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En Pays Touareg, les bijoux racontent...

De
168 pages
En été 2003, une jeune française de 19 ans décide de passer 80 jours chez les Hommes Bleus d'Afrique Noire. Son voyage va la mener du Burkina Faso au Niger en passant par le Mali. De rencontre en témoignage, elle glane des informations sur l'art des Touaregs et la confection des bijoux: techniques de fabrication, sens donné aux bijoux et interprétation symbolique des signes gravés dans le métal ou dans le cuir. Son journal de voyage, croquis et photos à l'appui, est le récit d'un voyage initiatique.
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Collection "voyages Zellidja"

Stéphanie DOUCET Prix Johanne Sutton-Pierre Billaud 2005

"Donner aux meilleurs des jeunes Français le moyen de compléter leurs études par des connaissances qu'ils n'ont pas acquises dans les établissements scolaires et n'acquerront pas davantage dans les grandes écoles ou enfaculté". Jean WALTER (1893-1957) Architecte, voyageur, passionné de géologie, Jean WALTER mit à jour un très important gisement de cuivre et de plomb à Zellidja au Maroc. Il voulut contribuer à la formation des jeunes. C'est dans ce but qu'il fonda en 1939 les bourses ZELLIDJA en accord avec le Ministre de l'Education nationale de l'époque, Jean ZAY. Tous les ans, à la suite d'un concours retenant les projets les plus valables, l'Association des Lauréats Zellidja* attribue à des jeunes de 16 à 20 ans des bourses pour des voyages répondant aux critères suivants: durée un mois minimum voyage en solitaire remise au retour d'un rapport comprenant l'étude du sujet proposé dans le projet, un journal de route et un carnet de comptes. Les meilleurs travaux autorisent un second projet pour un deuxième voyage dont le rapport peut permettre à son auteur l'accession au titre de LAUREAT ZELLIDJA. Il arrive que certains rapports présentent un intérêt exceptionnel tant par la valeur de l'étude que par la qualité littéraire dont fait état le journal de route. «Qu'est-ce que j'ai appris? Les images se brouillent, des bribes de conversations, des sourires, des regards me reviennent à la bouche: je reviendrai... » AU PA YS TOUAREG, LES BIJOUX RACONTENT
*Association des Lauréats Zellidja 5 bis ,Cité Popincourt 75011 Paris

-

Tél/fax: 01 4021 7532 E-mail: info@zellidia.com
Site internet: www.zellidia.com

Stéphanie DOUCET

En pays Touareg les bijoux racontent...
80 jours chez les Hommes Bleus

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - PARIS

Photo de couverture: Mohamed dit «Dix-Francs travail à la forge.

», rencontré

à Tombouctou,

ici au

Tous les dessins et croquis sont de l'auteure, de même que les photos (excepté là où elle figure).

Copyright L'HARMATTAN 2006
Site internet: http://www.editions-harmattan.fr

www.librairieharmattan.com harmattanlcmwanadoo.fr

ISBN: 2-7475-9854-3 EAN: 9782747598545

Remerciements Je voudrais tout d'abord remercier l'Association Zellidja, sans qui je n'aurais jamais pu réaliser ce rêve. Merci spécialement à Eric Malingrey, mon «tuteur », de m'avoir toujours.encouragée à aller jusqu'au bout. Un grand merci au Conseil Général de l'Isère qui m'a élue lauréate des Bourses de l'Aventure 2003. Merci à la Mairie de Seyssins, qui m'avait aidée en 2002, pour mon premier voyage au Burkina Faso. Merci à toi, Ben, pour tout ce que tu m'as donné. Un grand merci à mes parents pour leur confiance et leur aide. Merci à mes sœurs, à mes potes du lycée, et à mes colocataires et amies Laura et Julie de ne pas m'avoir arraché les yeux lors de la rédaction de mon journal de bord. Merci à vous tous, amis, cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents pour vos encouragements! Enfin et surtout, merci à vous tous qui avez façonné, par nos rencontres, ce voyage: je pense spécialement à vous, Arami, Abouka, Shindouk,'K.ader...Merci à Smaël, Matha, Seini, Traoré, Ibrahim, Mohamed, Bachir.Merci aussi à Sidi, Yero, Ousmane, Issouf, Mounirou, «Dix francs », à MarieCé et à Noélie, à Jean et Maria, à Souleymane. Merci à vous tous amis d'ici et de là-bas, à ceux que je n'ai pas nommés et qui ont participé de près ou de loin à la réalisation de ce projet. .. J'ai volontairement changé certains prénoms, et retiré des photos de mon journal de bord pour préserver l'anonymat des gens qui m'ont fait confiance. Je veux dédicacer ce livre à Rafa, mon chéri, et à mes parents qui m'ont tant aidée dans la préparation de ce livre.

