En Russie... sur les traces d'Alexandre Dumas

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Ce voyage Zellidja fut pou l'auteur un rêve éveillé et une aventure menant directement au journalisme, au métier de grand reporter, de raconteur d'histoires, de guerres et d'aventures. C'est la version revue et allongée de deux longs reportages qui, pour le Journal du Dimanche, menèrent l'auteur, seul comme en 1958, sur les traces d'Alexandre Dumas qui, en 1858, traversa la Russie puis le Caucase, via la Volga. Un récit où se croisent les découvertes du Dumas et la Russie du 3ème millénaire.
Publié le : lundi 1 décembre 2003
Lecture(s) : 269
EAN13 : 9782296330115
Nombre de pages : 188
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Collection « Voyages Zellidja»

Claude-Marie Vadrot Lauréat Zellidja 1958 « Donner aux meilleurs des jeunes Français le moyen de compléter leurs études par des connaissances qu'ils n'ont pas a~quises dans les établissements scolaires et n' acquérront pas davantage dans les grandes écoles ou en faculté. » Jean WALTER (1883-1957).

Architecte et passionné de géologie, Jean Walter mit à jour un important gisement de cuivre et de plomb à Zellidja au Maroc. Il voulut contribuer à la formation des jeunes. C'est dans ce but qu'il fonda, en 1939, les bourses Zellidja en accord avec le Ministre de l'Éducation Nationale Jean ZAY. Tous les ans, à la suite d'un concours retenant les projets les plus valables, l'Association des Lauréats Zellidja* » attribue à des jeunes de 16 à 20 ans des bourses pour des voyages répondant aux critères suivants:

-

durée un mois minimum voyage en solitaire remise au retour d'un rapport comprenant l'étude du sujet proposé

dans le projet, unjoumal de route et un carnet de comptes. Les meilleurs travaux autorisent un second projet pour un deuxième voyage dont le rapport peut permettre à son auteur l'accession au titre de LAUREAT ZELLIDJA. Claude-Marie Vadrot, ancien élève du Collège Arago à Paris, est lauréat pour: « Le bois or vert de la Finlande» et« le Vénézuela qui n'est pas seulement un lac de Pétrole ». Association des Lauréats Zellidja 5 bis, Cité Popincourt

- 750 Il

Paris

Tél/fax: 01 4021 75 32 Mail: info@zellidia.com Site internet: www.zellidia.com

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Claude-Marie

Vadrot

En Russie... Sur les traces
d'Alexandre Dumas

Éditions l'Harmattan
5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 -Paris

Du même auteur Plutôt Russe que mort (avec Cabu), Le Seuil Les nouveaux Russes, Le Seuil Sur les traces de Michel Strogoff, Plon L'URSS, la roulette russe des Nationalismes, Lé Seuil Où va la Russie, First Temps présent de la Russie (avec Victoria Ivleva) éditions du May Tous fichés! (avec Louisette Gouverne), First La mort de la Méditerranée, Le Seuil L'Écologie, Histoire d'une subversion, Syros La France sauvage, Hachette Le parc national de la Vanoise, Actes Sud Le parc national des Pyrénées, Actes Sud Le parc national de Port-Cros, Actes Sud Le loup, Actes Sud Le lynx, Actes Sud L'ours, Actes Sud La cigogne, Actes Sud Le castor, Actes Sud L'aigle royal, Actes Sud Le phoque, Actes Sud La France verte, éditions du May
Claude-Marie Vadrot: Grand Reporter au Journal du Dimanche, auteur de nombreux ouvrages sur la Russie et sur les questions d'écologie. Enseignant en environnement au département de géographie et à l'Institut d'Études Européennes de Paris 8.

Copyright L'Harmattan, 2003 IBSN: 2-7475-4852-X

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A Annie qui a supporté, et supporte encore, tous les voyages Et à Sophie pour les mêmes raisons

Et aussi ùAlexis

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D'un voyage aux autres...
Ce qui suit n'est pas le récit d'un voyage réalisé avec une bourse Zellidja, mais l'une des multiples conséquences d'un périple lointain qu'elle permit, et donc un hommage à une aventure qui, en 1958 puis 1959, me propulsa j'appris, peuple» sur les routes du Latine où monde. En Laponie et en Amérique

entre autres choses, ce qu'était le mot que j'étais alors, cette bourse Zellidja de partir

