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Education nationale : le naufrage tranquille

De
204 pages

L'Education nationale, soumise depuis la massification à une succession de réformes inopérantes voit ses missions se multiplier quand ses difficultés s'aggravent. Le système éducatif français peut-il à lui seul compenser l'absence de politique économique et sociale, et réduire les multiples fractures sociétales du pays ? La situation actuelle prouve que tel n'est pas le cas. Dans un contexte européen et mondial de crise profonde, il s'agit donc de statuer sur notre école et sur son devenir, ce qui conduit à faire des choix tranchés : dans quelle société voulons-nous vivre ? La France est-elle soluble dans l'Europe ? Aux citoyens de s'informer et de se faire une opinion. Cet essai apporte sa contribution à une réflexion nécessaire. Puisse-telle avoir lieu dès que possible.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-67033-5

 

© Edilivre, 2014

L’Education Nationale, premier poste budgétaire de l’Etat, ne va pas bien. Au niveau des moyens financiers et humains, le gouvernement Eyrault a fait un effort, qui mériterait d’être poursuivi sur de nombreuses années après les saignées infligées à partir du ministère de M. Darcos. Mais l’aspect matériel du déclin de l’« ambition éducative » ne doit pas masquer celui, beaucoup moins visible et plus ancien, de la pernicieuse et calamiteuse gestion « réformatrice » de l’Etat depuis au moins 1989 au niveau des établissements scolaires.

Bonne à tout faire de la République, supposée pouvoir répondre à une infinité de besoins dont l’énoncé ressemble à un inventaire à la Prévert, (transmission des connaissances, éducation des jeunes, apprentissage de la démocratie, préparation à la vie active, insertion professionnelle, sensibilisation à la problématique écologique, lutte contre le sexisme, le racisme, sensibilisation aux conduites à risque etc…), l’Education Nationale est aujourd’hui soumise aux critiques de l’OCDE au nom de son insuffisante « performance » en terme de réussite scolaire, ce qui, dans le contexte idéologique actuel, la condamne à terme. Les tâches qu’on ne cesse de lui confier dessinent comme au pochoir la crise de la société française et de ses difficultés innombrables qui ne cessent de s’accentuer. Des élèves de terminale critiquent violemment des sujets de français, mettant en cause non leur insuffisance mais Victor Hugo. Le constat d’une crise profonde doit être fait.

Constitutive du fait français depuis au moins la fin du XIXe siècle, on la dissout peu à peu dans le fédéralisme à la sauce européenne, au détriment des élèves les plus fragiles, mais pas seulement ; elle serait dans tous les cas aujourd’hui l’une des plus inégalitaires en Europe. Incapable (et pour cause) de réussir une massification bâclée par les pouvoirs publics, elle est devenue dans les discours officiels un coût et non plus un investissement. Le président de la cour des comptes avance des pistes de nouvelles réformes, réanimant de la sorte le concept de bivalence des enseignants et mettant en cause la durée horaire de travail des professeurs. Des rumeurs font état de réflexions à propos du baccalauréat, qui coûterait trop cher, d’une éventuelle mise en cause du DNB, des voix s’élèvent pour contester le « socle des compétences » laborieusement mis en œuvre depuis 2005, bref, plus on réforme, plus il faut réformer. Au début de l’été 2013, on apprend avec « effroi » ce que beaucoup d’entre nous savent, à savoir le tripatouillage programmé des notes au baccalauréat pour soigner les statistiques officielles et masquer l’ampleur des problèmes. Tout citoyen raisonnable se dira que si l’Académie d’Orléans s’est fait pincer, elle ne doit pas être la seule concernée. Pourquoi en effet laisser les autres académies tricher et afficher de meilleurs résultats gonflés à l’« EPO » de l’« harmonisation » des notes d’examen et passer pour le mauvais élève de la classe France ? Tous les examens du secondaire sont-ils concernés par cette pratique ? On peut le craindre.

Il est donc urgent que les citoyens se réapproprient leur système éducatif, et qu’ils imposent un véritable débat national, ouvert à tous, et non plus aux seuls professionnels et experts qui nous ont conduit à la crise actuelle nourrie de mensonges et de faux semblants.

Français, votre Ecole fout le camp !

