Du trottoir au pouvoir

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En cinquante ans de pratique, la tarologue Yvette Borel a acquis une réputation internationale. Elle agit autant comme conseillère conjugale que financière ou familiale. Ses clients viennent de tous horizons mais partagent la même préoccupation : la quête de l'amour. Lors des séances, Yvette Borel touche la main du consultant, qui tire ensuite les cartes d'un jeu de tarot. Yvette les interprète selon l'enseignement transmis par sa grand-mère.
Cette autobiographie décrit ces séances mais raconte aussi son enfance tourmentée, assombrie par un lourd secret de famille : une jumelle morte à la naissance. « Ma curiosité de la vie venait de ce manque de l’autre. » Une curiosité qui a déterminé son métier dont elle défend l’éthique, en critiquant avec virulence les charlatans qui profitent du désarroi de gens désespérés.


Publié le : vendredi 27 mai 2016
Lecture(s) : 5
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EAN13 : 9782334139564
Nombre de pages : 60
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-13954-0

 

© Edilivre, 2016

Remerciements

 

Merci à ma jumelle disparue qui m’a laissé sa vie dans la symbiose fœtale.

A Carolyne et Vanessa mes filles merci de m’avoir donné et appris la vie.

Merci à Françoise Favre et Patricia Martin pour leur aide et corrections précieuses.

Merci à vous clientèle fidèle d’ici et d’ailleurs pour nos moments partagés.

Citation

L’espoir c’est arriver
à voir la Lumière malgré l’obscurité.

Desmond Tutu

Du trottoir au pouvoir

 

 

1

Il se tenait sur le pas de porte, un peu emprunté, ne sachant que faire, s’il allait entrer dans ma boutique ou prendre la fuite. Mon rendez-vous de 14 h 30, un certain Jean-Louis, BCBG, la quarantaine. Il se décida enfin à franchir le seuil en disant d’une voix hésitante :

– Bonjour Madame, j’ai eu votre adresse par ma femme de ménage. Je viens vous voir parce que je suis malheureux.

Je sentis immédiatement qu’il s’agissait d’un problème de cœur. Je lui fis signe de s’asseoir de l’autre côté de ma petite table.

– Racontez-moi ce qui se passe.

– Il y a quelque temps la sœur de ma mère est décédée. Le jour de son enterrement à la fin de la cérémonie au cimetière de Vandœuvres dans la campagne genevoise, alors que j’allais raccompagner ma mère à son domicile, une jeune femme s’est approchée et m’a demandé : « Do you speak English ? ». Elle cherchait l’adresse d’un chemin. Sa chevelure blonde était superbe. Je lui ai donné le renseignement et elle est partie. J’ai installé ma mère dans la voiture, mais du coin de l’œil, j’ai vu que cette femme se retournait pour me suivre du regard. Alors même que je démarrais, je distinguais sa silhouette se découpant dans le rétroviseur. Elle semblait fixer la voiture en train de s’éloigner.

– Et vous l’avez laissée partir ?

– Mais je devais raccompagner ma mère !

– Votre mère a déjà fait sa vie. Bien sûr qu’il était difficile pour elle d’enterrer sa sœur, mais vous avez laissé passer l’amour. Bougez-vous ! Préférez-vous vous occuper de votre vieille maman bien diminuée, mais qui vous a imposé sa volonté pendant toute votre vie, plutôt que d’accueillir l’amour qui vient à vous ? Votre génitrice n’est pas éternelle. Que ferez-vous quand elle ne sera plus là ? Quel est votre métier ?

– Je m’occupe des intérêts de ma famille. Croyez-vous que j’aie une chance de revoir un jour cette inconnue ?

– Tout est possible dans l’existence, mais pour l’instant cette femme n’apparaît pas dans vos cartes. Il vous faut réagir, la vouloir à tout prix, ainsi qu’une bonne dose d’audace. Pour conquérir l’amour, on doit remuer ciel et terre. Le désir est capricieux, mais l’amour reste mystérieux.

Il me regardait fixement, buvant littéralement mes paroles et semblait en même temps soulagé. Je ne voulais pas lui vendre du rêve, c’est pourquoi je m’empressai de lui préciser :

– Si la scène que vous décrivez s’est réellement passée, alors à votre place, je retournerais au cimetière. Vous savez, les femmes se battent plus que les hommes pour l’amour.

On consulta à nouveau les cartes qu’il avait tirées.

C’est ma grand-mère qui a déterminé ce qui allait devenir mon travail. Elle croyait en l’humanité, rien à voir avec la foi religieuse qui aliène les individus par des dogmes. Cette femme fantastique nous disait : « Il ne faut jamais parler en mal de quelqu’un, il faut essayer de le comprendre ».