Révolution. Le mot et la chose. Pour le «fils du représentait pour moi la seule façon à une famille

découvrir ce monde, la seule façon d'affirmer
péremptoirement journaliste? stupéfaite

-

Apprends donc d'abord un vrai métier-

que je pouvais, que je devais, devenir un raconteur de pays et d'histoires. J'en rêvais depuis l'age de quatorze anar. Largement quarante ans plus tard grâce au Journal du Dimanche aujourd'hui, je continue 7 ans. Inexplicablement. Sauf pour un grand-père peintre en- bâtiment et anar. Surtout

d'explorer le monde ou la France pour raconter de petites et grandes histoires, de ces histoires qui un jour parlent de guerres, de Russie, de Tchétchénie, de Kosovo, d'Afghanistan d'alter mondialisation, commandante et de Lula, l'autre jour de Porto Alegre, du sousou d'écologie, de loup,

Marcos, de José Bové, de François

Dufour, de parcs nationaux

de lynx et de protection de la nature. La passion réalisée, née, forgée, sur les pistes de Laponie, dans les sierras du Vénézuéla et de Cuba est restée. Intacte, précieuse. Passion de découvrir, parfois d'agir, mais surtout, toujours, à chaque fois, de raconter. Inlassablement. Pour que d'autres partagent ma chance et la chance qu'un jour j'ai eue. Alors offrir le récit, complété, de ce voyage au long cours effectué, en deux étés, sur les traces d'Alexandre Dumas en Russie et dans le Caucase pour le Journal du Dimanche, aux jeunes qui continuent à voyager sous le nom de Zellidja, c'est pour moi la meilleure façon de rendre hommage à l'idée qui a fait d'un mauvais élève, sauf en histoire et en français, le journaliste, le reporter, que je voulais devenir. Sans cesser de penser magique aujourd'hui disparu: Révolution. 8 au mot expliqué un jour par un héros barbu

Alexandre:

le Grand...

Alexandre Dumas n'était pas seulement une grande premiers dans vedette littéraire, voire politique, de la France du milieu du XIX ème siècle. Dés ses romans, sa réputation l'Europe et s'était répandue même les toute atteignait

Amériques. Il ne l'ignorait pas, s'en montrait très fier et savait en jouer lors de ses expéditions à l'étranger. Le voyage de plusieurs mois qu'il fit à 56 ans dans la Russie des tsars, alors gouvernée par

Alexandre II, un souverain, « despote éclairé»
comme on disait déjà à l'époque, se transforma jour après jour en tournée triomphale sur la trace de ses livres et de ses pièces. Il découvrit que de SaintPétersbourg à la Tchétchénie en passant par la capitale des Tatars, les rives de la Caspienne ou la Géorgie, tout le monde avait lu ses livres et même vu ses pièces puisque qu'Henri III et sa cour ou Kean y avait déjà été représentées, aussi bien en russe qu'en français. Ce voyage extraordinaire à travers toutes les Russies, je l'ai minutieusement refait en voiture, 9

cherchant et retrouvant toutes les traces de Dumas; redécouvrant les paysages décrits, les mœurs un racontés, tous les lieux qu'il avait visités et racontés dans deux récits de voyage qui constituent

extraordinaire « grand reportage», souvent épique,
sur la Russie du XIX ème siècle; et sur son passé proche ou lointain quand Dumas tire un peu à la ligne en se plongeant dans les petites et la grande histoire du pays, avec une prédilection pour les turpitudes et les secrets de ses têtes plus ou moins couronnées qui se sont assassinées les unes les autres pendant des siècles. Un périple au-delà de la légende, de l'Histoire et des régimes puisque depuis, les Russes politiques et les populations

caucasiennes continuent à lire et à vénérer Dumas. Mais aussi un voyage et des révolutions, au long cours qui fait politiques, industrielles, apparaître à quels points, en dépit du temps écoulé économiques, techniques et sociales, la société russe d'aujourd'hui ressemble à celle que nous raconte Dumas. Y compris en ce qui concerne le rayonnement de l'écrivain; comme on le verra dans ce récit, un peu partout, s'ouvrent pour que les portes ou les Russes chez les intellectuels

ordinaires, pour qu'un fonctionnaire ferme les yeux 10

sur le règlement,

pour

qu'un

barrage

routier

s'ouvre, pour qu'un musée fermé entrouvre sa porte, pour qu'un thé -ou une vodka-, soit servi illico, il suffit de prononcer un « Dumas». Même chez
i

