Éléana

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Ce récit autobiographique traite d’une période particulièrement difficile de la vie de l'auteur, lorsqu'elle a été atteinte d'un cancer. Racontant sans apitoiement son quotidien, elle témoigne dans ce journal de l'amour qu'elle éprouve pour ses chevaux, grâce auxquels elle a surmonté cette douloureuse épreuve. Ce texte est un hymne d'espoir à la vie et aux chevaux, ces compagnons guérisseurs qui savent tant donner quand on apprend à les écouter. L’équithérapie n’est pas un vain mot. En effet, si la maladie frappe le corps de l’humain, le mental et l’énergie du cheval peuvent apporter un soutien complémentaire plus subtil, plus léger, aux traitements lourds de la médecine. Car la force conjointe des deux esprits permet de soutenir le physique défaillant et favorise une rémission plus accessible.


Publié le : vendredi 23 octobre 2015
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EAN13 : 9782334011181
Nombre de pages : 234
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-01116-7

 

© Edilivre, 2016

Remerciements

 

 

Merci à mon amour humain, celui qui m’a épousée pour le meilleur et pour le pire, et qui m’a toujours soutenue dans l’épreuve de la maladie comme dans celle de la création.

Prologue

UN INVISIBLE ENNEMI

Il existe un invisible Ennemi

Qui, bien tapi, se nourrit de nos vies

Et il s’invite seul en notre sein,

Se fait hôte, se charge du Destin

Il se rit de vous, Ô lui si Malin.

Il aime à grandir, vous prend par la main

Vous guide sans demander son chemin

Ouvre les portes, fidèle et serein

Sans dire que derrière la dernière

Se cache l’Enfer et l’Ombre guerrière

Qui fauche sur son passage nos rires

Et ouvre à nos yeux l’Empire du Pire.

Il se découvre, hôte indésirable

Souriant, il vous invite à sa table

Alors vous découvrez avec horreur

Qu’en votre corps vous hébergiez la Mort

Commence alors un combat corps à corps

Et la victoire par tirage au Sort !

 

Les mots sont comme les animaux : il faut les aimer, les apprivoiser, les regarder pousser. Ensuite on peut les côtoyer et les adopter.

Comme les chats ils sont mystérieux.

Comme les chats il ne faut pas hésiter à les caresser pour les entendre ronronner.

Comme les chats, ils sont indépendants et l’on se demande qui vit chez qui. Mais n’est-ce pas là une douce servitude ?

1

J’ai fui. Fui la ville. Fui les hommes. Depuis peu la maladie est ma compagne. Elle s’est introduite soudainement et subrepticement dans ma vie.

Pendant de longs mois, régulièrement, il me faudra retrouver le monde des blouses blanches et des hôpitaux.

Mais on ne peut pas guérir dans un hôpital, on est trop entouré et baigné par la maladie. On ne peut pas y jouer à ne pas être malade. Et puis, je ne suis pas seulement atteinte d’une simple grippe, cela ne se soigne pas en cinq jours. Lorsque j’ai rencontré l’oncologue, mes belles illusions se sont envolées : l’annonce du programme des mois à venir a paru si lourd. D’autant qu’il m’a proposé de choisir entre deux protocoles. Mais lorsque je lui ai demandé quels étaient les effets secondaires des deux traitements, il m’a fait un descriptif qui me donnait l’impression de tomber de Charybde en Scylla. La tension nerveuse aidant, j’ai éclaté de rire sous l’œil ahuri du médecin. Comment choisir entre deux tortures ? Tout le monde me dit qu’il faut positiver mais je sature face à ce discours. Ce n’est que l’entrée d’un long tunnel…

A mon arrivée à l’hôpital pour y subir la première chimiothérapie, j’ai vu une femme sortir en chaise roulante et là, j’ai reçu en plein cœur cette image d’une femme défaite, usée par la maladie, dans un état de fragilité très marquée. J’ai eu le sentiment d’entrer brutalement en contact avec une vitre que je n’avais pas vue. Le choc a été rude. Non, TRES rude. L’infirmière, au cours de ces trois heures de perfusion m’explique les effets secondaires du traitement très puissant : je vais perdre mes cheveux (cela je le savais) et peut-être aussi les sourcils et les cils. Et soudain je comprends ce qui rendait si étrange le visage de cette femme aperçue quelques heures plus tôt. Je n’avais pas mis le doigt dessus jusqu’à ce que l’infirmière évoque ce détail.

Mais à cet instant je souris, contemplant et respirant par tous les pores de ma peau ce coin de paradis qui s’offre à moi.

Je souris de l’outrecuidante certitude des spécialistes, persuadés que ce sont eux et leurs traitements, les artisans de ma guérison.