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Introduction

Pourquoi avoir choisi de partir avec Zellidja? Voyager seule, c'est partir à la recherche de soi, c'est tenter de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure, c'est aller à la rencontre de l'autre, c'est apprendre ce qu'est le partage... Voyager seule à la manière de Zellidja, c'est avoir un objectif, un sujet d'étude, qui nous pousse à aller au-devant des autres et ainsi nous apprend à donner et à recevoir. Après un premier voyage au Burkina Faso et différentes approches du désert, je souhaitais y retourner, pour connaître un peu mieux ce peuple qui me fascinait: les Touaregs. Je voulais passer du temps avec eux. Je voulais comprendre comment ils ont longtemps réussi à s'adapter à ce milieu naturel hostile que tous avaient abandonné, le Sahara. L'idée de partir étudier les bijoux touaregs est ensuite venue de ma passion pour l'art manuel. J'étais impressionnée par I'habileté des artisans, qui, sans machines compliquées arrivent à créer des merveilles. D'autre part, j'ai moi-même porté une croix touareg de nombreuses années après un voyage au Maroc avec ma famille. Beaucoup de questions m'ont été posées au sujet de ce bijou que je portais tout le temps, et j'étais incapable d'y répondre. Les bijoux touaregs connaissent aujourd'hui un succès croissant en Europe. Marchés ouverts, bijouteries, et même Galeries Lafayette ou Hermès, nombreux sont les lieux qui les commercialisent. Je voulais essayer de comprendre l'histoire et le sens de ces bijoux, et plus largement, de percer un peu le mystère de ce peuple touareg. Je voulais rencontrer les forgerons, les voir travailler, les écouter. 6

Les bijoux ont toujours été porteurs d'une symbolique très forte dans les différentes cultures: parfois utilisés pour distinguer les différentes classes sociales entre elles, ou pour symboliser un acte, (1'alliance par exemple), le bijou est souvent un révélateur puissant pour qui sait comprendre son sens. C'est aussi un objet «permanent », à la fois emprunt de l'histoire collective, (l'inscription de son sens dans une culture donnée), et de I'histoire individuelle: il se transmet de générations en générations, passe de mains en mains et vit sa propre histoire. J'ai voulu insister aussi sur l'éclairage historique dans lequel ont évolué ces bijoux touaregs ces dernières années. J'ai fait le choix de ne pas faire de recherches sur ce sujet avant mon départ, afin d'éviter d'influencer les témoignages recueillis sur place. Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voulais répéter que je ne suis pas partie effectuer cette recherche « scientifiquement ». Les interprétations et témoignages que j'ai pu récolter sont à mettre au conditionnel. Ces bijoux, sont souvent devenus des objets commerciaux. Ils ont de ce fait, tendance à se voir attribuer un sens qu'ils n'avaient pas à l'origine, que ce soit par les marchands touaregs ou par les marchands français, prêts à écouter et inventer toutes sortes d'histoires, du moment que ça peut aider à vendre... Je vous laisse maîtres de juger!

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Mon itinéraire

Voici l'itinéraire que j'ai suivi durant ces trois mois de voyage. Il n'existe pas réellement de «pays touareg» puisque ce territoire fut divisé et réparti entre différents pays suite à la colonisation de l'Afrique de l'Ouest. J'ai choisi de concentrer mon étude dans le Sahel, zone climatique où vivent aujourd'hui la majorité des Touaregs, sans tenir compte des frontières artificielles qui furent crées. La carte ci-dessus représente mon trajet depuis mon arrivée à Ouagadougou en juin 2003, jusqu'à mon départ de Niamey en septembre 2003. Elle contient tous les noms des lieux par lesquels je suis passée et qui figurent dans ce livre.