mot resté magique: les Tchétchènes que avOtr combattus pour -ce serait sans

l'écrivain assure pourtant

rendre service à ses amis Russes. La Russie n'est pas «éternelle» faire injure aux Russes que de l'affirmer

nuances- et le tsar Vladimir (Poutine), comme Boris Eltsine, n'a ni la classe, ni l'intelligence, ni la folie de Pierre le Grand ou de quelques autres de ces successeurs, mais, quand même, paysages, hommes ou habitudes, sur les traces de Dumas,je n'aijamais vraiment été totalement dépaysé. Comme si son long vQyage qui régala les lecteurs du second empire n'avaitpas plus d'un siècle et demi!

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La belle comtesse
Comme le dit le bel Alexandre qui a alors 56 ans et possède au plus haut point l'art de mettre l'eau à la bouche de ses lecteurs tout en leur livrant des digressions interminables lui permettant de remplir fructueusement les colonnes du Journal des Voyages auquel il envoie régulièrement sa production qui paraît en feuilleton pendant son voyage, «avant de nous mettre en route, il convient que nous fassions connaissances avec nos compagnons de voyage». A savoir la famille Koutchelev, une grande famille russe qui réunit régulièrement dans Paris une véritable

cour d'intellectuels qui vont de salons en salons, « un
bric à brac de gens qui parlent de tout excepté de bourse et d'agio». C'est à dire à mille lieues, Dumas dirait mille verstes, de la bourgeoisie qui ne pense qu'à ses affaires qui prospèrent sous un Napoléon III qui regarde mourir un ancien monde, celui d'une noblesse française au bout de son règne alors qu'elle tient encore le haut du pavé en Russie. Alexandre célèbre chez les Koutchelev, avec une admiration non dissimulée« une jeune femme de vingt quatre ans svelte comme une anglaise, gracieuse comme une parisienne, paresseuse comme une asiatique qui se levait du sofa où elle était couchée, prenait sans 13

préférence le bras de celui qui se trouvait le plus prés d'elle, et se traînait nonchalamment jusqu'au balcon où elle apparaissait, ensevelie jusqu'à la ceinture dans les fleurs du balcon garni de rosiers, de camélias, de rhododendrons et d'azalées éclairés à giorno. Là, elle respirait, regardait vaguement le ciel, laissait tomber quelques paroles qui semblaient, comme celles des elfes et des willis, dites pour un autre monde que le nôtre, et rentrait après un instant, pour reprendre son attitude à moitié orientale, à moitié européenne. Si une polka résonnait, si une mazurka se faisait entendre, la nonchalante enfant du Nord se redressait, s'animait et, bondissant, vive et légère comme une fille de Cadix, ne s'arrêtait que quand la musique avait cessé, que quand la fanfare s'était éteinte ». Une comtesse Koutchelev dont, curieusement, il ne citera jamais le prénom alors que de toute évidence il en est déjà amoureux sous l' œil du comte. Mais il n'en dira pas plus, comme pour d'autres rencontres féminines à peine suggérées au cours de son long périple, car il n'était pas d'usage à cette époque de raconter ses bonnes fortunes. Nié Kulturny, cela ne se fait pas, ce n'est pas chic, comme l'on disait alors et dit encore en russe. Dumas préfère entraîner le lecteur, par passion des histoires et de l'Histoire mais aussi pour tirer un peu à la ligne, dans les dédales de l'épopée de la Russie et surtout de ses acteurs, à chaque fois qu'il traverse un lieu célèbre ou croise le chemin d'une figure de l'aristocratie princière. Il n'hésite pas, offrant sa propre traduction «qui n'est jamais à l'original que ce que la clarté de la lune est à celle du soleil», en débarquant pour la première fois de sa vie à Saint-Pétersbourg, à citer longuement le poète Alexandre Pouchkine en lui empruntant son ode à la ville et à son créateur Pierre le Grand...