Je souris, car je sais que cette dernière viendra de ce jardin d’Eden dans lequel je me suis réfugiée.

D’ailleurs ce n’est pas moi que les médecins soignent, ce n’est que la partie mort-vivante de moi-même que je confie à leurs bons soins. L’autre moi, celui qui rit, qui vibre, qui respire, qui VIT, celui-là ne quitte jamais mon refuge secret, mon antre magique, auprès des compagnons que j’ai choisis. Je suis dans une bulle protectrice, un peu en lévitation à côté de mon corps, comme sur un plan astral. Je fais semblant de vivre, comme si je n’étais pas malade, MALADE. Je me bats pour que mes compagnons ne pâtissent pas de mon traitement, mais je ne me bats pas pour moi. Pourquoi me battrais-je pour moi, puisque je ne suis pas malade ? Ce qui m’arrive n’est pas le fait de la maladie mais des traitements que je subis. Il y a peu de maladies où le traitement rend davantage malade que la maladie elle-même.

Je n’ai pas réalisé ce qui m’arrive, je me laisse vivre, emportée par la ronde des examens et des soins, mais je n’ai pris aucune décision, les médecins les ont prises pour moi. Je suis enfermée dans une farandole infernale mais je n’y suis pas entrée de mon plein gré, ni de façon consciente. Mon corps physique participe à tout cela, mon corps astral est à l’abri, dans un univers de grandes vacances que je passe avec mes compagnons à quatre jambes. Et même le fait de ne plus pratiquer vraiment l’équitation ne change pas tant de choses, puisque cela m’est déjà arrivé auparavant. La seule chose qui change et que je vis mal, est de devoir beaucoup compter sur les autres pour s’occuper d’Ananas et Liam. C’est un véritable calvaire. Pourtant même cela, j’ai du mal à en attribuer la faute au cancer. Et puis qu’est-ce que c’est un cancer ? à part une boule que j’ai sentie et qui aurait tout aussi bien pu être un kyste. Qu’est-ce que cet ennemi invisible qui a pris possession de mon corps, mais qui ne laisse aucune arme physique pour le combattre ? Même là, pour gagner contre la maladie, ce n’est pas le physique qui est important, c’est le moral. Je ne peux pas lutter contre mon propre corps !

Il est difficile de se projeter dans un avenir en ayant à l’esprit une hypothétique guérison. Et puis, guérir, d’accord, mais pour guérir quand on ne se sent pas malade… Nous y revoilà ! Il faut que je prenne d’abord réellement conscience que je suis MA-LA-DE. Mais si je suis malade, vais-je trouver le courage de me battre ? Tout le monde me trouve forte, courageuse. Je suis juste entre parenthèses, en hibernation, et j’attends que ça passe. J’attends toujours, comme si je m’étais mise à l’abri pendant un orage. Juste, simplement, je n’ai pas imprimé. Je ne vis pas AVEC la maladie, je vis à côté de la maladie. Je ne suis pas forte, j’ai juste mis ses fonctions vitales au ralenti, comme un plongeur en apnée qui ralentit à l’extrême son rythme cardiaque. Je ne me suis pas noyée puisque je n’ai pas plongé. Pour le coup, je suis comme un enfant handicapé que l’on prend par la main et que l’on mène à sa guise (mais pas celle de l’enfant). Ce n’est même pas que j’avance, c’est juste que je pose mécaniquement (la machine est bien huilée) un pied devant l’autre. Mais la ritournelle des questions : « Pourquoi moi ? Pourquoi ? Qu’ai-je fait ? Que n’ai je pas fait ? Suis-je punie d’avoir trop d’amour dans ma vie ?… Guérirai-je ? » n’a pas de fin et n’a pas de réponses… Et si j’ouvre trop grand la porte à certaines pensées, je crie : « J’ai peur ! » Alors, j’ouvre rarement la porte…

Bien sûr que tu es malade et le fait que tu ne ressentes rien n’est pas une preuve du contraire. C’est peut-être plus facile pour moi de le dire parce que je suis vraiment dans la situation que tu as l’impression de vivre, à savoir que je vis à coté de la maladie qui est en toi. Il semblerait donc que ce soit plus facile d’accepter la réalité quand on n’est concerné qu’indirectement mais en même temps il faut aussi pouvoir accepter cette impuissance. Maintenant, que tu te battes pour nous ou contre la maladie ne me paraît pas la chose la plus problématique dans la mesure où tu te bats et où tu gardes le moral en profitant de tous ces petits moments particuliers qui dans d’autres circonstances pourraient passer inaperçus, mais qui dans le cas présent demandent à être savourés et appréciés à leur juste valeur.