Aborder le sujet Education Nationale, complexe, au carrefour des problématiques sociales, économiques, urbanistiques, européennes, demande des précautions spécifiques. Par exemple, décrire une situation de crise scolaire en émettant un avis sur les choix politiques qui sous-tendent l’itinéraire des réformes qui nous ont menés où nous en sommes doit être fait. Quitte à prendre le risque de se tromper, comment ne pas faire un rapide bilan de l’histoire du système éducatif depuis au moins les années 70, et de l’idéologie à l’œuvre en la matière ?

Si nous convenons que l’immigration et ses conséquences, dont le regroupement familial n’est pas la moindre, ne pèsent en rien sur les raisons de la crise économique et financière que nous traversons, il n’en est pas moins vrai qu’elles influent sur le travail de l’Ecole, supposée donner à chaque élève les mêmes chances de réussite. Nous savons maintenant que l’intégration scolaire de nombreux jeunes français, issus de l’immigration ou non, n’est pas toujours gagnée, et que, par exemple, les Zone d’Education Prioritaires n’ont pas répondu aux attentes mises en elles.

Nous devons également questionner le modèle d’enquête de type PISA, qui répond à des critères statistiques apparemment nés d’une logique économique et financières chère aux technocrates bruxellois et autres, dont au premier chef ceux de l’OCDE, et qui paraît surtout être un instrument efficace au service d’un modèle éducatif aux antipodes du nôtre, du moins tel qu’il nous a été légué par notre histoire. Lorsque le terme « entreprise apprenante » fait son apparition dans la formation des futurs chefs d’établissement, sous la houlette du Ministère et du Haut Conseil de l’Education, on doit évidemment s’interroger. La logique du projet, des contrats d’objectif, des plans de performance, la présence invasive des techniques de « management » sont également des signaux assez clairs des évolutions en cours.

Parallèlement, la limitation accentuée des moyens en personnels, au moins jusqu’à l’élection de M. Hollande, et l’accroissement des effectifs classe ne peuvent en rien concourir à la qualité d’un service public enserré dans le carcan de la LOLF et des politiques néolibérales obstinément poursuivies depuis quelques décennies.

Aborder le sujet Education Nationale est donc périlleux, car ce sont les politiques nationales de long terme qui se dévoilent, souvent dans leur logique inégalitaire, que les discours officiels cachent de moins en moins. C’est en conséquence se poser la question du modèle de société que nous fabriquons dans le cadre de l’Europe, et se donner les moyens d’évoquer un autre modèle scolaire qui irait dans le sens d’une égalité des citoyens réellement affirmée.

Mais est-il encore possible de décrire une réalité inquiétante à l’heure où, face à la crise économique et à l’accroissement inexorable du chômage, devant la fuite massive des (vrais) emplois, la réussite scolaire demeure le seul horizon enviable pour les familles qui croient encore à l’efficience du système éducatif dans la mise en œuvre d’un projet professionnel pour leurs enfants ? Sans doute, pour éviter toute instrumentalisation démagogique visant à cacher la démission des pouvoirs publics en matière économique et administrative. Non, l’Education Nationale n’est en rien responsable de l’involution sociale qui frappe notre pays, non elle ne peut pas à elle seule remettre en marche l’ascenseur social, non les professeurs ne sont pas des privilégiés, non les autres systèmes éducatifs ne sont meilleurs que le nôtre. Oui, les politiques nationale et européenne sont devenues les bras armés de la réaction oligarchique qui met systématiquement en péril les acquis sociaux et les services publics des pays (encore) développés. Oui, la mise en cause systémique de notre système éducatif obéit à une logique néolibérale promue par Bruxelles, simple instrument des gouvernements européens. Ce ne sont ni la réforme des rythmes scolaires, ni la popularisation d’une charte de la laïcité ou tout autre réformette qui changeront les fondamentaux de la crise actuelle.

La crise de l’Ecole reflète en les amplifiant les conséquences des choix faits par nos gouvernants, toutes tendances confondues, depuis au moins une trentaine d’année. Il est temps de porter le débat sur la place publique.

2eme préface

Ce petit essai est le fruit de l’expérience. Je n’ai fait appel pour le rédiger qu’à ce que j’ai vu, constaté. J’ai également tenté de projeter l’ensemble des éléments d’analyse que j’ai amassés en une prospective raisonnablement construite. Mon expertise se résume à mon expérience professionnelle, accumulée à l’ombre d’exigences nées de ma conscience politique. Le hasard veut qu’à l’automne 2010 ont été publiés deux ouvrages remarquables à propos des problèmes français liés aux immigrations africaines et à leurs conséquences objectives, (« Les yeux grands fermés » de Michèle Tribalat, et « Le déni des culture » de Hugues Lagrange), du moins telles que certains observateurs avertis peuvent les décrire en l’absence d’un vrai travail statistique de long terme sur le sujet. Cette problématique est longtemps restée à la porte du paysage éditorial médiatisé et arrive enfin, fût-ce avec difficulté, à la connaissance d’un large public.

