Et tu danses Guinée-Conakry

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A 23 ans, l'auteur décide de quitter sa douillette France pour aller découvrir un peu d'ailleurs. Pendant deux années, elle s'installe en tant que professeur volontaire à Conakry, en Guinée, Afrique de l'Ouest et s'attelle à la découverte progressive d'une ville et de ses habitants, d'un pays et de ses coutumes, d'un continent et de ses blessures. Son récit offre de petits fragments d'une Guinée méconnue, qui pleure et qui danse à la fois, et livre en miroir un portrait sans concession de nos sociétés occidentales et de leur impact en Afrique.
Publié le : lundi 1 novembre 2004
Lecture(s) : 73
EAN13 : 9782296374751
Nombre de pages : 183
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ET TU DANSES.

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~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-7183-1 EAN : 9782747571838

Stéphanie de La Garce

ET TU DANSES. . .

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 I0214 Torino ITALlE

Ce livre est né sous l'impulsion de Radio France Multimédia et de son site « Français à l'étranger» qui a publié une partie de ces textes entre Septembre 2002 et Juillet 2004.

Jeudi 12 Septembre 2002
Herrin, Nord de la France. Demain, je pars... Je me souviens très bien du jour, ou plutôt de la nuit où tout cela s'est véritablement décidé. Je suis en week-end à Lille avec Rémi, mon fiancé. C'est son anniversaire et ce 21 Mai 2002, il a vingt-trois ans. Nous sommes en voiture, mon téléphone sonne, et j'entends la voix du responsable de notre affectation: « Le partenaire est d'accord, vous partez en Septembre. » Mon cœur fait un bond. Je vois la route devant moi, le goudron, la lumière diffuse des lampadaires. Nous partons. Nous partons!!!!! En une phrase, il vient de donner une orientation aux deux années qui vont suivre, il vient de nous projeter un avenir jusqu'en Juillet 2004... Ce soir-là, on arrose généreusement la nouvelle. C'était il Ya quatre mois. Et maintenant, je pars. Demain, je serai loin. Je vais tout quitter, laisser derrière moi amis et famille... Aller à la rencontre d'une Afrique inconnue, d'un nouveau chez moi, à Conakry, en Guinée. Où ça ? En Guinée. Pas en Guinée Bissau, ni en Guinée Equatoriale, et encore moins en Papouasie Nouvelle Guinée.

La Guinée, vous savez, celle qui est si délicieusement entourée du Libéri~ de la Sierra Leone, de la Guinée Bissau, du Sénégal, du Mali et de la Côte d'Ivoire. Je vais me déraciner volontairement, m'envoler vers ce pays dont je ne connais que les contours esquissés dans l'Atlas poussiéreux de mes parents, et m'exposer à une réalité qui ne manquera pas de bouleverser ce que je suis. Je pars pour un séjour humanitaire de deux ans. Cette courte phrase recouvre une réalité tellement vaste et encore inconnue que l'écrire me fait vaciller. Tout ce qu'elle implique m'est encore étranger et ne se dessine que par les adieux progressifs et les bagages qui s'entassent... Je suis dans mon salon, au milieu d'objets que j'ai toujours connus, dans un cadre douillet, rassurant, quelque part suffisant. Pourquoi partir? Que vais-je trouver à la place? Pourquoi quitter ceux qu'on aime pour d'autres personnes que l'on ne connaît pas? Je serre mon bol de tisane brûlante et me rapproche un peu de la cheminée. Quand tout cela a-t-il commencé? C'est l'histoire d'un moment d'abord. Boule de nerfs de vingt-trois ans, la langue bien pendue et un cursus universitaire achevé. L'heure des choix de vie, et une certitude: il faut que je bouge de là. Vertiges, malaises, je stresse à Paris. Je digère mal ma vie. Et puis je suis curieuse, je me suis toujours promis de partir avant de rentrer dans le monde du travail, le vrai, avec bulletin de paye, impôts, cotisations retraites et emprunt immobilier. Je suis trop jeune pour ça, trop neuve. Très vite, le volontariat s'impose, et l'Afrique noire m'appelle. Je n'y ai jamais mis les pieds, j'ai passé toute mon adolescence dans un grand bahut privé où les gens de couleur étaient rarissimes, et je n'ai pas d'amis africains en France, mais 8