Il est d’ailleurs dommage qu’en temps « normal » nous ne sachions pas ou plus apprécier ces petits moments de bonheur et que nous ayons perdu le sens des valeurs. Quelles sont les valeurs à la mode aujourd’hui ? L’argent que l’on gagne plutôt que la façon de le gagner, la renommée plutôt que la reconnaissance ou encore les droits que l’on a plutôt que les devoirs dont ils découlent. La recherche du bien-être devient boulimie de consommation.

Je souris, car j’ai l’intime conviction que ma véritable thérapie n’est pas dans les soins qui détruisent tout sur leur passage (les cellules saines et les cellules malignes, les organes malades et les organes sains, qu’il faut ensuite soigner pour qu’ils ne soient pas trop lésés…), mais devant moi, dans cette verdure, ces bois, ces chants d’oiseaux, ces cris de buses qui tournoient dans le ciel, ces sons infimes qui parviennent par instants à mes oreilles.

Ici, je suis en paix : en paix avec mon corps, avec moi-même, et même avec les autres, loin d’eux et à l’abri de leurs jugements. En cela, nous nous ressemblons avec Cassandra, celle qui souvent nous rend visite. Cassandra, ma sœur d’adoption, ma jumelle malgré la génération qui nous sépare, aux beaux yeux mordorés, ma siamoise au cœur tendre que la vie s’est aussi acharnée à lacérer. Toutes les deux nous dissertons des heures durant, inlassablement pour ne pas dire éperdument, des mérites de nos amours respectives.

En contemplant ce paysage, le vers de Rimbaud dans Le Dormeur du Val résonne à mon esprit : « C’est un trou de verdure ou chante une rivière ». La nature se réveille d’un long et rigoureux hiver. Le ruisseau en contrebas du pré, n’est plus pris par la glace et fait entendre sa douce mélodie à mon oreille apaisée. Percevez-vous le murmure des fées qui chantent, au gré du froufrou de l’eau sur les pierres ? Il n’y a pas de margelle, mais elles sont tout de même là, assises en rond autour de la cuvette que forment les berges à cet endroit et regardent le monde d’un air triste car plus personne ne semble les entendre ni les voir… Sauf peut-être quelques irréductibles rêveurs (euses) ! En êtes-vous ???

*

Il y a quelques mois encore, au cœur de l’hiver, j’avais savouré ces grands espaces enfouis sous la neige tombée en abondance de jour comme de nuit. C’était là l’occasion rêvée d’aller se promener. Au début de la balade je marchais la première : les sensations sont extraordinaires lorsqu’on marche dans la neige fraîche et vierge avec pour seul bruit celui des flocons sur les vêtements et des oiseaux qui chantent par intermittence. Parfois on voit et on entend tomber un bloc de neige qui se détache sous le poids de son manteau d’hermine. La nature est vraiment magnifique. Comme elle est belle quand l’homme ne s’en mêle pas ! Le paysage ressemble à une carte postale et le silence nous prend dans ses bras. J’avais vraiment la sensation d’être enfermée, protégée dans un cocon : un sentiment de sérénité et d’apaisement, comme celui que je trouve auprès des chevaux. Je me laissais juste bercer par cette beauté et m’en imprégnais par tous les pores de la peau. J’ai toujours ressenti du bonheur lorsqu’il neige, mais c’était souvent lié à l’excitation, plus qu’à la sérénité. Alors que ce jour-là, j’avais le sentiment que mon rythme cardiaque ralentissait. Pourtant l’effort physique n’était pas négligeable : il fallait lever les pieds à chaque pas. J’admirais les sculptures de neige que le hasard avait formées : un véritable palais des 1001 merveilles, mais éphémères. Ce paysage faisait penser à celui de La petite fille aux allumettes, d’Andersen, alors que c’est un conte si triste et que le paysage était paradoxalement si merveilleusement magique ! Chaque branche, chaque feuille, chaque brindille offrait un spectacle différent.

Et combien quelque chose d’aussi léger et immatériel qu’un flocon peut-il peser aussi lourd ! Les arbrisseaux ployaient sous le poids de la neige comme sous le poids des misères de toute une vie, jusqu’à presque toucher terre, parfois. Il suffisait juste de les débarrasser de leur enveloppe immaculée pour les voir se redresser, comme libérés de la chaîne qui les retenait au sol. De vrais ressorts ! et une explosion de particules multicolores et pourtant blanches ! Une explosion magique elle aussi accompagnée du bruit mat de la neige tombant sur la neige ! Succès garanti pour un spectacle de la nature, pour une œuvre d’art que l’homme n’a pas façonnée et qu’il tentera désespérément d’imiter. Une œuvre d’art toujours identique et pourtant toujours renouvelée.