La réalité des difficultés de l’Education nationale souffre encore aujourd’hui d’être assujettie à l’ostracisme feutré de la « bienpensance », qui veille à maintenir l’illusion d’une école républicaine égale et juste pour tous en dépit des échecs patents d’un système scolaire à bout de souffle dans le contexte actuel. L’Ecole reste le premier service public de l’Etat en termes de dépenses. Il est extraordinaire que la réalité qui s’impose à la conscience de tout observateur averti pour peu qu’il visite quelques établissements représentatifs des difficultés de l’heure n’ait pas trouvé une traduction globale via l’édition ou tout autre média de masse depuis que cette situation s’est installée, il y a de cela au moins une bonne vingtaine d’années. Comment en effet traiter réellement de l’Education nationale en parcellisant le sujet entre la classe, le monde enseignant, les résultats, les familles, le monde de la pédagogie, les niveaux d’enseignement, les rythmes scolaires ou les comparaisons internationales et espérer y voir clair ? Notre réponse à cette interrogation est que les difficultés du système public d’éducation ne peuvent être éclairées que par une réflexion politique et sociale globale, seule à même de restituer une réalité complexe à l’œuvre sous nos yeux. En cette matière comme en matière d’« immigration » (et surtout de ses conséquences sur le long terme) et de fracture sociale et culturelle (les deux domaines souvent alors se croisent), un même tabou hélas veille : surtout ne pas alerter l’opinion, ni sur l’impuissance des Etats européens à peser sur leurs politiques d’accueil, du fait des réglementations internationales et européennes (lire « Les yeux grands fermés » de Michèle Tribalat), ni sur le fait que la politique éducative européenne est aujourd’hui pensée par les experts de l’OCDE, avec un parti pris néolibéral qui permet de prévoir en toute matière les conclusions des études menées par cette docte institution. Toute difficulté de l’Ecole peut alors être saisie comme argument pour mettre en cause le service public d’éducation français dans son essence égalitaire, qui est déjà largement contrebattue dans les faits.

Que peut donc faire l’Ecole, ce monument aux conservatismes vertueux, déjà mal à l’aise avec la culture de l’image et avec les nouveaux modes d’éducation qui prévalent chez nos concitoyens, face à des segments de la société qui, pour des raisons diverses, sont en sécession sur les plans social, familial, religieux, culturel au sens large, et donc scolaire (lire sur le sujet le rapport du Haut Conseil à l’Intégration sur le communautarisme) ?

Poser cette question résume mon propos. L’Ecole doit affronter à la fois des problèmes liés aux évolutions des modes de vie, et à la fréquente présence dans les classes de gamins qui n’ont ni les codes pour y réussir, ni le désir d’y réussir. Toute réforme qui ne tiendrait pas compte de ces éléments disparates serait vouée à l’échec. La dernière en date (qui impose le « socle commun des compétences ») ne fera pas exception à cette règle. On doit logiquement alors se demander si, dans le primaire et dans le secondaire un seul système scolaire peut répondre à ces défis. Après tout, dans le supérieur, la France s’est dotée d’universités, mais aussi de « grandes écoles » ou de filières telles les BTS ou les IUT, pour répondre à des besoins diversifiés, et souvent avec succès. Réformer vraiment l’« Ecole » dépend donc prioritairement d’une volonté politique, qui aujourd’hui fait défaut en cette matière comme dans d’autres.

