Enfance et adolescence d'un petit provençal entre les deux guerres

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Ce témoignage de Jean Sauvy raconte, à partir de son journal intime, l'histoire d'un petit provençal, qui après avoir vécu dix ans dans un petit village, où son père était médecin, est allé poursuivre ses études en milieu urbain, d'abord dans une ville moyenne (Grasse) puis dans une grande ville (Nice).
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296329409
Nombre de pages : 114
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Enfance

et adolescence d'un petit Provençal entre les deux guerres

Jean SAUVY

Enfance et adolescence d'un petit Provençal entre les deux guerres
Récit autobiographique

L'HARMA

TIAN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE
L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cg L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4813-9

Ouvrages du même auteur

* Katanga, 50 ans décisifs, Collection Connaissance du monde, 1961 * L'Enfant à la découverte de l'espace, en collaboration avec Simonne Sauvy (pédagogue, épouse de J. Sauvy); Casterman, Collection E3, traduit en anglais et en italien; Tournai, 1972 * L'enfant et les géométries, en collaboration avec Simonne Sauvy, Casterman, Collection E3, 1974 * Mots en rond (n06 de la Collection "Les Distracts"), Cedic 1979, en collaboration avec Simonne Sauvy * L'Industrie Automobile ("Que sais-je?" n0714, Presses Universitaires), trois éditions, 22e mille * L'automobile (Collection "Repères") Nathan, 1995 trois éditions * Les Automobiles Ariès, une marque, un homme, une époque, Presses des Ponts et Chaussées, 1996 . Les organismes professionnels de l'automobile et leurs acteurs 1896-1979. Comité des Constructeurs Français d'Automobiles, Paris 1998 * Charles, Baron Petiet. Un grand industriel, homme de pensée et d'action (en collaboration avec Hervé Dufresne). Kronos Editions S.P.M. Paris 1998 * Un jeune ingénieur dans la tourmente. 1938-1945. l'Harmattan, 2001 * Descente du Niger. Trois hommes en pirogue. 1946-1947. l'Harmattan,2002 * Sept livres pour la Jeunesse, Casterman, Hachette, l'Harmattan (dont trois en collaboration avec Olivier Sauvy, fils de J. Sauvy). Traductions de certains d'entre eux en portugais et en italien.

1. Mes parents Pour évoquer mes parents, ma mère née Claire Amélie Astier, et mon père, Jules Cyprien Sauvy, je vais tout d'abord leur laisser la parole et reproduire quelques-unes des lettres qu'ils ont échangées en 1903, alors qu'ils venaient de se fiancer et, un peu plus tard, quelques mois après leur mariage. Ces lettres ont été conservées par les soins de ma mère et je les ai retrouvées à Spéracèdes, dans les archives familiales, lors du décès de mon père, en février 1957 (celui -ci était veuf depuis la mort de ma mère, en février 1945). En octobre 1904, Claire Astier, âgée de 23 ans, réside avec ses parents à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), dans une maison bourgeoise donnant sur le quai du Rhône (rive droite). Jules Sauvy, âgé d'un peu moins de 25 ans, récemment nommé docteur en médecine, vit à BESSEGES (Gard), dans un petit appartement, 5, Rue du Chêne, où il a également installé son Cabinet médical. Il a perdu sa mère très tôt et il a été élevée par une tante. Son père, employé de la Société des Mines de la Grand-Combes, réside à Montpellier. Les deux jeunes gens ont fait connaissance dans une ville d'eaux de la région, Lamalou-les-Bains (Hérault), et ont décidé de s'épouser. Le mariage doit avoir lieu, à Bourg-Saint-Andéol, le 10 octobre 1904.
*

Le 30 septembre 1904, quelques jours avant la cérémonie, Jules Sauvy utilise son temps libre pour libérer son appartement et préparer son aménagement dans une maison un peu plus grande où il compte résider avec son épouse. Il trouve néanmoins le temps d'écrire à sa fiancée (toujours chez ses parents), une longue lettre, sur deux feuillets dont l'en-tête porte la mention: "Docteur J. Sauvy, 5, Rue du Chêne, BESSEGES (Gard)." . Voici de larges extraits de cette lettre:

<<Ma gentille Claire, je fus, comme vous le dites, bien inspiré de vous faire part de ma prose nocturne, oh combien le fûtes-vous davantage d'y répondre. Quand je suis arrivé chez moi, j'étais ennuyé
-

devinez pourquoi, si vous pouvez? - par-dessus le marché, le

gamin, fidèle observateur de la consigne reçue, avait commencé à tout mettre sans dessus dessous. Or, en dépit du peu d'enthousiasme que je possède pour la piolle où j'ai vécu jusqu'ici je ne peux l'empêcher de la tenir un peu à cœur par ce lien puissant qui est l'habitude. C'est très amusant de déménager, mais cela pousse un peu à la mélancolie. Fort heureusement, j'ai trouvé votre petite lettre bien au milieu de ma table fantastiquement encombrée. J'ai retrouvé un peu de vous ici et c'est de bon cœur que je me suis mis à dégringoler mes rideaux et d'empaqueter mes livres. Il faut vous dire que si c'est un sport charmant de faire des paquets en votre compagnie, cela manque un peu de charme de les faire en compagnie du gosse. Eh bien, j'ai fait cela très gaîment, en chantant grâce à vous. Merci. Ce soir, en rentrant dans la piolle en question, d'où je n'ai pu rien emporter aujourd'hui, faute de temps, je me suis mis à la relire, et, comme c'est la première fois que j'avais le plaisir de voir votre écriture, je me suis mis à l'étude du point de vue graphologique, pour jouir encore de loin des qualités que je vous connais, et pour en trouver d'autres, si possible. Et puis, j'yen ai trouvé des choses jolies dans ces quelques lignes ! Je ne veux pas vous les dire, bien entendu. Mais j'ai fait des remarques tout à fait heureuses. Vous ne savez peutêtre pas qu'on se trahit en écrivant. Des gens par ailleurs fort censés le disent, et moi je suis sûr que, avec de l'imagination, c'est un passe temps assez agréable quand il s'agit de l'écriture de quelqu'un qui ne vous est pas tout à fait indifférent. (fin du premier feuillet, recto verso). Peut-être ai-je tort de vous dire cela car vous allez craindre ma censure, et vous croire obligée de vous appliquer dans vos prochaines lettres, et, entre parenthèses, j'espère qu'elles ne se feront pas trop attendre. Je vous en prie. Vous voyez avec quel sans gène j'en use.Je 8

suis très audacieux quand je suis tout seul. Le débraillé ne me fait pas peur. Je ne tiens pas du tout à l'alignement ni au style. L'orthographe, je ne l'ai jamais sue. Si vous n'avez pas ce beau papier dont il ne restait qu'une feuille, peu importe. Il a du reste un grave défaut. Il est ridiculement petit. On ne peut rien y mettre. C'est sans doute commode pour écrire aux raseurs. Mais j'en voudrais davantage. Vous allez me trouver exigeant, mais ma foi tant pis, pour une fois je veux être un peu égoïste. Il faut me le pardonner, ma Clairette mignonne. J'ai le droit d'être un peu fou en ce moment, n'est-ce pas! Je me fais l'effet d'être en plein champ de bataille. Tout est en l'air et je suis presque obligé d'écrire sur mes genoux, tant il y a de choses sur ma table. J'ai beau lever les yeux, je ne retrouve plus les objets sur lesquels j'accrochais ma rêverie de jadis. Et mon imagination se trouve un peu dépaysée au milieu de ce désordre qui pourrait laisser croire que Russes et Japonais s'y sont accordé des marques de sympathie. Songez donc, j'yen ai pourtant roulé des pensées, depuis certain dimanche déjà lointain où j'étais allé faire une villégiature de quelques heures dans une de nos villes d'eaux. Demain soir, je l'espère bien, tout sera fini et je serai dans l'autre maison. Et je serai sans doute de mauvaise humeur de m'y retrouver tout seul car ce n'est pas ainsi que je me la représente. Le temps est long à passer ma chérie, quand on est loin de vous. Comme il me tarde que nous puissions y rêver ensemble. Adieu, chère mignonne. Deux gros baisers à vos parents, c'est plutôt à ~ parents que je devrais dire, et à vous beaucoup, beaucoup de baisers. Dr. Sauvy J'allais oublier de vous dire que les Barthalon ont déclaré que, s'ils le pouvaient, ils viendraient (au mariage), le père avec une ou deux filles, mais que ce n'est pas bien sûr. » * Le 2 octobre 1904, Claire Astier écrit à son fiancé la lettre suivante:

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«Vous pouvez vous flatter, mon cher ami, de vous faire désirer. Voilà déj à 2 j ours que nous vous attendons: midi, midi et 1/2 ... personne. Moi, je fais le guet à la fenêtre: Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? Il Y en a de quoi donner sa démission avec un fiancé si peu exact que vous. Si ce n'était qu'on met ce retard sur le compte de votre profession, papa et maman vous gronderaient bien fort et moi je saurais comment vous punir! Mais je vous l'avoue, je vous plains davantage que ce que je vous en veux. J'ai reçu ce matin une lettre de Montpellier qui s'est croisée avec une missive adressée par moi à vos parents. Ils attendent avec impatience le jour qui nous réunira tous (à l'occasion du mariage). Plus qu'une semaine qui sera bien vite écoulée grâce aux occupations pressantes du dernier moment. Je ne vous en écris pas plus long pour vous punir d'avoir mis ma patience à une rude épreuve. On sonne les vêpres, je vais y aller, entendre ma dernière instruction de congréganiste. Vous pourrez faire sur mon écriture vos études graphologiques, je n'y ai mis aucune recherche. Trouvez y beaucoup de défauts si vous voulez. Je vous embrasse bien fort quoique vous ne le méritiez pas. CI. Astier »
Cette lettre se poursuit, sur le second feuillet qui la constitue, dans les termes suivants:

«Vos fleurs sont plus gentilles que vous. J'ai reçu ce matin une magnifique gerbe que j'ai disposée dans 3 vases aussi gracieusement que possible. Peine perdue: vous ne les verrez pas dans tout leur éclat pour me complimenter. Ne croyez pas qu'en temps ordinaire je fasse autant de ratures à mes lettres mais je n'ai pas l'habitude d'être fiancée. Je suis un peu grisée et ne sais trop ce que je fais. Je m'excuse en vous embrassant. Clairette..»

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Le jeudi 17 novembre 1904, à Il heures du soir, Jules Sauvy, qui se trouve seul à Bessèges (Gard), tandis que son épouse est momentanément chez ses parents, au Bourg Saint-Andéol, (Ardèche), écrit à cette dernière la lettre suivante: «Ma chère petite femme. Dors-tu, à l'heure qu'il est, dans le murmure du Rhône et peut-être aussi dans le grondement du Mistral? Et si tu ne dors pas à quoi penses-tu? Pour moi je suis un peu épaté. Je n'aurais pas crû avoir pris, depuis le peu de temps que nous sommes ensemble, le pli profond que m'a imprimé notre vie à deux. J'ai failli blaguer un peu quoique flatté au fond - la grosse, grosse émotion qui t'a saisie à St Paul. Et malgré cela je me suis senti bête une fois attablé au restaurant et je n'ai mangé que du bout des dents. Je savais que j'aurais une lettre de toi ce matin. J'aurais voulu que tu en eusses une à ton tour. Mais hier, en rentrant après une maussade soirée au café (...), je ne me suis pas senti le courage de prendre la plume car j'usse certes été fort maussade et ma prose aurait manqué de gaieté. J'ai craint d'embrumer vos jolis yeux, Madame, et je me suis abstenu. Alors j'ai pris une grande résolution. Celle d'aller me coucher. Tu sais que cela me demande un effort, quand je suis tout seul, de me mettre sous les couvertures, à 10 h 1/2. Eh bien, quand je suis rentré dans notre piolle froide, que j'ai reçu sur mes épaules le lourd manteau glacial de cette solitude que j'avais toujours vue animée de toi, j'ai eu presque peur, et je suis rentré dans mon cabinet où du moins il y avait de la lumière et du feu, et je me suis mis à gratter cette sinistre et énervante partition de Werther, me grisant non de la musique que je jouais, tu sais qu'elle n'a rien de troublant, mais de ces harmonies que ma mémoire me chantait, et je me suis senti envahi d'une tristesse infinie. Total, j'ai lu trois volumes des Misérables avant de m'endormir et j'ai eu le cauchemar. J'ai vu apparaître dans mon rêve un profond sceptique de mes amis qui me Il

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