je me sens attirée, appelée par ce continent qui semble avoir besoin d'aide. Soif d'apprendre et de voyager, depuis toujours. L'Irlande en tant que jeune fille au pair, la Roumanie pour un premier séjour « humanitaire» dans des orphelinats pour enfants sidéens, la Hollande en Erasmus. Chaque fois, la découverte d'un nouveau pays, de joies, de tranches de vies si différentes aux quatre coins de l'Europe. L'étranger, j'y ai goûté, je l'ai effleuré du bout des lèvres d'abord puis me suis plongée dans le déracinement avec joie, et le sel qu'il apporte chaque matin est devenu drogue douce. Les gens que j'ai croisés au cours de ces quelques voyages ont tous semé en moi l'envie d'aller plus loin, de continuer la découverte de l'ailleurs pour comprendre quelque chose que peut-être la France à elle seule ne peut m'apporter. Ca ressemble peut-être à une fuite, je le vis comme un refus de la médiocrité. Bouger, aller voir ailleurs, ne pas se contenter de ce qu'on a. Rester, c'est finalement trop simple, trop évident pour que je me reconnaisse dans cette vie là. Vivre des moments qui s'inscrivent dans l'extra ordinaire excite et donne le sentiment d'exister pleinement. C'est également l'histoire d'une rencontre entre cette viscérale envie de bouger et des associations qui, de France, travaillent d'arrache pied pour que des centaines de jeunes comme moi partent chaque année aux quatre coins du monde apporter un peu de ce qu'il sont, humblement, partager ce qu'ils ont envie de donner et apprendre beaucoup. L'AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès), la Fidesco, Médecins du monde, ATD Quart monde, Première urgence, les Amis de sœur Emmanuelle, le SCD, la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération). C'est grâce à cette dernière que je 9

vais m'envoler. Six mois de préparation, envoi de dossiers, stages de formation, entretiens, contacts avec le partenaire sur place, préparation psychologique... En Juillet, tous les candidats au départ se sont retrouvés pendant douze jours. Deux-cents jeunes étaient là, motivés par les mêmes choses, prêts à faire le grand saut vers l'inconnu. Nous avions l'impression de faire partie de la même communauté, nous n'étions plus seuls face à une décision souvent jugée loufoque par les proches. Etre deux-cents à agir dans le même sens, à parier sur les mêmes espoirs donne une incroyable force. Ces douze jours ont été éprouvants, de conférences en débats, de films en soirées à thème. L'ailleurs s'est dessiné violemment, de façon franche et crue. Mais nous étions ensemble. Il y a plusieurs façons de partir, le volontariat en est une parmi d'autres... J'aurais pu être VIE (Volontaire International en Entreprise), et trouver un boulot dans ma branche contre un salaire très confortable; j'aurais pu chercher un poste d'expatrié mais cet univers sent l'argent, et ce n'est pas ce que je recherche pour l'instant. Ces profils se défendent mais l'argent qu'ils génèrent crée je crois une barrière inéluctable avec la population. Avec la DCC, je vais gagner deux cent vingt-huit euros par mois, ce qui est peu pour la France, et beaucoup pour la Guinée, mais pas assez j'espère pour créer une fracture avec la population locale. Je vais être professeur. Parmi toutes les craintes que ce premier départ vers l'Afrique m'inspire, étrangement ce n'est pas ce qui m'effraie le plus. On a besoin d'un prof en Guinée, moi je veux partir, alors je le ferai, c'est tout. Le trac viendra plus tard. La démarche de départ en volontariat est assez particulière. On ne choisit pas une fonction précise ou un pays donné. On a juste une envie 10

