette époque, je traversais des difficultés qui paraîtraient mineures au regard de celles qu'endurait Siméon. Je dois reconnaître que chaque fois, le sourire de Siméon et sa parole réconfortante et discrète me permettaient de repartir plus joyeux et plus assuré. Aujourd'hui, tandis que sa vie s'est éteinte telle une mèche de bougie consumée jusqu'au bout, il me vient, pensant à lui, d'être stimulé et encouragé dans mes entreprises. J'ai la faiblesse de croire qu'il n'est pas étranger à ce qui m'arrive de bien, que je n'attendais pas et dont je sais pourtant qu'il portait le souci. 15 janvier

1959 - Sophie. Chez peu de ceux que je connais, j'ai observé
comme chez Sophie une évolution spirituelle aussi marquée. Oh, nous n'en avons pas beaucoup parlé. Quelques mots ont suffi pour que j'entraperçoive le chemin qu'elle a parcouru à grandes enjambées. Les circonstances professionnelles nous ont conduits à travailler ensemble à deux reprises. La première fois, Sophie revenait de son deuxième congé de maternité; la seconde, je la rejoignais dans des activités de formation. Ensemble, nous avons rencontré bien des obstacles, bien des motifs de douter de nous-mêmes et des autres. Je crois pouvoir dire que nous les avons dépassés, servant alternativement l'un à l'autre d'appui quand les certitudes les plus établies s'ébranlaient tantôt pour elle, tantôt pour moi. Aujourd'hui, Sophie et Jean-Luc, son mari, habitent à Saint-Cloud où ils élèvent leurs trois enfants: Pierre, Paul et Philippine. Ils les éduquent avec le plus grand soin. Cela limite les occasions de nos rencontres. Mais, ce que nous avons vécu ensemble lors des périodes assombries où nous continuions de croire à la lumière a renforcé notre amitié. Elle l'a en quelque sorte scellée. - 33 -

DU PAIN DES JOURS Même moins souvent comme à présent, nous nous retrouvons toujours avec une grande joie et nous partageons le pain de l'amitié, le pain des Jours. 16 janvier 1963 -Isabelle. Isabelle est l'épouse de Marcell, mon frère, la mère de Chloé2, de Nicolas3, de Victor4 et d'Edens. L'histoire raconte qu'avec Marcel, ils se sont rencontrés lorsqu'ils étaient l'un et l'autre moniteurs au camp de vacances organisé l'été par la municipalité de Lambersart. Car Isabelle a passé, elle aussi, son enfance et sa jeunesse dans cette bonne ville, là où Mado6, sa mère, a donné une large part d'elle-même, suscitant de nombreuses initiatives culturelles et sportives au profit de la jeunesse locale. Isabelle tient sans doute de sa mère cette ouverture et cette capacité à mobiliser son intérêt sur des sujets de divers ordres. Elle aime lire, elle aime sortir, elle aime voyager. Elle aime les gens. Pourtant, son travail de radiologue à l'hôpital aurait pu absorber son énergie créatrice, en ce milieu imprégné de souffrances. Isabelle maintient un juste balancement entre les dures exigences de sa vie professionnelle et les bonheurs de la vie familiale. Lorsque voici quelques dix années, avec Marcel, ils décidèrent de partir habiter à Orvault, près de Nantes, ce ne fut point sans déchirement. Bien que moins concerné, j'en avais éprouvé, moi aussi, une certaine peine à les voir s'éloigner du berceau de nos origines. J'avais tort. Les liens entre nous se sont enrichis plus que distendus par ce déplacement du centre de gravité familial. Isabelle n'est pas pour rien dans cet enrichissement. Avec elle et ses enfants, nous partageons maintenant le kouignamann .
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DU PAIN DES JOURS

2002 - Madeleine +. Une seule fois j'ai rencontré Madeleine, même si j'avais entendu parler d'elle depuis longtemps; c'était chez les parents de Philippel quelques semaines avant qu'elle décédât. Ce jour-là, un dimanche après-midi, elle était venue prendre le thé avec Pierre, son mari qui la suivrait de peu pour le grand départ. Elle m'était apparue telle que Philippe me l'avait décrite, fragile et diaphane comme un vase de porcelaine précieuse. Elle se nommait Madeleine, mais on l'appelait Cocotte pour une raison que j'ignore. Avec son mari, ils habitaient à Bordeaux, avenue Vercingétorix, la maison voisine de celle où Philippe a passé son enfance et son adolescence et où demeurent ses parents, Paulette2 et Léon3. Françoise4, Jean5, Isabelle6, Michel7 et Philippe ont tous suivi ses leçons de piano et, jusqu'en ses derniers jours, Philippe et Michel, lors de leurs séjours bordelais, allaient passer de longues heures chez Cocotte pour parfaire leur maîtrise de tel ou tel morceau. Cocotte n'avait pas eu d'enfants, mais les centaines, peut-être les milliers d'élèves de tous âges et de toutes conditions qui franchissaient le seuil de sa maison lui en ont tenu lieu. Un carré de fidèles, Michel, Philippe, ou encore cet autre Philippe, celui de ses anciens élèves qui, devenu prêtre, célébra la messe de ses funérailles, l'ont toujours assurée de leur présence amicale et bienveillante. 17 janvier

1937 - Gérard. Gérard est originaire du territoire de Belfort,
mais il n'y a jamais vécu car son père, banquier de son métier, déménagea avec son épouse et ses trois garçons vers les nombreuses villes de province où il fut nommé. En dernier lieu, le père de Gérard acheva
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DU PAIN DES JOURS sa carrière à Paris; il s'installa avec son épouse à Fontainebleau et passa une grande partie de son temps à Montigny-sur-Loing dans la maison de campagne familiale. C'est à la fin des années soixante-dix que je fis la connaissance de Gérard. Etudiant, je le rencontrai lors de réunions nationales qu'il organisait pour les universités. Mais nous nous connaissons bien depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, grâce au rythme hebdomadaire de nos rencontres. Gérard est discret, il ne se met guère en avant malgré toutes les qualités objectives qui l'y autoriseraient. Non, il préfère garder le silence même lorsqu'il y aurait beaucoup à dire. Il attend le moment opportun. C'est sa force, une force intérieure. C'est en silence, un silence que seuls ses proches pénétraient parfois, que fidèle, il accompagna sa mère souffrante sur le dernier chemin. Pendant toutes ces années, Gérard se partageait entre Paris et Fontainebleau. Même s'il lui était impossible de dissimuler sa fatigue, jamais PaulI ni moi nous ne l'avons entendu se plaindre. Voilà sa nature et voilà sa vigueur pour nous accompagner, nous aussi, sur la route, qu'elle soit semée d'obstacles ou qu'elle soit dégagée. 18 janvier 1961 -Frédéric. Frédéric est l'époux d'Emmanuelle, le père de David, de Matthieu et de Marie. Bien que Frédéric se déclare éloigné de toute attente religieuse, il accéda au désir d'Emmanuelle pour leur mariage qui fut célébré par Antoine2, proche ami des parents d'Emmanuelle et aussi ami de Jean3 qui partageait le même parrain que cette dernière: François. Antoine, Jean et François avaient grandi tous trois sous l'amitié d'André4. Avocate de son état, inscrite au barreau de Versailles, Emmanuelle se trouvait être la consœur d'un autre Antoine5, mon cousin germain. Ces amitiés croisées entre Emmanuelle, Frédéric et moi nous ont rapprochés. Durant les deux années
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