1ere préface

« C’est la faute à l’école ! » (Le Monde, supplément Education, du mercredi 10 novembre 2010)

La crise globale est là. Financière, économique, sociale de plus en plus. A la mode anglo-saxonne, sous la houlette de l’OCDE, les états développés réduisent régulièrement leurs ressources depuis des années, tout en pratiquant à la faveur de la crise actuelle l’endettement massif comme sport de compétition. Nous assistons sans doute à l’un des plus grands transferts d’argent public vers le privé en temps de paix que le monde ait connu. Les déficits publics ont aimablement pris la place des déficits privés. Dans un tel contexte, apparaît clairement comme un enjeu stratégique le sort des services publics, mis en cause à l’échelle planétaire. En France, après des décennies de privatisation, l’Etat s’attaque au vif du sujet. La Poste est sur la sellette. L’Education Nationale fait la part de plus en plus belle au privé, sous contrat ou non, du fait de ses carences réelles et supposées. La réduction drastique de ses moyens humains, qui n’est pas la cause de tous ses problèmes, aggrave la situation. Le gouvernement actuel tente d’y obvier, mais il faudra du temps, et pas seulement. Parallèlement, la « performance » a fait une entrée triomphale dans les textes officiels de l’Education Nationale, et l’on sent bien que la comparaison de notre Ecole avec les systèmes éducatifs d’autres pays développés n’est pas innocente, quand les gardiens du Temple, à savoir les inspecteurs généraux, paraissent acquis à la doxa de l’heure, qui, via le discours du management, parle à présent de « plus value » pour évaluer les résultats des établissements. L’économisme frappe fort, y compris au cœur même de l’administration française, qui est passée avec armes et bagages chez les tenants de l’idéologie néolibérale, ennemie mortelle du « modèle français » dans le cadre d’une Union européenne née de la vision des vainqueurs occidentaux du second conflit mondial (Royaume Uni-Etats-Unis), via Jean Monnet.

En France, en dépit de l’embellie relative due à la politique du nouveau gouvernement, le risque se confirme de voir l’Etat profiter de la crise actuelle pour à terme accentuer sa pression sur le premier budget du pays, celui de l’Education Nationale, au nom de nombreux motifs tel celui de l’échec pédagogique, ou celui de l’insuffisante insertion professionnelle des jeunes, ou encore du « malaise des jeunes » engendré par les difficultés souvent bien réelles du système éducatif (Le Monde Education du mercredi 10 novembre 2010) et, osons le dire, « etc » tant les critiques sont nombreuses et variées. Qui veut tuer son chien… Dans l’univers de la « modernisation « et de la « réforme », le pire est à craindre, à savoir la mise en cause définitive du service public d’éducation. A ce titre, gauche « de gouvernement » et droite, acquises aux mêmes valeurs, régressent conceptuelle­ment et souvent politiquement d’un même pas. Jusqu’à quand ?

I
Et pourtant, ça marche !

Notre Ecole prête donc le flanc à la critique technocratique, car elle aurait cessé « d’améliorer ses performances » depuis une quinzaine d’années, (en laissant 15 à 20 % de jeunes au bord du chemin) argument qui structure curieusement les décisions successives d’en réduire le coût pour la collectivité. Ce « coût », lié à la « massification » engagée dès les années 60 du XXe siècle, était jadis un « investissement » de l’Etat au service de la communauté nationale et de son devenir. Il est le fruit des politiques de l’Etat depuis les années cinquante du XXe siècle tendant à scolariser de plus en plus longtemps chaque tranche d’âge après l’autre, jusqu’à ambitionner de doter à minima 80 % d’une classe d’âge du niveau bac.

On doit aujourd’hui se demander si prétendre gérer avec un seul et même instrument, à savoir notre système éducatif, l’hétérogénéité grandissante de la société française ne relève pas simplement du fantasme, et/ou d’un dogmatisme républicain enraciné dans le principe d’égalité, mué en égalitarisme. A ce titre, le collège unique, malheureusement remis à l’honneur par M. Peillon, notre précédent ministre de l’Education Nationale, symbolise à merveille les dérives à l’œuvre depuis si longtemps.

Il est difficile à présent de prendre la mesure précise des bouleversements sociaux et politiques qui nous attendent, tant l’actualité gouvernementale et les discours politiques paraissent déconnectés du réel, mais entre les difficultés économiques majeures qui nous accablent, les dysfonctionnements apparents de l’Education nationale et le parti pris de la rigueur budgétaire de nos gouvernants (au moins en ce qui concerne les services publics…), les conditions paraissent réunies pour que l’Education Nationale, sous sa forme actuelle, soit bientôt condamnée au nom de l’efficience, avec l’assentiment général de ses usagers, et dans l’indifférence majoritaire de ses acteurs qui ont apparemment perdu durablement le goût et la capacité de se mobiliser pour se défendre, fût-ce sur des parti pris discutables.

L’Europe, en pleine interrogation sur le plan institutionnel et politique, continue à traduire obstiné­ment dans les faits le projet néolibéral dont le cœur idéologique est l’OCDE.