Le ciel était terriblement laiteux, on ne le distinguait pas toujours du chemin et seule la cime des arbres tranchait sur ce fond blanc. Parfois j’apercevais des traces de passages d’animaux : comme j’aimerais pouvoir les lire aussi clairement que je lis les mots, mais mes connaissances en la matière se résument à la lecture des traces de pattes de chat, de sabots ou d’oiseaux ! Maigre lecture. Vive l’omniscience ! Plus jamais alors cette idée toujours terrible de ne pas savoir.

Sentiment un peu amer, en revenant sur nos pas, d’avoir dérangé et détruit cette blanche uniformité, vierge de toute atteinte parce que c’est cette virginité qui me permet de me sentir protégée et d’avoir envie de m’y enfoncer toujours plus loin, plus loin de la réalité, du bruit, des voitures et des hommes.

Retrouver la chaleur du feu de bois, après cela, n’en fut pas un régal moins appréciable ! Les mains refermées autour d’une tasse de chocolat chaud, dans la tendresse des bras de Nathanaël, mon amour humain, celui qui m’a épousée pour le meilleur et pour le pire. Ce jour-là c’était pour le meilleur, depuis quelques semaines, c’est pour le pire !

*

Aujourd’hui, je me délecte de la tiédeur du soleil qui caresse mon corps las et endolori. Mon esprit vagabonde :

CANCER

« Cancer », ce mot flotte autour de moi comme une ombre malfaisante, pas le mot fade du signe du zodiaque, non, celui, terrifiant, de la maladie, celui de l’épée de Damoclès pointée au-dessus de ma tête. « Cancer », « mort », deux substantifs étroitement liés dans l’imaginaire populaire. Et pourtant je VIS, je savoure même la vie, comme un enfant sa sucette ou un cheval sa pierre à sel. Cette pierre qui lui apporte les sels minéraux nécessaires, cette vie pleine de sel qui s’offre à moi au quotidien.

Je ne veux pas oublier cette parenthèse si noire, je veux juste pouvoir la refermer consciemment, maintenant qu’elle a été ouverte inconsciemment. Je veux pouvoir me retourner, fermer la porte à clef, de mes mains et jeter la clef au fond d’un abîme pour qu’elle ne remonte jamais à la surface.

Et pour ne pas oublier, les mots sont une bonne médecine. L’heure de Molière et des grands mots savants des médecins contemporains de son époque ne semble pas toujours achevée ; parfois nous ne sommes que de pauvres malades à qui l’on administre des clystères et autres obscures médications ; parfois nous ne sommes que de pauvres hères ballottées par l’incompréhension, face à ce qui s’est abattu sur nous, face à ce qui nous est appliqué comme traitement. Ce n’est pas la question qu’on nous applique, et pourtant parfois cela y ressemble. La torture n’est pas physique au début, elle est seulement morale. Fort heureusement, le quotidien dans l’environnement habituel auprès des familles, à vivre et à s’occuper normalement, apaise et permet aux plaies de cicatriser lentement.

Chaque heure de bonheur vécue entre deux traitements est une victoire sur cette ombre sournoise. Le fantôme du cancer n’a qu’à bien se tenir ! J’ai mon chien de Baskerville pour le dépister et le tenir éloigné. J’ai même trois fins limiers pour me protéger. Tous trois m’offrent la paix du cœur et la paix du corps. Même si nous avons laissé l’épée percer insidieusement notre bulle vitale, elle ne peut que rester suspendue, engluée dans la toile que nous lui tissons quotidiennement. Nous la savons là, maintenant, ce n’est plus elle qui nous piège, mais nous qui la piégeons. Et cette toile sera celle des mots, des mots du quotidien, des mots qui libèrent, qui percent les plaies, qui font avancer même s’ils font mal, parfois, des mots de l’esprit et des mots du cœur, des mots de la maladie et des mots du bonheur. On se sent aussi insignifiant qu’un grain de sable face à l’océan, sans force devant la puissance de la maladie, comme devant celle de l’eau.

La haine a un nom. La colère a un nom. La violence a un nom.

CANCER

« Saloperie » que l’on voudrait tuer et qui nous tue à petit feu, insidieusement, en silence, dans le calme. Et quand il ne nous tue pas il tue l’autre, l’amour, l’amie, l’amante. Celle dont on se veut le chevalier servant, le protecteur (réflexe de mâle, et alors !). Mais là, qu’est-ce que l’on peut faire, où est-il l’ennemi, le danger qu’il faut éliminer ? A l’intérieur, invisible, hors de portée. Je sais que j’ai toujours eu de la violence en moi, mais je crois que ce n’était rien face à ce que je ressens aujourd’hui. Si quelqu’un avait le malheur d’avoir une attitude agressive vis-à-vis de ma femme aujourd’hui, je crois que je déverserais sur lui toute cette violence accumulée et que je l’enverrais à l’hôpital, avis aux amateurs…

