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En Sologne Chemins et instants de vie

De
182 pages
Au fil des pages se dévoilent des chemins et des instants de vie présents et passés de l'auteur et d'une famille paysanne et s'opèrent des rencontres avec ce beau pays de Sologne et ses brumes des petits matins. Mots et dessins se rejoignent pour célébrer la vie, pour redonner vie à ces souvenirs enfouis en chacun de nous et qui font que l'on s'attarde devant un vieil outil, que le coeur se met à battre en grimpant un escalier ou qu'une nostalgie survient au coin d'un bois sans savoir pourquoi.
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... EN SOLOGNE
CHEMINS ET INSTANTS DE VIE

~ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7619-1 E~:9782747576192

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EN SOLOGNE

CHEMINS ET INSTANTS DE VIE

Jean-Claude Gimonet Dessins: Alain Durand
Vivre et l'écrire L'Harmattan

À Marie et Alexandre Gimonet, mes grands-parents; À Madeleine et Robert Gimonet, mes parents; En témoignages et remerciements pour ce qu'ils ont construit et nous ont transmis. À Pierre-Emmanuel, Elphège, Manon, Émilie, Lucie, Paul, Élise, mes petits-enfants et aux enfants de leurs enfants... Pour d'autres chemins et instants de vie du futur.

Avant-propos
Des mots et des dessins

Si les mots et les phrases de l'un, les traits et les dessins de l'autre se sont rejoints dans ce livre, c'est parce que leurs auteurs ont fait une rencontre. Une rencontre fortuite d'abord et qui s'est approfondie par la suite sur des intérêts communs, des sensibilités proches, au-delà des différences. L'un et l'autre aiment ce pays de Sologne: ses bois, ses landes, ses étangs, ses chemins, ses maisons et ses villages de briques. L'un et l'autre sont sensibles à tout ce qui capte le regard, émerveille, donne à s'émouvoir. Mais ils partagent aussi une même passion: celle de la pédagogie, de l'éducation. Alors chacun, dans sa forme d'expression, à sa manière, a tenté de traduire et de dire des bribes de sa perception des espaces et des instants de vie évoqués. Leurs mots et leurs dessins se sont ajustés et enrichis, en toute complémentarité, pour devenir une œuvre commune. Ce cheminement créatif, au-delà du livre, a produit des échanges, des débats sur le sens, les domaines et les techniques de l'expression, de la formation. Des projets en sont nés. Mais, bien plus, il fut une rencontre humaine. Peut-être qu'en toute réciprocité, cette expérience commune a donné à l'un l'envie d'écrire et à l'autre celle de dessiner. . .
Jean-Claude Gimonet, bien que retraité, poursuit ici ou là le travail de formation auquel il a consacré sa vie professionnelle. Il participe, entre autres, aux activités de Vivre et l'Écrire Formation Animations. Alain Durand enseigne les arts appliqués dans un lycée professionnel. Sa peinture met en scène des objets du passé et invite au regard sur les choses oubliées.

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« Tu ne connais pas un coin de pqys ou un territoire simplement en apprenant les noms et les caractéristiques de tous les êtres qui habitent, mais en devenant sensible aux innombrables interactions qui sy déploient, telles celles qui relient le moineau à la brindille )).

Robert Lalonde Le soleilsur leflanc de la truite

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itOlre, d t~l , de pay, ors quelques vie arbres, que ues sentiers ou chemins, quelques ruisseaux ou pièces d'eau, quelques prés ou parcelles de terre, quelques haies ou bois, quelques pierres ou bâtisses prennent du sens lorsqu'on les rencontre à nouveau. Ils relient à un passé, procurent dans un présent quelque émotion ou font resurgir, au-delà d'une banalité apparente, un extraordinaire toujours à l'œuvre d'une forme, d'une couleur, d'une senteuf... Et comme l'a dit le philosophe Gaston Bachelard « un objet, un lieu valent et paraissent majeurs dans la mesure où ils suscitent des images, où ils retentissent en nous, où ils ricochent en mots, en métaphores, en une célébration verbalel ». Parfois ils font aussi naître quelque projet et nous placent en devenir. Dimension de l'espace et du temps dans des instants de vie au sein de morceaux d'un coin de pays. Ce coin de pays, pour moi, c'est un petit espace de Sologne, un lieu. Il s'appelle Maison Rouge, implantée là, depuis des siècles, sur la commune de Sennely dont on connaît des bribes d'histoire par les écrits de l'un de ses prieurs vers 17002, d'un auteur du XIXesiècle3 et d'un chercheur québécois sur la fin du xxe siècle4. Maison Rouge m'a vu naître, grandir, courir, chasser, pêcher, cueillir des champignons, ramasser des châtaignes, couper du bois, conduire les vaches aux prés, participer à la fenaison, aux moissons et autres travaux de la ferme auxquels les enfants, en ce temps-là, étaient associés dès le plus jeune âge. Le village a participé par son école et ses instituteurs à mon instruction primaire, par son église et son curé à mon initiation religieuse, par ses habitants, ses activités, ses fêtes, ses 9