Elle lisait les cartes comme un livre rempli d’images et de symboles, je la regardais faire, elle m’expliquait et me transmettait ce mystère. J’ai donc appris à déchiffrer les arcanes, bien avant les lettres de l’alphabet.

Le jeu de Jean-Louis était vraiment négatif, car il avait laissé tourner la roue de la chance, toutefois d’autres cartes pouvaient faire espérer un revirement. Je lui dis ce que je répète à tout le monde.

– Les cartes ne vont pas vous dire l’avenir, c’est à vous de le construire. Puisque vous vous occupez des intérêts de votre famille, vous allez prendre tous vos dossiers, votre ordinateur portable et travailler dans votre voiture devant l’entrée du cimetière ; c’est ce que je ferais à votre place. Le tirage des cartes est clair : cette femme va revenir parce qu’elle a rendu visite à quelqu’un dans le quartier et puis surtout parce qu’elle vous a rencontré. Cette fois, ayez un peu plus de jugeote.

Rassuré, Jean-Louis rayonnait ; lui, d’un abord plutôt réservé, m’embrassa même avant de partir.

Les jours qui suivirent, il mit ma suggestion à exécution. Les semaines passèrent, il revint me voir. A sa mine déconfite, je compris immédiatement que rien ne s’était passé. Il me raconta qu’il était resté du matin au soir dans sa voiture à attendre, en tuant le temps avec ses dossiers de famille. Malheureusement, il n’avait rien vu.

Je l’encourageai.

– Nous allons vers les beaux jours, les gens sortent plus facilement. Passons un accord : on se donne encore quelque temps. Si vous ne la revoyez pas, eh bien vous pourrez baisser les bras et ma foi tant pis pour vous, si elle est partie définitivement.

Cette fois, son jeu était très bon, parce qu’il avait tiré la carte du voyage, ornée d’un globe terrestre symbolisant l’accomplissement. Jean-Louis avait également choisi une image représentant le monde. Je sentis que quelque chose allait se passer.

– Vous voyez, cette femme va se battre. Ce n’est pas vous, mais bien elle, qui a du courage par rapport à cette relation. Je ne sais pas si elle vous aimera, mais ce qui est sûr pour moi, c’est que vous la reverrez.

Je veux montrer aux gens qu’ils sont capables d’être heureux, mais que pour l’être, il faut du courage. En ce qui concerne le sentiment d’amour, l’homme diffère souvent de la femme, car il est plus sexué, pourtant il souffre autant qu’une femme. J’ai vu tant d’hommes pleurer dans mon bureau, le cœur en charpie. Plus rares sont les femmes qui montrent autant de larmes. Elles ont de grandes envolées lyriques, des paroles radicales : « Ah, c’est l’homme de ma vie ! ”, mais deux mois plus tard, lorsqu’elles reviennent, c’est d’un autre qu’il est question. Je ne cesse de leur répéter qu’il ne faut pas confondre le sexe et le cœur. Il me semble que la société a changé, nous assistons au retour des Amazones. Les femmes sont devenues très calculatrices et c’est une féministe qui vous le dit.

Un soir, à la fermeture du magasin, Jean-Louis arriva avec un sourire jusqu’aux oreilles et un bouquet de fleurs à la main.

Immédiatement, je pensai : « Ça y est ! Il est beau, l’amour l’a transformé ».

– Madame c’est incroyable ! J’ai suivi vos conseils. J’arrivai à Vandœuvres ce jour-là, avec mission d’aller porter une rose sur la tombe de ma tante selon le vœu de ma mère. Cette dernière ignore bien sûr que je fais le pied de grue chaque jour devant le cimetière. Alors que j’allais entrer, j’aperçus une silhouette noire aux cheveux blonds, penchée vers le sol. C’était elle ! Elle était en train de regarder chaque tombe, à la recherche des dates les plus récentes et en relevant les noms qui leur correspondaient afin d’essayer de me retrouver.

Cette femme le cherchait. Comme je le lui avais suggéré, Jean-Louis confia par la suite sa mère aux bons soins d’infirmières qui venaient s’occuper d’elle à domicile. Il avait largement les moyens de financer ce genre de service. Il était temps pour lui d’avoir enfin le courage d’aimer et de vivre sa vie d’homme. Un mois plus tard, il épousait sa blonde inconnue. Pouvez-vous imaginer cela ? N’y a-t-il pas des destinées exceptionnelles ? Le destin n’est pas dicté par une intuition ou une vibration, mais bien souvent géré par une force qu’on ne maîtrise pas.

*
*       *

2

Nous étions deux, neuf mois durant. Deux, blotties l’une contre l’autre, jumelles monozygotes, à grandir ensemble dans l’extrême proximité de nos corps...

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