Qu’es-ce qui est le pire, être malade ou aimer le ou la malade ? Evidemment la question ne se pose pas, on connaît le risque ultime de cette maladie, n’empêche… Le malade est entouré, soigné, accompagné, il ressent les choses. Oh d’accord les nausées, les courbatures, la fatigue il s’en passerait bien, le cathéter, c’est plutôt intrusif, relativement douloureux et pour le moins gênant. Seulement il sent les médicaments de la chimiothérapie qui jouent leur rôle, il sent les piqûres qui vont l’aider à faire face à la baisse de globules, il avale les médicaments qui vont contrer les effets indésirables et il sent aussi quand les effets secondaires se dissipent.

Et l’autre, qu’est-ce qu’il sent le mari qui a juré de protéger sa femme, qu’-ce qu’il sent à part son impuissance et cette haine de cette chose obscène qu’il ne peut pas atteindre et qui veut lui enlever celle qu’il ne voudrait quitter pour rien au monde ?

N’empêche qu’il veut bien faire. Il est persuadé (c’est sa formation et son expérience personnelle qui lui ont montré cela) que même si cela va sans dire, cela va toujours mieux en le disant et comme il veut que sa femme aille mieux, il lui dit de parler et si elle ne peut pas parler qu’elle mette les mots sur le papier. La bonne idée ! Sa femme est une littéraire de la vieille école, elle a besoin de l’encre et du papier plutôt que des touches et d’un écran parce que cela va plus vite, que c’est plus sensuel, peut-être plus naturel, alors elle écrit et lui, il reprend tout ça, et il le tape au propre et il en profite pour mettre ses mots à lui parce que ce n’est finalement pas toujours le cordonnier le plus mal chaussé. Et c’est du boulot et c’est aussi sa catharsis, sa façon d’être encore et toujours avec celle qu’il aime.

Heureusement, les instants comme celui que je vis, dans la tendresse de la nature, apaisent et adoucissent le cœur et le corps. Je prends toujours la direction des écuries, ma deuxième maison, avant les tirs d’artillerie lourde. Inutile de rester à me morfondre à la maison. Il ne faut pas changer les habitudes qui me réussissent.

Depuis le léger promontoire où je me tiens, les pâtures s’étirent en pente douce. Je suis du regard deux silhouettes sombres qui lentement et gracieusement se déplacent dans leur quête du meilleur brin d’herbe.

Mais soudain, un frisson me parcourt. La traduction littérale de l’expression polonaise est : « La mort m’a traversée » et cette formule me semble brusquement d’actualité. Est-ce le froissement des ailes noires d’une corneille qui vient de se poser non loin, qui m’a sortie de ma contemplation idolâtre ? Quoi qu’il en soit, la réalité me rattrape : demain je dois subir une chimiothérapie… A l’idée de devoir affronter à nouveau la ronde des effets secondaires, je rechigne. Il est difficile de tendre les doigts lorsqu’on sait que l’on va être frappé ! C’est aussi invivable que d’aller à la rencontre de son bourreau ! Je me sens lourde, abattue, comme freinée dans mon élan. C’est contre cela que je dois lutter, parce que c’est insidieux et venimeux. Cela se répand dans mon corps et dans mon esprit. Et si cela devait m’envahir toute entière, la maladie gagnerait. Finalement, c’est peut-être seulement cela, la maladie : un serpent qui mord et diffuse lentement son venin.

Mais qui dit une cure de plus dit aussi une cure de moins. De plus, la situation n’est pas si terrible puisqu’en dehors du cancer, le reste du corps va bien ! D’ailleurs, je n’ai même pas été terrassée par le dragon de la première perfusion ! J’ai passé une nuit sereine et des lendemains qui n’ont pas trop déchanté. Alors « Hauts les cœurs ! » puisque je tiens sur mes deux jambes et que je tiens seule.

*
*       *

Pendant que le poison qu’on m’instille goutte à goutte coule dans mon corps, je m’évade au nez et à la barbe du personnel médical, pour recourir à ma médication personnelle, celle qui me tient en vie, qui me porte et me sauve. Mes pensées s’envolent à tir d’ailes vers l’une des silhouettes noires que je suivais hier des yeux : Ananas, mon bel Ananas, mon compagnon à quatre jambes, l’une de mes sources vives ! Aujourd’hui comme depuis sept ans, je pose sur lui le même regard étoilé de bonheur ! J’en suis devenue l’heureuse propriétaire alors qu’il avait dix ans et moi neuf mois d’expérience à cheval. Autant dire que je ne savais rien. Quant à connaître les besoins d’un cheval et ce que cela représentait comme investissement et comme connaissances qu’il me faudrait acquérir, j’étais loin d’en avoir conscience. Mais je réalisais avec lui un rêve de petite fille. Une petite fille d’ouvriers pour qui posséder un cheval était inenvisageable. Même à ce jour, je le regarde parfois en ayant du mal à croire qu’il est mien, que ce n’est pas un rêve. Il est mon conte de fée à moi. La petite fille n’est plus petite, mais elle croit encore aux contes de fées, puisqu’il partage avec Nathanaël et moi, de nombreuses heures de notre vie.