de départ, puis une association trouve un poste correspondant. Cela signifie simplement que l'on décide de donner, et que la fonction est presque secondaire. J'ai choisi de donner deux ans de ma vie là où je pouvais être utile, avec pour seules restrictions mon refus de partir en pleine brousse et mon envie d'être affectée en Afrique noire; on m'envoie en Guinée, être professeur de communication, organisation et dactylographie. Je termine des études de communication, et personne ne m'a jamais appris à être professeur. La dactylo, connais pas... Et pourtant... On m'a confié la tâche de professeur. Je serai donc professeur. J'essaye de mémoriser chaque détail de cette pièce qui a bercé mon enfance, qui a été témoin de mon adolescence, et qui désormais est le berceau de mes dimanches en famille... Je vais partir, je vais te quitter, petite maison. Qui serais-je la prochaine fois que je reviendrai ici? Que seront devenus les gens que j'aime? Ma famille se sera-telle rétrécie, agrandie? Je vais être bousculée, bouleversée par cette expérience. Et j'en ai profondément envie. Pourquoi ce besoin de confronter ma petite personne au mode de vie africain, à des grilles d'interprétation totalement opposées à celles que la culture occidentale m'a donnée pour comprendre son monde? La vérité revêt tellement de visages selon l'endroit où l'on se trouve, il serait dommage de se cantonner à une seule. Je veux être chahutée dans mes croyances les plus profondes, mes certitudes, ma vision du temps, de la vérité, de la science, de l'argent, de l'éducation, de la justice, de l'égalité hommes femmes, sans juger, parfois en existant à peine auprès des Guinéens. Afin d'en savoir un peu plus, aller puiser un peu de sens dans une autre culture à quelques milliers de Il

kilomètres de chez moi... Grandir, changer, revenir transformée. A vingt-trois ans, j'ai tout à apprendre, c'est le moment de partir. Je suis trop ignorante pour rentrer tête baissée dans un système auquel je participerai sans l'avoir confronté à d'autres. Je ne connais le monde dans lequel je vis qu'à partir de livres, je ne comprends même pas ce à quoi je vais contribuer en travaillant en France... Pourquoi accepter ça, refuser ça... Pourquoi, pourquoi pas... je ne sais pas me poser les bonnes questions car je ne dispose d'aucun élément sur ma planète, d'aucune autre référence que la mienne... Alors, je pars, et à défaut de réponses, j'espère au moins trouver les bonnes questions. Je veux apprendre à me taire, à m'oublier, à regarder sans rien dire ce que la Guinée aura envie de me montrer. En espérant grandir, apprendre l'autre, la différence, la patience, la tolérance. Apprendre tout cela en deux ans relève de l'impossible je le sais. Ce sont mes espoirs, mes envies avant de partir. Là bas, la réalité sera bien différente encore de tout ce que je peux imaginer... A l'école on n'apprend pas à appréhender une autre culture. Alors oui, je crois que je vais être bousculée, mais j'attends le vent, et c'est sans doute la tempête qui va se lever sur moi. J'ai peur et confiance en même temps. Je pense être capable de réagir face à l'Afrique, à sa violence, à son climat, son quotidien, mais si j'écoute, au fond de moi, une petite voix me dit que je suis bien audacieuse de croire cela... Les peurs primaires émergent les premières. La santé, le paludisme, l'hygiène, la chaleur, la nourriture. C'est le corps qui réagit, qui se manifeste par la crainte de manquer, d'être maltraité. Puis une autre voix vient à mon secours pour me rappeler que je suis désormais responsable: je me suis engagée auprès des jeunes de l'école qui m'attendent et 12