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Jour J... Le 24 juin 2003: aéroport d'Orly Un air de liberté, des odeurs, des couleurs d'Afrique... Je ne rêve pas, c'est pour bientôt. Des femmes et des hommes vêtus de toutes les couleurs s'empressent d'enregistrer leurs bagages. L'avion a déjà une heure de retard, ça commence! L'Afrique n'est plus bien loin... Je crois que je ne réalise pas encore ce que je vais vivre... Est-ce que j'ai peur? Je ne sais pas ou plutôt j'évite de me poser trop de questions... J'ai mis tellement d'énergie dans ce projet, tellement tout ce que je pouvais livrer, pour donner vie à ce voyage, qu'aujourd'hui tout me semble abstrait. Un voyage tellement attendu, tellement espéré, que je ne parviens pas à réaliser que ce soir je serai à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Presque trois mois à voyager, rencontrer, découvrir, suivre les traces des bijoux à travers les trois principaux pays que peuplent les Touaregs. Ou plutôt, un seul que l'on pourrait appeler le Sahel, c'est-à-dire le Nord du Burkina Faso, du Mali et du Niger, cette zone semi désertique où la majorité des peuples aujourd'hui sédentarisés sont installés. Ce qui est formidable et effrayant à la fois, c'est que je n'ai aucune idée de la manière dont va se dérouler mon projet. Une chose est sûre, quoi qu'il arrive, ça restera une expérience formidable, le genre d'expérience que l'on n'oublie pas et qui donne le virus du voyage pour toute une vie. C'est vraiment au cours de la construction de ce projet que j'ai pris conscience de la chance qu'on m'offrait. Partir seule, avec des responsabilités et surtout un projet, un objectif, ça change tout. Alors, encore une fois, merci à tous ceux qui m'ont aidée! 16 heures 50. On décolle, nous voilà partis! 9

J'ai été mauvaise langue, ça n'a pas été si long que ça! Je sors déjà l'énorme paquet d'MnM's acheté à la boutique dédouanée, il va falloir le finir avant l'arrivée, si je ne veux pas avoir du chocolat plein mon sac. Premier oubli, (pour la petite histoire), je viens de me rendre compte que mon joli sandwich acheté à un prix exorbitant dans les bouches du métro parisien est parti avec mon seul compagnon de voyage, mon sac, et que je n'ai pas de monnaie: les MnM's devront faire l'affaire. 11 heures 30 de vol! Jamais je n'aurais imaginé qu'on puisse prendre un tel retard! Une première escale à Marrakech pour un changement d'équipage. Un peu frustrant, et pour cause! On est restés plus d'une heure à contempler avec envie les palmiers, la terre rouge et les maisons basses, sans pouvoir mettre un pied dehors. Du coup, on discute. Mon voisin de derrière, qui semble avoir de I'humour en réserve, m'affirme que le marché de Ouaga a brûlé, et qu'il a eu vent qu'on devait faire encore une escale en Mauritanie, alors que notre vol devait être direct! Je ne le prends pas au sérieux et parie deux brochettes qu'il raconte des histoires. Le micro grésille: « suite à un incident technique, le nouvel équipage est désolé de vous avertir que nous sommes contraints d'effectuer une halte à Nouakchott qui sera d'une durée la plus courte possible ». En bref, 5 heures minimum de vol en plus! Premier pari perdu. .. On s'occupe donc comme on peut, on fait connaissance avec les passagers, on s'échange des bons plans. Ma voisine de droite, une Française, part se marier dans un petit village au sud de Ouaga. Je ne peux m'empêcher de me demander si leur relation est réellement une histoire d'amour ou si c'est un mariage d'intérêts partagés. Aussitôt, je m'en veux pour ces sombres pensées. Qui suis-je pour avoir le droit de juger leur histoire? Trop de conseils pervertissent parfois notre cerveau. Les phrases tant écoutées résonnent encore dans mon cerveau. -« Prends garde, n'oublie pas que pour certains, tu n'es que le ticket d'entrée vers un autre monde ». 10

Le mariage est un des échappatoires le plus couramment utilisé par les personnes qui vivent dans les pays pauvres. Se marier avec un blanc là-bas, est synonyme de réussite, d'avenir certain, grâce à l'obtention de papiers et donc à un droit de passage pour l'Europe. Les critères d'obtention de simples visas de vacances sont en effet très durs à réunir. Quand on arrive à passer la frontière, bien souvent on y reste. Du travail, une vie loin d'être facile, mais quand on gagne au moins dix fois le salaire qu'on recevait dans son pays d'origine, les calculs sont vite faits...