*
*       *

« Shaïtan ! murmurai-je

Aussitôt deux petites oreilles d’ébène s’orientèrent dans ma direction. Pourtant je me tenais à la porte, suffisamment loin pour que le moindre souffle de vent dans les branches encore presque nues de ce début de printemps, couvre ma voix. Je vis presque concomitamment les naseaux vibrer, de ce hennissement bas et doux qui quotidiennement m’accueillait, emplissant mon cœur d’un immense bonheur. Shaïtan s’avança alors vers moi, d’abord au pas, étalant ses longs fanons noirs extrêmement fournis, sur l’herbe verte qui commençait à former un joli tapis encore ras mais appétissant. Puis au trot, ses genoux se soulevant du mouvement si caractéristique des frisons. J’observais avec délectation la moire de sa robe noire qui chatoyait à la lumière des timides rayons du soleil matinal. En quelques foulées, il me rejoignit à la barrière, me manifestant ainsi son attachement, heureux de ma présence. Je tendis la main pour caresser le doux velours de ses naseaux…

– Il est précisément six heures trente…

Je me réveillai brusquement au son de la radio qui s’était mise à grésiller. J’avais rêvé. Pourtant cela semblait si réel. J’avais encore le bras tendu, la main ouverte. Une part de moi-même était restée dans le rêve, l’autre moitié, celle allongée dans le lit, me semblait une coquille vide, solitaire, coupée de son corps. C’était le même rêve qui depuis tant d’années peuplait mes nuits. Des larmes perlèrent au bord de mes paupières. Plus le temps passait et plus les réveils étaient douloureux. J’aurais tellement désiré que ce rêve devienne réalité. Depuis ma plus tendre enfance j’étais fascinée par les chevaux. Adolescente, cette fascination s’était muée en passion. Malheureusement, la fille d’ouvriers que j’étais ne pouvait pas se voir offrir le luxe de posséder un cheval. Pratiquer l’équitation même une fois par semaine, n’était pas un loisir accessible. Aujourd’hui, adulte, lancée dans la vie professionnelle, cet engouement ne m’avait pas quittée. Le rêve en était la preuve. Il me hantait. Lorsque je commençais ainsi ma journée, expulsée de ma bulle de bonheur par le réveil, je savais que les heures allaient s’écouler lentement, très lentement, trop lentement. A mon grand désespoir ! Je ne parvenais pas alors à combattre la mélancolie qui m’envahissait pour de longues heures. Une rupture amoureuse ne m’aurait pas davantage blessée. Je me levai sans aucune motivation. A défaut, mon travail m’occuperait l’esprit temporairement. Ce soir, peut-être, parviendrais-je à m’apaiser, après avoir enfermé mon rêve dans un recoin de mes pensées et tenté de jeter la clef du tiroir.

– Je sais que nous avons déjà eu cette conversation un certain nombre de fois, mais je te repose la question. Et si tu commençais par apprendre à monter à cheval ? suggéra Nathanaël, assis devant son bol de café, me voyant descendre les escaliers, le visage fermé.

– Et je t’ai déjà répondu que je ne me voyais pas me ridiculiser à essayer de grimper sur le dos d’un cheval au milieu d’un groupe de gamins hilares et désespérément plus souples que moi.

– Alors, cesse de rêver à un rêve, conclut-il prosaïquement, se faisant la voix de la raison.

Je convenais du bien fondé de ce conseil mais me refusais à franchir le pas. Il me semblait plus simple de m’imaginer à cheval que de m’y risquer réellement. D’ailleurs, non, je ne montais pas Shaïtan, je me contentais de le regarder vivre à mes côtés, de le panser, de communiquer, pour ne pas dire de communier ave lui. J’étais la seule personne dont il acceptait la présence, la seule qu’il suivait comme son ombre, à ma demande, le nez dans mon épaule. Pourquoi apprendre à monter à cheval alors que je m’épanouissais à ce simple contact ? Que m’importait de trotter ou de galoper alors qu’il suffisait à mon bonheur de me coller contre son encolure dans le creux de l’épaule et de glisser mes mains dans la chaleur de la crinière ?

