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Enfant de la citadelle

De
50 pages

Inspirée par des photos de son enfance, l'auteure revisite l'histoire de sa famille et se projette dans la période de l'Occupation, un travail de mémoire qui l'amène à porter son regard sur l'histoire des familles juives réfugiées dans le Sud-Ouest. Son récit est complété par un entretien avec son père sur la guerre d'Algérie.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-20522-1

 

© Edilivre, 2016

 

« Il est une musicalité de l’être dont chacun a le secret, dont chacun cherche l’avènement parmi les désordres et les chaos du quotidien »

Thierry Fabre, « Éloge de la pensée de midi »

 

L’air est tellement chargé d’été… pourtant délaisser l’eau, scintillement des feuillages, les éclats de midi et déjà, retrouver les dalles sèches, lissées par le feu estival. En un temps se vêtir, c’est bientôt l’ombre apaisante des marronniers, l’odeur piquante des buis, sentinelles du bonheur alors que l’horizon est embrumé de chaleur jusqu’à la chaîne des Pyrénées. J’aime le silence préservé de la salle blanche, hiératique, imperméable aux vives saisons.

Mes pieds se régalent dans une forêt de sensations mais il est temps de pousser la porte, de se remplir une nouvelle fois de la fraîcheur du couloir, la couleur brique des tomettes, traverser la cour et escalader le grand escalier jusqu’à la salle à manger où ma grand-mère, Suzanne, nous attend. Même si elle remarque toute de suite nos cheveux en bataille bien sûr, et nos sandales peut-être humides sur le parquet, elle continue de sourire et garde sa bienveillance.

Dans l’après-midi, nous faisons le chemin inverse pour en fin de journée, retrouver notre havre. En haut de l’escalier, nous passons des heures dans la galerie qui donne sur le patio, lieu de pause où reprendre souffle, après des heures de nage, de jeux dans l’air saturé de soleil. Ma grand-mère semble parfois bousculée par notre inépuisable énergie car son rythme à elle est somme toute paisible.

Juste avant la porte d’entrée, il y a mon bureau en bois peint de couleur rose, avec un plan incliné qui se rabat, où je range les grands cahiers d’été, les devoirs de vacances.

Je vais très souvent dans sa boutique, rue Nationale, son refuge après l’été 1939, quand tout a basculé avec le décès de mon grand-père. En quelques jours, elle a dû boucler des bagages, quitter Clichy-la-Garenne, la banlieue parisienne où ses enfants étaient nés et avaient grandi, peu à peu reprendre courage dans une activité nouvelle, malgré les temps sombres qui s’annonçaient.

J’aime tant la fraîcheur du carrelage, les présentoirs en bois laissant miroiter les bracelets, bagues et colliers, le carillon de l’entrée, les poids de taille échelonnée. J’arbore une bague pour enfant surmontée d’une coccinelle.

Tout l’univers s’ouvre à moi, avec ma grand-mère souriante, penchée sur des mécanismes de montres qu’elle nettoie, s’applique à réparer. Sur les étagères, beaucoup de réveille-matin qu’elle prend soin de régler sur la même heure. Dans mon imaginaire, cette période figure comme celle du temps exact, de la perfection, de l’ordonnancement.

Quand je suis seule en vacances chez elle, il arrive que nous dînions et dormions dans la chambre de l’arrière-boutique. Parfois, avant que je m’endorme, elle me rappelle un achat pour le lendemain, boîte d’allumettes ou du sel. « Tu m’y feras penser », me murmure-t-elle dans un demi-sommeil.

Au fil des vacances Lectoure nous a toujours choyés. Parfois nous arrivions dans un brouhaha, au faubourg où vivaient Rénée et Ludo, nos grands-parents maternels. Dans le verger, nous retrouvions les arbres ployant de cerises, de prunes, autre refuge où nous dissiper, chanter à tue-tête, jouer de la flute. Le temps passait sans heurts, dans la profusion de connaissances nouvelles. J’apprenais que la route romaine avait été tracée près du jardin, enfin c’était plutôt l’inverse. Ou encore que la ville était située sur un oppidum où s’était implanté le peuple des Lectorates dont le nom m’enchantait.

Chaque année, je percevais plus finement le paysage, les collines et leur colza, le sorgho. Si j’essayais de contenir la plénitude de cette saison en quelques images, je choisirais les tournesols sous l’éclat de la lumière, les tilleuls, l’absence de limites.

Limoges

En septembre, c’est pour mes parents, mes frères et moi, la rentrée scolaire à Limoges, dans un chalet situé rue des basses Palisses, un logement de la Compagnie des chemins de fer faisant partie d’un lotissement. On y accède par une porte de bois, insérée dans la palissade, et donnant accès au jardin, divisé en plusieurs aires de jeux où nous apprenons à maintenir notre équilibre à vélo.

D’un côté de l’allée centrale, se trouve l’espace où en été mes parents installent une piscine gonflable rouge. C’est devenu bien sûr le point de ralliement de tous nos copains du quartier, au...