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Oui,je t'aime, création de Pierre; J'aime le morne aspect de ta large rivière, J'aime tes dômes d'or ou l'oiseaufait son nid Et tes grilles d'airains et tes quais de granit. Mais avant tout ce que j'aime, ô cité d'espérance! C'est de tes blanches nuits la molle transparence Qui permet, quand revient le mois heureux des fleurs, Que l'amant puisse lire à tes douces pâleurs Le billet attardé, que d'une main furtive, Traça loin de sa mère une amante craintive. Élégante façon de Dumas de renvoyer le lecteur à ses soupirs pour la belle comtesse et les jeunes femmes nobles qui papillonnent autour d'elle...En mai 2003, lors du tricentenaire de la ville de Pierre, il était encore possible de réciter, au Café Littéraire où il écrivit une dernière lettre à sa femme avant de mourir en duel tué, à 37 ans, par un Français, le poème de Pouchkine sans s'écarter de la vérité...

Vertige...
Le 16 juin 1858, donc, au cours d'une soirée bien arrosée organisée par le comte, moitié russe et moitié cosaque, et la jolie comtesse Koutchelev dans leurs appartements de l'hôtel des Trois empereurs, aujourd'hui l'hôtel du Louvre, Alexandre Dumas sollicita de ses hôtes l'autorisation de se retirer de bonne heure, c'est à dire bien avant les six ou sept heures du matin habituels. Demande exceptionnelle pour qui connaît la force et l'endurance d'un homme que se disputaient les maîtresses de maison. Les invités russes et français qui, une fois de plus, 15

fêtaient ce soir là l'écrivain à succès de l'époque se récrièrent. Dumas, qui savait être grognon ou se faire désirer, Dumas qui excellait à se faire prier renouvela sa demande au nom du "respect de ses habitudes". La comtesse décréta: "accordé, mais mardi, vous partez avec nous pour Saint-Pétersbourg où vous serez le garçon d'honneur d'un ami commun qui épouse ma sœur". Dumas se récria, évoqua son travail, son âge et sa fatigue puis demanda deux jours de réflexion, ses amis russes, champagne et vodka en mains, lui accordèrent deux minutes. L'écrivain avait besoin d'écrire et envie de changer d'air, l'offre le tentait... Il se retira dans un coin, contempla par la fenêtre la Place du Palais Royal et le Théâtre Français, puis accepta en quelques minutes parce que l'offre "était à donner le vertige à un voyageur qui ne tient jamais à Paris que par un cheveu, et par un cheveu de femme, le plus fragile de tous les cheveux ; et aussi parce que c'était une folie qu'on me proposait et ce fut, j'en ai bien peur, cette dernière réflexion qui me décida". Quelques dettes particulièrement criantes l'ont probablement également incité à prendre rapidement le large et à gagner quelque argent avec le récit des multiples aventures qu'il pressentait. Dumas fut un romantique... pragmatique. Dans le café parisien qui porte aujourd'hui son nom et dont l'immeuble arbore, avec ses titres les, plus connus, son buste au coin de la rue où il vécut -rue Alexandre Dumas-, dans le XI ème arrondissement, le patron raconte à ce sujet une belle histoire.,.. Dans cette rue, au début des années 50 du XIX ème, mourut un huissier aimé de ses voisins. Ils firent la quête pour son enterrement et vinrent en cortège, presque innocemment, solliciter Dumas. L'écrivain questionna le demandeur de sa grosse voix : « combien avez vous recueilli? » L'homme indiqua
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la somme. Dumas sorti quelques pièces de son

gousset et s'exclama: « Je double la somme, enterrez-moi en deux! »
Quatre jours plus tard il se prélassait avec le Comte, la comtesse, leurs trois chiens, une chatte nommée Signorina et une dizaine de personnes de leur suite dans un wagon spécialement loué du train pour Berlin. Au passage, Dumas ne put s'empêcher de se moquer des fonctionnaires du chemin de fer prussiens acharnés, nous raconte-t-il, à dénoncer la présence d'animaux dont le règlement s'opposait à ce qu'ils circulent dans les mêmes wagons que les voyageurs, ce wagon fut-il entièrement réservé pour eux. Tout ce beau monde, animaux compris, au terme d'un voyage sans autres histoires que les querelles avec les contrôleurs anti-chiens et antichats, embarqua à Stettin en Pologne pour la Russie; avec promesse pour l'écrivain d'être accueilli partout en Russie dans les propriétés du comte et de ses amis, la comtesse l'ayant convaincu qu'environ tous les 200 lieues il serait royalement reçu dans l'une de leurs demeures ou dans celle d'un membre de la famille, au sens russe du terme. Proposition qui enchantait l'écrivain dont la bourse de départ, malgré les avances versées par le Journal des Voyages, se trouvait fort plate, il y fit plusieurs fois allusion pendant le voyage.

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