Je rejetai ces images et terminai mon petit déjeuner, silencieuse, peu désireuse d’entamer une polémique à cette heure matinale. D’ailleurs, à quoi bon ? Nathanaël était de bonne volonté et désireux d’effacer la tristesse de mes yeux. Je le savais et appréciais son altruisme, sa générosité. Nathanaël était attentif à mon bonheur et mon bien-être. Je lui souris pour le remercier de son soutien et de son amour indéfectible qui traversait les années et acceptait les méandres des mes humeurs. Une heure plus tard, j’entrais en salle des professeurs. L’une de mes collègues avec laquelle je m’entendais bien, n’eut pas besoin de me poser de questions pour connaître mon état d’esprit. Elle aussi insista :

– Quand donc te décideras-tu à pousser la porte d’un centre équestre ?

Cavalière à ses heures perdues, elle avait bien souvent essayé de me convaincre de devenir une cavalière débutante.

– Tu connais mon parcours ! A part les quelques heures que j’ai pu passer sur le dos de pauvres chevaux victimes de cavaliers du mois d’août, loués par des gens peu scrupuleux et destinés à jouer les promène-couillons, on ne peut pas vraiment dire que j’ai pratiqué l’équitation. Et en plus, la dernière fois, j’ai fini, agrippée à la selle, presque sous le ventre du cheval au galop, selle que j’ai fini par lâcher pour atterrir durement sur les cailloux du chemin, grâce à l’incompétence de la responsable qui ne m’avait pas conseillé de resangler. Ça ne m’a pas laissé la meilleure impression qui soit du monde équestre.

– Les choses ont changé. Tu avais dix-huit ans. La FFE est passée par là. Les centres équestres ont des moniteurs formés et sérieux. L’encadrement est réglementé aujourd’hui, et les consignes de sécurité sont respectées.

– Soit !

C’était une manière quelque peu cavalière de clore la conversation mais Faustine ne s’en offusqua pas. De toute façon la sonnerie de début des cours retentit.

Faustine se promit de revenir sur le sujet à la première occasion, mais elle attendait qu’elle se présente. Celle-ci lui fut donnée lors de la fête du cheval, le dernier week-end de septembre.

– Dimanche prochain, je t’emmène au centre équestre, à la sortie de la ville, tu vois où il se situe, j’en suis sûre. Et je n’accepte aucun refus, me lança-t-elle, le vendredi après les cours. Elle claqua la portière de sa voiture et démarra aussitôt. J’en restai bouche-bée, quelque peu agacée par les propos péremptoires de Faustine, mais inconsciemment heureuse à l’idée de retrouver cette odeur et cette atmosphère que j’aimais tant.

Deux jours plus tard, Faustine sonnait à la porte de mon appartement. Je m’étais efforcée d’enfermer dans un recoin de mon esprit le plaisir que j’anticipais. Pour la forme, je tentai cependant un repli d’un air bravache, le sourcil froncé :

– Faustine, non, je ne…

– Aucun refus, me coupa Faustine. Je t’ai prévenue. Tu enfiles ton vieux blouson en jean qui ne craint rien et tu me suis. Je ne partirai pas sans toi.

– Tu ne serais pas un peu croisée avec une mule ?

– Oh ! Ça te va bien de dire ça ! Plus têtue que toi, je ne connais pas.

Quelques minutes plus tard, Faustine garait sa voiture sur l’herbe, le long de l’allée qui menait au centre équestre. Les voitures et les visiteurs étaient déjà nombreux. Le soleil inondait la carrière sur laquelle évoluaient plusieurs chevaux. Cette journée bénéficiait d’une météo idéale, comme l’arrière-saison sait si souvent nous les offrir : la chaleur douce, une luminosité extraordinaire et les insectes en moins. Que demander de plus ?

Je suivis des yeux les chevaux qui galopaient et trottaient à quelques mètres de moi, la main sur la poignée, encore enfermée dans l’habitacle du véhicule. Je voulais vivre pleinement ces moments, sens après sens. D’abord la vue. Qu’ils étaient beaux tous, avec leur parure du dimanche : les cavaliers, qui avec des pions, qui avec des nattes, avaient soigneusement préparé leurs montures pour le plus grand plaisir des spectateurs. Détendaient sur la carrière des chevaux qui feraient dans quelques minutes un parcours de sauts d’obstacles à un mètre. Je me décidai enfin à sortir de la voiture. A la vue s’ajouta l’ouïe : j’entendis hennir un cheval qui répondait à son compagnon de voyage, encore attaché au van qui les avait transportés. Je les écoutais s’ébrouer tour à tour, manifestant leur plaisir de bouger sur la carrière, au milieu de leurs congénères, appréciant tout autant que les humains cette journée quasi estivale en ce début d’automne. Faustine ne me pressait pas, elle me laissait m’approprier ces instants à mon rythme. Je fus parcourue d’un frisson de plaisir, lorsqu’en m’approchant de la carrière, je sentis les vibrations provoquées par les battues des chevaux qui frappaient le sol, remonter dans mes jambes, pour venir se loger au niveau de mon plexus. C’était aussi et surtout cela que j’aimais lorsque je me rendais exceptionnellement sur un champ de courses. C’était pour cela que je me plaçais toujours le long de la barrière, près de la ligne d’arrivée. J’étais alors « au cœur » du peloton et ne me possédais plus, et ce n’était pas parce que j’avais parié ! Que m’importait le gagnant ? Je n’étais que cette longue et puissante vibration qui montait en moi, issue de ces dizaines de sabots qui presque tous ensemble faisaient résonner la terre. Pour le reste, je détestais l’univers des courses.