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coutumes et traditions à une imprégnation culturelle. Mes parents et grands-parents ont assuré mon éducation et la ferme, les bois, les haies, les chemins, les lisières, les ruisseaux, les champs et les étangs ont fait le reste par l'école du grand air. J'ai quitté ce coin de pays pendant toute ma vie professionnelle ou plus exactement je n'y ai pas vécu en prise directe mais seulement de passage, par intermittence, car mes racines n'ont jamais été coupées. Et puis est venu le temps du retour, des retrouvailles et d'un renouveau dans l'enracinement, d'une liberté et d'une maîtrise du temps pour s'arrêter, regarder, sentir, écouter, toucher, s'émouvoir, goûter le silence, s'abstraire des contraintes du réel et donner une place au sensible... Et voilà qu'est revenu « ce goût étonnant des choses qu'on croyait perdues5 », « ... le sentiment d'un revoir... de se sentir de nouveau chez soi, en prise directe dans un temps et un espace neuf.. de rattraper lentement les morceaux de saison perdue... 6». Alors ont resurgi des connaissances et des émotions enfouies, œuvres d'un passé de quelques décennies. Retour sur l'enfance, sur l'adolescence, sur des phases de la vie d'adulte car« peut-être que lorsqu'on avance, dans quoi que ce soit, on a envie d'assurer un peu un retour... d'assurer une boucle... de revenir au point de départ après un long voyage7 ». Résurgences. Réminiscences... Une mémoire et un espace revisités et actualisés par des rencontres au présent: rencontres des arbres, des chemins, des terres, des étangs, des bois, des lisières, de la maison, des copains d'enfance... Réappropriations... car « dans l'être tout est circuit, tout est détour, retour, discours, tout est chapelet de séjours, tout est refrain de couplets sans fin » dit le philosophes. Regards nouveaux après que la vie a fait son travail de décantation, a affiné les sens, les affects, la sensibilité parce que, sans doute, « la vie en nous mûrissant nous clarifie9 ». Et invitations à penser au temps qui passe. .. Le printemps de la vie, l'été puis l'automne avant que n'arrive l'hiver... Alors est venue l'envie, presque une pulsion, de mettre en mots ces moments existentiels pour qu'émergent et s'enrichissent un sous-jacent, une connaissance intime et singulière, fruits des expériences et des ans qui les ont portées. De mots en mots, de phrases en phrases... des pages sont nées... dans le désordre, au gré des pensées, des promenades, des notes rédigées ici ou là, des lectures et de l'écriture, le tout s'entrecroisant, s'entrechoquant, s'éclairant réciproquement 10

«... avec l'idée qu'on va revenir en arrière, qu'on va se retrouver et retrouver son point de départ, ou revenir au pays nataPO». Si bien qu'il n'y a plus aucune différence entre vivre et écrire. Une écriture qui semble suivre un chemin circulaire. Des pages qui racontent tout simplement des espaces, des chemins et des instants de vie d'hier ou d'aujourd'hui, lointains ou plus actuels. Narrations et descriptions s'entremêlent avec parfois quelques dialogues, transpositions d'échanges humains bien réels au fil des temps de vie de quatre générations. Ces pages invitent à la découverte de ce coin de pays en s'y promenant dans le temps et dans l'espace pour y retrouver des instants de vie personnels ou familiaux. Nous empruntons d'abord les chemins, « ... ces nervures du sa!..., ces mémoires incisées à même la terre... ». C'est par eux que l'on s'introduit à Maison Rouge et il nous faut tous les parcourir pour mieux découvrir les lieux et peut-être percevoir des chemins de vie d'ici ou d'ailleurs. Nous allons ensuite à l'étang comme j'aime m'y rendre presque d'emblée lorsque j'arrive en ces lieux. « C 't'étang qui m 'colle à la piau, qui m 'rend l'cœur battant si bin qu' j' en oublie l 'souper qui m'attend» comme disait ce poète solognot. Oui, l'étang, presque « mon étant» comme je l'ai titré par ailleurs, ce microcosme à la vie intense à chaque seconde et en toute saison. Et puis n'est-il pas l'une des composantes symboliques de la Sologne? Ensuite, nous empruntons « le sentier des châtaigniers » qui nous conduit à la lisière du bois, «... cet ourlet de liberté... », cet entre-deux et ses jeux d'opposition entre bois et plaine que j'affectionne dans les petits matins du printemps.. Nous pouvons alors pénétrer dans les bois « ... aux dons fabuleux, aux faveurs innombrables... », à moins que nous préférerions parcourir les terres «... dont le ciment s'est effrité... » ici en Sologne. Nous pouvons aussi abandonner les chemins et sentiers pour marcher à travers bois et champs à la recherche de quelques champignons, gibiers, sujets photographiques ou tout simplement pour faire corps avec la nature par la terre qui colle aux bottes ou les branchages qui cinglent le visage. Puis nous revenons à la maison et son jardin « ... notre premier univers, notre coin du monde... » avant de poursuivre par un regard sur Maison Rouge, « ... ce point d'ancrage... », ce lieu-dit chargé d'histoire et d'histoires de vie. Pour terminer la promenade et amorcer une sortie, nous 11