que je vais accompagner pendant deux années. Mais d'autres peurs émergent: qu'est ce qu'être blonde aux yeux bleus en Afrique, être pour la première fois de ma vie « différente », être une femme en pays musulman, affronter la polygamie, la détresse, la misère, le manque? Ma tête tente de me dire que tout va bien se passer, que d'autres sont partis avant moi et qu'il faut s'oublier un peu, mon corps a peur de ce qui l'attend, mon cœur est partagé entre l'excitation du départ et les au revoir. Mais je ne pars pas seule. C'est un couple qui s'en va. Rémi et Stéphanie. Partir, c'est à deux que nous l'avons décidé, c'est à deux que nous allons vivre cette aventure. Continuer notre route commune loin de tout, à Conakry. Et j'ai moins peur, à cette idée. Je ne pars pas seule. Voilà, c'est le moment de se lancer. Avec toutes ces envies et quelques dizaines de milliers de questions sur ce qui m'attend, ce que je vais vivre, qui je vais rencontrer, quel accueil va nous être réservé. Mais je ne veux pas de réponses à ces questions, pas maintenant, pas tant que je suis de ce côté-ci de la Méditerranée...

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Fin Septembre

2002

Une ville, loin, si loin Je pourrai voir mille pays, visiter les cinq continents, mon premier contact physique avec l'Afrique restera gravé à jamais dans ma mémoire. Je me souviens de l'arrivée dans les moindres détails. L'avion amorce sa descente sur Conakry et dévoile une presqu'île de trente-six kilomètres de long autour de laquelle se déchaîne une végétation luxuriante, bordée par la mer qui parfait l'allure de paysage carte postale qu'offre la ville vue du ciel. L'avion descend encore, et l'on distingue d'interminables files de voitures sur trois axes routiers, des dizaines de milliers de toits rapprochés, serrés, tassés les uns contre les autres dans la boue. La saison des pluies touche à sa fin. L'hôtesse annonce laconiquement vingt-neuf degrés. Aïe, ça commence. L'avion se pose, et ce que l'on découvre les deux pieds au sol n'a plus rien à voir avec une vue aérienne. Le ciel a un regard bien doux sur la terre... Je découvre la chaleur, la terre rouge gorgée d'eau, la boue, la saleté, les enfants qui courent partout, la tôle, les baraquements branlants. Cette ville sera ma ville. Sortie d'avion, le premier choc est climatique. La charmante hôtesse a oublié de parler des 95% d'humidité dans l'air. Sensation de moiteur étouffante, le corps instantanément couvert d'une sueur fme et collante, une irrépressible envie de rire devant ce que l'on croit être une plaisanterie, peut-être un chauffage géant installé à la sortie de l'avion pour faire peur aux touristes... Mais l'air

manque vraiment, et je ne peux m'empêcher de penser que je vais passer sept cent trente jours à étouffer... Comme c'était mon corps qui craignait le plus de venir en Afrique, c'est mon corps qui réagit le premier, qui ressent et pressent une réalité qui sera mienne, qui deviendra expérience de vie mais qui, au début, peut se résumer à la réalité d'un corps dans un environnement étranger. L'homme s'habitue à tout, et dans un mois, sous la barre des vingt-six degrés, je mettrai un pull... Conakry est un lieu de forte concentration de population, ce doit donc être ce que l'on appelle une ville ici. Je n'avais pourtant jamais vu un tel agencement urbain. L'expression «jamais vu» peut d'ailleurs à elle seule résumer ce que je vis depuis un mois. J'ai visité Berlin, Amsterdam, Dublin, Belfast, Rome, Paris, Prague, Bucarest, Hambourg, Bruxelles, je laisse tout cela derrière moi, la cité que je découvre aujourd'hui ne souffre de comparaison avec aucune autre. Tous mes schémas, mes repères ont volé en éclats au premier pied posé sur le sol guinéen. Pour moi, dans une ville, il y a des rues, des maisons, des trottoirs, des feux de signalisation, un centre ville, un supermarché, que sais-je encore... Ici, rien de tout cela, ou si, tout à la fois, mais dans un ordre si différent, une structure incompréhensible à mes yeux. Pas d'immeubles, rien de neuf, de propre, d'agencé. Dans notre quartier, il y a une boulangerie, mais inutile de chercher le néon lumineux « boulangerie pâtisserie» avec une jolie vitrine, un comptoir et des croissants. Notre boulangerie à nous est de l'autre côté de la rue, derrière un conteneur, après la cour de boue, au fond d'un couloir sombre. C'est çà, notre boulangerie, dix hommes et un four qui cuisent du pain.