A cet instant je remerciai en mon for intérieur Faustine. Mon odorat aussi était en éveil. Depuis combien de temps, hormis en rêve, n’avais-je pas senti l’odeur des écuries ? D’ailleurs, je délaissai assez rapidement la carrière, pour me rendre dans les écuries, là où bat le cœur du centre équestre. Mais je n’oubliai pas pour autant ma collègue :

– Tu restes là ? Je te retrouve dans un moment ? Je vais faire un tour pour voir les chevaux aux box.

Faustine s’apprêtait à me suivre mais se ravisa. Elle préféra d’abord me laisser seule, elle me rejoindrait plus tard, lorsque je me serais imprégnée à satiété des odeurs, des sons et du contact des chevaux.

– Je regarde quelques tours, j’ai des copains qui sont engagés dans l’épreuve. Je crois qu’ils passent dans les premiers. De toute façon on ne risque pas de se perdre, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.

Je tournai alors le dos aux bruits humains : celui des voitures, des spectateurs, des haut-parleurs qui diffusaient de la musique entre deux propos du président du jury ou du propriétaire des lieux qui expliquait à cette occasion aux néophytes la technicité du parcours hippique. J’appréciais la discrétion dont faisait preuve Faustine en me laissant seule me rendre dans les écuries, m’immerger dans l’univers des chevaux. Dès l’entrée, je retrouvai toutes mes émotions d’adolescente, lorsque parfois j’avais l’occasion d’accéder au Graal, en me rendant sur un terrain de concours. Je parcourus lentement l’allée, m’arrêtant près de chaque box, sauf lorsqu’ils étaient vides. Je m’approchais, précautionneusement, la main tendue, parlant bas, peu désireuse d’effrayer le cheval qui y logeait s’il était occupé à manger sa paille ou s’il faisait sa sieste. Certains, acculés au fond de leur box, manifestaient clairement leur envie de tranquillité. Je ne cherchais pas à briser leur quiétude. D’autres, plus curieux ou guettant l’apparition miraculeuse d’une friandise offraient leur belle tête noble à mes caresses, et aux gratouilles que je leur dispensais généreusement sur le chanfrein ou à la racine du toupet. Je percevais toutes les odeurs et les sons infimes de la vie d’une écurie par toutes les fibres de mon corps. La tension que j’avais accumulée, ces dernières semaines, se dissolvait miraculeusement au contact de ma main sur ces robes de velours. Pour ceux qui me laissaient approcher mes lèvres de leurs naseaux, j’y déposais allègrement et avidement un nombre incalculable de bisous, soufflant aussi doucement mon haleine, afin de faire connaissance à leur manière. Mon regard s’attardait sur les courbes et les lignes, les listes et autres particularités de chacun. J’observais leur comportement, respectant leur espace vital, simplement désireuse de les contempler, trop heureuse de pouvoir jouir d’une relative solitude. Plus loin, en effet, quelques jeunes cavalières s’affairaient autour de leurs chevaux qu’elles préparaient pour le carrousel programmé un peu plus tard dans l’après-midi. Je ne voulais pas penser, je ne voulais que vivre physiquement ces longues minutes de plénitude. Parfois, je découvrais un cheval nerveux, excité par l’ambiance électrique que dégage une journée comme celle-ci, qui s’agitait, parcourant des kilomètres de cercles répétitifs dans ses appartements exigus. Que n’aurais-je pas donné pour l’apaiser ! Je dépassai le groupe d’adolescentes aussi électriques que l’atmosphère, ce qui me plongea dans mes souvenirs. Que de fois n’avais-je pas passé de longues minutes, à l’entrée d’une écurie, les larmes aux yeux, une pierre au fond du cœur, à observer le manège de toutes ces péronnelles de mon âge, si élégantes dans leur tenue de concours : pantalon blanc et veste sombre. Comme je les enviais de pouvoir virevolter en bavardant comme des pies, autour des chevaux qu’elles préparaient. Que n’aurais-je pas...

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