Elle s’invite, discrètement, dans le système éducatif par le biais des outils de gestion, le « management », le « pilotage », la « performance », et, sans bruit, quelques systèmes éducatifs tentent de s’aligner sur des politiques et des stratégies convergentes au sein de l’Union. La massification en a été une traduction. La « masterisation » en est un autre exemple. La réforme de l’université, l’« autonomisation » des établissements, avec la disparition de la carte scolaire également. On en est à chercher ailleurs des exemples de réussite scolaire qui signeraient l’échec patent de l’Education nationale. Que n’a-t-on pas entendu à propos de la Finlande par exemple ! Les réformes en trompe l’œil se succèdent, l’orientation devient un enjeu obsessionnel, la remédiation, l’accompagnement, le soutien, le tutorat envahissent l’édifice, ce qui souligne à quel point la crise est parvenue, affectant une large frange de notre Ecole. On peut craindre, avec l’échec prévisible de la « réforme Fillon » et de la mise en œuvre du socle de compétences, que l’Etat, à terme, « tire les leçons » de ces gesticulations « de la dernière chance » pour casser enfin le plus gros service public du pays.

Il est donc temps de se demander comment préserver réellement notre système éducatif public, garant de l’avenir, en le débarrassant du fatras des idées toutes faites empilées au gré des réformes et des travaux de quelques « experts » aussi peu pertinents dans leur domaine que tant d’économistes dans le leur, en lui rendant dignité et légitimité.

Le système scolaire public doit être l’étalon de la mesure sociale et identitaire, et non pas une variable d’ajustement dans la gestion chaotique des différences.

Premier aperçu : morne plaine !

L’Education nationale fait en effet l’objet de discours roboratifs sur son rôle essentiel dans le devenir de notre pays, de l’Europe aussi, à laquelle elle est censée préparer notre jeunesse, et elle subit dans le même temps des salves de réformes qui, à priori, la condamnent peu à peu à faire bien d’autres choses que son travail, à savoir instruire en éduquant.

Elle est en effet de plus en plus confrontée à une société française en miettes.

La « doxa » proférée par la technostructure du Ministère de l’Education nationale, par les médias et par le monde politique en fait dans ce contexte aux yeux des citoyens l’arme absolue contre des « maladies » telles que l’absence du sentiment d’appartenance nationale, la faiblesse des valeurs citoyennes, l’insécurité, le chacun pour soi, voire la multiplication des conduites à risque, des pratiques addictives ou l’insécurité routière. Et on en passe.

L’Education nationale serait même soupçonnée d’être une réponse, sinon « la » réponse, aux problèmes de chômage des jeunes, en se voyant aussi mise en demeure d’aider puissamment à l’intégration professionnelle de ces derniers.

Elle est peu à peu formatée pour prioritairement prendre en charge des pathologies sociales contemporaines, spécifiquement urbaines, au détriment de ses fonctions premières, qui sont la transmission des connaissances, l’éveil intellectuel à soi et au monde dans le cadre et à partir de notre culture.

L’accent est mis de plus en plus sur le volet « éducation », avec en corollaire le développement échevelé de l’univers obscur des « formations qualifiantes », « chaque élève » devant être de la sorte mis en situation d’« employabilité ».

A l’abri de cette mobilisation en trompe l’œil, les autorités de l’Etat mettent en œuvre plus ou moins discrètement des mécanismes de gestion extrêmement précis et concrets.

Le discours de la rentabilité, de l’efficience, et le parallèle entre la gestion des établissements scolaires et celle des entreprises devient une banalité couramment usitée dans les discours officiels.

La naissance avec la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finance) des « projets annuels de performance », auxquels sont ou vont être soumis établissements et Inspections académiques (PAPET, PAPA…), les rectorats eux-mêmes, à présent objets de lettres de mission de la part du ministère, indique que la seule véritable et profonde réforme du système éducatif, est celle du cadrage et de la limitation de la dépense publique. Réforme essentiellement administra­tive et gestionnaire donc. Le syndrome « budget global » appliqué aux hôpitaux via le budget de la santé est ainsi en voie d’instauration au niveau de l’Education nationale sans que l’on puisse voir aujourd’hui en quoi cette évolution technocratique aidera l’Ecole à faire face convenablement à ses véritables responsabilités.