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C'est une ville du bout du monde, qui comptait quatrevingt mille habitants il y a trente ans, certains disent trois millions aujourd'hui. Grouillante, surpeuplée, agitée d'une activité bruyante et vive, Conakry bouillonne. Tout le monde s'interpelle, crie, chante, vit au milieu de la rue. Les bruits de la ville nous paraissent parfois agressifs, occidentaux habitués à vivre les uns à côté des autres dans un silence convenu, une discrétion et presque une indifférence polie. Il me faut aussi oublier nos villes si propres et lisses... Tout peut servir, resservir et reresservir ici. Rien n'est neuf, et rien n'est bon à jeter. Un camion renversé sur le bord de la route devient boutique, la toiture de l'ancienne usine de chaussures militaires se transforme en lotissement, les ronds points servent de terrains de foot. Les voitures des casses françaises, hollandaises et allemandes ressuscitent pour une seconde vie, éternelle cette fois. C'est une réelle aventure de prendre un taxi dans lequel le nombre réglementaire de passagers est de quatre passagers à l'arrière et trois à l'avant, ou un magbana (van Toyota conçu pour huit personnes) dans lequel on s'entasse à trente inconscients dans la joie et la bonne humeur, et sans crainte aucune puisque il est écrit dessus « Dieu nous garde », « Bonne chance» ou « Tant pis pour les aigris ». Les rues sont bordées de murs ou d'immeubles sans doute, mais que l'on oublie tant les trottoirs sont envahis de cabanons chargés de tout ce qui peut être vendu. Ce sont parfois de simples tissus sur lesquels s'entassent tomates, radios, casquettes, piments, concombres, ananas, fil et aiguilles, aubergines, poisson, ventilateur, cahiers... La quasi totalité de la population semble vivre de commerce. Tout se vend, tout s'achète, tout se marchande, s'échange à même le sol, sur les trottoirs et dans des boutiques improvisées. Il m'est impossible pour 17

l'instant ne serait-ce que de cerner vaguement la façon dont peut bien fonctionner l'économie locale, comment les gens parviennent à survivre quand il n'y a ni entreprise, ni véritables industries, quelques bureaux seulement. Encore un mystère de plus, encore un coup porté à ma vision naïve d'une société fondée sur le capitalisme et le libéralisme... Ces mots semblent si loin, tout semble si loin. . . Où les gens vivent-ils, où sont leurs maisons? Dans certains quartiers, on distingue une organisation de l'habitation, des maisons de terre, de tôle et de sacs plastique, serrées les unes aux autres; dans d'autres coins de la ville, il n'apparaît à mes yeux qu'un marché géant, des rues sans maisons, sans toit. Les Guinéens diront que beaucoup vivent dans la cabane qui leur sert de boutique le jour et où il y a à peine la place de mettre un lit le soir venu. D'autres font en réalité des dizaines de kilomètres pour venir chaque jour à la ville mais ne peuvent y loger. La pauvreté, je l'avais effleurée en France du bout des doigts, ici, c'est mon être tout entier qui y est confronté, dans une ville au visage pourtant contrastée. De belles résidences d'expatriés et des hôtels de luxe jouxtent les quartiers misérables. Autre choc issu d'une évidence: je suis blanche, et les Guinéens sont noirs. Je suis d'une perspicacité redoutable, depuis quelques temps... Rien ne peut me faire oublier la couleur de ma peau, ne serait-ce que l'espace d'un instant. Les gens me regardent, me saluent par un « Foté» (blanc), mon existence est palpable. Pour la première fois de ma vie, je suis différente, je ne me fonds pas dans la masse, j'existe au moment où je voudrais juste observer discrètement, sans être actrice de la ville qui évolue sous mes yeux. 18

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