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Surprise à Ouagadougou On arrive à deux heures du matin à Ouaga. La mission catholique où je comptais dormir est certainement fermée. Tant pis, je suis tellement contente d'être là, que l'idée de passer ma première nuit dans l'aéroport n'est pas un problème! Gérard, le gars des brochettes de l'avion, me propose un coup de main pour trouver un hôtel pas cher. Après avoir passé le poste de police avec Gérard, on sort de l'aéroport. Et là... Je n'en crois pas mes yeux! Marie-Cé et Noélie sont là toutes les deux! Je leur avais juste envoyé un message quelques jours plus tôt en leur donnant le jour de mon arrivée et en leur disant que je passerai leur faire un petit coucou... Et les voilà ici toutes les deux! Elles m'attendent depuis près de cinq heures. ..Je suis toute émue!! ! Embrassades et rires, et on part à bord de la bonne vieille 4L de MarieCé, qu'elle me confie vouloir abandonner. Elle aura vécu... Elle porte encore les marques d'un raid qui l'aura emmenée jusqu'ici. Dommage je l'aimais bien. Ouagadougou est toute sombre, mais même de nuit, elle pétille de vie et gronde sous les klaxons de véhicules souvent déglingués. J'observe attentivement par les fenêtres les rues de Ouaga, essayant de retrouver mes marques. Tintamarre, croisement de véhicules en tous genres, des centaines de mobylettes, du goudron mêlé à de la terre, des bouis-bouis et maquis qui ne ferment jamais... Et cet air chaud et humide propre à la saison des pluies. .. Que de souvenirs! Marie-Cé, qui nous avait accueillies l'année dernière avec deux de mes amies, Edith et Camille, 12

lors de notre voyage au Burkina Faso, n'a pas changé! Même sourire, même petite voix douce quand elle parle. Je l'observe à la dérobée. Derrière ses cheveux gris qui lui tombent bien en dessous des épaules se cache un visage aux traits fins. Elle est belle. Je l'imagine avec des longs cheveux noirs accentuant le contour de ses yeux amandes. Elle a dû être très belle. L'an dernier, nous avions travaillé avec Marie-Cé dans « l'Association de l'Ecole des Enfants Malades» de l'hôpital y algado, à Ouagadougou, dont elle était la directrice. Je prends des nouvelles des uns et des autres: c'est Noélie qui a repris la présidence de l'association de « l'Ecole à l'Hôpital ». Elle me parle des enfants, de ceux qui sont partis, de ceux qui sont toujours là-bas... Je passe quelques jours à Ouaga. Le temps de reprendre le rythme, de me réadapter, le temps de régler aussi les «affaires officielles» genre traveller chèques, bref de préparer le terrain. Je dors dans l'école maternelle de MarieCé où elle accueille des enfants d'expatriés. Chinois, Allemands, Français, ou fils de diplomates Burkinabais, tous se retrouvent ensemble pour jouer. Quelle belle école de la vie!

Durant ces quelques jours, je fais connaissance avec un
autre Gérard, un ami d'ami rencontré par hasard: un gars sympa, une petite moustache et de précieux conseils. Il tient une agence touristique et connaît très bien le coin. Je lui explique mon projet. Après une discussion passionnante, il remet un peu les pendules à 1'heure: - «Ne reste pas trop au Nord du Burkina, c'est pas là que tu trouveras le plus d'artisans forgerons touaregs. Prends garde aux «faux» Touaregs, des Maures, en général plus arabisés, qui se «déguisent» parfois en Touaregs pour bénéficier de cette valeur symbolique, très ancrée en Occident. 13