Tout comme la conscription, feu le service militaire obligatoire, qui a été peu à peu transformé en parking parenthèse pour jeunes hommes, avant d’être supprimé d’un trait de plume dans l’indifférence générale, le système éducatif est de plus en plus mis au service de missions qui ne sont pas les siennes. Il est victime d’un « détournement de mission », bref, il est instrumentalisé et donc condamné à l’échec.

L’importance symbolique de cette administration ne permettra sans doute pas qu’un jour, un homme politique puisse déclarer l’Ecole de la République « obsolète » et vouée à la disparition. On peut supposer qu’il en ira autrement, mais avec pour résultat l’abaissement durable du service public d’éducation.

Il s’agit donc dans ces pages de tirer la sonnette d’alarme, pendant qu’il en est temps encore, au nom de l’égalité des chances, qui ne saurait se confondre avec l’égalitarisme à l’œuvre aujourd’hui. Et de tenter d’imaginer comment sortir « réellement » de l’ornière.

II
Quelle crise ?

L’Education nationale serait « en crise ». Les hommes politiques se saisissent régulièrement du dossier. On parle moyens, réforme, encore et toujours, on se jette des chiffres au visage, on formule des idées, des projets, des sentences définitives, bref, avant comme après les élections présidentielles et législatives du printemps 2007, et de 2012, les polémiques se succèdent. Et cachent l’essentiel.

Le parti pris ici est d’affirmer que le système scolaire fonctionne bien, lorsqu’on lui demande de faire ce pourquoi il a été créé, à savoir instruire des élèves dans un cadre éducatif.

En dehors des vraies grandes villes et de leurs périphéries, où tout d’ailleurs ne se passe pas forcément mal, combien d’établissements de « province » travaillent encore correctement à l’insu des médias ?

Les grandes écoles peinent-elles à recruter nos futures « têtes d’œuf » ? Manque-t-on d’ingénieurs, de techniciens, d’enseignants ? Certes non, surtout quand on décide d’ouvrir des postes aux concours de recrutement.

Le pays, dont officiellement plus de 10 % de la population active est au chômage (chiffre fluctuant au gré du calendrier électoral…), vit-il dans une pénurie criante de main d’œuvre qualifiée ?

Comme d’habitude, et c’est médiatiquement normal, on parle essentiellement sur les écrans et sur les ondes des trains qui n’arrivent pas à l’heure.

Revenons-en donc à la réalité : oui, le système scolaire fonctionne correctement, et continue à fournir au pays les élites, les cadres, les employés, et les ouvriers dont il a besoin, même si certaines professions ont du mal à recruter, du fait notamment de leur pénibilité ou de rémunérations peu attractives.

Pensons plutôt à ces nombreux diplômés de l’enseignement supérieur qui n’arrivent pas à intégrer le marché du travail et présentent désespérément les concours de catégorie « B » et « C » à défaut de pouvoir travailler au niveau de leurs compétences (réelles ou supposées) !

En conséquence, si l’on veut accéder à une compréhension suffisante de la problématique scolaire, il faut inverser la logique actuelle, qui privilégie les aspects négatifs de la situation, et multiplie les discours sur les « réformes nécessaires », pour donner à notre réflexion un point de départ solide et concret : le système scolaire dans son ensemble reste une machine qui « gagne », comme l’on dit aujourd’hui.

Les méfaits de l’égalitarisme : la massification à la française

Mais il est de fait que la machine trop souvent bégaie en direct, par médias interposés, essentiellement dans les grands centres urbains, notamment depuis la mise en œuvre systématique de ce qu’il est convenu d’appeler la « massification » de l’Ecole, dans les années soixante, puis, véritablement à partir des années soixante et dix et quatre vingt du XXe siècle.

Au-delà des problématiques européennes, dans ce cas parfaitement compréhensibles en terme d’ambition économique (faire monter le niveau général pour fonder l’« économie de la connaissance », clé supposée de la suprématie économique…), on peut, pour ce qui est de la France, expliquer également cette stratégie de plusieurs manières.

Le général De Gaulle aurait préconisé la mise en œuvre d’une première massification qui était alors vécue comme une formidable avancée au motif que, suite au traité de Rome, la France devait élargir son assise industrielle, technocratique et nourrir ses ambitions d’un nombre croissant de cadres bien formés.

Cette politique de l’Etat, qui venait de loin, a été dans tous les cas l’expression d’un souci légitime de la part des pouvoirs publics. Donner à chacun sa chance en...