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En attendant ses dix-huit ans

De
90 pages
Voilà une nouvelle où se reconnaîtront, dans ce passage à l'âge adulte, nombre de jeunes... La narratrice, à partir de son dix-septième anniversaire, a attendu avec impatience ses dix-huit ans dans l'espoir de grands changements annoncés, de projets imprécis, de ne plus devoir rentrer à 21heures 48 à la maison, de retrouver plus souvent ses copines, d'être grande surtout...
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L'HARMATTAN

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@ L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

2009 75005 Paris

http:j jwww.librairieharmattan.com diffusion.harma ttan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-09098-9 EAN : 9782296090989

à
Sabine Landre

et toute l'équipe de La Gazette du XIIIe

Nous sommes toutes derrière les grilles,
oppressées, coincées, tellement il y a de monde. Nous sommes au stade Charléty. C'était quand j'avais 16 ans. Un 1er mai. Maman, pensant m'empêcher de retrouver ma copine Célia et dans l'espoir que j'améliore mon anglais, m'a emmenée chez Rita, son amie dont le mari, Peter, ne parle que la langue saxonne et habite dans le XXème donc très loin du XIIlème. Nous avons d'abord retrouvé Rita à République pour la manif où nous avons perdu de vue une autre collègue de ma mère avec qui nous manifestions. La manif stagnant, l'invitation de Rita, dont les plats sont toujours délicieux, nous pousse à rejoindre une de ses voisines qui n'a pu savoir où nous nous trouvions. A peine devant la belle salade préparée par Peter ou Rita, Alain, l'ami de Mère et notre voisin, nous téléphone pour nous demander de venir voir Ségolène au Stade. «Dépêchez-vous, il y a

foule...

»

En effet, il n'y a plus de place, quand nous arrivons - à quinze fans finalement- et Maman décide que nous devons rester debout devant le stade pour que tous se rendent compte de l'importance de ce . ., . moment que Je trouve magIque: c est mon premIer meeting présidentiel. Le soir, chez Alain, nous nous sommes retrouvés, lui, moi et Mère, autour d'extraits d'Un gars et une fille, un de ses moments simples, particulièrement drôles, qui invitent à tout oublier parce qu'Alexandra Lamy tenait en laisse son 7

partenaire pendant son jogging pour ne pas le perdre. Avant cela nous avions eu droit au film tourné par Alain à l'intérieur du stade: il était plein à craquer et nous avions pu nous rendre compte de l'importance de la dernière rencontre avec l'élue de nos cœurs; en effet, jamais Alain ni Maman n'avaient vu autant de gens rassemblés: plus de 60 mille personnes! Ségolène confirmait son art d'attirer les foules, faisant rêver et naître toutes sortes d'espoirs. Ces espoirs se sont évanouis depuis, en attendant que la Royale nous conduise vers un autre destin. Je serai alors majeure et pourrai assister à tous les événements qui m'intéresseront, sans que Maman

me dise:

«

Rentre avant vingt heures ».

En regardant la télévision, je fus sidérée par le nombre d'anciens camarades de mon Collège escaladant la clôture du stade. Un d'entre eux était même arrivé à monter sur l'estrade où trônait Ségolène Royal! D'autres, comme nous, attendaient devant le stade. Aucun de ces milliers de lycéens ne semblait me voir; mais cela ne me perturbait pas: quand j'aurai dix-sept ans je serai plus visible.

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Mes dix-sept ans ! Ça y est! Je les ai ces dix-sept ans! Je peux maintenant sortir et penser à un avenir bien plus cool. Maman ne pourra plus jamais m'attendre à 21 heures 48 devant le Grand Écran. Je peux faire comme Célia: je rentrerai désormais seule à dix heures du soir, à pied, sans devoir passer forcément par le boulevard Blanqui où Maman ne peut s'empêcher de venir à ma rencontre, escortée par une de ses amies. Comme la plupart de mes copines, je choisirai le trajet que je veux: la rue Croulebarbe, par exemple, si je dîne chez Lise. Même mes anciennes camarades dont je n'ai plus de nouvelles, rentrent sans doute à pied, seules, depuis qu'elles ont fêté leur seizième anniversaire. J'aurais probablement un copain. Cela est presque sûr si j'en crois des camarades de Célia : toutes les élèves qui étaient avec nous en troisième ont eu des copains dès qu'elles ont fêté leurs dix-sept ans, en tout cas dès leurs dix-huit ans. Je ne peux être l'exception qui confirme la règle. Lise, elle, doit attendre le mois d'octobre pour ce type de rêve: nous avons six mois d'écart. Le soir de mon anniversaire, après le départ de ma sœur, Célia et Lise sont venues me voir: elles avaient acheté un gâteau, une demi-bouteille de champagne. Nous nous sommes enfermées pour l'occasion. Sinon, Maman aurait pu boire cette demibouteille toute seule, elle peut même boire une bouteille entière; mère boit toute bouteille qu'on lui

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