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Et Abel tua Caïn

De
228 pages
15 mars 1986 : Noël Falleti comparait devant les assises du Rhône pour fraticide. Deux ans plus tôt, il avait étranglé son frère aîné, Domenico. Dans une ambiance de tragédie grecque, le procès du fratricide fut un curieux moment de justice. Grâce aux témoignages de la veuve et à une plaidoirie d'anthologie, Noël Falleti s'en tire avec cinq années de prison. Patrick Eberhard, le chroniqueur de son procès et Noël Fatelli se sont retrouvés 25 ans après le procès pour écrire le roman de sa vie.
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ET ABEL TUA CAÏN UNFRATRICIDEAIMÉDETOUSLESSIENS
CollectionLe CroquantRoger Curel,Caprices et désastres, 2009, 120 p. Claude Chalaguier,Une aussi longue étreinte avec le théâtre, 2010, 208 p. Michel Cornaton,Pierre Bourdieu, une vie dédoublée, 2008, 158p., réédité en 2011. Michel Cornaton,Pourquoi nous travaillons, 228 p. En couverture : Intérieur de la prison Saint-Paul après sa fermeture en 2009. Photo de Michel Djaoui. Qu’il en soit remercié. Merci aussi à Bernard Zellmeyer pour sa maquette et sa relecture typographique. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www. harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01481-4 EAN : 9782343014814
NOËL FALLETI PIERRICKEBERHARD ET ABEL TUA CAÏN UNFRATRICIDEAIMÉDETOUSLESSIENS Préface de Bernard Bolze COLLECTIONLECROQUANT
A Gina qui m’a sorti de mes décombres et donné la force de continuer à vivre et à écrire. N. F
AVANT-PROPOS LARÉDEMPTION PAR LÉCRITUREAgé d’une dizaine d’années, Natale Falleti arrive dans la région lyonnaise chez son frère, Domenico, ouvrier agricole dans le vignoble beaujolais. On est au début des années soixante. Le petit garçon tombe de haut et regrette vite les champs d’orangers de sa Calabre et la vie misérable de son village natal. Son frère est violent et bientôt alcoolique. Il terrorise sa femme et ses enfants. Natale grandit et essaye de prendre la défense de sa belle-sœur et de ses neveux. La dérive éthylique de Domenico rend la situation infernale. Entre les deux frères, les relations deviennent de plus en plus tendues. Un soir d’avril 1984, à l’issue d’un repas de famille encore plus arrosé que d’habitude, Domenico sombre dans une crise d’une violence inouïe, l’alcool décuplant tous ses ressentiments. Natale, le serviable, le gentil petit frère, essaye de lui faire entendre raison. En vain. Les deux frères en viennent aux mains. C’est le gentil qui prend le dessus. Abel étrangle Caïn. Natale, devenu Noël, comme s’il voulait oublier le prénom donné par sa mère, se retrouve à la prison Saint-Paul de Lyon. Le procès du fratricide sera un curieux moment de justice. « Etrange procès », écrit
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le chroniqueur judiciaire duProgrèsLyon : dedans une ambiance qui évoquait à la fois une tragédie grecque et un traité de psychiatrie, «tout se passe comme si l’on avait à juger la victime et non le meurtrier. »Toujours est-il que grâce à une plaidoirie d’anthologie d’un grand pénaliste, Me La Phuong, grâce à une conduite irréprochable en prison, grâce aux témoignages, en sa faveur, de la veuve et des orphelins, Falleti s’en tire plutôt bien : cinq ans de prison pour le «fratricide aimé de tous les siens» (comme le disait le titre de l’article relatant le procès). Pour essayer de combattre les remords qui ne le quittent jamais, Noël Falleti a écrit sa vie, sa Calabre natale, son père assassiné par la mafia, sa mère qui le battait, son adolescence dans les vignes du Beaujolais, l’épreuve de la prison, où il passe son certificat d’études, entre humiliations, violences et rencontres de personnages hors normes. Cette écriture qui dure plusieurs années se transforme en un objet littéraire en forme de gros pavé de centaines de pages, un cri d’une violence au goût d’orange amère, qui ne cache pas larmes et sensibilité à fleur de peau. Falleti hurle, pleure. Souvent, il est au bord du gouffre. Alors il écrit et l’écriture le retient. Elle est sa rédemption. Noël est conscient de ce que ses mains d’ouvrier agricole puis de conducteur d’engins de travaux publics ne sont pas celles d’un écrivain. Il voudrait faire éditer son travail. Vingt-cinq ans après l’avoir aperçu aux
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Assises du Rhône, Noël Falleti retrouve le chroniqueur judiciaire duProgrèsauquel il voue une reconnaissance presque exagérée. Car je n’avais fait que mon travail, honnêtement. Certes, j’avais relaté ce procès avec une certaine empathie, trouvant que cet homme, ce coupable, victime de la vie, et son histoire méritaient que je soigne la copie. Il n’en fallut pas plus pour que Falleti me demande de l’aider dans son combat avec les mots et les souvenirs. Bien sûr, j’ai longuement hésité. On ne passe pas en un claquement de doigts d’un rôle volontairement distancié de journaliste à un travail d’écrivain, fusse-t-ilghostwritter, qui, d’une manière ou d’une autre, devra se mettre dans la peau de son personnage. Il a fallu élaguer, réorganiser, trouver un style sans que le scripteur initial ne se sente dépossédé de son œuvre et de son message. Noël Falleti a joué le jeu, avec intelligence, dignité et courage – il en fallait car revenir sur des évènements tragiques était toujours douloureux. Le résultat de ce travail paraîtra peut-être quelque peu hybride: à la fois autobiographie, roman d’amour autant que de haine, reportage sur l’immigration, sur la vie derrière les barreaux, et témoignage à la première personne d’un prévenu, jouet broyé par la machine judiciaire - tout cela
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