empruntons à nouveau des chemins, ceux du temps, pour progresser, des chemins tracés aux chemins à inventer afin d'opérer un bouclage qui projette dans le futur, qui esquisse, en conclusion, quelques idées d'espoir pour que la dynamique qui a animé ces lieux hier se poursuive demain, pour que ce morceau de Sologne ne tombe pas dans l'oubli mais reste offert aux hommes. Enfin, fruit d'un imaginaire à l'œuvre alors que se terminait l'ouvrage, l'épilogue opère un bond dans le temps, à l'aube du xxu< siècle. Puissent-elles, les descriptions de ce coin de pays et ces évocations d'instants de vie au fil du temps, aider à connaître cette Sologne que l'on dit mystérieuse et secrète et que nombre d'écrivains et d'œuvres littéraires ont éclairé: AlainFournier et Le Grand Meaulnesll bien sûr, mais aussi Maurice Genevoix et son célèbre Rabo/iot12 ou encore Claude Seignolle avec Marie la Louve ou La Malvenue13, pour ne citer que ceux-ci. Puissent-elles donner envie de la parcourir et d'en découvrir la singularité, la nature généreuse et jamais décevante si on sait l'appréhender en toute disponibilité et avec tous ses sens au-delà des errements humains qui s'évertuent à la défigurer. Puissent-elles aider à goûter ces petits plaisirs minuscules, ces petits bonheurs simples qui sont toujours à notre portée où que nous soyons. Tous ces petits miracles au quotidien quand s'opère la rencontre d'une églantine, du parfum d'un chèvrefeuille, du chant d'un rossignol, du regard d'un chevreuil, du frétillement d'alevins naissant au bord de l'étang, de l'éclosion des fleurs du genet ou de la digitale des bois; quand se fait aussi la rencontre d'un vieux paysan, d'un bûcheron ou d'un braconnier qui vous content leur vie au coin d'un bois... Ces plaisirs de rien qui font tout ou presque. Puissent-elles encore constituer quelques traces des histoires humaines qui ont façonné des lieux et des territoires, celles de nos grands-parents et de nos parents et ainsi leur rendre témoignage de ce qu'ils ont créé et laissé. Ces histoires sont éphémères dans l'échelle du temps, de peu d'importance et pourtant grandes parce qu'elles ont existé. Elles marquent des moments représentatifs d'une époque, d'une région qui ne sauraient être oubliés. Les photographies que nous en laisserons éviteront de tirer un trait sur le passé en ces temps où tout court, où tout doit aller très vite, où tout s'oublie facilement et rapidement. Elles fourniront d'utiles comparaisons avec ces 13

autres photographies

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fussent-elles numériques -

que les

générations futures pourront produire. Et, comme le dit cet auteur québécois, « toute chose racontée est une chose sauvée... Et arrachée au temps qui dégrade pour accéder au temps qui sauve, la vie de tout homme, méprisable ou futile, ou simplement ordinaire, s'offre à la plénitude du sens
'14 expose. .. » Puissent-elles réveiller des sentiments, voire des révoltes, et faire jaillir des idées, des projets même chargés d'utopie, pour que ces territoires sortent du déclin dans lequel ils sont tombés, pour que « la faune sauvage abâtardie, la nature dressée, maîtrisée, contrôlée, placée aux ordres de I 'homme's... » retrouvent quelques droits, pour que la Sologne ne soit pas toujours plus colonisée par quelques-uns pour des plaisirs factices plus soucieux de commerce et d'argent que de culture et de développement environnemental et humain, Puisse-t-elle enfin, la mise en mots des histoires de ces lieux, laisser une mémoire à l'intention de nos petits-enfants et des enfants de leurs enfants mais aussi renvoyer chacun à ses propres histoires, là où sont ses racines.