Depuis 1973, année de la grande sécheresse, beaucoup ont dû se sédentariser pour survivre après la perte de leurs troupeaux, notamment au Niger. La vente de leurs bijoux fut alors un moyen de subvenir à leurs besoins ». Il me raconte ce qu'il sait de l'histoire de ces bijoux : - «Traditionnellement, c'est l'homme qui fait les bijoux, la femme du forgeron, elle, travaille le cuir. C'est la coutume. Ce serait déshonorer ses parents que d'y manquer. Chaque bijou porte au dos, la signature du forgeron, son prénom en Tifinagh, ou un signe distinctif. Il est probable que le commencement de ces bijoux date de la colonisation. Les premiers semblent avoir été fabriqués avec des pièces de monnaie de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. Ces pièces, les Thalers, ont été la monnaie principale de l'Amque Centrale pendant longtemps. Cette monnaie a été introduite au XIXème siècle, par les navigateurs et les commerçants qui fréquentaient le golfe de Guinée. Avec le métal fondu, ils ont commencé à fabriquer des bijoux qui portent la marque des invasions du passé: influences byzantines, carthaginoises, ou chrétiennes... Les bijoux, comme les hommes, ont adopté les coutumes et traditions des peuples rencontrés. Tu as intérêt à taper haut, il faut que tu essaies de rencontrer des personnes qui étaient déjà là dans les années 70 et qui peuvent te parler de l'avant sécheresse. Ce ne sera pas le plus facile, parce que ton âge te poussera à rencontrer des jeunes touaregs, mais tente d'aller à la rencontre des plus vieux, et confronte les points de vues. Pour moi, un réel fossé s'est creusé entre les générations. Aujourd'hui les jeunes imitent, changent la matière première de ces bijoux, alors que les vieux semblent plus réticents au changement. Il te faut partir dans les campements touaregs, et pas seulement le temps d'un thé. C'est là que la tradition reste la plus forte. Les Touaregs des villes ont souvent perdu pas mal de leur côté traditionnel, et certains ne voient plus dans les bijoux que l'aspect commercial à cause de leur succès auprès des touristes étrangers. 14

Avant, les bijoux étaient des pièces uniques transmises de générations en générations. Ils racontaient l'histoire de ce peuple. Aujourd'hui, ils sont juste copiés, en général dans d'autres matières, et leurs signes, leurs inscriptions n'ont bien souvent plus qu'une valeur esthétique. » Il me parle également du risque que je prends en partant pour Kidal et Tombouctou: un risque à considérer. - « Tout dépend de ta prise de risque, » me dit-il. Mais il faut que tu sois consciente de ce que tu te sens de surmonter physiquement comme psychologiquement ». Avant de se séparer il me passe une liste de contacts sûrs un peu partout au Burkina et au Mali et quelques-unes de ses cartes de visite. Une bonne remise en question personnelle, mais c'était nécessaire!

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Le village artisanal de Ouaga J'ai rapidement confIrmation des avertissements donnés par Gérard lors de mon passage le jour suivant, au village artisanal de Ouaga où travaillent des forgerons touaregs. Le village artisanal de Ouaga : une grande place, autour de laquelle se déroulent de petits stands d'artisanat en tout genre, où les artistes fabriquent et vendent leurs objets. J'y rencontre des forgerons originaires de Tamanrasset qui travaillent principalement le cuir. Dès mon arrivée, je remarque la différence flagrante qui existe entre anciens et jeunes touaregs : jeans et tee-shirts pour les jeunes, djellabas pour les anciens. Ce sont également les jeunes qui viennent m'accueillir: ils connaissent bien leur commerce, et leur connaissance de la langue française leur permet d'échanger avec les clients. Pendant ce temps-là, les anciens restent à travailler. Cette différence là va être dure à surmonter! Les vieux viennent des villages reculés ou des campements. Ils ne parlent pas ou très peu français, et je n'aurai pas les moyens de me payer un traducteur... Aussitôt arrivée, je suis invitée à partager le thé. On s'assied sur le tapis et je déguste ce temps de l'amitié partagée. Ça me rappelle le Maroc avec mes parents quand j'avais 13 ans... Le début de mon histoire d'amour avec le désert ! J'observe, fascinée, les gestes d'un des plus vieux. Il part d'une simple boîte qui ressemble à du carton sur laquelle il superpose des fmes plaques de carton ou de bois fm pour dessiner un relief. Il recouvre ensuite le tout de cuir, sur lequel il imprime des motifs géométriques que l'on retrouve également sur de nombreux bijoux. 16