Alors que pointe l'automne futur... Tout simplement.

de la vie, retour pour un

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« ... chacun a une épaisseur d'existence... est une mémoire incisée à même la terre) la trace des nervures du sol des innombrables marcheurs t!Yant hanté les lieux au cours du temps) une sorte de solidarité des générations nouée dans le )) Pt!Ysage

David Lebreton Éloge de la marche

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des bois, des terres, des landes... sinueux ou larges, secs ou boueux, plats ou bosselés... comme nos chemins de vie. Ils avaient emprunté l'un ou l'autre - celui de la plaine ou celui des bois - Marie et Alexandre Gimonet, pour venir à Maison Rouge en ces premières années 1900. Ils étaient arrivés là, dans un lieu nouveau, sur une terre inconnue pour continuer leur chemin de vie. Tous ces chemins qui sillonnent le territoire, ils ont dû les tracer, les parcourir à pied, à cheval ou en charrette, presque quotidiennement sans doute, jusqu'au bout de leurs forces. Ils devaient en connaître les moindres contours et aspérités. Ici, en ces terres et bois, en cet espace de Sologne, un siècle plus tard, ces chemins sont toujours là. Ces chemins d'aujourd'hui sont ceux de mon enfance et de mon adolescence. Je les avais perdus de vue, presque abandonnés, pendant toutes ces années où ma vie s'en était éloignée. Je ne les parcourais plus que par moments, incidemment. Nous ne nous rencontrions plus. Nous n'avions plus rien à nous dire. Nous étions des étrangers. Puis je les ai retrouvés. Ils n'ont pas changé ou si peu. Quelques arbres qui les bordaient ont disparu, remplacés par d'autres en devenir; les doubles ornières creusées par les roues ferrées des charrettes ou des tombereaux d'autrefois et les traces des chevaux en leur milieu ont laissé place à une voie presque plane. Les uns sont plus dégagés, les autres plus couverts par la ramure des arbres... Mais les noms restent les mêmes indiquant leur destination, leurs caractéristiques ou 17

leurs fonctions: le chemin des sables, le chemin de Cosnoue, celui du bois des terriers, le chemin de la procession et d'autres... du passé ou bien présents. Les chemins d'accès Il y a les routes qui conduisent aux villages ou à quelques hameaux. Et puis il y a la multitude de ces chemins qui arrivent à chacune d'elles. On ne sait où ils mènent à moins qu'une pancarte indique un lieu-dit que l'on trouve tout au bout: une ferme, un château ou quelque masure plus modeste. Pour venir à Maison Rouge deux chemins s'offrent au choix: l'un de plaine que l'on dénomme « le chemin des sables », l'autre des bois que l'on appelle « le chemin de Cosnoue ». On prend l'un ou l'autre en fonction du temps, de l'heure et de l'humeur du jour ou pour d'autres raisons plus inconscientes. Le chemin des sables C'est par lui que l'on s'introduit à Maison Rouge à partir de la route de Vannes. Longtemps il a été préféré à celui de Cosnoue pour se rendre au bourg. Sans doute parce qu'il est à découvert alors que l'autre traverse les bois. Cette différence est de moindre importance aujourd'hui avec les voitures qui enferment et protègent mais autrefois, à pied, à bicyclette ou en voiture à cheval, « la peur du bois» était présente. Les habitudes se prennent et les imprégnations persistent dans l'inconscient.. . Nous l'appelons « le chemin des sables» - alors que d'autres le dénomment « le chemin de Maison Rouge» parce qu'il traverse une bande de terre sableuse. Il descend en pente douce dans sa deuxième moitié. Nous l'appelons « la côte », alors qu'il faut presque la deviner. L'eau y ruisselle lors de fortes pluies, lessivant et entraînant le sable au plus bas. Un beau sable, d'un blanc pur, formé de cristaux de granit et d'autres roches dont il provient depuis que les érosions lointaines du Massif central ont rempli cette cuvette de Sologne. Comme nous le faisions à leur âge, nos petits-enfants aiment le ramasser, le prendre dans leurs mains, l'égrener au fil des pas et le disperser au gré du vent. Attrait d'un matériau simple, symbole d'une pureté, produit du temps. 18